/!\ Réécriture /!\ Salut, pas comme promis le chapitre trois en plein milieu du mois de janvier :')
C'est un chapitre que j'ai beaucoup retravaillé, sûrement celui sur lequel j'ai passé le plus de temps parce qu'il est vraiment nécessaire pour la suite de l'histoire et même tout simplement pour comprendre les premiers chapitres. En tout cas j'espère que vous l'apprécierez!
Merci à Emma et Estelle (keur sur vous) qui ont le courage de lire mes brouillons à des heures pas possibles et sans qui les fautes de grammaire désintégreraient vos yeux...
Réponse aux reviews anonymes:
KyraMB: T'inquiète pas, le chapitre est ENFIN là! xD j'espère qu'il te plaira, bonne lectuuure ^^
Une patate: On vénère la Sainte Pelle ici! e.e J'aime les cliffhangers hehehe! Merci ça me touche, j'espère que l'attente aura pas été trop longue, désolée... mais bonne lecture quand même :D
On se retrouve en bas, enjoy. :3
Chapitre trois : Du pareil au même
Des couloirs blancs. Des chemises blanches. Des lumières blanches. Pas une seule couleur pour égayer cet endroit lugubre. Les quelques cris et injures qu'on pouvait entendre en traversant les lieux ne le rassuraient pas vraiment sur l'état des patients de cet asile. Ou plutôt hôpital, comme ils préféraient l'appeler. Il se demanda subitement si ses séjours à la section infantile n'avaient pas été plus gais, malgré les pleurs que l'on pouvait entendre toute la journée. L'asile de Saint-Étienne n'était pas des plus réputés de toute manière, mais sa mère n'avait pas eu les moyens de le placer ailleurs. Elle avait néanmoins tenu à suivre les conseils des médecins qui consistaient à se débarrasser de son fils.
Il osait à peine imaginer l'état dans lequel il devait être. Il se sentait sale, les cheveux gras, les yeux cernés. Les talons de ses pieds se frottaient douloureusement au sol froid, deux infirmières le traînant par le col de sa camisole de force. Il ne savait même pas pourquoi il devait en porter une, il s'était pourtant tenu à carreaux ces derniers temps.
Mathieu se tortillait néanmoins dans tous les sens. Il ferma les yeux. Les sangles de sa camisole lui faisaient mal, mais c'était une douleur à laquelle il s'était habitué. Ça faisait déjà un moment qu'on l'avait enfermé ici. Combien de temps, il ne saurait pas le dire. Des semaines sûrement, des mois peut-être. Il avait perdu toute notion du temps. Comment réussissait-il même à réfléchir correctement dans cet endroit ? L'air doux de Saint-Étienne lui manquait. Il ferma les yeux pour tenter de se représenter les ruelles bondées de bistrots et de restaurants de sa ville natale.
Cette pensée réussit à le calmer, jusqu'à ce qu'il se retrouve traîné devant une porte métallique donnant accès à une salle qui ne lui rappelait que trop de souvenirs. La sensation du liquide qui pénètre ses veines. Ce picotement dans le cou. Cette envie de vomir. Tout lui revint à l'esprit. Il essaya de se défaire de l'emprise de son vêtement trop ample pour son maigre corps mais, constatant bien vite que c'était en vain, il se mit à hurler, contraignant les docteurs à se dépêcher. On ne savait jamais, dans cet élan de rage le patient pouvait se cogner la tête, blesser autrui ainsi que lui-même.
Ils l'installèrent sur ce qui ressemblait à une chaise électrique et emprisonnèrent ses poignets pour l'empêcher de gigoter plus qu'il ne le faisait déjà. Mathieu entendit des bruits de ce qui sonnait pour lui comme des instruments de torture s'entrechoquant, ce qui le fit légèrement paniquer. Il ne voulait pas revivre la même chose que l'autre fois qu'il était entré dans cette pièce, autrement dit se retrouver dans un état d'amnésie totale. Se battre pour comprendre où il était, se battre pour comprendre qui il était, se battre contre le silence dans sa tête. Il avait été seul, et aucun médecin, aucune piqûre ne pouvait être pire que la solitude.
Devant lui, les infirmières en blouses blanches pressaient le pas, cherchant les produits et seringues adaptés pendant qu'il suppliait toujours pour qu'on le relâche. Des voix derrière lui échangeaient probablement sur son état, ce qu'il se força à ne pas écouter. Combien de fois avait-il assisté à cette scène au juste ? Combien de fois avait-il ignoré les commentaires sur son état déplorable ? Bien trop à son goût.
On commença à placer le garrot sur son bras de manière à ce que les veines soient apparentes, bien que déjà visibles sous la peau maladivement pâle du lycéen. Une première main glacée lui attrapa l'avant-bras, le contraste frappant avec sa peau brûlante le faisant sursauter. Il sentit rapidement un coton froid venir nettoyer la surface de sa peau et par pur réflexe il ferma les yeux, ainsi que le poing. Mathieu sentit une nouvelle fois le liquide faire douloureusement son chemin dans ses veines et il laissa échapper quelques plaintes.
-A un si jeune âge, quel dommage, commenta un spectateur de la scène.
L'adolescent releva une -grosse- pointe d'ironie dans la voix de l'homme en blouse blanche et la panique laissa rapidement place à la colère. De quel droit portait-il un jugement sur lui ? C'était de sa faute s'il était dans son état actuel. Ils le disaient malade, mais c'était eux qui le rendaient fou, ils le disaient handicapant, mais c'était eux qui le droguaient. Il se tortilla alors dans tous les sens en lâchant quelques injures au passage, non pas dans le but de se libérer mais plutôt de déstabiliser les médecins, ce qui fit son effet puisque beaucoup avaient vu les états dans lesquels il pouvait se mettre quand le Patron prenait le dessus.
La plupart d'entre eux se reculèrent subitement mis à part une infirmière qui l'immobilisa rapidement en attrapant son cou. Sans surprise, il sentit le même picotement dans sa nuque, puis cette sensation de brûlure qui faisait tranquillement son chemin depuis sa jugulaire pour venir se loger dans son crâne. Putain de docteurs. Putain de sédatifs. Putain de vie de bordel de merde.
On le relâcha, mais des bras vinrent rapidement remplacer les sangles de la chaise. Ils se précipitèrent à travers les couloirs et le jetèrent dans cette salle en mousse munie d'une caméra de surveillance qu'il haïssait tant. On y jetait les fous. Il n'était pas fou.
Ses cris redoublèrent pendant qu'il assenait plusieurs coups de pieds à la porte, tant qu'il pouvait encore le faire, en espérant qu'elle tremble ne serait-ce qu'un peu, en vain, la pièce était trop bien isolée. Il se laissa bien rapidement glisser le long du mur, son cerveau luttant tant bien que mal contre les drogues qu'on venait d'injecter à son hôte. Ses sangles avaient été resserrées aussi, il était presque sûr que le jour où on lui enlèverait cette camisole de force, il serait marqué à vie. Son regard se perdit dans le vide alors qu'il tenta de faire appel au Patron, ou au Geek, ou à n'importe qui qui pourrait lui faire sentir qu'il n'était pas seul dans cette épreuve. Qu'il n'était pas seul face à la réalité qu'était sa perte de mémoire. Sa vue se troublait, ses sens le trompaient. Que quelqu'un l'aide, qu'on le sorte d'ici, qu'on ne le laisse pas dépérir dans cet asile, amorphe, avec ces voix dans sa tête qui ne faisaient que s'amenuiser.
Que quelqu'un vienne à son secours.
-Tiens gamin, comme on se retrouve.
Antoine réfléchit un instant, ne sachant pas vraiment s'il devait se demander quoi répondre ou plutôt pourquoi un Mathieu maléfique essayait de le buter.
-Ça te rappelle quelque chose ça ?, lança le Patron sur un ton moqueur en regardant le couteau.
Le brun bugga une nouvelle fois. L'incident du couteau à la salle de sport en début d'année... c'était donc... Mathieu... ? Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions, un rire guttural retentit dans l'appartement.
-Ha ! T'as flippé comme la mauviette que tu es ce jour-là ! J'suis sûr que tu t'es chié dans l'pantalon, gamin. Et j'peux aussi te dire que là maintenant, tu t'mouilles le froc...
L'homme en noir allait descendre sa main libre vers l'entrejambe d'Antoine pour soutenir ses propos avant qu'un garçon vêtu d'un t-shirt avec inscrit dessus « For Tomorrow », un bob et des lunettes fuchsias ne fasse son apparition dans la pièce.
-Laisse-le tranquille gros…
A la plus grande surprise du brun, l'homme en noir obéit et baissa son arme pour regarder l'espèce de hippie qui venait d'arriver.
-T'étais pas censé être avec le gamin, toi ?, lança la voix rauque.
-Si, mais il est avec le Geek sur l'ordi…
-Mais le Geek est juste derrière toi !
-Bah qu'est-ce que tu fais là gros ?, demanda le camé.
-Mathieu m'a frappé, geignit-il de sa voix criarde en se tenant le bras.
Le grand brun tomba des nues. Une autre copie conforme de Mathieu dans un t-shirt Captain America rouge et une casquette sur la tête venait de s'incruster dans la conversation. La seule chose qui le différenciait de son ami, comme pour les autres, c'était sa voix presque insupportable et ce regard rempli de larmes. Antoine resta incrédule quelques temps, se frottant plusieurs fois les yeux pour être sûr qu'il n'avait pas des visions pendant que les autres se chamaillaient toujours pour savoir lequel d'entre eux devait rester avec l'originel. Il n'avait pourtant pas pris de champignons hallucinogènes aujourd'hui… Ou alors il était dans un rêve. Mais depuis quand est-ce qu'il faisait des songes aussi chelou ? Il allait vraiment devoir arrêter le sucre avant d'aller se coucher...
-C'est pas bientôt fini ce boucan ?! J'essaye de bosser sur un morceau !, se plaignit Mathieu dans un kigurumi panda.
-Mathieu !
Antoine voulu continuer sa phrase mais se fit brusquement couper par Mathieu, le vrai cette fois-ci, qui gueula un « GEEEEEEEEK, T'AS FERME MA PAGE PUTAIN » avant d'ouvrir la porte de sa chambre et de se retrouver face au grand brun qui était pâle comme la neige.
-ANT- Antoine?! Oh, Antoine... ça va ? Qu'est-ce que tu fais là si tôt ?, lança-t-il, tentant vainement de cacher son angoisse.
-Mathieu, putain de bordel de bite, c'est quoi cette merde ?!
Cette réplique fit soupirer Mathieu, qui ne s'attendait bien évidemment pas à une réponse très positive. Il attrapa le bras de son invité et s'installa sur son canapé, invitant ses personnalités à en faire de même.
-Je sais, tu dois avoir des milliards de questions. Je t'avais dit de pas venir avant 14h30 mais t'es trop con pour daigner m'écouter…
-C'est qui eux ?, rétorqua Antoine sans même prendre le temps de répondre à cette provocation.
Le plus petit lâcha un autre soupir en laissant néanmoins un sourire discret se dessiner sur ses lèvres. Est-ce que cette situation était censée être drôle ? Ou alors c'était une blague ? Ou ils étaient quintuplés ? Non, ça devait vraiment être un rêve.
-Je suis Maître Panda. Ravi de pouvoir enfin faire ta connaissance, Antoine.
Le brun grimaça. Maître Panda ? What the fuck ?
Il se rappela soudainement de la feuille de cours que Mathieu avait oublié chez lui la première fois qu'il était venu, avec un dessin dans la marge. Il ne fallut pas longtemps à Antoine pour faire le lien, c'était ces quatre mecs bizarres qu'il avait gribouillé sur ses cours. Donc il n'était pas dans un rêve ? Ou peut-être était-il plongé dans un sommeil éternel qui lui permettait de faire ce songe interminable ? (rpz Maître Gims, tuez-moi)
-Tu peux aussi l'appeler Panda. Personne l'appelle maître.
Le soit disant panda lança un regard tueur à Mathieu qui l'ignora royalement.
-Moi c'est le Hippie. J'aime les pétunias et les castors gros. Bienvenue.
-Moi je suis le Geek, et j'adore Team Fortress au passage !, sourit le petit à la casquette.
Antoine sourit malgré lui -un sourire qui, honnêtement, ressemblait plus à une grimace qu'à autre chose-, trouvant le Hippie et le Geek, comme ils disaient s'appeler, plutôt sympathiques. Il restait néanmoins très crispé et attendait impatiemment la révélation du canular. Les cinq garçons se tournèrent alors vers l'homme vêtu de noir qui s'amusait avec son couteau suisse. Le psychopathe leva la tête vers son audience, son regard n'ayant pas besoin de balles pour fusiller le grand brun, et il se décida enfin à parler.
-Appelle-moi Patron, cracha-t-il.
-… Patron ? lança-t-il alors, dubitatif.
-Qu'est-ce qu'il y a tête de pine, ça te plaît pas ?!
-J'ai rien dit, tu t'emportes tout seul, constata Antoine plus confiant que jamais maintenant qu'il n'avait plus le couteau sous la gorge.
-Fais attention à comment tu me parles toi, redis un truc comme ça et tu trouveras au fond de ta petite gorge serrée mon énorme p-
-STOP. Patron, s'il-te-plaît, ferme-la, intervint Mathieu.
Ledit Patron, qui s'était levé pour mieux faire face à leur invité, croisa les bras et grogna pour montrer son mécontentement.
-C'est eux que tu... dessines sur tes cours ? s'empressa de demander le brun.
-Monsieur Daniel est perspicace.
L'invité décela sans grande difficulté la pointe d'ironie dans la voix de son hôte. Mathieu sourit et un blanc s'installa rapidement dans la pièce. Antoine ne savait pas quoi faire, mais son ami non plus n'avait visiblement aucune idée de quoi dire. Il y avait tellement de choses à clarifier. Le brun se lança alors.
-Tu m'expliques le canular maintenant ?
-C'est une longue histoire, soupira Mathieu.
-On a toute une après-midi mec.
-… Bon je… comme tu le sais je suis « malade ».
-Oui, et ?
Quel rapport avec ça ? Antoine voulait effectivement qu'il lui éclaire les idées sur la maladie dont il souffrait mais ils avaient le temps pour ça, il préférait en savoir plus sur cette situation inquiétante.
-En gros je… je suis atteint d'un trouble dissociatif de l'identité.
-... Quoi ?
-Dédoublement de la personnalité, pour faire plus simple.
-Mat'… Je savais que t'avais une putain d'imagination mais là…
-Ils appellent ça comme ça, les médecins. Je suis pas d'accord avec eux, l'expression a des connotations trop négatives, mais je dois être le seul à ne pas voir ça d'un mauvais œil.
-Mathieu, arrête tes conneries c'est pas drôle. Je t'aurais plus cru si tu m'avais dit qu'ils étaient tes frères, bien que ça aurait été chelou.
-C'est vrai gros, c'est notre créateur.
Antoine fronça les sourcils. Qu'est-ce que c'était que cette merde encore ?
-Mais putain, même si c'était vrai, tout ça c'est censé se passer dans ta tête Mathieu !
-Nous on est différents gros… Mathieu nous a sorti de son lobe frontal grâce à son karma.
-Mais vous êtes tous complètement fous…
-Très bien, lança Mathieu qui se dirigea vers la porte d'entrée pour l'ouvrir. Si tu ne me crois pas tu peux partir, rien ne te retient.
C'est en deux temps trois mouvements qu'Antoine prit ses jambes à son cou, sans même que son ami ait le temps de réagir, mais il se retrouva bien vite étaler sur le sol en plein milieu du hall d'entrée de l'immeuble. Un corps léger mais pourtant trop lourd l'empêchait de bouger, et au-dessus de lui il sentit la respiration bruyante du Patron effleurer la peau de son cou.
-PUTAIN DE MERDE !
-La ferme pauv' merde, cracha l'homme en noir en le retournant et en l'agrippant par le col de sa veste. T'arrête tes conneries, tu rentre dans l'appart et tu vas t'excuser auprès du gamin !
-Mathieu bordel, aide-moi !
Mais Mathieu était toujours à la porte d'entrée, observant la scène avec une expression au visage qu'Antoine n'aurait su décrire. Il avait confiance en ses personnalités et laissait donc libre court aux événements. Le Patron, lui, savait exactement ce que l'originel ressentait, il le connaissait sur le bout des doigts, et c'est pour ça que même s'il n'appréciait pas le balais à chiottes, il ne le laisserait pas filer si facilement.
Il agrippa les joues d'Antoine de sa poigne ferme et faillit lui désintégrer la mâchoire avant que Maître Panda n'intervienne.
-Patron, lâche-le putain, mais lâche-le !
-Dégage la chinoise !
-Non à la guerre du Vietnam les mecs !, clama le Hippie.
Mathieu se dirigea calmement vers son voisin de classe, soupirant doucement en voyant que celui-ci reculait au fur et à mesure qu'il approchait.
-Antoine, je veux bien prendre le temps de tout t'expliquer parce que tu es une personne à qui je tiens. Je t'assure, tout sera plus clair, mais pour ça il faut que tu me fasses confiance.
Le concerné laissa son regard vagabonder dans le hall, mal à l'aise. Le Geek était au bord des larmes et le Hippie s'allumait nerveusement un pétard. Le Patron arrachait presque les cheveux du Panda pendant que ce dernier lui griffait sauvagement le bras. Leur baston s'arrêta pour qu'ils puissent observer les deux lycéens avec attention. Le regard assassin caché derrière les lunettes tintées poussait Antoine vers la sortie sans même que le propriétaire de ces yeux ait à dire un mot, mais l'homme en kigurumi lui lançait un regard beaucoup plus doux, plein d'espoir, presque amoureux.
Amoureux ?
L'élève de seconde était gêné de voir la lueur d'appréhension qui brillait malgré tout dans les yeux bleus de Mathieu.
Amoureux ?
Il acquiesça et regarda le petit châtain avec méfiance. Il aurait pu partir, là tout de suite maintenant, mais il n'avait pas envie de renoncer comme ça. Pas à Mathieu.
Amoureux ?
-On peut aller discuter dans ta chambre ?
-Je... s-si tu veux.
Le brun à la queue de cheval ne perçut pas ce qui avait pourtant été flagrant aux yeux de toutes les personnalités lorsqu'il suivit leur créateur dans sa chambre. La respiration saccadée de Mathieu, ses membres tremblants, son cœur palpitant. Il devait trouver les mots pour garder Antoine.
Amoureux.
Ainsi, Antoine suivit Mathieu dans sa chambre, laissant derrière eux les quatre sosies après que l'originel ait déclaré « Vous restez ici, on revient bientôt. » Ils passèrent devant le Patron qui lança au brun ce même regard assassin et fit douter le lycéen de son choix. Est-ce qu'il avait vraiment raison de rester ici plus longtemps ?
Un couloir étroit menait aux chambres et à la salle de bain et sur les murs trônaient des photos de famille. Il eut le temps d'en détailler une, sur laquelle une petite fille souriait et un Mathieu d'une dizaine d'années s'accrochait au bras de sa mère, et un couple de jeunes mariés semblait heureux. Une autre, seulement d'un tout petit Mathieu à la touffe bouclée et une femme dans un jardin ensoleillé, sûrement prise dans le sud du pays vue la végétation sèche et les oliviers.
Ils entrèrent dans la petite chambre et Antoine fut surpris de la voir si décorée, quoi qu'elle correspondait bien à Mathieu. Un lit, avec sur le mur un poster Diablo, un autre South Park, un, plus grand, Mass Effect et encore bien d'autres. L'écran d'une télé avec une xbox branchée dessus était resté figé sur le menu d'un jeu qu'Antoine ne connaissait pas. Sur son armoire étaient collés différents stickers psychédéliques, et plus loin un ordinateur portable posé sur un bureau blanc affichait une vidéo de type pornographique mise sur pause. Enfin, sur une bibliothèque murale se pavanaient tous les tomes du manga GTO ainsi que plusieurs autres mangas connus.
-Fais pas attention à ça, c'est le Patron, déclara Mathieu en quittant le site porno pour aller s'asseoir avec Antoine sur le lit.
Un blanc gênant s'installa. Évidemment, cette situation ne pouvait être que gênante, et Antoine sentait encore la sueur perler le long de son corps.
-Comment t'as réussi à faire rentrer tout ça dans ta chambre… ?
-L'acharnement, sourit l'intéressé. En arrivant ici j'avais presque rien, les médecins avaient jugé bon de me retirer la plupart de mes affaires pour ne pas que je fasse carnage, apparemment.
-Et c'était pas une bonne solution ?
-Pas vraiment, non.
Un autre sourire vient radoucir le visage crispé de Mathieu.
-Je commence par te raconter quoi ?
-Je… je sais pas… comment ça a commencé ?
-Pff… Bah je sais pas trop. J'avais 12 ou 13 ans. J'avais pas trop d'amis, pas du tout même. Le collège était vraiment une sale période, si tu vois ce que je veux dire. Et vu qu'à la maison ça n'allait pas mieux, j'ai commencé à me sentir très seul. Et puis, je sais pas comment l'expliquer... leurs voix ont commencé à combler ce manque, en quelque sorte. Les psychiatres disaient que c'étaient des hallucinations auditives.
-... Oh…, lâcha le brun, perplexe.
-Ouais je sais, c'est bizarre dit comme ça. J'aime pas trop en parler, confia-t-il en soupirant. A la fin de ma troisième et pendant ma première année de seconde, les choses se sont « empirées ». Disons que ce qui ressemblait à une petite schizophrénie passagère s'est transformé en un « sévère problème mental, handicapant pour moi-même et autrui ».
-… o... kay... ?, débita Antoine en attendant qu'il lui en dise plus.
-En gros, j'agissais comme eux, ils étaient moi, j'étais eux. Tout ce qu'il y a de plus banal pour un mec atteint de trouble dissociatif de l'identité. Sauf que voilà, c'est chelou, ils sont là. Je te raconte pas l'angoisse de ma famille et des médecins quand eux aussi ont commencé à les voir. Ils considèrent ça comme une aggravation constante de ma... maladie. C'est peut-être vrai au final, puisque quand ils me gavent de médocs ils disparaissaient. Mais si les autres peuvent les voir, ça veut bien dire qu'ils ne sont pas que de simples hallucinations visuelles. C'est moi qui leur ai donné des noms.
-Bordel, j'ai l'impression de tourner dans un film de science-fiction...
Mathieu rit doucement et se décida à continuer ses explications.
-Avec les médicaments que je prenais depuis quelques mois, bah depuis que je me fais soigner sur Paris en fait, ils disparaissaient, mais hum comment dire... je suppose que tu les as déjà rencontrés, d'une manière ou d'une autre, que tu t'en sois rendu compte ou pas. En gros, je redevenais un malade « normal » avec des changements de comportement. Les regards pervers, les crises de sanglots, les moments d'absence... tout ça c'était pas moi, c'était eux.
-... Quoi... ?
-Oui. Le soir où... où on s'est embrassés. Ce n'était pas moi Antoine, c'était Maître Panda.
Bim, en plein dans sa face. Antoine avait espéré pour rien, et si la curiosité mélangée à la peur ne l'avait pas cloué sur place, il se serait sûrement levé pour partir, enragé. Il se sentait con.
-C'est pas logique, ça ne rime à rien, se débrouilla-t-il pour rétorquer. Si tu es venu à Paris pour te faire soigner, d'après ce que j'ai compris, pourquoi est-ce qu'ils sont toujours là ?!
-Je... justement. Pendant les vacances de Noël, j'ai eu droit à une nouvelle série d'examens, et ils en ont conclu que puisque le traitement actuel marchait bien malgré les quelques malaises et nausées pendant les efforts physiques, il était temps de passer à quelque chose de plus radical. Les grosses pilules bleues étaient destinées à les faire totalement disparaître, leur voix y comprises. Comme tu as pu le deviner, à l'abri du regard des médecins, je ne les prends pas du tout. Et donc, ils sont là.
-Pourquoi ?! Pourquoi tu les as jetées ?! Tu veux pas guérir, bordel ?!
-Guérir pour quoi ? Souffrir le martyr ? S'ils persistent à rester c'est bien qu'ils font partie de moi !
-Tu n'es plus seul Mathieu ! Je suis là, Julie est là, nous sommes tous là pour t'aider !
-Bordel Antoine, j'ai grandi avec eux, ce sont les seuls personnes qui m'ont permis de pas me foutre en l'air ces quatre dernières années ! Tu veux tout de même pas que je les abandonne ?!
-Mais t'as plus besoin d'eux, tu pourrais être normal !
-Je ne suis pas normal, Antoine, mets-toi bien ça dans le crâne. Si tu crois que ça me fait plaisir de les entendre m'appeler au secours quand les pilules font leur effet, quand je suis incapable de faire autre chose que de vomir mes organes dans les toilettes, bah putain tu te fourres les doigts dans l'œil, et au final toi et moi on n'a rien à faire ensemble.
Un blanc lourd, dérangeant, douloureux, s'installa dans la pièce. Mathieu avait l'air plus ou moins serein, sûrement content de s'être débarrassé du poids que cette révélation devait être. Pourquoi avait-il suivit le châtain dans la chambre déjà ? Ah oui, parce qu'il voulait faire des efforts pour ne pas le perdre, pour essayer de comprendre. Il avait besoin de temps pour assimiler tout ça.
Ils discutèrent encore une bonne vingtaine de minutes. Le plus vieux parla au grand brun des cinq mois qu'il avait passés en hôpital psychiatrique l'année dernière, à Saint-Étienne, cause de son redoublement. Pour la plus grande surprise d'Antoine, il parut très détaché de son discours, bien qu'il affirmait que ces mois bercés par les seringues et les cris ne l'avaient pas du tout aidé.
Il lui parla des enfants auxquels on mettait la camisole de force après leur avoir donné leur petite pilule lorsqu'ils se débattaient trop. Il lui parla aussi des nuits qu'il avait passées à fixer la diode rouge dans un angle de sa chambre, au plafond, incapable de s'endormir sur le bloc de béton qui lui servait de lit. Ce n'était pas le meilleur asile du coin, mais sa mère devant se débrouillant sans l'aide de son ex mari ni de son mec actuel, elle n'avait pas eu les moyens de le placer ailleurs.
Il lui montra les quelques bleus qui parsemaient son bras lorsque, de temps à autres, un médecin venait chez lui pour le tripatouiller et lui expliqua que s'il avait tendance à rater des journées entières de cours, c'était parce qu'il devait aller passer des examens à l'hôpital. Sa famille avait d'ailleurs déménagé ici pour être proches des meilleurs hôpitaux de France, son beau-père s'étant finalement décidé à soigner l'enfant fou. Par contre, il ne lui parla pas des sangles, des seringues, des chambres isolées, ni de toutes les heures passées à supplier qu'on le libère. Antoine n'était pas prêt à entendre ça. Honnêtement, qui pouvait l'être ?
Quelqu'un toqua à la porte de la chambre et une voix douce retentit de l'autre côté du mur.
-Mon chéri, je suis revenue des courses, je peux entrer ?
Quoi ? Le temps passait si vite qu'il était déjà 14h ?
-Oui, entre.
La porte s'ouvrit alors pour donner vue sur une petite femme au teint pâle, aux yeux verts et aux cheveux longs, blonds et bouclés qui tenait deux gros sacs. Une autre fille, presque plus grande, sourit aux deux garçons. Son visage enfantin laissait penser qu'elle n'avait même pas encore 13 ans, ses cheveux blonds mi-longs eux aussi bouclés étaient attachés en une queue de cheval et elle fixait son grand frère de son regard noisette.
La plus âgée des deux filles semblait très étonnée, mais au fond un poil soulagée quand elle aperçut Antoine.
-Je... c'est un... ?
-Oui maman, c'est mon ami. Il s'appelle Antoine.
Mathieu avait prononcé ces mots en toute sincérité, sans pour autant regarder le grand brun dans les yeux.
-Il est... ?
-Au courant, oui.
La petite blonde d'une quarantaine d'années sourit doucement.
-Enchantée Antoine. J'espère honnêtement que tu pourras aider mon fils.
Le fils en question crut avoir une crise cardiaque tant sa mère était gênante. Déjà qu'Antoine était mal à l'aise, si elle venait lui partager ses espoirs que Mathieu guérisse en ayant des amis, il allait se sentir une part de responsabilité trop importante et fuir comme il l'avait fait plus tôt.
Mais le grand brun laissa échapper un sourire, comprenant enfin pourquoi son ami était si petit. Elle ne devait pas être beaucoup plus grande que lui, elle le dépassait pour sûr mais ne devait pas atteindre le mètre soixante-cinq. Sinon, cela voulait dire que la petite sœur de Mathieu -il supposait que c'était sa demi-sœur- était un géant.
-Enchanté madame.
-Appelle-moi Virginie, rectifia-t-elle, Virginie Lemaire. Ravie de faire ta connaissance Antoine ! Pour une fois que Mathieu nous ramène un ami !
Le grand rictus sur les lèvres de Virginie et la mine vexée que prit son ami amusa le lycéen aux cheveux longs.
-Mon cœur, j'ai ramené des pains au chocolat pour le goûter. Tu pourras en manger avec Antoine mais n'oublie pas d'en laisser à ta sœur.
Elle s'éclipsa alors que la petite fille entrait dans la chambre de son frère en jetant ses chaussures dans un coin de la pièce. Elle fixa l'invité quelques secondes avant de parler de sa voix aiguë.
-Bonjour Antoine, je m'appelle Chloé et j'ai 10 ans !
-Eh, t'aurais pu enlever tes godasses ailleurs, tu viens de dégueulasser ma chambre.
-Je suis la petite sœur de Mathieu, l'ignora-t-elle royalement, mais c'est drôle parce qu'il est plus petit que moi ! Tu sais que je mesure un mètre soixante-cinq ? Je suis la plus grande de mes copines !
-Oh la ferme Chloé…
Elle tira la langue à son frère avant de reprendre.
-Mathieu me parle souvent de toi alors je t'aime bien ! Si tu veux on peut aller jouer aux jeux avec le Geek, même si maman aime pas trop ça. T'es le premier invité dan-
-Mais ta gueule, tu lui fais peur, pesta Mathieu en couvrant la bouche de la petite tout en la jetant hors de la pièce. Désolé, elle s'arrête jamais de parler…
-C'est rien, elle est mignonne. Par contre elle te ressemble pas du tout, s'étonna le brun.
-Elle ressemble plus à mon beau-père pour être honnête, elle a pris ses gènes de géant.
-Mathieu, tu peux venir deux minutes ?, lança une voix féminine depuis la cuisine.
L'adolescent soupira et se leva de son lit, demandant à Antoine de l'attendre ici. Il ouvrit la porte de sa chambre, attrapant les baskets rose fluo de Chloé au passage, une expression de dégoût au visage, et partit voir sa mère alors que l'homme en noir se posta à l'entrebâillement de la porte, observant le brun. Antoine n'y fit pas attention, jusqu'à ce qu'il sente un poids déformer le lit sur lequel il était assit.
-Alors gamin, pas trop chamboulé ?, demanda le Patron de sa voix rocailleuse.
-Non, ça va très bien, merci, répondit péniblement Antoine.
Un ange passa dans la pièce et le lycéen envisagea sérieusement de partir. Il était mal à l'aise quand le Patron était à ses côtés.
-Je sais à quoi tu penses, gamin.
-Pardon ?, lança le brun, surpris.
-Tu te demandes comment tu vas pouvoir gérer tout ça. Le fait que ton pote soit pété de la cervelle. Le fait que tu ne puisses pas partir, sous peine de lui faire du mal, mais que tu ne puisses pas rester non plus.
-Mathieu s'en fiche pas mal de moi, tu sais, tenta-t-il de dire en restant le plus calme possible.
La personnalité la plus sombre de son ami lui lança un regard dubitatif.
-Pardon ?
-Je le connais, c'est un solitaire. Il a pas besoin de moi, il me l'a bien fait comprendre. En plus de ça il me fait passer pour le dernier des crétins en sous-entendant que c'était contre son gré qu'il m'a embrassé. J'ai l'air de quoi, moi ?
-Gamin, je rêve ou quoi, c'est toi qui me parle de connaître Mathieu ?, lâcha le Patron en regardant son interlocuteur avec mépris. Je suis lui. J'ai vécu dans sa tête pendant des années, gamin. Je le connais par cœur, tellement bien que je peux deviner ce qu'il pense la plupart du temps. Moi et tous les autres. On partage tout avec lui.
Antoine sentit son souffle se couper alors que le sourire qu'arborait le Patron depuis le début de la conversation disparaissait peu à peu. Le brun ne comprenait pas trop pourquoi l'homme aux lunettes noires avait accentué le mot « tout », mais pour être tout à fait honnête il ne cherchait pas à le comprendre là tout de suite maintenant.
-T'es le même genre de bouffon que tous les autres, gamin.
-Je te permets pas de-
-Tu la fermes quand je parle. Tout ce que tu vas réussir à faire, c'est détruire Mathieu, et nous par la même occasion. Je sais tout ce que le gamin ressent, il s'attache à toi, sauf que je te vois venir avec tes airs de gentil garçon. Tu l'acceptes comme il est, oh mais c'est magnifique, le monde est tout beau tout rose, mais si tu le lâches et que Mathieu souffre, tu peux t'assurer que je serais là pour t'enculer tellement fort que t'en vomiras tes tripes. Littéralement.
L'invité pâlit. Le Patron ne mâchait pas ses mots et les armes blanches restaient à sa disposition. Il ressemblait à ce genre de personne capable de vous kidnapper pour vous violer trente fois d'affilée puis vous découper en petits morceaux et déposer le reste de votre corps dans une usine de copeaux de bois.
-T'oserais pas me toucher. Sinon tu l'aurais fait depuis longtemps. T'oserais même pas toucher une mouche au fond. T'es rien finalement, juste une partie de Mat', et si lui bade en voyant un oiseau se prendre une vitre en pleine tronche, alors t'es encore plus fragile.
Antoine déglutit, pas trop sûr de ce qu'il venait de dire. Le temps que mit le Patron à lui répondre le fit stresser d'autant plus, surtout que le rictus vicieux qu'il avait abandonné plutôt était revenu décorer son visage.
-Ne vas pas jusqu'à le confondre lui et moi, gamin. On est les mêmes, tout en étant très différents. J'ai vu tout ce qu'il a subi, et toi tu ne serais pas capable d'en supporter le quart. La seule personne qui peut m'empêcher de passer à l'acte, c'est lui. Parce que je sais que c'est pas ce que le gamin voudrait, parce que j'veux pas qu'il souffre plus. Je suis lui, il est moi. On est là pour l'apaiser, l'aider. Je fais le sale boulot, ce que Mathieu, lui, n'osera jamais faire. Mais on reste indivisibles, ni la serpillière que tu es, ni ces prétendus médecins pourront nous séparer de lui. Et n'oublie surtout pas qu'au moindre faux pas, je serai là pour te foutre une balle dans l'occiput. Compris gamin ?
L'appellation « serpillière », faisant référence à ses cheveux, et ce discours prononcé sur un ton monotone bien que très sérieux, refroidit Antoine.
-Antoi- bah, tu parles avec le Patron ?, s'étonna Mathieu qui venait de revenir de la cuisine.
Le brun hocha vaguement la tête.
-Ouais gamin, fallait bien que quelqu'un lui explique les règles de la maison, renchérit l'homme en noir.
La journée était passée incroyablement vite, dans une ambiance beaucoup plus sereine que celle dans laquelle elle avait débuté. Antoine avait fini par jouer un peu avec le Geek, malgré sa perplexité et ses membres tendus, et débattre de l'actualité avec le Hippie et le Panda, l'un défendant la protection des étoiles de mer et l'autre celle des pandas. Le Patron, lui, était parti s'enfermer dans la chambre de Mathieu, et personne ne voulait vraiment savoir ce qu'il y faisait.
Les deux amis étaient maintenant assis sur des chaises dans la cuisine, en train de manger les fameux pains au chocolat que Virginie avait ramenés plus tôt. Elle lui faisait d'ailleurs penser à sa propre mère, très gentille et serviable. Elle avait l'air aux petits soins pour son fils et étrangement pour Antoine aussi. Virginie avait passé un bon moment à lui montrer les albums photos et à discuter avec lui, ce que le brun trouvait très bizarre mais amusant. C'était comme si elle mettait tout son cœur pour qu'Antoine se sente comme chez lui et accepté par la petite (grande?) famille, mais en toute sincérité, Mathieu avait tellement le don de le détendre qu'elle n'avait pas grand chose à faire.
-Mat', tu peux m'aider à passer ce niveau ?, lança la petite voix de Chloé.
-Tu peux toujours courir, crotte.
Mathieu tirait une sale tête, contraint d'écouter les complaintes de Chloé qui mangeait elle aussi avec eux. Elle était bloquée au niveau 43 du jeu Candy Crush Saga et suppliait son frère depuis au moins 10 minutes de l'aider à débloquer le prochain niveau.
-T'es vraiment trop méchant comme frère, cracha le brun. Passe-moi la tablette princesse, je vais te le faire.
Elle admira Antoine glisser son doigt le long de l'écran tactile en tirant la langue à Mathieu, qui se contenta d'avaler son dernier bout de pain.
-Antoine, pourquoi t'as les cheveux longs ?, demanda la future collégienne.
-Mhh, parce que j'aime bien.
-Mais c'est pour les filles normalement.
L'hôte de la journée pouffa dans son coin, s'attirant le regard noir de grand brun.
-Pour les garçons aussi, des fois, se pressa-t-il de répondre. Et puis regarde ton frère, d'après ce que j'ai vu dans les albums photos, il avait les cheveux plutôt longs quand il était petit !
-Oui, mais moi j'étais mignon.
Cette remarque mal placée valut au redoublant un coup de poing dans le bras et les esclaffements de sa petite sœur.
-D'ailleurs où sont passées tes grosses bouclettes ?, remarqua le brun.
-Elles sont toujours là. J'ai juste les cheveux trop courts, alors au lieu de boucler mes mèches de veuch partent en couilles.
-Moi j'aime bien tes cheveux ébouriffés comme ça. Ou alors en crête. Ça te va bien.
Mathieu continua de siroter son jus d'orange en jetant un regard en coin à son ami, comme gêné. Antoine l'ignora et finit par débloquer le niveau 44, puis passa la tablette à la blonde qui le remercia vivement. Un adolescent en kigurumi fit alors son entrée dans la pièce, se dirigeant vers la bouilloire.
-Tu veux un café Mat' ? demanda le Panda.
-Ouais s'te plaît. Fais-en un de plus pour Antoine.
-Ah non désolé, je bois pas de café.
-Pardon ?!, s'étouffa presque le plus petit.
-Mathieu il boit du café tous les jours, s'incrusta Chloé.
-Ouais, et franchement j'sais même pas c'que tu fais chez moi si t'aimes pas le café, blagua-t-il.
-C'est pas que j'aime pas, enfin si, mais je préfère le thé quoi.
-Beurk, t'es sale.
-T'es raciste des buveurs de thé ?
-Je suis raciste de tout ce qui ne boit pas de café, mec !
Le débat fut coupé par la tasse bouillante que Maître Panda déposa devant Mathieu avant de s'éclipser dans le salon avec son bol de thé. Quelques minutes plus tard, ils entendirent la porte du salon se déverrouiller. Virginie se précipita alors vers la porte d'entrée.
-Bonsoir Stéphane ! Tout s'est bien passé aujourd'hui ?
Il ne jugea pas utile de donner de réponse à sa femme. C'était un grand homme brun aux yeux noisette, presque ambre. Il était assez baraqué et portait une barbe de trois jours. Son regard vagabonda dans le salon, se posant sur les trois personnalités se reposant sur le canapé.
-Ils sont encore là, eux ?, cracha-t-il.
Antoine eut le temps d'apercevoir le Panda grogner, puis se diriger vers la chambre. Il sentit également l'atmosphère se tendre, Mathieu fermant les yeux comme pour se contrôler, ou pour ne pas voir son beau-père, il ne savait pas trop.
Stéphane entra dans la cuisine et enlaça sa fille avant de regarder l'invité.
-Alors comme ça Mathieu nous a ramené un ami ?
Voyant son camarade de classe resserrer son emprise sur sa tasse, Antoine s'engagea à répondre pour lui.
-Bonjour monsieur, je m'appelle Antoine et oui, je suis un ami de Mathieu.
L'homme laissa échapper un sourire que le brun jugea indescriptible.
-Alors c'est pour aller chez toi qu'il se barre tout le temps de la maison ? Mais c'est super. Maintenant que tu es venu ici, il aura au moins l'indulgence d'emmener ses quatre gigolos avec lui la prochaine fois qu'il ira te rendre visite.
L'homme de bientôt cinquante ans posa sa main sur l'épaule de son beau-fils et la serra un peu plus fort qu'il n'aurait voulu. Mathieu se dégagea de son emprise et se précipita vers l'évier pour y déposer sa tasse, Chloé fit de même pendant que Stéphane retournait auprès de sa femme. Antoine comprenait pourquoi son ami était si renfermé sur lui-même en début d'année, son beau-père avait l'air du genre à le rabaisser. Il se stoppa dans ses propres pensées, non, il ne pouvait pas juger sans connaître, il n'avait vu que la surface de cette famille.
Il en apprenait chaque jour un peu plus sur Mathieu, et ça lui plaisait. Il aimait se perdre dans ses yeux bleus qui pétillaient dès qu'ils croisaient son regard. Il aimait se laisser bercer par la douce mélodie qu'était sa voix et ses réflexions débiles sur la vie. Et il aimait encore plus se laisser sombrer dans les passions de son ami châtain, appréciant peu à peu les jeux plus role-playing et les musiques plus trash. Qu'il ait un beau-père chiant, un passé chelou ou des personnalités étranges à sa charge, au final, Antoine s'en foutait tant qu'ils pouvaient rester amis. Tout cela faisait de Mathieu ce qu'il était aujourd'hui. Pour lui, tout était resté du pareil au même.
Fin de ce chapitre. L'asile décrit ici est inspiré SLG, pas du tout de la réalité, donc désolée si ça peut paraître biaisé parfois ^^'
Pour les personnes qui ont des questions ou des remarques ou je ne sais quoi, j'ai Twitter: tanyankee19. Je trouve ça plus direct que les PMs, peut-être que vous aussi ^^ (ça vaut surtout pour les anonymes, histoire de pas attendre trois semaines/un mois avant d'avoir une réponse..)
Prochain chapitre dès que possible. N'hésitez pas à me laisser votre avis par review, anonyme ou pas, positif ou pas, bref, vous connaissez la chanson :)
