Un soir, quelque part dans le pays…

Auprès d'un bon feu qui brûlait dans l'âtre, deux silhouettes étaient assises l'une en face de l'autre sur deux fauteuils.

_ « Vous êtes sûr qu'avec ça il souffrira comme il se doit ? lança une voix masculine en tenant un petit flacon dans sa main.
_ Oui. Il sera traité comme une bête et il ne pourra plus user de sa magie, répondit une voix enchanteresse.
_ Donc il sera démuni et faible. C'est une plus douce vengeance… Et ce que j'ai retrouvé pour vous en contrepartie est-il suffisant ?
_ Totalement mon cher.
_ Eh bien, ma chère Maléfique je suis ravi d'avoir fait affaire avec vous », conclut son invité avec un petit sourire bien à lui.

L'homme se redressa, la salua poliment et quitta les lieux promptement.


Cinq jours s'étaient écoulés depuis la libération d'Emma et l'échec d'Albéric. Bien après le départ de Baelfire, la Reine et le Roi accompagnés de leur fille, de leurs amis et de leurs gardes rentrèrent le cœur plus apaisé. Malgré tout, les parents d'Emma pensaient beaucoup au fils du ténébreux. Sa souffrance face à leur fille amnésique était telle qu'ils comprenaient et ne lui en voulaient pas d'être parti après cette découverte. Du côté du jeune homme, tout ce à quoi il pensa était de rentrer, de s'enfermer et de ne voir personne. Il avait besoin de s'isoler et de faire le point. Ce qu'il fit au grand dam de son père qui se sentait impuissant. Son fils ne prit même pas la peine de débattre avec lui sur la métamorphose de son rapace que le père pensait être à nouveau une source de conflit. Bae avait d'autres choses qui le tourmentaient. De plus, son garçon fut malade pendant deux jours et préféra se soigner dans son coin, sans rien dire et sans se plaindre. Baelfire passa son temps à penser, à dessiner et à lire pour se vider la tête. Il put récupérer le sommeil bien que le souvenir marquant de Cora jetant une poussière sur Emma qui provoqua sa perte de mémoire le hantait. Un beau jour, son père l'informa de son intention d'aller au marché comme à son habitude toutes les deux semaines à Hamelin. Tout en méditant, le jeune homme caressa d'un doigt la gorge de son faucon, assis sur son perchoir.

_ « C'est demain après-midi ? questionna son fils, songeur.
_Oui. affirma son père d'un ton neutre.
_ Je pourrais venir avec toi ?
_ Pourquoi veux-tu… ? s'enquit Rumple, surpris de cette demande.
_ Je dois acheter un sac de graine pour Étoile, » dit-il en soupirant légèrement.

Le ténébreux cessa de ranger son kit de potion sur la table de la grande salle à manger suite aux propos de son fils.

_ « Je vois… » se contenta de répondre le père.

Il était clairement évident que son fils ne se serait pas affiché avec lui ou aurait fait de sortie avec lui si ça avait été pour autre chose que ça. Rumple contint un soupir et n'afficha pas sur son visage que ce genre de discours l'affectait, comme toujours. Il devait prendre son mal en patience pour montrer sa bonne foi et son envie d'être un bon père pour lui, mais parfois ce n'était pas évident. Baelfire restait toujours distant, peut-être parce qu'il savait que son père continuait toujours ses deals dans son dos et que c'était un bizness qu'il ne voulait pas arrêter. Malheureusement certaines habitudes ne peuvent pas se perdre, son fils devait s'en accommoder. Rumplestiltskin observa à nouveau son garçon, celui-ci regardait par la fenêtre le paysage au côté de son oiseau. Son visage était marqué par la tristesse et la résignation. Toujours les mêmes émotions que lors de son retour fracassant. Cora avait décidé de détruire le bonheur de Bae et d'Emma par la même occasion avec ce sort d'oubli. La sorcière était la femme la plus haï en ce moment par son fils. Saura-t-il reconquérir le cœur de la jeune fille ? En a-t-il seulement la force ? La princesse voudra-t-elle se rappeler ?

_ « Maudite sorcière ! » pesta le père intérieurement.

Rumple prit dans ses bras le kit et se dirigea vers son laboratoire en silence. Il devait retrouver Cora et lui faire payer une bonne fois pour toutes.

_ « J'en ai plus qu'assez que tu t'en prennes à mon fils » songea-t-il, le regard mauvais.

Baelfire resta immobile devant la fenêtre puis sortit un papier de sa poche. C'était un message de Pinocchio qui datait de ce matin. « Je passe te voir demain en fin de matinée. Tu m'as promis de me montrer tes dessins ! Puis j'ai des choses à te dire… On se retrouve chez la

trappeuse ? Graham te salue. À bientôt mon ami. Pinocchio »


Au royaume de Blanche-Neige – Le lendemain matin…

Il était environ 10h quand le meilleur ami d'Emma qui déjeunait avec celle-ci et sa famille se releva de sa chaise.

_ « Veuillez m'excuser. J'ai quelque chose de prévu donc… », s''excusa le fils de Gepetto.

Son père ne dit mot et Jiminy adressa un faible sourire à l'écrivain à ce sujet. Léo avait fini son chocolat et fixa attentivement Pinocchio.

_ « Tu vas voir Bae ? Je peux venir avec toi ? s'enquit le jeune garçon, suppliant.
_ Euh…, murmura Pinoc', gêné.
_ Non mon chéri. Aujourd'hui, tu as un cours après ton petit-déjeuner » annonça sa mère, tout en guettant inquiète la réaction de sa fille aînée.

Cette dernière avait soudain l'air peinée, embarrassée et troublée. David observa sa fille et ne savait pas comment l'aider. La fée Bleue leur avait conseillé de ne pas trop la brusquer. Il fallait doser les informations jour après jour, mais avec son petit frère ce n'était pas évident. Il parlait toujours de lui. Ces quelques jours Emma n'avait cessé d'être confuse et triste d'apprendre qu'elle avait perdu la mémoire. Léo bouda suite à ces propos et quitta la table.

_ « Je suis désolé, murmura le fils de Gepetto.
_ Ce n'est rien. Transmets-lui notre bonjour s'il te plaît. répondit le Roi sérieusement.
_ Je le ferais. On se voit ce soir Emma ? » questionna son ami, préoccupé.

La princesse était ailleurs. Elle repensait encore à ce jeune homme intrigant qui l'avait prise dans ses bras. Il semblait si inquiet et si soulagé l'instant d'après en la voyant se réveiller. Bien que surprise par ce visage inconnu, quelque chose chez cet étranger lui donna l'impression d'être apaisée. C'est pourquoi elle n'avait pas crié, c'est pourquoi elle ne l'avait pas repoussé. De plus, ce jeune homme aux allures proche du chasseur était plutôt beau garçon et avait un sourire incroyable. Elle avait dû mal à l'oublier. Cependant dans l'agitation et avec l'arrivée de ses parents, elle ne sut pas son prénom à ce moment-là. Ce Baelfire l'avait libéré et était parti sans rien dire. Emma ne comprit pas jusqu'à ce qu'on lui apprenne que Cora lui avait effacé des souvenirs. Ceux que la princesse avait depuis qu'elle l'avait rencontré. Lui. Elle avait oublié les dix derniers mois qui se sont écoulés. Ce fut un grand choc… la jolie princesse contempla tristement la bague à son annulaire gauche. Elle avait fini par savoir que cette bague n'était pas un cadeau de ses parents, mais de lui.

« Ma chérie c'est… une personne à qui tu tiens énormément. » avait dit sa mère.

_ « D'accord. » souffla-t-elle tout en fixant ses mains.

Son ami la vit perdue dans ses pensées. Il devait dire à Baelfire que quelque part sa Emma était toujours là. Qu'il devait se battre pour elle… Pinoc' se contenta de hocher de la tête puis disposa. Quelques secondes après, Emma fit de même et s'excusa poliment avant de quitter la grande salle à manger. Dès qu'elle fut hors de la vue de ses parents, elle sortit de sa petite sacoche le carton d'invitation pour l'anniversaire de mariage de ses parents, prévus dans une semaine. Une idée avait germé dans sa tête. Elle voulait le revoir et lui parler. Pinocchio pourrait-il… ? La princesse releva légèrement sa robe d'une main et s'élança dans le couloir pour rattraper son meilleur ami. Il allait passer les portes quand elle l'interpella. Ce dernier se retourna surpris et contempla son amie, un sourcil arqué.

_ « Qu'y a-t-il, Emma ? demanda-t-il, étonné.
_ Peux-tu prendre ça avec toi ? » questionna-t-elle, gardant une expression sereine sur le visage alors que son cœur battait à la chamade.

Pinocchio prit l'objet en question et reconnut le carton d'invitation royal. Il releva les yeux vers la jolie princesse. Celle-ci semblait troublée par son action.

_ « Tu veux que je lui… ? lança-t-il, abasourdi.
_ Oui » coupa-t-elle avant de s'enfuir pour cacher son embarras.

Emma prit la poudre d'escampette. Pinocchio l'observa puis posa à nouveau ses yeux sur le carton d'invitation. Il ne put s'empêcher d'avoir un sourire. Tout n'était pas perdu. Emma semblait vouloir le revoir.


Au Dark Castle – Au même moment…

Baelfire descendit les escaliers, fraîchement lavé et habillé. Dans la grande salle, il vit son père en compagnie du Chapelier fou et d'un autre homme. Ce dernier avait les cheveux blonds courts et plaqués avec une raie au milieu. Il portait une longue veste vert foncé avec de gros boutons, des gants en cuir aux mains, un pantalon et des bottes noires. Le jeune homme s'approcha d'eux et sentit une tension entre eux et son père. Il racla de la gorge et les trois hommes se retournèrent.

_ « Bonjour Chapelier. salua-t-il.
_ Bonjour Baelfire. lança celui-ci avec un signe de tête.
_ Bae…, interpella le ténébreux en fronçant des sourcils.
_ Bonjour… vous êtes ? » questionna Bae en regardant l'autre visiteur, ignorant l'appel de son père.

Il vit des yeux bleus perçants l'observer. Il tenait une mallette dans une main. L'homme en question tendit son autre main.

_ « Victor. Victor Frankenstein, répondit l'étranger platement.
_ Enchanté. C'est la première fois que nous nous voyons. Vous travaillez avec mon père depuis longtemps ? demanda le fils de Rumplestiltskin.
_ C'est très récent.
_ Grace est à l'extérieur. Elle semble s'ennuyer. Pourquoi ne lui tiendrais-tu pas compagnie ? informa Rumple désireux de poursuivre son affaire et d'éloigner son fils des deux hommes.
_ Je vois… » appuya Bae en fixant son père d'un air interdit puis il s'éloigna.

Rumple soupira intérieurement. Jefferson scruta le ténébreux sombrement. Il n'aimait pas que ce dernier mêle sa fille dans l'histoire. Encore heureux que le fils ne fût pas comme le père sinon sa fille ne serait pas dans le coin.

_ « Je vais dans la forêt à côté avec Grace. Vous saurez nous retrouver. » conclut sèchement le futur fauconnier en mettant sa cape et prenant sa sacoche.
Sans un autre regard, il quitta le château. À l'entrée, il aperçut Grace en train de lire un livre sur une marche.
_ « Tu veux faire un tour chez Manny avec moi ? » demanda-t-il d'un ton plus radouci.

La jeune fille releva la tête en entendant cette voix si familière. Elle lui fit un sourire et se redressa.

_ « Oui ! » dit-elle, d'un air enjoué.

Suite à ces mots, ils s'étreignirent brièvement puis se mirent en marche.


Devant la maison de la trappeuse – Une demi-heure plus tard…

Baelfire et Grace discutaient avec Manny, mais aussi avec d'autres visiteurs. Les petits-enfants de celle-ci. Le protégé de la vieille dame fit enfin la rencontre des faux jumeaux, chasseurs de sorcières cannibales depuis 3 ans. Ils avaient tous deux 14 ans. Hansel avait un caractère plus fonceur que sa sœur. En effet, Gretel était très intelligente et elle était plutôt le cerveau de ce tandem. Il était complémentaire tous les deux. Ils racontèrent un de leur récit avec beaucoup d'humour. Manny ne put s'empêcher de les rouspéter sur certaines de leurs actions risquées. Néanmoins, ces adolescents savaient se battre et se défendre comme il faut grâce au même enseignement que Bae avait reçu de leur grand-mère des années plus tôt. Les jumeaux apprirent beaucoup de leur voyage et acquirent de nombreuses expériences au grand dam de leur père qui était soucieux de leur situation.

_ « C'est normal que votre père s'inquiète. Vous êtes encore mineurs. Ce que vous faites est certes très bien, mais risqué puis ce n'est pas légal ou licencié en société. Ce n'est pas comme Bae qui a réussi son épreuve de chasse, vous comprenez ? fit part Grace.
_ C'est dans nos projets futurs, mais pour l'instant…, lança Hansel.
_ … On ne peut pas accepter que des enfants ou des victimes se fassent attraper ou disparaissent avec ces horribles sorcières cannibales, aussi bien dans notre monde ou d'autres. » compléta Gretel.

Manny soupira légèrement puis contempla le fils du ténébreux, très peu bavard.

_ « Tu n'as pas passé la dernière épreuve la semaine dernière, commenta la trappeuse à l'intention de Bae.
_ Non. Je tenterai l'année prochaine.
_ Tu… as essayé de voir Emma ? demanda-t-elle, soucieuse.
_ Non. Je… ne veux pas en parler. » coupa-t-il soudain renfrogné.

Il se redressa et s'éloigna rapidement du groupe avec sa sacoche.

_ « Bae ! s'écria Grace, anxieuse.
_ Laissons-le. Ses blessures sont toujours ouvertes. Il a encore besoin de temps avant de prendre du recul sur tout ça, annonça la trappeuse en soupirant à nouveau.
_ Pauvre Baelfire. » murmurèrent les jumeaux, peinés pour lui.

Le jeune homme marcha pendant une dizaine de minutes puis se posa sur une souche. Il cacha de ses deux mains son visage un moment avant de prendre une grande inspiration et de balayer d'une main, ses cheveux en arrière. Il finit par sortir de sa sacoche un cahier et un crayon de mine. Dessiner lui permettait d'exorciser ses frayeurs. Bae commença à esquisser un semblant de visage, celui d'Emma.


Un quart d'heure plus tard, Manny servit du thé aux jeunes. Grace discutait encore un peu avec les jumeaux, mais regardait aussi de temps en temps dans la direction où était parti son ami. Elle soupira. C'était vraiment injuste pour lui. Elle était absorbée dans ses réflexions quand soudain une explosion assourdissante se déclencha à 10 mètres du groupe. La trappeuse sursauta tout autant que la fille du Chapelier et les jeunes chasseurs de sorcières cherchèrent des yeux l'origine de ce boucan.

_ « Mes aïeux, qu'est-ce que c'est ? questionna la vieille dame, ébahie.
_ Il y a des tonnes de copeaux dans l'air. réalisa Gretel, perplexe face à ce phénomène étrange.
_ Ce n'est pas un arbre qui vient d'exploser ? s'enquit Grace tout en se levant et se dirigeant vers la source du choc.
_ Fais attention ! » prévint Hansel en la suivant derrière elle prudemment, une main sur son poignard.

Ils entendirent tousser puis virent quelqu'un sortir d'un arbre. La silhouette était masculine et elle tenait dans sa main un rouleau de papier. Elle passa une main dans ses cheveux recouverts de copeaux de bois et s'épousseta les vêtements. La jeune fille brune s'approcha de la personne et l'aperçut enfin nettement. C'était un homme assez grand et brun avec une sacoche en cuir marron foncé. Il portait une tenue assez originale : une chemise blanche, une veste vert foncé sans manche, un pantalon marron et des bottes noires. Elle écarquilla les yeux en voyant le trou à l'intérieur de l'arbre d'où il venait de sortir.

_ « C'est vous qui avez fait ça ? » lança-t-elle à l'intention de l'inconnu.

Il se retourna vers elle surpris, puis remarqua le petit groupe près d'une vieille chaumière bancale.

_ « Euh… oui. Désolé pour le dérangement, admit-il avec un sourire contrit tout en scrutant les dégâts de l'arbre derrière lui.
_ Vous êtes qui ? questionna Hansel en se mettant à côté de Grace.
_ Pinocchio. Un ami de Baelfire. C'est bien ici la demeure de la trappeuse ? demanda-t-il tout en observant les lieux.
_ Un sort de téléportation. Incroyable… ça doit venir de son sang d'origine, souffla Gretel pour elle-même, fascinée.
_ Oui jeune homme, répondit la vieille dame en s'approchant de lui suivi par sa petite-fille.
_ Bae est-il avec vous ?
_ Il l'était. Il y a un quart d'heure, il est parti méditer un peu plus loin dans cette direction, déclara Grace d'un geste du bras, fixant toujours intriguée le visage de cet homme.
_ Merci…
_ Attends ! interpella Hansel le regard souriant, voyant l'étranger partir vers ce chemin.
_ Qu'y a-t-il ? lança le fils de Gepetto s'arrêtant dans son élan et observant le jeune garçon.
_ Tu es Pinocchio ? Le fameux pantin de bois qui est devenu un vrai petit garçon, s'exclama-t-il, impressionné.
_ Euh oui. Pourquoi cette question ? interrogea-t-il quelque peu embarrassé.
_ Je suis Hansel, voici ma sœur Gretel, la trappeuse est ma grand-mère et Grace est une amie de Baelfire, fit le jeune garçon poliment en présentant chaque personne.
_ Enchanté, dit le meilleur ami d'Emma avec courtoisie.
_ Ma sœur et moi on sait toujours poser une question sur ton histoire. On se demandait… si la sève est à l'arbre ce que l'alcool est aux humains… peux-tu manger des pancakes aux sirops d'érable ou pas ? » questionna Hansel, une lueur amusée dans les yeux.

Pinocchio le scruta d'un air interdit. Manny se retint de rire avec Gretel.

_ « Toi… tu es un petit farceur. On ne me l'avait jamais faite celle-là. répondit-il avec un regard légèrement rieur.
_ Allez, ne fais pas ta langue de bois ! Dis-nous tout !
_ Oh Hansel arrête, tu exagères ! Cela ne devait pas être drôle comme condition de vie ! déclara la fille du Chapelier, compatissante pour celui qui a été Pantin.
_ Mais c'est une question rhétorique. Ce n'est pas pour me moquer, je t'assure, avoua Hansel.
_ Ce n'est rien. Pour répondre à ta question, je n'ai jamais mangé de pancakes ni goûté au sirop d'érable. Donc je ne peux pas te dire si ça a les mêmes effets que l'alcool sur moi, déclara Pinoc' posément tout en observant la jeune fille qui voulait cesser les plaisanteries.
_ Alors il faudra se le faire un jour ! Il faudrait quand même que tu essayes, histoire de voir si tu peux avoir la gueule de bois ou pas !
_ Euh… un jour peut-être, mais pas maintenant, dit le fils de Gepetto prudemment.
_ D'accord. Merci d'avoir bien répondu en tout cas. Désolé de t'avoir coupé dans ton élan. Nous te laissons aller voir Baelfire. annonça Hansel redevenu sérieux.
_ Merci Hansel. » lança Pinoc' avec un sourire amusé.

Il salua le groupe et son regard s'attarda une dernière fois sur cette jeune fille brune vêtue d'une robe grise et blanche en dentelle avec un petit serre-tête dans les mêmes tons en forme de fleur. Grace croisa ses yeux inquisiteurs sur elle et sentit le rouge lui monter aux joues. L'instant d'après, il détourna les yeux et s'orienta vers la direction donnée quelques minutes auparavant. Il marcha un moment avant d'apercevoir Baelfire sur le chemin. Les deux hommes se scrutèrent sans comprendre.

_ « L'explosion… débuta le futur fauconnier.
_ Oui… c'était moi, avoua l'ami d'Emma.
_ Mais, comment fais-tu ça?
_ Téléportation magique mon ami ! Un cadeau hérité de la fée Bleue. Mon sang garde certaines propriétés magiques de mon lieu d'origine. Mon père m'a créé à partir d'un chêne particulier et je peux apparemment me déplacer d'un point à une autre grâce à mon sang et à une carte, déclara-t-il en montrant le rouleau de papier en main.
_ J'avais craint le pire…, murmura Bae s'imaginant un feu de forêt.
_ Finalement ce n'est que moi. On s'assoit ? » proposa Pinocchio en regardant l'amoureux blessé.

Le fils de Rumplestiltskin acquiesça et s'installa sur un rocher alors que Pinoc' s'accouda à un arbre.

_ « Je voulais te donner de ses nouvelles, car il est certain que tu ne serais pas venu les chercher. Les dessins étaient un prétexte. informa ce dernier.
_ Tiens. Je les ai quand même avec moi. » répondit Bae en lui tendant son carnet.

Le fils de Gepetto prit le cahier et se mit à le feuilleter. Il ne pouvait que reconnaître son talent. Pinocchio observa le dernier dessin réalisé. Le visage d'Emma.

_ « Emma est très désorientée par tout ça. La fée Bleue veut qu'on aille en douceur dans les informations. On lui a demandé quel était son plus vieux souvenir avant de s'être réveillée parmi nous et on a appris qu'il datait d'un mois avant la nuit d'étoiles filantes. Elle t'a oublié, mais aussi tous ceux qu'elle a rencontrés grâce à toi par la suite. Robin, Regina, Flynn, Raiponce entre autres, mais il doit y en avoir d'autres. Léo parle beaucoup de toi et Emma est gênée d'être dans le brouillard à ce sujet. Elle a déjà posé des questions à son frère et à ses parents te concernant. Du genre : « Comment est-il ? », « Comment s'appelle-t-il ? », « Comment on s'est rencontré ? », « Pourquoi m'a-t-il sauvé ? ». Malgré ces questionnements, elle est restée sur sa réserve et n'a jamais montré le moindre trouble évident. C'était plutôt de la surprise mélangée à de la confusion. Du moins jusqu'à aujourd'hui... J'ai quelque chose pour toi. » informa le meilleur ami de la princesse en sortant un petit papier rectangulaire et rigide.

Il le donna à Baelfire et celui-ci scruta le carton. De la surprise vint se lire dans ses yeux.

_ « Je ne comprends pas…, souffla-t-il, quelque peu perdu.
_ Elle m'a passé cette invitation maladroitement en me faisant comprendre que... que c'était pour toi. Elle semblait si gênée par sa demande qu'elle s'est enfuie ensuite. Emma veut te revoir et sûrement te parler. Inconsciemment, elle est toujours là Bae. Ta Emma veut te retrouver. » annonça Pinocchio avec un sourire.

Le jeune homme sourit faiblement tout en regardant le carton dans ses mains. Il soupira puis releva les yeux pour observer son voisin.

_ « Merci. répondit Bae, le visage un peu plus lumineux que pendant ces derniers jours.
_ Il n'y a pas de quoi ! Oh au fait… j'ai eu l'immense privilège de rencontrer la trappeuse et toute la compagnie. Ses petits-enfants sont… euh comment les décrire ? Originaux ? À peine arrivé, on me fait une blague. Enfin bon… déclara-t-il avant de faire une pause et de penser à l'autre fille brune.
_ Oui ils ont beaucoup d'humour. D'ailleurs j'en suis impressionné vu toutes les horreurs qu'ils peuvent voir à côté. Ils sont chasseurs de sorcières…
_ Vraiment ? Mais ils ont quel âge ?!
_ Ils ont 14 ans. Hansel et Gretel ont aussi un sacré passé.
_ Eh bien… » murmura le fils de Gepetto, pensif.

Ce dernier frotta d'une main son menton puis contempla le chemin par lequel il était venu.

_ « Dis-moi… je peux te poser une question ? interrogea celui-ci brusquement.
_ Oui, vas-y. Qu'est-ce qu'il y a ?
_ Non, rien..., se ravisa Pinoc' en chassant l'image de cette Grace de sa tête.
_ Là tu m'intrigues. Qu'est-ce qui peut te faire autant hésiter ?
_ Rien je t'assure. » mentit-il effrontément.

Instinctivement, il toucha discrètement son nez et soupira de soulagement. Pinocchio avait cru un instant se revoir Pantin et son nez s'allonger par le mensonge.

_ « Tu t'es un peu trahi, constata Baelfire en le prenant en flagrant délit.
_ Comment ça ? dit-il d'un air innocent.
_ Tu as eu peur que ton nez s'allonge pendant un instant, non ? »

Le fils du ténébreux fixa le regard interdit de son ami. Ce dernier passa une main nerveuse dans ses cheveux. L'ancien pantin de bois se sentait bizarre d'éprouver autant d'intérêt pour une fille qu'il venait à peine de rencontrer. Elle était beaucoup trop jeune. Cela ne pouvait pas… ça ne pouvait pas être un coup de cœur. Il soupira puis repensa à son père et à sa propre définition de l'amour : « L'amour, ça ne se prévoit pas mon fils. Cela commence toujours par une rencontre, mais pas n'importe laquelle, celle qui te donnera un coup de cœur. Il sera tel que tu ne pourras pas oublier son visage et des sentiments finiront par grandir au fur et à mesure ». Pinocchio se souvenait enfant avoir demandé pourquoi son père était aussi convaincu de ça. Le vieil homme lui avait confié alors qu'il y a très longtemps il avait aimé une jeune femme et c'est exactement ce qu'il avait ressenti. Ils avaient vécu ensemble quelque temps, mais elle était morte de maladie. Depuis aucune autre femme n'avait pris sa place. Son seul regret c'est qu'ils n'aient pu avoir des enfants tous les deux alors quand le vœu de Gepetto se réalisa des années plus tard avec un pantin de bois, il repensa tendrement à cette chère Amélia. « Un jour, tu connaîtras ça aussi, mais tu es trop jeune pour l'instant ! » déclara son père avec un sourire bienveillant. Son fils s'était contenté de hausser des épaules. Pour lui ce n'était pas vraiment sa priorité dans la vie à ce moment-là. Tout ce qu'il voulait c'était s'amuser, apprendre de nouvelles choses et être avec son papa. En se remémorant ce souvenir, l'homme brun grimaça. Il n'y a pas si longtemps Jiminy lui faisait la morale parce qu'il n'avait pas de vie à trop rester concentré sur son livre de récit et à aider son vieux père. Le criquet disait qu'il n'était jamais tombé amoureux. C'était vrai au fond… et comme par hasard, du jour au lendemain, cette fille tombe du ciel. Au moins une dizaine d'années les séparaient.

_ « Je ne peux pas… Je ne suis pas un humain comme les autres. Je ne sais même si je peux fonder ma propre famille. songea-t-il, torturé.
_ Hey… tu as l'air inquiet ? Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Bae, en voyant Pinocchio passé une main sur son visage.
_ Je crois qu'une fille me plaît…, murmura-t-il, soucieux.
_ Tu crois ou tu en es sûr ?
_ Dire que j'en suis sûr prend une tournure bien plus réelle. De toute façon je ne pense pas que ce soit réciproque…
_ Quand l'as-tu rencontré ?
_ Aujourd'hui…, marmonna-t-il en se grattant la tête et faisant soudain les cent pas.
_ Vraiment ? Incroyable. On dirait que tu as le coup de foudre, lança Baelfire avec un petit sourire.
_ On ne plaisante pas avec ça. Là… c'est… ce ne peut pas être possible.
_ Tu ne peux pas contrôler tes sentiments.
_ À quel moment tu as réalisé que tu étais amoureux d'Emma ? demanda Pinocchio avant de finalement s'asseoir sur un rocher aussi.
_ Je pense que c'est le jour de notre rencontre quand je l'ai observé en train de faire un vœu, les yeux fermés devant la pluie d'étoiles filantes. C'était la première fois que mon cœur battait autant. J'ai chassé de mon esprit ce trouble, mais au final j'ai cessé de nier quand Cora a essayé pour la première fois de faire du mal à Emma.
_ Alors je m'en sens moins idiot, j'imagine…
_ Qui est-ce ?
_ Hum… quelqu'un que tu connais plutôt bien. Elle est brune, joliment habillée. Une jeune lady intrigante. confia Pinoc', en se remémorant leur rencontre.
_ Grace ? s'exclama Bae, ébahi.
_ Oui…, répondit son ami, inquiet.
_ C'est une fille adorable. Je suis sûr qu'elle pourrait t'apprécier. Mais tu sais ce n'est pas elle dont tu devrais t'inquiéter dans l'histoire, mais de son père. Il est très protecteur, même trop.
_ Je vois… en même temps c'est compréhensible. De toute façon, je n'en suis pas au point où je veux lui avouer. Je… Je ne pense pas avec ma condition…
_ Quelle condition ? De quoi tu parles ? interrogea le fils du ténébreux, confus.
_ Je ne suis pas né comme un être humain Baelfire. Je ne pense pas avoir le droit d'aimer quelqu'un de différent de moi. J'ai envie de ne faire souffrir personne. Je me sens tellement mal en ce moment en ressentant quelque chose pour cette fille. J'aimerais ne pas être ce que je suis.
_ Ne dis pas ça. Tout le monde a droit de trouver l'amour et tu ne devrais pas avoir honte de ce que tu es, annonça Baelfire d'un air sérieux.
_C'est facile à dire. Tu sais je le vivais plus tôt bien avant. Je ne me souciais pas de l'amour. J'avais d'autres choses en tête. Si je n'ai jamais eu personne dans ma vie jusqu'à maintenant c'est certainement parce qu'inconsciemment je sais que ça ne peut pas être pour moi. Je ne peux pas… Enfin bon, la curiosité demeure. Qui est son père ? questionna Pinocchio, tâchant de paraître détaché malgré sa tristesse.
_… Le chapelier. » dit son ami en le scrutant impuissant.


À l'entrée du Dark Castle

Le chapelier fou et le scientifique sortirent suivis du ténébreux qui ferma sa demeure à double tour.

_ « Cher docteur, c'est un plaisir de faire affaire avec vous, conclut celui-ci avec un petit rire bien à lui.
_ Je vous remercie de m'avoir concocté une potion pour un de mes confrères. Le docteur Jekyll. Les choses deviennent de plus en plus graves dans mon pays avec son dédoublement de personnalité, expliquaVictor.
_ Je vous souhaite bien du courage pour le neutraliser. » lança Rumple avec un sourire niais.

L'homme venant du monde sans couleurs acquiesça gravement.

_ « Faites appel à moi quand il vous plaira pour que je paye ma dette, dit ce dernier.
_ Ne vous inquiétez pas pour ça. Je n'oublie jamais les contrats que je passe avec les gens, déclara le ténébreux avec un sourire ironique.

Le chapelier se contentait d'observer les deux hommes sans rien dire. Actuellement, il servait juste d'intermédiaire pour le scientifique. Ceci était loin de lui plaire, car c'était le ténébreux qui l'avait forcé à réutiliser son chapeau pour amener ce docteur à lui.

_ Je ne savais pas que vous aviez un fils ? fit le docteur finalement, sa mallette toujours dans une main.
_ C'est un peu le but très cher ! Mise à part dans cette région, personne ne le sait et entre nous, je préfère que ça reste ainsi. Est-ce bien clair ? répliqua Rumplestiltskin, d'un ton menaçant.
_ Limpide. Je serais une tombe. Mais si je peux me permettre… C'est un jeune homme très affable et différent de…
_De quoi? De moi ? Certes, mon fils n'a pas hérité de cette magie noire que je possède et c'est très bien ainsi. C'est un fardeau lourd à porter, murmura-t-il en pensant à sa dague, cachée en lieu sûr.
_ Hum je vois…
_ Je ne crois pas Docteur. Mon fils détient la seule part d'humanité que j'avais de mon existence d'avant. Je suis fier de lui, parce qu'il a plus de qualité que moi et qu'il reste fidèle à lui-même. Il mérite une vie dont je ne devrais pas faire partie. » rétorqua le ténébreux, les yeux dans le vague.

Le chapelier se racla la gorge, quelque peu embarrassé. Pour un peu il aurait pensé que ce sorcier intraitable et puissant souffrait de sa relation avec son fils.

_ « Sur ce, trêve de bavardages inutiles! Allons retrouver votre fille. Je sais exactement où mon fils est. » reprit Rumple tout en scrutant le père de Grace.

Et d'un geste de la main, il enveloppa ses invités d'une épaisse fumée violette. L'instant d'après ils avaient disparu et refaisaient surface quelques secondes plus tard, sur un chemin caillouteux dans une forêt. Rumplestiltskin vit son fils de dos en grande conversation avec un homme brun. Ce dernier remarqua leur présence et interpella Baelfire. Son fils se leva et se retourna vers eux. Le chapelier était très contrarié et fusillé du regard le jeune ami de sa fille.

_ « Où est ma Grace ? interrogea-t-il.
_ Ne vous inquiétez pas Chapelier, votre fille n'a pas été kidnappée. Elle n'est pas loin d'ici. Elle boit un thé avec une amie à moi. Suivez-moi ! » se contenta-t-il de répondre tout en marchant dans une direction donnée.

Le papa-poule se renfrogna et le suivit d'un bon pas également, le reste du groupe derrière eux . Cinq minutes plus tard, Baelfire s'arrêta et regarda le paysage en face de lui. Rumple fronça des sourcils. Il n'y avait aucun bruit, aucune présence mise à part les bruits des oiseaux dans les arbres environnants. Le jeune homme porta ses deux mains à sa bouche comme un porte-voix et cria le prénom de la jeune fille. Le chapelier vit avec soulagement sa fille en grande conversation avec des jeunes de son âge. Quand son ami l'interpella, elle se retourna.


Devant la chaumière de la trappeuse

Les jumeaux parlaient de leur prochaine mission sur les marches tandis que leur grand-mère préparait le déjeuner à l'intérieur de sa maison. Grace écoutait d'une oreille les deux adolescents tout en contemplant sa tasse de thé vide. La jeune fille de 15 ans s'inquiétait pour son ami. Elle se demandait si tout se passait bien puis ses pensées dérivèrent vers cet homme brun. Il était si mystérieux, si intrigant et… si fascinant qu'elle en rougit. Pinocchio avait un je-ne-sais-quoi… Quelqu'un toussota à côté d'elle. C'était Hansel qui l'observait avec un sourire idiot.

_ « Quoi ? s'exclama Grace sur la défensive.
_ Il y a quelqu'un ici qui pense à l'homme de bois ! déclara le frère jumeau.
_ Que ? Non ! Je pensais à Baelfire, à Baelfire, asséna-t-elle, butée et niant tout en bloc.
_ Ah c'est les prémices d'un amour naissant ! renchérit Gretel, amusée.
_ N'importe quoi ! Je ne peux même pas penser tranquillement. C'est incroyable ! » répondit la fille du Chapelier, contrariée.

Elle déposa sa tasse sur la marche.

_ « Oh allez, avoue qu'il t'intrigue ! On a vu comment tu as pris sa défense tout à l'heure. Il te plaît, poursuivit la jolie blonde avec des nattes.
_ Non… » murmura-t-elle quand soudain une voix familière l'interpella.

C'était Bae. Elle détourna son regard des jumeaux et rechercha la provenance de cet appel. Elle le vit à quelques mètres d'ici en compagnie de son père mécontent, du ténébreux, du scientifique et de Pinocchio.

_ « Je vais devoir partir. Je ne sais pas si nous nous reverrons, annonça Grace avec un sourire contrit aux jumeaux.
_ Un jour ou l'autre, ne t'inquiète pas ! promit Hansel.
_ On a été content de faire ta connaissance, avoua sa sœur avec un sourire.
_ J'ai été ravie aussi. Remerciez la trappeuse pour moi.
_ D'accord.
_ Au revoir… dit l'amie de Bae avant de tourner le dos et aller à l'encontre de celui-ci.
_ Attends Grace ! s'écria Gretel.
_ Oui ?
_ Essaye de garder contact avec lui, conseilla la jeune chasseuse de sorcières.
_ Qui ? Baelfire, mais c'est déjà le cas ? lança Grace en fronçant des sourcils.
_ Non, je ne parlais pas de lui. » répondit la sœur jumelle avec un sourire amusé.

Celle-ci se releva des marches et entra dans la chaumière suivie de son frère qu'il la salua une dernière fois. Grace resta figée un moment. Ces jumeaux ne lâchaient pas le morceau ! Ils étaient impossibles ! Comme si elle était amoureuse de… de… brusquement comme ça ! Son ami l'interpella à nouveau. Elle chassa cette conversation abracadabrante de son esprit et courut vers lui. C'est alors que le père de Bae aperçut la jeune fille arriver de nulle part.

_ « Désolée Papa pour mon retard. fit Grace quelque peu essoufflée.
_ Ne me refait plus jamais ça ! prévint son père.
_ Je n'étais pas en danger. répliqua-t-elle.
_ Un sort d'invisibilité. constata Rumplestiltskin.
_ Du tout. Vous ne voyez pas la chaumière à quelques mètres en face de vous ? questionna le docteur au ténébreux d'un air surpris.
_Non…, marmonna-t-il, la mine sombre.
_ Mon père est le seul à ne pas la voir. Pour un tas de raison. » déclara son fils sans appel.

Le scientifique, le chapelier, Grace et Pinocchio sentirent comme une tension dans l'air.

_ « Bon… moi je vais y aller. J'espère que tu viendras à cette fête. Tu peux venir accompagner, souffla discrètement le fils de Gepetto à l'amoureux d'Emma.
_ D'accord, acquiesça ce dernier pensivement.
_ Bonne journée ! » lança Pinocchio aimablement.

Son dernier regard se porta sur Grace, elle semblait embarrassée. Le père de la jeune fille intercepta cet échange et toussota. L'homme de bois finit par détourner les yeux et s'orienta vers un autre chemin, la carte toujours en main.

_ « Je vous ramène docteur et ensuite, j'aimerais retourner à mes affaires, grommela le Chapelier.
_ Très bien. Je vous suis. Au revoir, répondit Victor en un signe de tête révérencieux à Bae et son père.
_ Au revoir, fit le fils du ténébreux.
_ Salut Bae ! À bientôt ! répondit Grace avec un petit sourire.
_ Oui à bientôt ! »

Le jeune homme vit aussi s'éloigner ses trois personnes dans une autre direction, opposée à celle de Pinocchio puis après quelques secondes, il posa ses yeux sur le visage de son père. Il était impassible. Baelfire soupira.

_ « Allons-y ! » déclara son père brusquement et d'un geste de la main, il les envoya au marché de Hamelin.


Au royaume de Blanche-Neige - à la bibliothèque royale

Belle était installée au bureau d'accueil et d'emprunt la moitié de son temps de travail. La jeune femme était quelque peu morose en ce jour si particulier. Que ne donnerait-elle pas pour en échange vivre une aventure digne de ses romans préférés ? Jusqu'à maintenant elle avait toujours été réservée et si sage… Elle regrettait presque de ne pas avoir fait partie de l'expédition vers la forteresse abandonnée il y a de ça quelques jours. Elle soupira légèrement quand un homme vêtu d'une cape marron portant un petit chapeau à plume de Geai arriva charger d'un bouquet de fleurs de lys rouge et d'un paquet.

_ « Lady French ? demanda le voyageur.
_ Oui ?
_ Ceci est pour vous. »

Le coursier lui tendit le bouquet et posa le paquet sur son comptoir. Puis il la salua et repartit d'où il venait. Belle regarda ses présents puis elle aperçut une lettre entre les fleurs. Elle posa le bouquet et la prit. Elle inspira longuement.

_ « Pourvu que ce ne soit pas eux ! » supplia-t-elle intérieurement.

La jolie brune ouvrit la lettre et lut la missive. Au bout de quelques minutes, ses yeux lancèrent des éclairs. Elle déchira la lettre et la balança dans un seau.

_ Non, mais pour qui ils se prennent ?! Chaque année c'est la même rengaine, j'en ai assez à la fin ! » s'écria-t-elle.

Belle jeta les fleurs et le paquet qui semblait être des chocolats au même endroit d'un geste rageur. Décidément cette journée était partie pour être la plus horrible et rien ne pourrait apparemment redonner le sourire à cette jeune bibliothécaire.


Au marché d'Hamelin

Son père déambulait devant lui, les mains dans son dos, à la quête d'objet particulier, de livres ou autres ustensiles nécessaires au château. Du côté de Baelfire, celui-ci ne prêtait pas attention à la distance des habitants et aux chuchotements craintifs occasionnés par la présence du ténébreux. Les gens avaient moins peur de celle du jeune homme. Certains le connaissaient et le savaient très gentil, prévenant à l'instar de son père. C'était limite s'ils n'avaient pas pitié de lui d'avoir un père pareil. Lentement, il circulait entre les stands d'un air pensif. Il regardait sans vraiment observer les objets exposés quand soudain quelque chose l'arrêta dans son élan. Quelque chose qui attira son attention. Il vit un médaillon particulier en argent sur une nappe entre différents bijoux qui sortait du lot. Le futur fauconnier vit la forme d'un cygne sur ce collier argenté. Il pensa douloureusement à Emma. Quelle étrange coïncidence… La marchande regarda le fils du ténébreux et lui demanda s'il était intéressé pour l'acheter. Baelfire quitta des yeux le médaillon pour observer la vieille dame en face de lui. Il acquiesça et l'acheta sur un coup de tête, sans savoir si un jour il pourra le lui offrir. Après lui avoir donné la monnaie, il le rangea dans son sac et décida de chercher les graines pour Étoile. Pendant quelques minutes il contempla les alentours, son père s'était un peu plus éloigner et parlait affaire avec un vieux marchand. Brusquement, il vit dans l'angle d'une petite ruelle sombre, une silhouette masculine qui lui était familière espionnant son père sur le côté. Le jeune homme avait comme un drôle de pressentiment et c'est sans hésitation qu'il s'avança vers cette personne.

En voyant quelqu'un s'approcher de lui d'un air déterminé, l'homme recula davantage dans l'ombre de cette rue.

_ « Vous… je vous ai déjà vu. Vous êtes l'acolyte de Cora, celui qui était dans les cachots à côté d'Emma. Tu en as après mon père ! » s'écria Baelfire en attrapant la veste du pirate et le bloquant contre un mur.

Ce dernier n'appréciant pas ce comportement, lui lança un coup de genou dans le ventre et le fils du ténébreux le lâcha sous à la douleur. Hook le contourna rapidement puis le piégea à son tour contre le mur, un poignard sous sa gorge.

_ « C'est toi qui ne devrais même pas être là ! Cela ne concerne que ton vieux père et moi, répliqua-t-il d'un ton grinçant.
_ Je ne vous laisserai pas faire, promit-il.
_ Oh vraiment… tu as de l'estime pour lui ? À tuer des gens ou à leur demander l'impossible en échange de la moindre aide ? Ce crocodile mérite de mourir ! C'est un monstre dans tous les sens du terme… Il t'a fait croire que ta mère est morte il y a des années, n'est-ce pas ? questionna-t-il en se rapprochant de lui et le regardant dans le blanc des yeux.
_ Je n'ai jamais vraiment été convaincu par cela. Dites-moi la vérité ! défia Bae, d'un ton froid.
_ Nous sommes tombés amoureux et nous avons fui ensemble. Ton père a menti. Il était trop lâche pour te dire la vérité. I ans par une étrange coïncidence, il nous a retrouvés. Sans peine, ton père a arraché son cœur de sa poitrine et l'a écrasé devant mes yeux. Et j'ai passé chaque instant depuis ce jour à vouloir ma revanche, dit-il en appuyant ses mots en montrant du doigt la poitrine du jeune homme.
_ Elle m'a abandonnée, déclara Baelfire, en repensant à son enfance et à l'amertume de son père.
_ Pas un seul jour n'est passé sans que ta mère n'ait regretté de t'avoir abandonné, Baelfire. On parlait de revenir te rechercher quand tu serais assez vieux.
_ Non… Tu as séparé ma famille, aussi bien que si tu avais arraché son cœur toi-même. Mon père était peut-être un lâche comme tu dis, mais il a toujours été là pour moi, Pirate! s'exclama-t-il en le fixant avec colère.
_ Non, Bae…
_ Tu ne t'intéresses qu'à toi. Tu détestes tant mon père, tu ne réalises même pas que tu es exactement comme lui. » s'écria-t-il en contemplant le poignard contre lui.

À ces mots, Hook le lâcha.

_ « Ton père est le seul fautif. Il doit payer pour ça. Pour Milah, décréta-t-il, déterminé tout en sortant une fiole de sa poche.
_ Non ! Tu ne m'enlèveras pas mon père non plus. » réfuta-t-il en se précipitant sur lui.

Du côté du ténébreux, ce dernier termina ses achats puis se retourna pour chercher du regard son fils. Celui-ci n'était nulle part.

_ « Bae ? » pensa-t-il, quelque peu affolé.

Il observa les lieux prudemment et aperçut deux hommes en train de se battre à la sortie d'une ruelle. L'un était son fils et l'autre… en le reconnaissant, son sang ne fit qu'un tour. Il voyait son garçon tentant de récupérer quelque chose dans la main de son adversaire.

_ « Je vais le tuer ! » songea Rumple en se dirigeant rapidement vers eux.

C'est alors que dans la lutte le pirate lâcha la fiole qui tomba aux pieds de son opposant. Par surprise, celui-ci se dégagea de lui tandis qu'Hook reculait rapidement.

_ « Non ! Ce n'était pas ce qui était prévu ! » répondit l'homme au crochet, furieux.

Soudain, il sentit un étau à son cou et fut soulevé dans les airs.

_ « Tu as osé ?! » lança Rumplestiltskin avec rage.

Le pirate regarda Bae tout en tenant son cou à une main. Son ennemi suivit son regard et vit alors une épaisse fumée noire entourer son fils. Baelfire disparut de son champ de vision puis cria de douleur. Les passants du marché se figèrent face à cette scène macabre et à ces cris déchirants. La fumée s'agrandit de plus en plus et quelque chose sembla prendre forme à l'intérieur. Quelque chose de grand et gros apparut tandis que la fumée finit par disparaître laissant place à une bête géante en forme de chien avec une crinière de feu, des yeux luisants de la même couleur, des dents tranchantes et une longue queue. Avec effarement, Rumple défit l'emprise sur son ennemi de toujours et tenta d'apaiser son fils transformé en animal. En voyant la créature magique, les gens prirent peur et coururent s'enfermer chez eux. Face à l'agitation, la bête recula anxieuse et le pirate profita de cette diversion pour s'enfuir.

_ « Tout va bien, Bae. Je vais te ramener à la maison. Calme-toi. » murmura son père, très inquiet.

L'animal se retrouva acculé contre un mur et détourna sa tête. Par maladresse, il enflamma avec sa crinière de feu la maison en bois qui se trouvait juste derrière lui. L'instant d'après ce fut la panique générale, des hommes arrivèrent avec des fourches prêts à se battre contre le monstre de feu. La bête paniqua à cette vue et dans un élan elle empêcha le ténébreux de l'immobiliser en le bousculant avec sa queue et se fraya un chemin pour sortir. Elle courut à toute vitesse brûlant au passage des recoins de maisons et détruisant des stands. Les hommes du village étaient prêts à lui lancer leurs outils quand brusquement une voix froide tonna non loin d'eux.

_ « Si vous osez toucher ne serait-ce qu'à un cheveu de mon fils, je vous tue ! » gronda Rumplestiltskin en se redressant douloureusement.

À cette menace, ils reculèrent tous effrayer.

_ « Je vais le retrouver et le libérer de ce sort. En attendant, n'envisagez même pas de le traquer. » murmura le ténébreux d'une voix dangereuse.

À ces mots, il fit un geste de la main et éteignit les flammes naissantes à différents endroits du marché. Au loin, il vit la créature s'éloigner au-delà d'un champ comme si sa vie en dépendait. Rumple était à deux doigts, à deux doigts de l'emmener chez eux et son fils avait réussi à l'échapper. Encore. Le père de Baefire avait tellement peur. Il disparut alors par magie et se dirigea vers sa bibliothèque personnelle pour trouver une solution.


Au royaume de Blanche-Neige – à la bibliothèque royale, une heure et demie plus tard…

La princesse Emma avait fini son déjeuner auprès de sa famille et s'était dirigée un sac sur son épaule vers la bibliothèque du château pour poursuivre ses devoirs, du moins à contrecœur. Elle repensait beaucoup à l'invitation qu'elle avait remise à Pinocchio pour ce Baelfire. La jeune femme s'installa à une table et sortit un cahier, un livre et un crayon puis tenta de se concentrer sur un exercice de géométrie. À 4 mètres d'elle, Belle récupérait les livres empruntés de deux visiteurs avant de remplir un cahier pour confirmer le rendu. La jeune femme brune continuait de travailler d'arrache-pied avec lassitude en essayant de ne plus penser aux personnes qui tentaient de gâcher son bonheur. Une fumée violette se manifesta alors à l'entrée de la bibliothèque et quelques lecteurs virent avec effroi la personne qui se dessinait derrière ce nuage pourpre. Il y eut des exclamations et des chuchotements. Emma sentit l'agitation dans l'air et releva son nez de son cahier. La jeune femme observa l'homme étrange à la démarche aisée, mais à l'apparence hideuse. Il avait la peau verte et sombre, écaillée comme un reptile. Il portait une cape rouge sombre sous lequel se cachait une tunique et un pantalon d'un vert terreux. Ses bottes noires ne faisaient aucun bruit tandis qu'il avançait tel un prédateur vers l'accueil où était installée la bibliothécaire. Celle-ci trop occupée à un comptage de livres ne prêta pas attention à l'ombre se dessinant sur son comptoir. Le ténébreux observa la femme brune distraite et d'un air impatient, il se racla la gorge pour attirer un regard de cette jeune personne. L'homme d'une quarantaine d'années attendit et remarqua le froncement de sourcils de l'employée. Il finit par croiser les yeux vifs de la jeune femme et c'est alors qu'il la reconnut. Belle… French. La femme qui avait un jour pris sa défense, lui qu'on considérait encore comme un monstre d'égoïsme et de cruauté. L'espace de quelques secondes, il perdit de sa superbe en voyant ses beaux yeux bleu azur. Ce fut la même chose pour Belle qui réalisa enfin qui était le personnage en face d'elle. Elle déglutit légèrement puis compta mentalement jusqu'à 5 dans sa tête avant de répondre au visiteur.

_ « Bonjour. Que puis-je pour vous ? demanda-t-elle poliment.
_ Je recherche un livre particulier, ma chère. Un livre qui traite de créatures magiques… disons plutôt exotiques. Je n'ai malheureusement pas d'ouvrage à ce sujet dans ma bibliothèque personnelle. J'ai pensé que vous auriez ici ce que je recherche, annonça le ténébreux sérieusement.
_ Connaissez-vous le titre de ce livre ? Pouvez-vous m'en dire plus sur le contenu ?
_ Non ma chère sinon je ne serais pas là à votre bureau pour vous le demander, mais dans les rayonnages. Je cherche des renseignements sur une créature ayant la forme d'un gros chien avec une crinière de flammes. Ceci vous éclaire plus ?
_ Oui…, murmura-t-elle en contemplant un carnet sur son bureau.
_ Eh bien ? lança-t-il, impatient.
_ Je suis désolée. Ce livre est déjà emprunté.
_ N'y a-t-il pas un moyen de le récupérer pour l'affaire de 2-3 jours et d'ensuite le rendre ?
_ Non je suis désolée. On respecte toujours le délai de l'emprunt de chaque lecteur.
_ Mais il ME faut ce livre MAINTENANT ma chère. Donnez-moi le nom de cette personne je m'arrangerais avec elle. répliqua-t-il, d'un air pressant.
_ En lui faisant peur ? C'est hors de question.
_ Ma chère, vous allez immédiatement ME DONNER UN NOM. Je ne plierai pas ! Il en va de la vie de MON FILS et personne, même pas vous, ne m'empêchera de l'avoir ! » s'exclama-t-il à demi-voix, furieux.

Emma scruta la scène avec appréhension. Alors c'était lui, le père de… Baelfire ? Elle contempla à nouveau la bague à son annulaire gauche qu'elle ne s'était pas résignée à enlever. Le fils était si différent du père, niveau caractère. Belle French l'observa d'un air surpris et le ténébreux y lut de l'inquiétude.

_ « Alors si vous voulez ce livre c'est pour votre fils ? Baelfire est en danger ? interrogea-t-elle, attristée.
_ Vous… vous connaissez mon fils ?
_ Oui, nous avons un ami commun, avoua la jeune femme brune en regardant le gros ouvrage intitulé « Il était une fois » sur un coin de sa table.
_ Eh bien… J'AI besoin de ce livre pour le retrouver. » tanna-t-il sourdement, têtu.

Belle réfléchit calmement à cette situation. Étant la fameuse lectrice en possession de ce bouquin, il était possible de lui remettre seulement le livre était écrit dans une langue étrangère. Elle n'était pas sûre que le ténébreux sache déchiffrer le carnet. Soudain, une idée vint germer l'esprit de la jolie bibliothécaire. Pourquoi ne pas offrir ses services ? Ce serait un prétexte pour enfin vivre une aventure digne de ses romans, elle de nature si sage. C'était sa seule et unique chance de changer cette horrible journée en un jour appréciable, enclin à la découverte… Elle préférait bizarrement 100 fois la compagnie de ce rustre et de cet impatient plutôt que de recevoir la visite de Gaston. La jeune femme compta bien lui proposer ce marché. Ce serait bien évidemment à prendre ou à laisser.

_ « Et si nous faisions un compromis ? Il se trouve que je suis la détentrice de ce livre et…, argua-t-elle.
_ Où est-il ? coupa-t-il en la scrutant froidement, nullement intéressé.
_ Je ne vous le dirais pas. Vous seriez capable de me le subtiliser avec… avec vos pouvoirs. Je… Je suis prête à vous passer le livre à la condition que je vienne avec vous. Je pense vous être d'une bonne aide, je peux déchiffrer le mandarin.
_ Le livre est en mandarin ? lança Rumple surpris, tout en méditant aux propos de Belle.
_ Exactement, étant donné que son contenu porte sur un panel d'animaux « exotiques », rétorqua la femme brune aux yeux bleus azur.
_ Pourquoi ? Pourquoi voulez-vous m'aider ? s'exclama-t-il d'un air consterné.
_ J'apprécie votre fils… et parce que c'est un bon prétexte pour moi. J'ai sincèrement envie de faire une pause, de m'évader. Est-ce trop vous demander ?
_ Oui, ma chère. J'ai l'habitude de faire mes recherches, seul, et ce depuis un bon moment déjà. Je ne veux pas que vous traîniez dans mes pattes. Les femmes sont source de problème.
_ EH BIEN je suis sincèrement désolée POUR VOUS, mais je ne changerai pas d'avis. C'est à prendre ou à laisser », trancha à voix basse Lady French d'un ton implacable, en le toisant des yeux.

Ils se fusillèrent du regard pendant de nombreuses secondes. Le ténébreux voyait dans les yeux de la jolie brune de la détermination et un courage sans faille. Il était tellement impressionné par le caractère de ce bout de femme qui semblait si fragile qu'il fut le premier à détourner son regard. Il capitula et d'un air confus, il fit un geste de résignation quelque peu dédaigneux.

_ « Soit! Mais vous finirez par déchanter de m'avoir en votre compagnie, ma chère, déclara le père de Baelfire.
_ Laissez-moi en juger, répondit-elle.
_ Préparez-vous. Rapidement. Je ne vais pas vous attendre 100 ans, dit-il dénué d'émotion, le corps figé et tendu.
_ Je ne reçois d'ordre de personne. Vous allez patiemment attendre comme un homme civilisé pendant que je m'arrange avec une de mes collègues. » annonça-t-elle tout de go.

Belle French le laissa ici. Une expression interloquée était affichée sur le visage de l'homme écaillé puis il se rembrunit. Le ténébreux essayait de garder son calme, mais à l'intérieur, il bouillonnait tellement. Cette femme ne le mènerait pas par le bout du nez, hors de question ! Cinq minutes plus tard, une femme blonde prit la place de Lady French. Cette dernière prit une petite sacoche et rangea ses affaires dedans, y compris le livre. Rumple réalisa alors que depuis le début cet ouvrage était à sa portée, il rageait à cette idée. Cette femme était décidément intelligente et très maligne. Du côté d'Emma, celle-ci n'arrivait plus à se remettre dans ses devoirs. Elle avait comme un mauvais pressentiment en les voyant dans une discussion houleuse qu'elle entendait à peine, puis Rumplestiltskin finit par prendre le bras de Belle sans ménagement et disparaître ensemble dans un nuage de fumée violette.


Quelque part dans une forêt, à de nombreuses lieues du royaume de Blanche-Neige.

Le ténébreux relâcha la femme brune qui manqua de tomber à son arrivée. Ceci mit Belle en colère.

_ « Je ne suis pas un jouet qu'on malmène !
_ Il fallait réfléchir à deux fois avant de souhaiter partager votre temps de « repos » avec moi ! lança-t-il avec un petit rire ironique.
_ Oh, je sais où vous voulez en venir ! Vous pensez qu'en me provoquant je finirai par vous laisser tomber. L'espoir fait vivre ! Grâce au ciel, je tiens toujours mes engagements. Je vais retrouver votre fils puisque vous ne pouvez pas le faire vous-même.
_ Attention à vos paroles, ma chère ! Je n'admets pas qu'on me manque de respect. Vous n'avez pas l'impression de savoir à qui vous avez à faire, dit-il avec un sourire carnassier.
_ Et je n'admets pas non plus la même chose ! Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas que l'on vous fasse. Pour ce qui est de votre réputation, je pense en savoir assez, mais jusqu'alors je vous avais toujours laissé le bénéfice du doute. Au final, ce que disent les autres est vrai…
_ Vous êtes une bonne femme trop rêveuse et trop idé bonté vous perdra. Quant à mon incapacité à retrouver mon fils…
_ Alors qu'il est entre les griffes d'une bête…, répliqua la brune, énervée par la suffisance et l'aplomb de son compagnon.
_ Qu'est-ce qui vous fait croire que mon fils a été enlevé par un animal ? questionna Rumplestiltskin avec un petit rire bien à lui tout en prenant la marche.

Belle se figea à son sarcasme. Avait-elle mal compris ?

_ « J'ai cru… murmura-t-elle, incertaine.
_ Vous croyez très mal, ma chère. Si c'était le cas, ça ferait longtemps que je retrouverai mon fils. Or il n'a pas son enveloppe physique normale. C'est une recherche à l'aveugle.
_ Votre fils est… la bête en question ? Comment ? Bon sang, pourquoi ne m'avez-vous pas fait part de ce détail ! s'écria-t-elle, contrariée en tentant de le rattraper sur le chemin.
_ J'aime toujours avoir de l'avance. croassa-t-il, d'un ton cassant.
_ Vous êtes idiot ! Je veux vous aider, je suis sincère enfin ! répondit-elle en retenant le bras de cet homme antipathique.
_ Je n'ai pas l'habitude de…, reprit-il en fronçant les sourcils, contrarié et décontenancé par ce geste.
_ Je comprends. Vous avez beaucoup de soucis et de plus, votre fils a disparu. Je vous promets que vous le retrouverez. » assura-t-elle alors avec une douceur inattendue.

Le ténébreux l'observa sans réagir et Belle enleva sa main de son bras. Elle commençait à cerner ce personnage. Même le sorcier le plus redoutable avait ses faiblesses… et quelque part résidait probablement toujours… son humanité. Tout ceci était un masque, elle en était convaincue au fond d'elle. Rumple s'éloigna de la bibliothécaire téméraire. La jeune femme lui paraissait bien trop cavalière avec lui et ça le déstabilisait.

_ « Évidemment que je vais le retrouver. Je suis le ténébreux, j'arrive toujours à mes fins ! » bougonna-t-il.

Belle soupira à son discours et sortit le carnet de sa sacoche. Elle le rattrapa et lui montra le chapitre concernant sa description de la créature.

_ « D'après le livre, votre fils a été transformé en Yaoguai. murmura-t-elle en lui montrant un dessin de la bête.
_ Que dit-on sur cet animal ? répondit-il alors en continuant sa marche sans but d'un air pensif.
_ Le Yaoguai préfère les habitations des montagnes aux autres. Il hiberne le jour et chasse la nuit… c'est une habitude de cette créature magique à la base. Depuis combien de temps votre fils est-il transformé ?
_ Deux heures à peu près.
_ Il a dû être déstabilisé. J'imagine qu'il s'est enfui pour aller se cacher. Qui lui a fait ça ?
_ Un pirate. Ce sort devait probablement m'être destiné, cracha-t-il d'un air mauvais.
_ Pourquoi ? Que lui avez-vous fait ? questionna-t-elle en le fixant attentivement.
_ Rien qui vous concerne ma chère. Je compte bien m'occuper de lui après.
_ Mais cela en vaut-il…
_ Où peut-on retrouver un Yaoguai dans les montagnes ? coupa-t-il.
_… D'après cette illustration, c'est… une grotte ? Mais il doit y en avoir beaucoup…
_ Non. Il y en a une en particulier, une où il a déjà été. Je suis sûr qu'il doit s'être réfugié là-bas, annonça-t-il sérieusement.
_ D'accord. D'ici jusque là-bas nous prendrons combien de temps ?
_ Oh ma chère, vous me connaissez mal. Je ferais la même téléportation magique que du royaume de Blanche-Neige à cette forêt. Mais en attendant, vous ne pouvez pas garder cette robe ! décréta-t-il en scrutant sa robe bleue et blanc.
_ Pou… pourquoi ?
_ Moins pratiques pour une marche dans les montagnes, même vos chaussures ne tiendront pas. Je vais donc changer tout ça ! »

Il fit un geste de la main et une fumée violette enveloppa Belle. Quelque instant plus tard, la jeune femme était vêtue d'une chemise jaune, d'une tunique en cuir rouge par au-dessus avec des attaches de ficelle en cuir noir, des gants aux mains, un pantalon et des bottes noirs. La bibliothécaire écarquilla des yeux. Tout était fait sur mesure et elle reconnaissait un certain confort, différent de sa robe. Bien qu'il n'ait pas demandé son avis, elle ne se révolta pas cette fois-ci. Ce geste semblait être parti d'une bonne intention.

_ « Merci, répondit-elle simplement.
_ Allons-y. » dit-il après un hochement de tête distant et ils disparurent tous deux à nouveau par magie.


À l'extérieur de la grotte – non loin de Sherwood…

Il n'y a pas à dire Belle était mal à l'aise par les pouvoirs du ténébreux. Ce dernier l'utilisait pour n'importe quel prétexte. Il avait lancé un sort pour vérifier si des empreintes de l'animal se dirigeaient bien vers une grotte précise et ce fut le cas. Ils se tenaient devant l'entrée, immobile. Rumple lui expliqua alors comment il allait piéger son fils et le ramener à la maison sans lui faire le moindre mal. La jeune femme brune tenait toujours le livre dans sa main et de l'autre replaça une mèche de ses cheveux derrière ses oreilles.

_ « Faites qu'il soit endormi… » souffla-t-elle d'un air entendu.

Ils s'avancèrent prudemment mais Belle marcha sur une branche qui cassa. Elle ferma les yeux et fit une légère grimace. Rumplestiltskin la regarda froidement. Un grognement se fit entendre au fond de la grotte où Rumple avait retrouvé son fils une fois auprès d'Emma.

_ « Qu'est-ce que je vous avais dit ! Les femmes apportent des problèmes ! Il faut tout faire soi-même ! » s'écria-t-il, énervé.

Belle allait répliquer vertement, mais fut empêchée par un rugissement et des pas qui se rapprochaient de plus en plus.

_ « Courez ! cria-t-elle en prenant ses jambes à son cou tout en dévalant rapidement quelques rochers et se dirigeant vers l'embouchure d'une forêt.
_ Oh non ma chère je ne cours jamais.» affirma-t-il sarcastique, les mains dans son dos en voyant la jeune femme partir.

Le Yaoguai apparut contrarié à l'entrée de la grotte au moment où le ténébreux disparut. La bête vit la brunette au loin et s'élança après elle. Baelfire n'était pas trop conscient de ses moindres faits et gestes. L'instinct animal avait pris le dessus. Belle courut à perdre haleine entre les fourrés. Elle était ébahie, Rumplestiltskin l'avait laissé à son triste sort. Était-ce pour la punir ? C'était vraiment d'un mauvais goût ! Elle sentit l'animal la rattraper. Belle devait réfléchir… par où pouvait-elle aller ? Elle scruta les environs puis finit par entendre de l'eau à quelques mètres d'elle.

_ « Une cascade ? » pensa-t-elle.

Une idée lui vint. Cette créature dégageait du feu donc ce qui pourrait l'arrêter c'est…

_ « L'eau ! » réalisa-t-elle et elle eut un plan.

Confiante, elle se dirigea vers cette source suivie de l'animal. La jeune femme gravit une pente difficilement et observa par des petits coups d'œil derrière l'arrivée du Yaoguai. La cascade était juste à côté, mais s'il l'apercevait trop vite il ne s'en approcherait pas. Il fallait qu'elle le piège en hauteur à la rivière qui se dirigeait tout droit vers une chute d'eau incroyable. Elle voulait sauver Baelfire et l'empêcher de faire du tort aux gens ou à la nature. Une odeur de brûlé vint envahir ses narines tandis qu'elle rangeait le livre dans sa sacoche. La créature effleura et percuta dans sa course-poursuite des arbres qui prirent feu. Derrière elle, Rumple tentait de limiter les dégâts en cessant cette propagation. Belle finit par arriver au sommet, la bête toujours aussi rapide à ses talons et clopina lentement à reculons vers le cours d'eau. Elle voulait protéger ce garçon si gentil. Celui-ci ne supporterait pas d'avoir sur la conscience des morts ou des incendies de forêt. La créature magique l'aperçut alors et galopa à toute vitesse vers elle. Rumple arriva en dernier et vit son fils se diriger vers Belle toutes griffes dehors.

_ « Partez ! Je vais le retenir ! cria-t-il à la jeune femme, mais cette dernière fit un signe négatif de la tête.
_ Il n'en est pas question ! songea-t-elle, butée qui continuait à reculer doucement réduisant ainsi de plus en plus l'écart entre elle et le Yaoguai.
_ Mais elle est folle ! s'exclama-t-il et celui-ci disparut pour réapparaître à son côté.

Belle sursauta en le voyant près d'elle. Ce dernier lui tenait les épaules et la secoua comme un prunier.

_ « Vous n'êtes pas un peu malade de foncer dans la gueule du loup. Mon fils n'est pas conscient de ce qu'il fait, il va s'en prendre à vous ! hurla le ténébreux.
_ J'ai une idée. Sa faiblesse est l'eau ! Il faut qu'il tombe dans l'eau ! » répliqua-t-elle, indifférente à sa colère.

Un grognement désagréable leur fit détourner le regard. L'animal montra ses babines effrayantes près à se jeter sur eux. Ils reculèrent instinctivement. Rumple vit la chute d'eau derrière eux, dans le vide et soupira.

_ « Très bien », capitula-t-il.

Soudain, le Yaoguai se rua vers le ténébreux et avant même qu'il réplique, l'animal l'éjecta d'un coup de pattes. Rumple allait tomber dans le vide mais utilisa sa magie à temps pour se retrouver au même endroit qu'avant son action. Seulement le temps qu'il réapparut, la bête se jeta sur Belle et celle-ci l'attrapa l'entraînant avec elle dans la cascade. Par mégarde, la créature la griffa au bras droit pendant la chute et la jeune femme vit le ténébreux horrifié par la scène qu'il avait sous ses yeux.

_ « Ce n'est que de l'eau, il y a assez de profondeur. » souffla-t-elle avant de fermer les yeux tandis que la bête affolée appréhendait l'arrivée dans l'eau.

Il eut un cri puis leurs deux corps frappèrent l'eau douloureusement. La jeune femme réalisa alors que l'aventure des personnages de ses romans pouvait avoir des fins bien différentes. Survivrait-elle ou pas ? Elle perdit connaissance tout comme la créature quand quelqu'un plongea dans l'eau pour leur venir en aide.


Il n'avait pas réussi. Pas réussi à ralentir la chute, il ne savait pas pourquoi. Rumplestiltskin revoyait constamment cette scène. Belle avait pris presque dans ses bras la bête comme pour la protéger et était de dos à la chute, elle une humaine. Cette femme était inconsciente. Dès le moment où les corps tombèrent dans l'eau, il se téléporta au pied de la cascade et plongea pour aller les récupérer. Il prit à bras le corps Belle et avec un flux magique entoura le Yaoguai inconscient et extirpa cette masse importante hors de l'eau sans le moindre effort. Rumple sortit de l'eau avec la brunette et la déposa à même le sol. L'animal ouvrit péniblement les yeux et gémit de douleur en voyant Belle et son père à côté de lui. Le ténébreux y lut de la peur et de la tristesse. Le père de Baeflire se pencha pour écouter les battements de cœur de la jeune bibliothécaire. La pulsation était faible, mais elle était vivante. Il écarta les cheveux mouillés et pêle-mêle de Belle. Il se sentait si soulagé sans trop comprendre pourquoi. Les paupières de la Lady s'ouvrirent alors d'elles-mêmes et de magnifiques yeux bleus le contemplèrent.

_ « Vous êtes vivante. Vous avez de la chance », marmonna-t-il au lieu de dire quelque chose de gentil.

Belle eut un faible sourire à son encontre.

_ « Vous êtes fière de vous ? lança-t-il, furieux.
_ Oui, dit-elle.
_ Vous êtes imp…, grommela le ténébreux.
_ Comment va votre fils ? » questionna-t-elle en interrompant son compagnon de route et en tournant la tête, cherchant la bête du regard.

Elle la vit alors étendue faiblement sur le sol, les yeux à moitié ouvert.

_ « Il est juste affaibli… Je vais pouvoir le ramener chez nous et prendre soin de lui. » rassura-t-il avec une voix plus tendre.

Belle s'arracha à la contemplation de l'animal pour scruter son sauveur. Cette douceur dans la voix elle ne la connaissait pas jusqu'à maintenant… Rumplestiltskin avait vraiment un grand cœur, il a juste peur de trop le dévoiler.

_ « Merci… Rumplestiltskin, murmura-t-elle à son intention pour la première fois.
_ Ce n'est rien… Par contre vous avez une vilaine blessure, puis-je ? interrogea-t-il quelque peu maladroit en fixant le bras meurtri de la jeune femme.
_ Il me demande mon autorisation ? songea-t-elle, surprise.
_ Oui… » souffla-t-elle, toujours autant surprise par ce changement d'attitude.

Rumple passa sa main lentement au-dessus du bras de Belle et murmura à voix basse des mots incompréhensibles. Quelques secondes après, il retira sa main et la trace de griffures avait disparu.

_ « Mon fils se sentirait trop coupable de vous voir marquer par lui. tenta-t-il de justifier.
_ Je sais.
_ Vous pouvez vous relever ? demanda-t-il plus calmement.
_ Je crois que je vais y arriver. » acquiesça-t-elle avant de se redresser lentement.

Ce que ne dit pas Rumplestiltskin c'est qu'il est reconnaissant. Cette femme est butée, mais courageuse et elle a pris de gros risques afin de sauver SON fils.

_ « C'est bien le genre de personne trop gentil qui fait passer le bonheur des autres avant le sien. Contrairement à moi. » pensa-t-il.

Il aimerait la remercier d'une certaine façon, mais le ténébreux n'avait pas encore d'idée. Avec tout ce qu'il a dit ou fait, elle n'avait même pas fui surtout avec son sale caractère. Il était impressionné et encore une fois il la considérait comme dangereuse aussi, car il avait la sensation d'être attiré par elle. Ce dernier aimerait s'en abstenir pour des raisons qui lui étaient propres.

_ « Je vous emmène », répondit-il en lui tendant sa main.

Elle l'accepta et l'autre main du ténébreux se posa sur le flanc de la bête. Il ferma les yeux et se concentra. Ce n'était pas le moment de sentir sa magie faiblir. Il se promit plus tard d'en chercher l'origine. Une minute après, ils se retrouvèrent tous à l'intérieur du Dark Castle.


Dark Castle – une heure plus tard…

Belle était restée près du Yaoguai enfermé par mesure de sécurité dans une cage métallique à la grande salle principale du château tandis qu'elle scrutait impuissante le maître des lieux. Il était comme un lion en cage et réfléchissait tout en lisant l'énième passage d'un livre. Il finit par le balancer par terre avec énervement, à côté d'autres. Puis il scruta son kit de potion avec toutes les solutions. S'il tente quelque chose et que c'est une erreur, ça pourrait être fatal pour son fils. Ce dernier était toujours affalé par terre. La peau de la bête avait séché et les flammes commençaient peu à peu à revenir. C'était un sort puissant et pas des moindres. Quant à la jeune femme, elle fixa tristement les livres pêle-mêle au sol.

_ « Bon sang, où cette saleté de pirate a-t-il pu marchander ce sort ? se demanda-t-il à voix haute.
_ L'origine du sort mène à la solution, du moins à une sorte d'antidote. Qui a la réputation pour réaliser ce sort? » questionna-t-elle pensivement.

Rumple esquissa un grand sourire à son questionnement. Le sorcier eut le déclic.

_ « Oui c'est ça. Il faut être sacrément doué. Alors… se pourrait-il que ce soit Cora ? Non, elle peut changer de forme, mais elle n'a pas ce talent si particulier pour la métamorphose…Quand la fiole est tombée, un nuage noir à entourer Bae. Il n'y a qu'une personne qui détient cette couleur avec perfection, annonça-t-il sourdement.
_ Qui est-ce ?
_ Maléfique. »

À ces mots, il eut un rictus aux lèvres et quitta cette pièce dans une fumée violette.


Au château de Maléfique

Le ténébreux se retrouva devant l'âtre brûlant d'une cheminée et observa les lieux prudemment.

_ « Eh bien ma chère, je sais que tu es là. Pourquoi ne viens-tu pas accueillir ton invité ? demanda le ténébreux d'un ton mordant.
_ Je sais pourquoi tu es là. Malheureusement je suis au regret de te dire que tout comme toi je vais des affaires et ceci sans arrière-pensée, déclara une voix dans l'ombre.
_ Si c'est le cas pourquoi te caches-tu ? Me crains-tu Maléfique ? ironisa-t-il.
_ Je crois que tu te surestimes mon cher ! Rappelle-toi que tu n'es qu'un petit sorcier de pacotille à mes yeux. J'ai bien plus d'expérience en magie que tu n'en as. Répliqua-t-elle, furieuse.
_ Cela dépend. As-tu la magie du ténébreux ? Non, je ne crois pas ! Je suis maître dans la dissimulation et bien plus malin que toi. En temps général, je ne me mêle pas de « vos histoires » à condition que vous en fassiez de même pour moi. Mais là, vous avez dépassé la limite ma chère. Je suis extrêmement en colère ! cria Rumple.
_ Encore une menace Rumplestiltskin et vous ne ferez qu'une bouchée. » prévint-elle d'une voix doucereuse.

Le ténébreux se rappela ainsi avoir eu vent que Maléfique avait pour compagnie un poney pour compenser sa solitude. L'animal semblait lui être si cher… Il ferma les yeux et se concentra.

_ « Que fais-tu ? interrogea-t-elle, méfiante.
_ Je fais ce que j'ai à faire. » répondit-il avec un petit rire cynique.

Il fit un geste désinvolte de la main et fit apparaître à côté de lui la bête noire. Sans attendre, il entra sa main dans la poitrine du poney et en retira le cœur. Maléfique apparut alors devant lui, le teint livide.

_ « Non, je t'en prie… il est tout ce qui me reste ! s'écria-t-elle, en tendant une main vers son animal domestique.
_ Tu me pries ? Voyez-vous ça ! Étais-tu aussi indulgente pour cette potion que tu as donnée à ce PIRATE pour se venger de moi ? À cause de toi, MON FILS en a fait les frais ! Il a essayé de l'en empêcher et PAR TA FAUTE, il est transformé en Yaoguai ! Comment le défaire de ce sort ? PARLE ! Ou j'écrase sous tes yeux le cœur de ton CHER poney ! hurla-t-il en pressant légèrement le cœur de la bête qui se mit à gémir.
_ Je vais te le dire, je vais te le dire !…Seule la poussière de fée peut le libérer, déclara-t-elle, inquiète.
_ Vraiment ? Juste de la misérable poussière de fées ? Tu ne serais pas en train de te moquer de moi ? demanda-t-il d'un air menaçant en montrant le cœur dans sa main.
_ Non, je ne prendrais pas ce risque. » avoua-t-elle, d'un air triste.

Rumple la regarda d'un air impassible suite à son discours.

_ « Soit, je veux bien te croire. J'espère que je n'aurais pas à le regretter. » dit-il avant de remettre le cœur à sa place.

Il libéra l'animal et ce dernier se dirigea vers sa maîtresse. Le ténébreux pointa un doigt agressif vers elle.

_ « À l'avenir, si tu reproduis ce genre d'affaires qui pourrait me nuire… Je n'hésiterais pas à revenir te retrouver ! Au plaisir de ne jamais vous revoir ma chère ! » lança-t-il sans appel.

Il disparut par magie, le regard indifférent.


Au Dark Castle – 15 minutes plus tard…

En l'absence du maître des lieux, Belle était dans ses réflexions et méditait à voix haute.

_ « Ce n'est pas un homme ordinaire ! » avoua-t-elle.

La jeune femme posa les yeux sur l'animal qui reprenait des forces.

_ « Ton père est compliqué, n'est-ce pas ? Ce ne doit pas être facile tous les jours… Est-ce pour cette raison que vos rapports sont plus ou moins distants ? interrogea-t-elle.

La bête la scruta d'un air triste et détourna la tête.

_ « Je vois… » murmura-t-elle, attristée.

Quelques minutes après, le Yaoguai commença à s'agiter à nouveau. Elle s'éloigna de lui et observa les lieux, d'un air inquiet. Il n'était toujours pas revenu… la cage tiendra-t-elle ? Elle était dans ses pensées quand soudain une voix apparut de nulle part et la fit sursauter. Le père de Baelfire était derrière elle à contempler son kit de potions sur la grande table.

_ « Il faut que de la poussière de fées. répondit-il, interdit.
_ Vraiment ? C'est formidable ! Mais… pourquoi semblez-vous contrarié ? questionna-t-elle.
_ Je n'entretiens pas de bons rapports avec les fées. Je n'ai malheureusement pas de baguette magique en ma possession. C'est ce qui manque dans ma collection…, murmura-t-il.
_ La fée Bleue ne laisserait pas votre fils ainsi. Pas après tous ce qu'il a fait. Je suis convaincue qu'elle acceptera.
_ Venant de moi, je reste sceptique. La chef est limite paranoïaque dès qu'elle me voit, certifia le ténébreux.
_ Vous plaisantez ? Que je sache, tous ce que vous voulez c'est sauver votre fils. Je ne vois pas…
_ Il vaut mieux que je ne m'aventure pas chez les fées, décréta-t-il sombrement.
_ Alors envoyez-moi là-bas ! Je leur expliquerai la situation, proposa Belle.
_ Vraiment ?
_ Oui, assura-t-elle avec un sourire confiant.
_ Soit comme vous voulez. » marmonna-t-il et avant qu'elle ne lui réponde, il l'expédia par magie à la communauté des fées.


À la communauté des fées

Belle fit son apparition lors de ce qui ressemblerait à une réunion de la communauté magique. Quelques fées sursautèrent tandis que Bleue qui présidait, haussa un sourcil interrogateur au côté d'une Clochette intriguée par l'invitée-surprise. La jeune bibliothécaire bredouilla quelques excuses puis expliqua la raison de sa venue.


Au Dark Castle – Quelques minutes plus tard

Rumplestiltskin était agité tout comme la créature qui s'était à présent relevé dans sa cage et paraissait en pleine forme. Cependant celle-ci voulait sortir de cette prison et s'énervait de plus en plus. La jeune femme brune avait-elle réussi à convaincre les fées de leur fournir gratuitement de la poussière de fées ? Si oui, pourquoi met-elle autant de temps ? Il était vraiment à cran puis brusquement il entendit un « plop ». Il se retourna et vit la femme de ses pensées. Elle lui adressa un grand sourire et lui montra une petite fiole remplie.

_ « Et voilà le travail ! Tenez. Libérez votre fils. » déclara-t-elle en mettant le remède au sort dans les mains du ténébreux.

Il acquiesça silencieusement puis se dirigea vers la cage et sans hésitation, il lança toute la fiole sur le Yaoguai. C'est alors qu'une aura blanche entoura la bête et procéda à l'annulation du sort. Rumple fit disparaître la cage et rattrapa son fils dans ses bras. Il le redressa, se détacha de son fils tandis que Baelfire contemplait avec étonnement ses mains et son corps. Ce dernier réalisa alors tous ce qui s'était passé en seulement quelques heures.

_ « Papa… souffla Bae, en fermant les yeux.
_ Tu n'as tué personne mon fils. rassura-t-il en posant une main sur son épaule.
_ Merci…, murmura le futur fauconnier fixant son père et Belle.
_ Tu n'as pas à me remercier.
_ Cela fut un plaisir de te venir en aide, répondit la jeune femme brune avec un sourire aimable.
_ A… Accepterez-vous de dîner avec nous ? demanda Baelfire avec un sourire à la fois penaud et reconnaissant.
_ Oh, je ne veux pas abuser de votre gentillesse et de votre hospitalité…
_ Ce n'est pas un problème. Vous vouliez vous accorder une journée de repos ma chère. C'est l'occasion ! Nous vous offrons le repas, cela ne se reproduira pas deux fois. marmotta Rumple, autorisant ainsi la proposition de son fils.
_ Acceptez. C'est le moins que je puisse faire. Ceci me tient à cœur et je vous ferais visiter les lieux à l'occasion. Pour que mon père dise ça, cela tient du miracle. Nous n'avons jamais invité qui que ce soit à dîner jusqu'à maintenant, reconnut Baelfire avec une pointe d'amertume, en passant une main dans ses cheveux.
_ Ce n'est pas plus mal. J'aime la solitude. J'ai… j'ai d'ailleurs des choses à faire. » grommela Rumplestiltskin peu enclin à épiloguer davantage, quittant Belle French et son fils de la grande salle.

Ils le suivirent des yeux puis ils se regardèrent à leur tour.

_ « Mon père est casanier et solitaire. Je me demande comment vous avez pu le supporter pendant ces quelques heures. Il peut être…, débuta le jeune homme brun avec un air hésitant.
_ Irascible ? déduit-elle.
_ C'est ça. admit-il, amusé.
_ Je dois dire que ce n'est pas de tout repos néanmoins je ne regrette rien. Pour tout t'avouer, je n'attendais que ça de vivre une aventure digne d'un livre. Étonnamment grâce à votre père, ma journée n'est plus aussi horrible que ça.
_ Vraiment ? lança-t-il, intrigué.
_ Oui, vraiment. » avoua-t-elle.

Cet aveu questionna beaucoup Baelfire. Ce dernier ne se souvenait pas de tout ce qu'il s'était passé quand il avait été transformé. Il se demanda alors s'il ne s'était pas passé quelque chose entre eux. Belle était une femme douce, gentille avec du caractère, mais elle était aussi brave et patiente. Elle semblait être complémentaire avec son père. Du moins c'est ce qu'il avait pensé brièvement… Pendant le reste de l'après-midi, il fit un tour des lieux avec la bibliothécaire. Celle-ci découvrit monts et merveilles. Ils apprirent à se connaître avec dans l'ombre par moment, un Rumple observateur et distant. Puis le fameux dîner approcha et se déroula dans une atmosphère plutôt apaisante et tranquille. Belle apprécia de plus en plus la présence de ces hôtes. Le fils était aussi sérieux qu'attachant et le père était aussi mystérieux qu'intéressant à ses yeux. Beaucoup de sentiments l'habitaient en cette journée si particulière et furent assez troublants. Vers 21 h, elle fut renvoyée par magie, à son grand dam, à l'intérieur du château de Blanche-Neige. Belle n'arrivait toujours pas à y croire… elle repensa à ces quelques heures puis scruta tendrement la rose rouge en main qu'il lui avait offerte. Elle soupira légèrement puis se dirigea vers sa chambre d'invitée « permanente ».


Quatre jours plus tard, Belle French reçut un message de Baelfire par son faucon pèlerin sollicitant son aide au sujet d'un évènement qui n'allait pas tarder à arriver. L'animal n'avait pas hésité pour apparaître par une fenêtre de la bibliothèque avant de se diriger vers elle. La brunette fut ravie et attendrie par son discours et son désarroi qu'elle lui envoya également un message des plus favorables. Le jour suivant, elle se libéra et décida de se rendre au Dark Castle. C'est un Rumplestiltskin préoccupé qui ouvrit lentement la porte.

_ « Que... que faites-vous ici? » demanda-t-il, d'un air interdit.

Depuis cette fameuse journée, ce dernier espérait ne plus jamais revoir cette magnifique jeune femme. Elle était trop familière, trop dangereuse pour lui. Il ne devait pas s'attendrir par tant de gentillesse et de compassion. Rumple se fichait éperdument de la morale de Belle et de ses manières de princesse érudite, il ne changerait pas sa façon de faire pour tout l'or du monde. Pourquoi alors était-il à cran ces quelques jours ? Pourquoi avait-il l'impression de se contredire ? Il bouillonnait intérieurement.

_ « Bonjour Rumplestiltskin. Je vais bien, je vous remercie de vous en soucier. Je suis venue voir votre fils, il a besoin de mon aide, annonça-t-elle.
_ Comment ça « besoin de votre aide » ? Pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé ? » s'exclama celui-ci, contrarié.

C'est à ce moment-là que Baelfire descendit les escaliers pour aller dans la grande salle. Il vit son père à la porte et intrigué, il le rejoignit. Il reconnut alors Belle. Le jeune homme ouvrit en plus grand la porte et eut un grand sourire.

_ « Merci d'être venu. Je ne pensais pas… que vous viendriez aussi tôt. déclara Bae, avec un sourire.
_ Pour l'aide que tu veux que je t'apporte, il vaut mieux commencer le plus rapidement possible. Cela ne s'apprend pas en un jour. rétorqua-t-elle.
_ J'imagine…
_ De quoi parlez-vous ? interrogea Rumple, énervé d'être mis à l'écart en ce qui concerne Baelfire.
_ Votre fils a été invité à un bal dans quelques jours. Il m'a demandé si je pouvais l'aider au sujet de la danse. J'ai accepté et je suis maintenant ici, je vais pouvoir lui apprendre les bases. À savoir que j'ai été princesse… autrefois. informa Belle.
_ Tu aurais pu me le demander Bae. Je connais les bases, reprocha son père en fronçant des sourcils.
_ Papa c'est assez gênant…, murmura son fils, embarrassé et se voyant mal danser avec son père.
_ Je vois »

Le ténébreux se mua dans un silence de mort et quitta l'entrée, laissant son fils s'occuper de la jeune femme. Baelfire soupira et fit un sourire d'excuse à l'invitée. Il lui fit signe d'entrer et lui proposa du thé qu'elle voulut volontiers. Le jeune homme lui montra un beau service à thé sur la table et lui demanda de se servir le temps qu'il aille dans la cuisine chercher la boîte de gâteaux. Belle le regarda en train de s'éloigner puis observa Rumple qui contemplait Étoile sur son perchoir d'un air triste. En le dévisageant, elle prit une tasse au hasard et se servit distraitement, ce qu'elle ne fit pas à son habitude. Un liquide chaud tomba légèrement sur sa main tenant la tasse au lieu de remplir celle-ci. Au contact du liquide brûlant, elle lâcha la tasse qui tomba à terre. Elle eut un petit cri en réalisant sa maladresse, le maître des lieux se retourna en l'entendant. Il vit Belle s'accroupir et récupérer un objet au sol. Les yeux de la jeune femme se levèrent pour se poser sur Rumple. Elle mordit sa lèvre inférieure face à son étourderie.

_ « Je… Je suis désolée. Elle est ébréchée. souffla-t-elle quelque peu inquiète par la réaction du ténébreux.
_ Ce n'est qu'une tasse, répondit-il quelque peu agacé.
_ Je vois… »

Honteusement elle posa la tasse abîmée sur la table et décida de ne pas boire du thé. Sa gaucherie et la remarque froide du ténébreux lui remit les idées en place. Dire qu'elle était heureuse de revenir ici. Elle y avait passé un bon moment, à croire que ce n'était qu'une illusion. Rumplestiltskin avait à nouveau érigé un mur entre lui et elle. Elle était triste. Baelfire revint et sentit comme une tension dans l'air, mais ne fit aucun commentaire. Il proposa des gâteaux à la jeune femme qui lui adressa un pauvre sourire et acquiesça faiblement. Cette dernière ne s'était pas servie en thé. Il s'inquiéta et alla lui demander si tout allait bien quand elle s'adressa à lui.

_ « Tu as prévu de venir accompagner à cette soirée ? questionna-t-elle tout en mangeant un petit gâteau.
_ Euh… oui, j'ai demandé à une amie. Par chance, son père lui accorde quelques heures, déclara le futur fauconnier.
_ Tu appréhendes de revoir Emma ?
_ Un peu…, avoua-t-il.
_ Oh, je suis sûre que ça se passera bien entre vous deux. Il faut prendre le temps de vous redécouvrir...
_ J'espère… Oui… »

Il eut un sourire contrit puis ils discutèrent encore un peu jusqu'à ce que brusquement Rumple partit, quelque peu énervé. Belle ferma les yeux avant de les ouvrir à nouveau. Baelfire semblait pensif tout en la scrutant. La jeune femme se reprit et se redressa avec élégance.

_ « Eh bien si nous commencions ? Nous avons 5 jours pour faire de toi un bon meneur et danseur pour cette soirée. Il n'y a pas de temps à perdre ! décréta-t-elle en se forçant à sourire joyeusement.
_ D'accord. acquiesça-t-il bien que soucieux pour Belle.
_ Très bien. Alors il y a quelques règles à savoir… » débuta-t-elle tout en lui faisant signe de se lever.

Elle le guida vers un endroit libre de la pièce et engagea le début d'une série de leçons.


Au château de Blanche-Neige – Cinq jours plus tard…

Beaucoup de monde se retrouva présent pour le bal en l'honneur des 18 ans de mariage du Roi et de la Reine. Notamment Rouge et sa grand-mère, Merlin, la fée Bleue et Clochette, Robin, Regina et le petit Henry, Gepetto, Pinocchio et Jiminy, Raiponce et Flynn, Elsa la reine d'Arendelle, Belle, Graham puis la princesse Abigail et Frederick des connaissances de longue date. La fête battait déjà à son plein depuis une demi-heure et le bal fut ouvert par les parents d'Emma. La jolie princesse observa la foule au côté de Pinocchio et de son petit frère, installé près du buffet. Cette dernière semblait inquiète.

_ « Viendra-t-il ? se demanda-t-elle pensivement tandis que ses yeux rivèrent vers un petit groupe à côté d'eux.
_ Je n'arrive pas à y croire. Dire que vous paraissiez si… si… » réalisa Jiminy sur l'épaule de son vieil ami, en observant Elsa magnifique dans une robe bleutée et joliment maquillée.

La femme était plus jeune qu'il ne paraît. Elle avait la quarantaine.

_ « Ces 15 années de prison font des ravages. admit Elsa avec un petit rire, amusé.
_ Votre sœur n'a pas pu venir ? questionna Gepetto aimablement.
_ Un de mes neveux est tombé malade donc elle a préféré veiller sur lui avec son mari Kristoff. Donc elle m'a gentiment poussée à y aller et à la représenter. J'avoue que bouger un peu me fait du bien et je suis ravie de revoir des visages familiers.
_ Le plaisir est partagé, répondit le criquet.
_ Je vous suis tellement reconnaissante », murmura-t-elle quelque peu émue.

Les parents d'Emma et de Léo finirent par rejoindre Rouge, Granny, Abigail et Frederick. Ils discutèrent avec beaucoup d'animation et de rires. De l'autre côté du buffet, Belle scruta les lieux d'un air morose en buvant un hydromel. Ce n'est que dix minutes plus tard que Baelfire apparut avec sa tenue traditionnelle aux couleurs de la terre en compagnie d'une jeune fille en robe violette. Le futur fauconnier avait remis sa cape à un laquais et appréhendait le moment de revoir à nouveau la jeune femme qu'il aimait. En le voyant, Blanche, Charmant, Flynn, Raiponce et Graham l'accueillirent et furent heureux de ces retrouvailles. Bae répondit poliment à quelques questions puis se tourna vers Belle pour la saluer avec un grand sourire qu'elle lui rendit, en fixant son élève en danse. Pinocchio le remarqua et fit un coup de coude discret à sa meilleure amie tandis qu'il scrutait la seconde d'après la personne qui était venue en sa compagnie. Emma sentit de l'agitation à l'entrée de la grande salle et constata qu'un groupe avait été formé autour de nouveaux arrivants. Son cœur manqua un battement en le voyant. Voilà deux semaines qu'elle s'interrogeait, qu'elle voulait lui parler et le voici enfin. Elle entrelaça ses deux mains pour éviter les tremblements que suscitait cette présence et s'avança vers lui lentement, suivi par son ami. Baelfire scruta les alentours en cherchant celle qui n'avait jamais quitté ses pensées et la vit s'approcher de lui. Il s'excusa auprès du groupe et s'y détacha, accompagné de Grace. Les parents de la princesse et les amis de Bae observèrent discrètement leurs retrouvailles. Le fils du ténébreux marcha vers elle et Pinocchio puis après une hésitation, il s'inclina légèrement. Grace fit de même en faisant une courbette avec sa jolie robe.

_ « Bonsoir... princesse, répondit-il poliment et prudemment.
_ Bonsoir… Je vous en prie, relevez-vous. Je vous remercie d'avoir répondu à l'invitation. Vous êtes venu accompagner également. déclara Emma, avec l'impression d'éprouver un sentiment de jalousie face aux bras accoudés entre eux.
_ Voici Grace, la fille du Chapelier. Une amie. informa Bae avec un sourire.
_ Enchantée Votre Altesse. C'est un réel plaisir d'être ici avec vous. C'est la première fois que je rentre dans un château aussi incroyable et que j'assiste à un bal.
_ Je suis ravie. »

Grace et Pinocchio se regardèrent et se saluèrent discrètement de la tête, trop gêné pour pouvoir se dire quoi que ce soit. Puis ils fixèrent leur voisin respectif et virent qu'ils se dévisageaient sans rien dire, très silencieux. La fille du Chapelier scruta à nouveau l'ami d'Emma et toussota. Ce dernier le remarqua et se racla la gorge. Il comprit plus ou moins le message de la jeune fille.

_ « Bon… eh bien je vais retourner au buffet. Voulez-vous m'accompagner, Grace ? proposa celui-ci.
_ Bien sûr avec joie. Nous allons vous laisser. » conclut-elle avec un sourire.

Au fond d'eux, Pinocchio et Grace profitèrent de ce prétexte pour faire plus ample connaissance. L'amie de Baelfire retira son bras du sien, tapota gentiment son épaule et alla rejoindre le fils de Gepetto. Ce dernier lui offrit galamment son bras avec un sourire, qu'elle accepta volontiers. Pendant ce temps, le fils du ténébreux passa une main nerveuse dans ses cheveux. Emma ne savait pas par quoi commencer, elle était comme intimidée. Or ce n'était pas son genre. Soudain, une boule de nerf arriva et percuta le jeune homme.

_ « Bae, tu es venu ! » s'écria un petit garçon, content.

Le jeune homme étreignit avec surprise ce petit corps si familier et un sourire tendre se dessina sur son visage. Le cœur d'Emma fondit face à cette expression chaleureuse et oh étrangement si familière.

_ « Bonsoir Léo. Moi aussi je suis heureux de te revoir.
_ Tu m'as manqué, avoua l'enfant à présent âgé de 9 ans.
_ Toi aussi, admit-il en caressant les cheveux du garçonnet.
_ Léo ! interpella son père un peu plus loin.
_ Bon, je dois y aller. marmonna le frère d'Emma.
_ Il y aura d'autres occasions. déclara Baelfire.
_ C'est vrai ?
_ Promis. »

L'enfant lui fit un sourire heureux ainsi qu'à sa sœur avant de partir vers ses parents. Emma était quelque peu ébranlée par tout ça et ne prêta pas attention aux regards que la foule posait sur elle et sur lui. Une nouvelle musique débuta par les musiciens et le jeune homme s'approcha davantage de la jolie princesse en robe d'un gris argenté.

_ « M'accorderiez-vous cette danse ? » demanda-t-il dans un murmure, n'ayant d'yeux que pour elle.

Les yeux verts de la princesse se posèrent sur ceux de son compagnon. Elle acquiesça faiblement et se laissa guider par son sauveur. Au fond d'elle, Emma en avait tellement envie. Il l'entraîna vers la piste. Des couples dansèrent déjà la valse. Baelfire mit une main sur la taille de la jeune femme et l'autre alla épouser celle de sa compagne puis il mena la danse comme lui avait expliqué Belle il y a quelques jours.

_ « Merci… murmura sa cavalière tout en évitant de le regarder, gênée.
_ Pourquoi me remerciez-vous ? questionna-t-il surpris tout en la faisant tourbillonner une fois.
_ Pour m'avoir sauvée de cet enchanteur qui en avait après moi. rajouta-t-elle, sa main gauche maintenue sur l'épaule de son cavalier.
_ Oh… je n'étais pas tout seul. » lança-t-il puis l'entraîna vers la gauche.

Emma était admirative. Il était plutôt bon danseur.

_ « Vous êtes très doué pour la danse. Ce n'est pas votre première fois ? interrogea-t-elle, curieuse.
_ Si. avoua-t-il en fixant le visage de sa belle.
_ Vraiment ? Qui vous a appris ? Votre père ? questionna Emma d'un air incrédule.
_ Oh, non. Je me voyais mal…, s'esclaffa-t-il quelque peu amusé.
_ Alors qui donc ?
_ Eh bien… Belle a été ma professeure. Pendant quelques heures, matins ou après-midi, je me suis entraîné.
_ Combien de temps avez-vous pris ?
_ Pour connaître les bases d'une danse, je dirais cinq jours. Mais j'ai encore beaucoup à apprendre. » admit-il, d'un air penaud.

La musique prit fin et Baelfire cessa la valse. Leurs deux mains étaient à présent jointes.

_ « Vous l'avez fait pour moi ? souffla-t-elle, le coeur battant.
_ Je ne voulais pas vous faire honte, princesse. » déclara-t-il en effleurant du pouce la bague qu'Emma avait toujours à son annulaire gauche.

Elle ne l'avait pas enlevé même en ne se souvenant plus de lui. Son cœur cogna douloureusement dans sa poitrine et repensa au collier qu'il avait ramené avec lui. Emma allait lui dire quelque chose quand ils furent interrompus par un homme de la haute noblesse, demandant si la princesse lui accorderait bien une danse. Elle observa la réaction de Baelfire et celui-ci hocha la tête, l'incitant à accepter. Emma acquiesça à contrecœur, du moins pour ses parents, mais elle était déçue du retrait du fils du ténébreux. Leurs mains se séparèrent et elle suivit son nouveau cavalier. Du côté de Bae, ce dernier soupira faiblement et décida d'aller prendre un peu l'air. Il en avait bien besoin. Le jeune homme remarqua de grandes fenêtres entrouvertes dans la grande salle menant sur un balcon. Il s'y dirigea puis vint s'y accouder tout en scrutant le paysage.

_ « Seuls toi et moi
On ne voit plus personne
La musique plane et donne
Du blues au cœur
Si près tous les deux
Serrée dans tes bras
Si près pour la première fois…
» fredonna-t-il en pensant à cette danse, mais aussi à leur première rencontre sur le chêne qu'il vit au loin.

Emma continua de danser avec élégance sur la piste devant des personnes admiratives.

_ « … J'oublie mes rêves
Je ne peux plus y croire
Je leur dis au revoir
Et je suis là…
» souffla le fils de Rumplestiltskin, une main dans ses cheveux.

Une légère brise effleura le jeune homme nostalgique.

_ « Si près j'attendais
D'être auprès de toi
Pourtant je savais déjà
Que tu me prendrais dans tes bras...
... Si près…
» dit-il avec un petit sourire, se détournant et contemplant Emma qui dansait à présent avec un nouveau cavalier.

La princesse évolua gracieusement en compagnie d'un autre homme, un sourire aux lèvres.

_ « … Si fort j'ai rêvé
Mais je ne rêve plus
Alors, je ne crois plus
En ce prince inconnu
Encore serre-moi
Jamais je n'aurais cru…
L'amour
Un jour
Si près…
» chanta-t-il tristement.

Quelques minutes après, il vit Graham s'incliner devant Emma et l'inviter également. Ils discutèrent et rirent de bon cœur tout en dansant. Puis la princesse finit par remercier le chasseur à la fin de la musique et chercha du regard l'homme qui occupait son esprit.

_ « … Oh comment garder un peu d'espoir
Si je te perdais ce soir…
, se demanda-t-il en voyant tous ces hommes autour d'elle.

_ Pouvait-elle tomber amoureuse de quelqu'un d'autre ? Comme elle l'avait oublié, serait-ce différent ? » songea-t-il, anxieux avant de scruter à nouveau le paysage derrière lui.

Elle vit une silhouette au balcon à quelques mètres d'elle et des festivités. Elle s'y dirigea presque un peu trop hâtivement. Bae avait les mains posées sur la rampe en pierre du balcon.

_ « … Tu es si près de m'aimer
De forcer le destin
Jamais n'abandonne
Tes rêves en chemin…
» fredonna-t-il en pensant à elle.

En entendant cette voix familière, grave et mélodieuse, elle se figea et resta tapie dans l'ombre. La princesse s'appuya contre une colonne et écouta attentivement cette chanson murmurée.

_ « … Aimer comme personne
D'un amour sans fin…
Si près…
Si près…
Et pourtant si loin.
» finit-il d'un air attristé, laissant ses yeux fixer un point au loin.

À la fin de cette chanson, des larmes silencieuses coulèrent sur les joues d'Emma.

À suivre…