Chapitre 8
« Vérités »
Naruto se réveilla lorsque son odorat détecta le fort parfum du bacon bien gras dominant les doux effluves des pancakes arrosés de sirop d'érable. Salivant à l'idée d'avoir droit à un tel festin, il se leva en vitesse du canapé pour rejoindre l'homme qui servait les assiettes au comptoir de la cuisine. Il se retrouva face à un plat plus qu'appétissant, prit quelques secondes pour saluer Sasuke et dévora le petit-déjeuner. Attendez une minute? Sasuke? Mais que diable foutait-il ici. Alors que le blond dévisageait son ami, ce dernier s'exclama :
« Hey ben dis-donc, t'es engourdi au réveil toi. T'as l'oreiller d'estampé au visage en prime. »
Le blond ronchonna, mais il se souvenait maintenant exactement pourquoi il était accouru ici la veille. Hier soir, il s'était ouvert à Sasuke. Il lui avait avoué ses secrets, le brun avait pu voir ses craintes, sa faiblesse. Pourquoi avait-il fait cela? C'était évident : Sasuke n'était pas comme les autres. Sans pouvoir l'expliquer, Naruto s'était dit qu'il comprendrait, qu'il essaierait de comprendre du moins. Il avait toujours eu l'étrange impression que le brun savait déjà tout. Il frissonna. Les yeux de Sasuke le pénétraient, le sondaient, mais jamais ils ne le jugeaient.
Sasuke observait son ami. Il avait toujours su pour Naruto. Mais aujourd'hui, le blond acceptait enfin de se révéler. Et c'était une toute autre chose, un grand pas dans leur relation. Sasuke se sentait désormais forcé d'avouer la vérité à propos de sa propre famille. Il n'avait pourtant aucune obligation envers lui. Peut-être le brun avait-il envie d'être compris à son tour par Naruto. D'être connu en tant que Sasuke Uchiwa et non pas Sasuke Nakamura. Il se lança :
« Hum, Naruto?
- M'ouais? dit celui-ci, mettant ses pensées de côté.
- Je ... j'aimerais que tu m'accompagnes à la banque.
- Ben, d'accord », agréa-t-il, pas convaincu que c'était ce à quoi Sasuke voulait en venir.
T'es le pire petit trouillard de la Terre Sasuke, pensa l'Uchiwa, découragé par lui-même. Un aussi gros secret ne pouvait visiblement pas sortir aussi facilement. Il laissa le blond se préparer pour aller se balader alors qu'il faisait la vaisselle. Tandis qu'ils se rendaient à la banque, Sasuke pria intérieurement pour que l'ASEC ne fasse pas appel à lui aujourd'hui. On était samedi, et il avait une journée complète avec Naruto.
Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'établissement, l'Uchiwa se mit dans la file avec son ami pour accéder à un guichet automatique. Les gens tapaient du pied, d'autres parlaient gaiement avec leur voisin et certains attendaient de pouvoir parler à un employé. Personne n'aurait pu prédire à cet instant qu'un évènement viendrait chambouler leur horaire de la journée ...
Alors que Naruto taquinait Sasuke, un puissant bruit retentit. Un coup de feu. Un silence instantané s'en suivit dans l'édifice, tous se demandaient qu'est-ce qui pouvait bien se passer, tandis que d'autres l'avaient compris mais tentaient de se convaincre du contraire. Puis une voix, rompant ce silence quasi-irréel :
« Tous à terre! »
L'ordre venait d'un homme armé dont le visage était dissimulé par un masque de requin et le ton avec lequel il avait craché ces quelques paroles ne semblait pas du tout conciliant. Des cris apeurés commencèrent à résonner dans la banque alors que tout le monde obéissait, pas très calmement. D'autres hommes cagoulés menaçaient les employés de leur semi-automatique. Naruto et Sasuke furent empoignés par derrière avec force et se retrouvèrent au sol en moins de deux. L'Uchiwa se retourna pour faire face au gars qui le séparait désormais du blondinet.
« Kiba! s'indigna-t-il. Qu'est-ce que tu fous là?
- Encore une lettre de "nuage rouge". Il nous a avertis que ça allait se produire.
- Y'a d'autres agents?
- Ino, Gaara, Shika. »
Le blond les écoutait attentivement. Qui était nuage rouge? Pourquoi Sasuke qualifiait-il d'agents ses amis qu'il avait déjà rencontré en boîte?
« Et Akamaru aussi est là, ajouta Kiba.
- Pourquoi ton clebs est ...
- SILENCE! » hurla l'homme masqué pendant que ses complices partaient avec certains employés.
Les voix paniquées qui couvraient jusqu'alors la conversation des deux membres de l'ASEC se turent finalement. Sasuke se tourna vers Naruto et ce dernier en profita pour le questionner avec ses yeux. Le coeur du brun rata un battement quand il réalisa qu'il devrait tout lui expliquer. Normalement, il aurait dû d'abord se soucier de sortir d'ici vivant mais il faisait confiance à ses compagnons. Kiba enfila discrètement une cagoule en se cachant comme il le pouvait grâce à Sasuke et alors que le brun se posait sérieusement des questions sur leur plan d'intervention, l'Inuzuka cria fermement :
« Attaque! »
Et c'est là qu'Akamaru, surgissant de nulle part, sauta à la gorge de l'homme masqué qui surveillait les clients en le surprenant par derrière. Kiba se redressa précipitamment pour aider son fidèle compagnon et désarmer l'homme qui tentait de se débarrasser du molosse. Pendant ce temps, d'autres agents surgissaient de la foule, cagoulés eux aussi pour se rendre dans les coffres-forts là où ils savaient que la plupart de l'action se déroulerait. Après avoir assommé l'homme masqué avec sa propre arme à feu, Kiba hurla aux gens :
« Sortez d'ici! »
La petite foule ne se le fit pas dire deux fois et Sasuke poussa Naruto à l'extérieur pour ensuite suivre Kiba qui lui fila le pistolet du malfrat ainsi qu'une cagoule. Ils se rendirent à leur tour aux coffres-forts pour rejoindre leurs partenaires. Seul Gaara s'y trouvait, dissimulé parfaitement aux yeux des criminels. Maintenant rejoint par Kiba et Sasuke, le roux leva deux doigts pour les informer du nombre d'ennemis. Il pointa ensuite le plafond pour que Sasuke comprenne un tant soit peu le plan d'attaque. Quelques minutes plus tard, ils entendirent des cris de surprise et se dirigèrent vers la source du bruit. Le plan avait fonctionné apparemment. Des tuiles du plafond étaient manquantes et Ino accompagnée de Shikamaru tenaient dans leurs mains les semi-automatiques. À leurs pieds gisaient les deux malfaiteurs, visiblement assommés. Ils conseillèrent aux deux otages de partir et leur assurèrent que la situation était sous contrôle. Shikamaru démasqua les deux hommes. Ils se croient où, à un pièce de théâtre, pensa Sasuke avec antipathie.
« Hidan et Kakuzu selon notre source, déclara-t-il. Qu'en est-il de l'autre Kiba.
- Ligoté et sévèrement cogné, Akamaru le surveille bien gentiment.
- Bien, on déguerpit d'ici en douce et on surveille le périmètre en attendant l'arrivée des policiers qui ne devraient d'ailleurs pas tarder », dit le Nara avant de ficeler les poignets des deux inconscients.
Kiba siffla fortement et Akamaru ne tarda pas à les rejoindre. Ils empruntèrent une autre voie que la sortie principale et purent sortir sans être remarqués. Une fois à l'extérieur, ils retirèrent leur cagoule et Ino certifia à l'Uchiwa :
« Tu peux aller retrouver Naruto, Nakamura, on s'occupe du reste. »
Il se rendit à l'avant de la banque en contournant le bâtiment. Parmi la frénésie des gens qui s'empressaient d'appeler avec leur portable ou bien qui, en état de choc, discutaient entre eux de ce qui venaient de se passer d'un air désorienté, l'Uchiwa réussit à distinguer un tête blonde plutôt hautement perchée et à tirer son ami hors de tout ça pour l'amener quelques rues plus loin afin de s'asseoir sur un banc. Naruto le suivit, soulagé de le revoir sain et sauf.
« Qu'est-ce que qui vient de se passer? Pourquoi tes amis, ils-ils... bafouilla le blond, abasourdi.
- J'ai plusieurs choses à t'avouer Naruto », soupira le brun.
L'Uzumaki garda le silence pour l'inciter à continuer.
« Je fais parti d'une organisation ... secrète, et c'est pourquoi tu ne devras jamais parler à personne de ce que je vais te dire.»
Son ami hocha la tête, quoiqu'un peu perdu.
« Nous sauvons des vies et éliminons les criminels. Je sais que ça a l'air ignoble dis comme ça, mais c'est le bien que nous tentons de faire. Et il y a quelques mois déjà, on m'a chargé de recruté quelqu'un. ...Toi. »
Les yeux de Naruto s'écarquillèrent lorsqu'il réalisa tout ce que cela impliquait.
« J'avais pour mission de tâter le terrain et voir si ton intégration serait possible.
- M'amadouer donc, reformula le blondinet d'un ton crispé et sur la défensive.
- Je ne le dirais pas comme ça. »
Naruto lui lança un regard assassin pour lui faire comprendre de ne pas essayer de jouer sur les mots.
« Et si tu veux tout savoir, poursuivit l'Uchiwa, je savais déjà que tes parents étaient morts assassinés, que tu vivais avec ton oncle et que tu pratiquais le Kung Fu. »
C'était pire que de recevoir un coup de poing en plein visage pour le blond. Pire que si Sasuke le repoussait. Parce que là il savait que tout ceci n'était qu'une mascarade depuis le début. Il s'était confié au brun à propos de son passé, s'était dévoilé à lui et maintenant Sasuke lui apprenait qu'il n'avait fait que jouer dès le départ. Il fronça les sourcils et se leva pour retourner chez lui. Le brun lui agrippa la main pour lui expliquer que ce n'était pas ce qu'il croyait, qu'il tenait vraiment à lui et que même si on l'avait poussé pour qu'il lui parle, il ne regrettait rien. Le blond se dégagea brutalement et cracha :
« Lâche-moi, hypocrite. »
Sasuke obéit, n'ayant jamais vu autant de méchanceté dans le regard habituellement si doux de Naruto. Ce dernier partit chez lui, le coeur en miettes et se sentant trahi comme jamais.
À cet instant, même si tout cela signifiait l'échec de la mission que Tsunade lui avait confiée, Sasuke n'en avait que faire. Il avait perdu son seul ami, la seule personne qu'il avait besoin pour vivre. Car même si le brun ne se l'avouerait jamais, Naruto était plus essentiel qu'un simple ami et les sentiments qu'il avait envers lui allaient au-delà de l'amitié. Le blond était son point de repaire, et vice-versa.
[...]
Plusieurs heures suite à sa mission, Ino prit place derrière le comptoir du magasin de fleuriste de sa famille. Alors qu'elle essayait d'enlever la statique que sa cagoule avait causée, les clochettes tintèrent gaiement à l'entrée, l'avertissant de l'arrivée d'un client. Le coeur d'Ino s'emballa lorsqu'elle découvrit Saï, avec qui elle aimait de plus en plus passer du temps. Elle se rendit à sa rencontre et lui sourit gentiment.
« Bonjour Ino, tu vas bien? lui demanda le garçon
- Ça va!
- ... C'est pour mon frère.
- Oui, j'ai déjà préparé tout cela hier », dit-elle avant de partir pour revenir avec un somptueux arrangement floral.
Elle le lui tendit avant d'ajouter :
« Tu veux que je t'accompagne à sa tombe Saï?
- Non c'est bon, je n'ai pas envie que tu me vois dans cet état. »
Elle l'embrassa chastement pour lui insuffler un peu de courage.
« Combien je te dois?
- Rien », répondit-elle avant de poser un doigt sur ses lèvres pour l'empêcher de contester.
[...]
« Va falloir que tu arranges le coup Nakamura, lâcha Tsunade.
- C'est peine perdue.
- Rien n'est peine perdue, insista-t-elle.
- Au fait, pourquoi n'avez-vous pas ordonner la mort des preneurs d'otages de la banque?
- Tu sais Nakamura, rien ne nous dit que ces hommes ont tué auparavant. Aucune preuve fiable, alors aucune raison de les éliminer. La police s'occupe de leur cas et puisqu'elle peut enquêter publiquement, elle découvrira peut-être quelque chose qui nous a échappée.
- Je vois. »
N'ayant rien de mieux à faire, Sasuke s'était finalement retrouvé ici quelques heures après l'attentat pour informer son chef du cas Naruto.
« Sur une note plus positive, Hinata m'a relaté tes récents exploits avec le katana. C'est plus que prometteur, tu devrais demander à Tenten qu'elle t'enseigne plus sérieusement l'art de manier cette fabuleuse arme.
- Ce n'était que de la chance, avoua celui-ci en se levant. Et puis j'ai pas envie de me sentir différent des autres. Déjà que mon manque d'expérience m'exclu. »
Alors que Sasuke se dirigeait vers la porte, Tsunade, avec un sourire en coin, lui dit d'un ton arrogant :
« Peut-être n'es-tu pas aussi différent que ce que tu crois Sasuke U-chi-wa », dit-elle en accentuant le nom de famille.
Le brun se glaça d'horreur des pieds à la tête. Alors elle savait, elle avait découvert son plus grand secret.
« Co-comment vous ... ânonna Sasuke.
- Je sais depuis le début petit crétin, se moqua-t-elle. Et si tu avais tenté de te rapprocher des tes coéquipiers, tu aurais compris que ton objectif est loin d'être singulier comparé aux leurs.
- Mon objectif?
- Oui, même si je sais depuis le début que tu es un survivant du massacre des Uchiwa, je voulais m'assurer que tu n'étais pas allié au tueur de ce clan. J'ai vite compris : ce que tu veux, c'est te venger de cette personne. »
L'Uchiwa déglutit mais réussit quand même à articuler :
« Et vous m'aiderez?
- Autant que nous le pourrons », sourit-elle.
Sur ce, Tsunade le chassa d'un geste de la main. Alors qu'il avait passé la porte, elle se demanda si c'était bien un voile de tristesse qu'elle avait aperçu dans le regard de Sasuke. Il fallait qu'elle arrange le coup avec Naruto. De plus, le lendemain serait probablement une journée difficile pour le brun.
[...]
Naruto frappait de rage dans les sacs de sable de son club d'arts martiaux. Alors qu'il passait aux coups de pied avec un cri de fureur, son maître s'approcha de lui.
« Naruto, tu sais que je n'accepte pas qu'on entre ici lorsqu'on n'a pas les idées claires. »
L'Uzumaki se refroidissait peu à peu et finit par arrêter complètement pour écouter son professeur. Ce dernier étant plus petit que lui, il dut baisser les yeux pour croiser son regard bienveillant.
« Règle tes problèmes et reviens une fois ceci fait », lui sourit-il en posant une main sur son épaule.
[...]
Sasuke écoutait un film idiot seul sur son sofa. Pourquoi ce genre de film était beaucoup moins drôle sans Naruto? Il changea de poste et tomba sur un poste de nouvelles où on annonçait l'arrestation de trois hommes et le sauvetage miraculeux de plusieurs otages par de mystérieuses personnes cagoulées. Il ferma la télévision d'un geste las et s'allongea, la tête sur l'oreiller que Naruto avait utilisé pour dormir la nuit dernière. Ces derniers temps, il appréciait tout juste la vie et maintenant tout redevenait comme avant, tout ça à cause de cette foutue mission. Certes, il avait approché Naruto uniquement à cause des ordres, mais c'était devenu instantanément beaucoup plus qu'une simple mission. Il s'endormit l'esprit apaisé par l'odeur de son blond sur l'oreiller mais ses rêves furent tourmentés par son amitié avec lui -si elle existait toujours- et la journée qui l'attendait demain ...
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