Hey~
Joyeuses fêtes! J'espère que vous avez eu plein de cadeaux et/ou que vous vous êtes bien goinfrés mweheheeee
Merci pour vos reviews/fav/follows, que ce soit sur "Comeclose and Sleepnow" ou sur "Caféine". Vous êtes franchement adorables, ça me motive énormement! Et surtout on est presque à 2000 vues sur cette histoire, bordel, c'est du délire, merci T_T
Avant de commencer ce chapitre je tiens à m'excuser pour le temps que je mets à publier, mais je vous assure que la pression des bacs blancs et de l'orientation c'est pas facile à gérer. Et puis bon, ce chapitre est plus long que les autres, alors pardonnez-moi svp xD Mais je vais essayer de ne pas dépasser trois semaines entre chaque publication!
Réponse aux reviews anonymes:
Guest: Nini, don't you know I love philosophy? x) Sorry I'm late, Christmas is over, but I'm still here before New Year ;) Enjoy!
Bon je vous lâche, bonne lecture!
Chapitre quatre : Retour à la case départ
On lui avait un jour dit qu'il était schizophrène. Il avait ri.
Les schizophrènes avaient des hallucinations auditives, visuelles, sensorielles, olfactives, tout ce que vous voulez. Ils partaient dans des délires pas possibles, complètement déconnectés de la réalité. Ils n'étaient plus eux-mêmes.
Or, Mathieu était lui. Le Hippie, le Geek, le Patron, le Panda. Ils étaient lui. Et il était eux. Ses personnalités n'étaient pas des hallucinations.
Sinon, le Geek ne serait tout simplement pas assis à terre, un ordi posé sur la table basse devant lui, en train d'initier Chloé aux joies de Minecraft. Pour une fois, sa petite voix nasillarde n'irritait pas Mathieu. Le sourire que l'enfant à la casquette grise abordait ne pouvait qu'apaiser son créateur qui, après être sorti de cette prison qu'était l'asile psychiatrique, cherchait désespérément quelque chose qui le ferait se sentir vivant.
Le Geek était sûrement sa personnalité la moins complexe. Quand il y repensait bien, il représentait sa tristesse, son innocence, perdue depuis déjà bien trop longtemps, ses faiblesses. Toutes ces émotions qui, en société, auraient pu le détruire, le Geek était là pour les abriter. Mais il représentait aussi son amour pour les jeux vidéo, passion dans laquelle il pouvait se perdre facilement, se déconnecter de la réalité. L'enfant au t-shirt Captain America le sauvait.
Maître Panda s'enfonça dans le canapé, près de Mathieu, une tasse de thé vert à la main, et s'empara de la télécommande.
-J'peux changer ?
Mathieu acquiesça. La chaine passa alors de Game One à Arte qui proposait un reportage sur la faune et la flore chinoise. Un autre sourire vint se dessiner sur le visage de Mathieu. Le virtuose de la famille lui ressemblait pas mal, lui aussi. C'était son côté musicien et têtu, prêt à faire tout et n'importe quoi pour obtenir ce qu'il voulait. Il n'en avait pas l'air comme ça, mais Maître Panda pouvait être très naïf. Il était persuadé que les humains étaient naturellement bons, que leur seule erreur était d'essayer d'éradiquer son espèce de la surface de la terre, et pouvait débattre de l'altruisme humain avec le Hippie pendant des heures. C'est lui que le séjour en hôpital psy avait le plus affecté, plus que le Geek même, il avait pété les plombs et avait eu besoin de plusieurs semaines pour s'en remettre. Cette expérience l'avait rendu terriblement pessimiste. (1)
-Y'a plus de gâteau au citron, gros !
-Mon papa a mangé la dernière part hier soir, lui répondit Chloé.
-Pendant que t'étais en plein trip sur MON lit, ajouta l'originel, un peu vexé.
-S'cuse gros, j'en avais trop pris, sourit le camé.
Mathieu ne comprenait pas vraiment son double drogué. C'était sûrement encré dans sa manière de vivre, il était né avec le trait de caractère « camé ». Mais au fond, Mathieu savait qu'il était le plus lucide de toutes les personnalités, il était la partie de son créateur qui avait ouvert les yeux sur le monde dans lequel il vivait et qui avait décidé de les refermer. Il représentait toutes les illusions du jeune lycéen sur ce monde rempli d'opportunités qui s'étaient peu à peu brisées, le laissant en miettes. Ce qu'il considérait comme de la bêtise humaine et qu'il ne voulait pas voir, il la camouflait derrière ses lunettes teintées et son nuage de fumée, les substances pas très nettes étaient là pour occulter ses désillusions, ses déceptions. C'était le Hippie.
-T'inquiète gamin, je te fais des gâteaux quand tu veux moi, déclara le Patron en allumant sa cigarette.
-Putain Patron, je t'ai déjà dit de pas fumer dans le salon… et d'ailleurs tu l'as eu où ta clope ? s'énerva Mathieu.
-Dans la sacoche du daron.
-Quoi ?! Eh mais je vais encore me faire défoncer !
Le Patron se contenta de hausser les épaules et de tirer une latte de sa cigarette en guise de réponse. Mathieu soupira, même s'il se mettait à refuser les petits caprices de son côté sombre, ce dernier finirait toujours par trouver un moyen de se procurer ce dont il avait besoin. On ne pouvait pas dire que le Patron était quelqu'un de mauvais, loin de là, c'était juste une personne très compliquée. Il fallait avouer qu'il était la personnalité de Mathieu qui en avait le plus bavé, il était la colère et l'indifférence, la déception et la routine, la luxure et la haine. Essayez un peu d'être toutes ces choses en même temps, qu'on rigole. Tout ce ressentiment qui ronge chaque parcelle de votre être pour ne rien laisser derrière lui au final. Le Patron se battait quotidiennement contre ça, son créateur le savait. Il avait fait l'effort de n'agresser personne, de refouler une partie de lui-même pour sa famille, Mathieu pouvait donc bien faire l'effort de l'accepter tel qu'il l'avait créé, non ?
Le pervers était pourtant prêt à faire beaucoup de choses pour eux. Parmi les personnalités, il était celui qui était arrivé en premier et avait vu les mêmes horreurs que son créateur depuis le début de toute cette galère. Si un jour il devait insulter, tabasser, violer ou tuer, il le ferait sans hésitation. Il voulait les protéger, les sachant déjà assez fragiles comme ça, même si la carapace qu'avait bâtie Mathieu leur apportait un semblant de protection.
Il s'efforçait de cacher la présence de ses personnalités aux médecins qui feraient tout pour les « supprimer », quitte à augmenter les doses de médicaments et mettre la santé du jeune lycéen en danger. Il devait aussi convaincre son beau-père de ne pas le laisser se faire réinterner, chose difficile. Il ne comprenait pas bien d'où ses quatre doubles venaient, mais qu'importe. S'il devait s'imposer le dilemme de savoir si ses personnalités le protégeaient de ses émotions trop contradictoires, ou si au contraire ils signifiaient l'aggravation de sa « maladie », le choix ne serait pas long. Alors il donnerait son maximum, comme tout ce petit monde autour de lui. C'était tout ce qui comptait.
Un mois. Un bon mois depuis qu'Antoine était au courant pour Mathieu. Il lui avait fallu un peu de temps pour vraiment tout digérer, mais maintenant il s'y était fait et voir ses personnalités était presque devenu banal.
Il se rendait souvent chez son très cher nain à présent. Il s'était même lié d'amitié avec les doubles de son ami. Surtout le Geek, qui était la seule personne avec qui il pouvait parler de jeux vidéo aussi librement qu'avec Mathieu. Ses pleurnicheries parfois abusives pouvaient être chiantes à la longue, mais c'était quelqu'un d'extrêmement gentil. Le Panda aussi était cool, Antoine aimait bien son petit côté musicien invétéré et ça l'amusait de le voir défendre la cause de son espèce avec autant d'ardeur. Il n'avait pas beaucoup parlé avec le Hippie qui était d'ailleurs rarement à la maison, il disait préférer le parc, un endroit « plus peace ».
Le Patron, Antoine ne lui adressait pas un mot. C'était une personne qui l'intriguait autant qu'il l'effrayait. Ils s'échangeaient seulement des regards froids, quand l'un daignait porter un peu d'attention à l'autre. Malgré ça, le brun ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il était mignon. C'était un clone de Mathieu après tout, c'était normal étant donné le level de mignonnance de ce mec. Cette famille était trop mignonne de toute façon, si on faisait abstraction de Stéphane, le beau-père. Mais peu importe, il était rarement là.
Il avait l'impression de le connaître depuis toujours. Ou du moins d'être aussi proche de lui qu'il l'était de Théo, voire plus. Jamais il ne s'était lié d'une amitié aussi grande avec quelqu'un en trois mois. Jamais. Il se sentait le besoin de l'aider. De temps en temps, il repensait au baiser qu'ils avaient échangé dans la chambre d'Antoine et essayait de trouver une raison à cet acte. Il abandonnait bien vite, un peu déçu de ne plus jamais avoir eu un moment aussi intime avec Mathieu. Qu'est-ce qu'on s'en foutait de toute manière du pourquoi du comment…
Madame Gaucher avait eu raison, le temps passait trop vite. Il avait passé ces derniers mois à bosser, la seconde étant une classe qui imposait un rythme assommant. Antoine se sentait comme un vieillard à penser ça mais ça lui faisait plaisir de voir l'évolution de Mathieu, qui avait pas mal changé. Il s'était lié d'amitié avec Julie mais avait aussi commencé à s'ouvrir à Clément, Noémie et Aiyana. Il ne parlait pas vraiment à Théo et Julien, ne voyant pas vraiment de quoi il pouvait parler avec eux, et encore moins à Audrey. C'était ce dernier point qui tracassait Antoine. Lui discutait régulièrement avec la belle brune, n'osant cependant pas lui faire d'avances, alors qu'elle et le schizophrène se lançaient des pics accompagnés de regards tueurs.
Antoine avait demandé aux deux, séparément, quel était leur problème avec l'autre. « Elle pète plus haut que son cul », avait répondu Mathieu. Audrey, pour sa part, rétorqua qu'il avait « la tête du parfait petit con ». Il les considérait pourtant tous les deux comme des personnes adorables. Il ne cherchait plus à comprendre honnêtement, le courant ne passait pas, voilà tout.
Aujourd'hui ils étaient tous réunis autour leur banc habituel, dans la cour du lycée. Mi-février, il n'y avait plus beaucoup de neige au sol et le mercure du thermomètre était remonté de quelques degrés. La plupart des étudiants du secondaire à cette époque de l'année attendaient impatiemment les vacances, plus si loin que ça. Sur le banc, de gauche à droite, étaient assis Antoine, Mathieu, Noémie, Julie et Clément, l'hispanique ayant exceptionnellement abandonné sa pause clope de la récré 10 heures. Les autres, c'est-à-dire Aiyana, Théo, Julien, Guillaume, Audrey et ses potes (inutile de les citer et de les décrire, vous êtes déjà assez embrouillés comme ça T^T) étaient debout autour du banc, le sac sur les épaules ou à terre. Tout le monde discutait, même Mathieu faisait l'effort de répondre aux remarques des gens, une bonne ambiance régnait au sein du groupe. Pour une fois que personne ne se prenait la tête.
-Du coup je dis à Thomas que c'est mort… mais non, ce boloss me renvoie un message !
-Ah non je suis désolée mais tu peux pas dire ça, la country c'est trop de la merde.
-J'te jure ! Un 6, coeff 3 ! J'sais pas comment je vais faire pour avoir mon bac moi…
-Et c'est à ce moment là que je vois qu'ils ont sorti un nouvel album ! Je suis refaiiiit.
Antoine ne comprenait rien. Il suivait un peu toutes les conversations.
-Bah moi j'ai trouvé qu'il était bien Overwatch…
Ah tiens, ça parlait de jeux vidéo. Ça c'était Mathieu, sûrement en train de converser avec Guillaume ou un autre adepte des jeux.
-Apparemment il a trouvé une nouvelle meuf, « beaucoup moins superficielle blablabla ». C'était vraiment un connard de première ce gars en fait…
Antoine fronça les sourcils. Audrey était en train de parler de son ex avec qui elle avait rompu il y a deux mois après une relation tumultueuse. La belle brune aux yeux verts lui avait vaguement raconté comme quoi Axel l'avait plaqué pour des raisons de distance. Il habitait à Joigny, en Bourgogne, mais venait souvent la voir. Au final elle avait appris il y a quelques jours qu'il allait en fait sauter toutes les filles de sa jolie bourgade… ou du moins c'était son objectif. Audrey aussi était dans sa liste, on ne refusait pas une belle parisienne.
Au moins, Antoine avait maintenant sa chance.
-Tu te rends compte, ces mecs, tous les mêmes… soupira une amie d'Audrey aux cheveux couleur henné et au visage peint de fond de teint.
-Déçue… c'est tout ce que j'ai à dire, soupira la brune.
Elle croisa le regard d'Antoine et lui sourit gentiment, avant qu'une de ses potes ne continue la complainte.
-Limite sortir avec un gars du genre l'autre handicapé ça aurait été mieux, non ? rit-elle en faisant un signe de la tête pour désigner Mathieu.
Le reste des pimbêches qui trainait en temps normal avec les terminales pouffa, mis à part Audrey qui esquissa un léger sourire, ne voulant vexer personne. Mais en croisant le regard de Mathieu, qui avait remarqué qu'on parlait de lui, Antoine comprit tout de suite que les choses n'allaient pas se passer comme elle semblait l'espérait, surtout avec le tempérament impulsif qu'il avait découvert au schizophrène ces dernières semaines.
-Elle parle de moi, l'autre chaudasse ? se contenta-t-il de lâcher d'une voix provocante.
-Attends, c'est moi « l'autre chaudasse » ?! s'indigna la fille au nom qu'Antoine n'avait jamais réussi à retenir.
-Oh non ça recommence, soupira Théo.
-Ce bouffon vient de me traiter de chaudasse !
-Et encore, j'étais gentil.
-Mais il assume en plus ce petit con !
-Exactement, continua Mathieu, calmement.
Antoine et Audrey se lancèrent un regard, ne sachant pas trop quoi faire pour calmer leurs amis respectifs qui s'étaient lancés dans un flot d'insultes continu. Avant que l'ambiance ne devienne trop merdique, la grande brune tenta de les raisonner.
-Eh…
-Sale gnome de mes deux !
-Mais je t'emmerde, bordel, ragea le redoublant.
-Mathieu, calme-toi, tenta la brune sans grande conviction.
-J'ai pas de conseil à recevoir d'une meuf qui s'appelle Audrey, vociféra-t-il. Ce prénom est interdit depuis les années 90.
Elle se tut, furieuse qu'on lui fasse remarquer à quel point son prénom n'était plus d'actualité chez les jeunes.
-T'es vraiment qu'un petit con, hein…
Audrey se dirigea alors vers un autre endroit de la cours, pestant, suivies de ses amies qui, d'après Antoine, lui léchaient plus le cul qu'autre chose.
-T'y es allé fort Mat', elle a horreur de son prénom, remarqua Julie.
-Bah elle a bien raison.
-Audrey Richard qui plus est, se moqua Clément, qui ne l'appréciait pas beaucoup non plus. Nom de famille de merde. Elle a eu de la poisse sur ce coup là.
-Mais calmez-vous, grogna Antoine, elle vous a rien fait !
-Elle a le feu au cul, ta nana, s'empressa de rétorquer Mathieu.
-Laisse-le, il veut juste pécho, rit Julien.
Antoine n'aimait pas qu'on critique une personne qu'il appréciait, d'autant plus qu'il ne voyait pas ce qu'on pouvait reprocher à un ange pareil. Il laissa néanmoins ses amis faire la mauvaise langue. Après tout, si ça aidait Mathieu à socialiser, pourquoi pas.
Fin février, les lycéens de la zone C bénéficiaient enfin de vacances scolaires jusqu'à début mars. Théo, Julie, Antoine et Mathieu avaient alors décidé de se retrouver aux Quatre Temps, grand centre commercial dans le quartier de la Défense. Il ne faisait pas trop froid et le ciel était éclairci, c'était une journée parfaite pour se balader entre amis, passer un bon moment et se détendre avant de devoir se prendre la tête avec les papiers à rendre pour l'orientation.
Julie était habillée comme un cœur. Elle portait une robe (lolita bien sûr) à manches longues violette ornée d'un gros nœud papillon rose pâle, un collier de perles blanches, des collants opaques d'un rose assorti à sa robe et d'un blanc immaculé ainsi que de grandes bottes neuves blanches et violettes. Elle se baladait avec un petit sac en forme de biscuit « LU », de la même couleur que ces derniers, sur lequel était inscrit en blanc le mot « biscuit ». Théo, lui portait simplement une doudoune bordeaux, une écharpe grise, son sac à dos noir plus qu'usé sur les épaules et un pantalon beige sûrement acheté chez Quechua. Antoine lui avait gentiment fait remarquer qu'il ne ressemblait à rien, surtout pendant les vacances.
Antoine qui, pour le plus grand plaisir de Mathieu, avait envoyé balader son chignon immonde et avait gardé ses cheveux détachés, quelques mèches coincées entre ses oreilles et les branches de ses lunettes. Il était vêtu de son éternel long manteau noir et se grattait machinalement la joue, sur laquelle il sentait pousser un début de barbe. Cela le fit sourire, enfin, il entrait petit à petit dans l'âge adulte.
Mais le plus rayonnant n'était pas lui, et surtout pas Théo. Même pas Julie qui trimballait son petit sac biscuit avec elle en chantonnant. Non, juste Mathieu. Il n'avait pourtant rien enfilé de spécial aujourd'hui : sa veste marron, un t-shirt des plus banals et un vieux jean. Le soleil laissait néanmoins apparaître des reflets blonds dans les cheveux ébouriffés du jeune lycéen qui n'avait plus de quoi les maintenir en forme de crête. Il plissait légèrement ses yeux, ébloui par les rayons du soleil, et sa peau blanche que caressait le vent hivernal invitait Antoine à déposer un ou deux baisers sur celle-ci. Mais la plus belle chose, aux yeux du brun, c'était ce sourire sincère qui refusait de quitter les lèvres de Mathieu depuis qu'ils s'étaient retrouvés en ville. Quelque part, au fond, Antoine espérait désespérément que c'était pour lui qu'il souriait ainsi.
Il ne put s'empêcher de sourire bêtement lorsque le regard azuré de son ami se posa sur lui.
-Tu veux aller dans un magasin en particulier ?
-Mh… peut-être à Uniqlo, il est pas mal ce magasin !
-Moi je veux aller chez Pylones ! Ils ont plein d'objets kitchs trop mignons, s'excita Julie.
-Rah non pas ton vieux magasin de trucs Desigualesques, se plaignit son frère. (merci à Emma pour cet adjectif merveilleux :'))
-Tais-toi, toi ! T'y connais rien en kitchitude.
-Kitchitude… j'approuve ce mot, marmonna Antoine.
-J'veux bien entrer dans ton trou à rats si on va au Coq Sportif, proposa Théo, décidant de se montrer coopératif.
-Bande de richos, je suis pauvre hein, remarqua Mathieu. Moi je propose H&M.
Ils acquiescèrent. De toute façon en un après-midi ils avaient le temps de faire le tour des boutiques du premier et du second niveau. Ils se baladèrent alors dans le gigantesque centre commercial, enchainant des sujets de discussion plus randoms les uns que les autres. Ils avaient commencé par parler de la famille, et c'est là que Mathieu appris encore de nouvelles choses à Antoine sur son passé. Il avait un grand frère, même père même mère, du nom de Quentin qui habitait avec son père à Saint-Etienne, il avait 19 ans et voulait devenir chirurgien. Son père (le vrai) était infirmier, et sa mère l'était aussi avant de quitter son travail pour pouvoir déménager à Paris, là où elle espérait qu'il y aurait de meilleurs traitements pour son fils. Bien sûr il n'avait pas dit un mot sur ses personnalités, Antoine était et resterait la seule personne au courant.
Ils avaient fini par parler d'orientation, sujet qui tracassait énormément les secondes à cette période de l'année puisqu'ils devaient rendre leur fiche d'orientation à la rentrée. Les trois compères pensaient que Mathieu suivrait la voie de ses parents et de son frère, c'est-à-dire passer un bac S pour partir en fac de médecine, mais celui-ci hésitait encore beaucoup.
-J'veux pas devenir médecin, donc ça servirait à quoi de faire S ?
-Bah tu veux faire quoi ? s'impatienta Théo.
-J'sais pas, mais j'trouve que vendeur de hot-dogs ça me correspond bien.
-C'est vrai que je t'imagine bien avec ton petit stand et ton chapeau ridicule en forme de hot-dog, déambulant dans les rues de New York, s'esclaffa Julie.
-Dit la meuf qui veut se barrer en L, se moqua Antoine.
-Non, j'hésite encore entre la S et la L… et puis de toute façon y'a rien de honteux…
-Le dicton le dit si bien : les S invente les cartons, les ES les vendent et les L dorment dedans.
Julie bouda quelques minutes pendant que les garçons continuaient leur discussion, faisant peu attention aux injures qu'elle leur lançait de temps à autres.
-La S c'est le bien, rejoins-nous Mat', insista Théo.
-Mais mec, j'suis trop une merde en physique… et surtout en maths.
-Genre t'as combien de moyenne ?
-9 en physique, et en maths je crois que j'ai 7 ou un truc du genre. Et en SVT ça fuse pas non plus, 11.48 très exactement.
-Comment, t'as pas écouté les cours que Richard t'as fait?!, se plaignit le brun.
-En même temps ta peluche elle pense qu'au cul, j'suis désolé mais la reproduction c'est pas l'essence du programme de seconde, pouffa Mathieu.
-OH MON DIEU REGARDEZ ÇA ! s'écria Julie en brandissant une grosse peluche.
Théo soupira pendant qu'Antoine et Mathieu grimaçaient. La blonde tenait dans ses bras une espèce de chat en peluche blanc à l'air mécontent vêtu d'une robe jaune et rouge.
-C'EST TROP BEAUUUUUU.
-… Une… peluche de Carla… ?
-Oui c'est trop mignon ! Maintenant mon cosplay de Wendy est parfait !
-Ton cosplay de Wendy ? Tu veux parler de Fairy Tail ? demanda Mathieu, surpris.
-Oui, regarde !
La jeune otaku montra alors des photos qu'une de ses amies du collège avait prises d'elle en cosplay Wendy. Mathieu était surpris qu'elle aime ce genre de mangas, il la voyait plutôt lire Fruit Basket ou Clannad, mais il la trouvait néanmoins mignonne dans son costume avec sa longue perruque bleue.
-Va en L, ça te ressemble trop, conclut finalement Théo.
-Moi je dis stop aux stéréotypes ! J'vais aller en STMG vous allez rien comprendre.
-Ce sont des gens très bien, les défendit subitement Antoine, un petit rictus collé aux lèvres.
-Vous êtes vraiment des trolls, râla la seule fille du groupe.
Ils pouffèrent tous ensembles. Ces deux semaines de repos avaient été bien méritées et les quatre compères pouvaient maintenant se permettre de décontracter totalement. Julie garda néanmoins une expression assez sérieuse. Comme sûrement beaucoup de gens dans leur groupe d'amis au lycée, elle avait remarqué la grande proximité entre Antoine et Mathieu et n'était pas dupe. Si ça n'avait pas été trop nian nian, elle aurait parfaitement assumé être tombée sous le charme du brun au premier regard. Elle s'était totalement sentie fondre pour ces orbes chocolat dès qu'ils s'étaient posés sur elle, pour ce sourire qui se dessinait timidement sur le bout de ses lèvres envoutantes. Mais ce que Julie préférait, c'était la gentillesse d'Antoine. Certes, il aimait faire chier, mais elle savait qu'il avait un grand cœur et qu'il n'était pas par exemple comme son idiot de frère.
Celui-ci lui avait cependant toujours fait comprendre d'une manière ou d'une autre qu'il ne se passerait rien entre eux. Par des propositions de sorties à deux refusées, par des regards parfois fuyants lorsqu'elle insistait trop et par cette manière qu'il avait de dire que Julie était son « amie ». Alors elle avait abandonné mais ne perdait pas espoir, son prince finirait bien par la remarquer, il disait lui-même la trouver mignonne. Seulement voilà, Mathieu était entré dans leur monde et avait balayé tous ses espoirs comme une tempête infernale. Le redoublant avait semé le doute dans l'esprit de la petite blonde, encore plus qu'Audrey ne l'avait découragée. Antoine lançait au plus vieux les mêmes regards qu'elle lui avait adressé quelques mois auparavant, il le taquinait souvent, cherchant farouchement son attention, et Mathieu lui répondait par ce sourire provocateur. Il avait radicalement changé les règles du jeu.
Mais ils étaient tous les deux des amis adorables qu'elle appréciait énormément et dont elle ne pourrait pas se passer. S'il s'avérait qu'un jour quelque chose se passe entre ces deux là, elle le prendrait bien, ou du moins essaierait, et se ferait toute petite dans son coin jusqu'à se faire oublier, histoire de ne pas les déranger. Parce qu'elle en était quasiment sûre, Antoine n'aimait pas les vagins. (c'est si subtilement dit :3)
Le groupe finit par se séparer une trentaine de minutes plus tard, les jumeaux devant se rendre à ForestLand afin d'acheter des « vestes de pionnier » comme les appelaient Théo, alors qu'Antoine trainait désespérément Mathieu vers American Apparel. Ils s'étaient donné rendez-vous dans vingt minutes près de la boutique Bretzel Love où ils avaient prévu d'aller se rassasier pour le goûter.
La foule était dense, surtout en cette période de pointe, et c'était dans des moments comme ceux-ci, trainé par la manche de son manteau par Antoine, que Mathieu se rendait compte qu'il était vraiment tout petit. Le brun trouvait d'ailleurs « trop mignon » la façon dont il le fusillait du regard tout en ne pouvant s'empêcher de lui lancer un sourire coupable. Le nain avait beau le nier, Antoine était sûr qu'il appréciait ses tentatives de lui faire chier.
Les deux adolescents entrèrent dans le magasin à la devanture sobre et élégante et se mirent à regarder les vêtements en se marrant. La plupart des vestes et des sweats en vente dans le rayon homme ressemblaient à ce que portaient ces putains de hipsters. Qu'est-ce qu'ils les insupportaient. Antoine et Mathieu avaient passé plusieurs heures à les lyncher, eux et « l'art » contemporain, et les démolir verbalement était dans le top 10 de leurs activités préférées.
Le brun s'arrêta soudainement devant une veste en jean, attirant l'attention de son ainé.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Me dis pas que tu veux acheter ça ? demanda Mathieu, un peu dubitatif.
-Non, mais peut-être que…
Il ne prit même pas le temps de finir sa phrase et arracha presque la veste de son cintre, allant chercher un tee-shirt blanc à rayures noires en vente dans le rayon d'à côté.
-Tiens, va essayer ça, déclara Antoine en jetant les habits au visage de son ami.
-Non mais ça va pas ?! s'écria Mathieu, presque outré qu'on puisse lui faire une telle proposition.
-Mais je veux voir à quoi tu ressemblerais en petit hipster trop mignon !
-Va te faire. En plus il manque la salopette noire et le foulard.
-Pour la salopette je peux rien faire, se justifia Antoine en jetant un foulard turquoise sur Mathieu. Par contre avec ce torchon ça devrait le faire ! T'auras plus qu'à te laisser pousser la barbe.
Mathieu fronça les sourcils, pas très convaincu, mais finit par se diriger vers les cabines d'essayage. Le brun l'attendit patiemment en face en nettoyant ses lunettes pour pouvoir par la suite mieux profiter du spectacle qui allait s'offrir à lui. Il aurait dû ramener son appareil photo, tiens, tout ça allait être bien drôle.
-T'en mets du temps à enfiler tes habits, remarqua Antoine, impatient.
-La veste que t'as pris est trop grande alors j'essaye de retrousser les manches pour que ce soit pas trop moche.
-Ça va être moche dans tous les cas, pouffa le brun. Sors de là, je vais t'aider.
-Naaaaaah c'est une surpriiiiise !
-Antoine sourit légèrement, remettant ses verres sur son nez.
-On dirait un petit chaton quand tu parles comme ça.
-Me compare pas à ces animaux maléfiques, cracha Mathieu.
-Mais c'est comme toi ! Tout beau en apparence mais au fond c'est la réincarnation de Satan.
-C'est plutôt la réincarnation d'Audrey, ouais.
Son sourire s'effaça alors pour laisser place à une pointe d'agacement. Il n'allait pas remettre ce sujet sur la table ?
-Audrey est une personne très gentille, rétorqua-t-il.
-Je sens le sale coup venir, cette meuf c'est un poison.
-Tais-toi, récrimina le chevelu en se levant, agacé.
-Une vieille vipère assoiffée, continua Mathieu dans le but de le provoquer.
-La ferme je t'ai dit, s'enquit Antoine en s'approchant de la cabine ourlée d'un rideau fermé.
-Un bon gros fruit bien appétissant et surtout bien pourri à l'int-
Il se coupa lui-même en plein milieu de sa phrase, surpris par la violence avec laquelle Antoine avait tiré le rideau noir de sa cabine d'essayage. Le brun observa son vis-à-vis un instant, silencieux, plongeant ses yeux dans son regard azuré. La veste en jean qu'il avait choisi plus tôt pour Mathieu trônait sur ses épaules carrées et était retroussée jusqu'à ses coudes, son tee-shirt rayé lui moulait subtilement le corps et son foulard turquoise était mal noué. C'était moche, la définition même de l'anti sexe pour Antoine, mais il le trouvait pourtant terriblement adorable. Et ce nabot osait dire que c'était Audrey le démon ?
-Barre-toi bouffon, tenta vainement Mathieu, j'ai pas fini de-
Le plus petit fut coupé par une paire de lèvres sur les siennes, l'empêchant alors de parler. C'était un peu plus soudain que le premier baiser qu'ils avaient échangé dans la chambre d'Antoine, il y avait plus d'un mois, surtout que le brun savait -étrangement- beaucoup moins y faire que Mathieu, mais ça restait vachement moins anodin. C'était cette fois-ci un moment de tendresse qui avait été attendu beaucoup trop longtemps aux yeux du brun, et aux yeux de Mathieu aussi visiblement puisqu'il agrippa doucement les cheveux du plus grand pour mieux capturer ses lèvres. C'était doux, c'était chaud, c'était réconfortant. Tout ce qu'Antoine aimait. Et il n'en attendait pas moins de son cher Mathieu qui, il devait se l'avouer, commençait à devenir bien plus qu'un simple pote.
S'ils n'avaient pas été dans un lieu aussi impropice qu'une cabine d'essayage dans un American Apparel (et s'il n'avait pas été timide comme une vieille merde), Antoine aurait sûrement enroulé son bras autour de la taille de Mathieu pour rapprocher son corps du sien. Il s'écarta pour reprendre une bouffée d'air et hésita à l'embrasser de plus belle. C'était peut-être trop tôt, peut-être que son ami châtain le prendrait mal. Ou peut-être que ça lui avait vraiment plu à lui aussi et qu'il allait faire le premier pas, constatant la timidité d'Antoine. Il écarta cette hypothèse en voyant le sourire amusé sur le visage du plus petit, qui devait avoir remarqué le dilemme intérieur de son ami.
-Tu m'embrasses en pensant à Audrey ? ricana ce dernier.
Antoine fit les gros yeux, surpris d'avoir totalement oublié l'existence de cette fille en l'espace de quelques secondes.
-Quoi ? Non pas du tout ! Ça n'a rien à voir !
-Qu'est-ce qui n'a rien à voir ?
-Toi ! Enfin je veux dire nous !
-Nous ? sourit le redoublant.
-Oui ! Arh laisse tomber…
Eh non, le brun n'était pas le seul qui aimait faire chier son monde. Mathieu était aussi très doué pour ça, à sa manière.
Quoi qu'il en soit il se rhabilla en deux temps trois mouvements pour suivre son chevelu préféré jusqu'à Bretzel Love. C'était une petite boutique blanche toute mignonne avec des stores rose pâle aux rayures verticales blanches. Des petites tables pour deux personnes, toutes occupées par des gens qui dégustaient des confiseries en tout genre, étaient installées devant la boutique.
Les jumeaux arrivèrent deux minutes plus tard, Julie ayant retrouvé sa joie de vivre. Elle sauta au coup de Mathieu, qu'elle dépassait de quelques centimètres seulement grâce aux bottes ultra compensés qu'elle portait, et l'enlaça presque jusqu'à l'étouffer.
-MATHIEUUUUUUUU !
-Je suffoque sale hystérique, s'esclaffa son ami.
-Je m'en fous, répondit-elle en se détachant de lui, regarde ce que je t'ai trouvé !
Toute excitée, elle sortit d'un sachet blanc un chapeau noir, assez simple, et le déposa sur la tête du plus petit.
-Oh mon Dieu ça te va comme un gant !
-On dirait que tu vas pleurer, se moqua Antoine.
-Mais ouiii il est trop beau comme ça !
-Mais attends, tu l'as acheté ? demanda Mathieu.
-Bah oui je l'ai pas volé abruti.
-Pour moi ?, s'étouffa-t-il.
-Oui ! Il ne te plait pas ? s'inquiéta Julie en voyant le visage crispé de son ami châtain.
-Si, si, c'est pas ça le problème, se défendit-il en retirant le chapeau. C'est juste que je suis pas vraiment habitué à ce qu'un… ami me donne quelque chose. En plus en ce moment je suis un peu à sec parce que mon beau-père veut pas trop me filer de sous et je p-
-Chut, ferme-la, je veux même pas entendre parler de remboursement. Tu es mon ami, je t'apprécie énormément et je te fais un cadeau. C'est normal.
-Peut-être mais-
-Non, le coupa la blonde en remettant le chapeau sur sa tête. Tu le portes, tu es beau et tu te tais.
Mathieu hésita un instant mais finit par sourire à ses amis, qui le regardaient l'air de dire « mec si tu refuses on te le fait bouffer ton chapeau ». Julie le traina alors devant la caisse de Bretzel Love pendant que Théo avait déclaré à son meilleur ami qu'il fallait qu'il l'accompagne aux toilettes, ce qui leur valut quelques remarques de la jumelle.
Avant qu'ils ne puissent entrer dans l'espace WC, le blond arrêta Antoine dans le grand couloir.
-Bah tu veux plus pisser ? demanda le brun, confus.
-J'ai jamais voulu crétin, lui sourit Théo, je voulais juste te parler de quelque chose. En privé.
Antoine s'appuya sur le mur derrière lui et croisa les bras, écoutant sérieusement son ami du collège.
-Je voulais te parler de Mathieu. Enfin, pas seulement.
-Accouche, je t'écoute.
-Tout le monde a vu votre énorme rapprochement avec Mat'.
-Ouais. Normal c'est mon pote.
-Antoine, tu sais très bien de quoi je veux parler.
Le brun fronça les sourcils. Cette manie qu'avait Théo de le démasquer à chaque fois qu'il faisait quelque chose commençait à sérieusement l'agacer.
-Comment tu le sais ?
-Tu n'es pas très discret, tu sais. T'es à fond sur Audrey. Un peu sur Mathieu aussi. En fait t'es à fond sur tout ce qui bouge sauf Julie.
-Et alors, ça te fait quoi ? C'est pas comme si elle savait pas, rétorqua froidement Antoine.
-Moi rien personnellement. Je m'en fous de ce que tu fais avec un tel ou une telle. Mais elle reste ton amie, prends un peu en considération ses sentiments.
-Mais bordel je fais ce que je veux avec qui je veux, se braqua le lycéen.
-Pas quand tu la blesses comme ça ! Antoine putain, qu'est-ce qui te prend ?!
-Il me prend que j'en ai marre de faire semblant ! Julie est mon amie, elle n'a jamais été rien de plus et ne sera JAMAIS plus.
Cette discussion tournait plutôt à la dispute, ce qui contrariait beaucoup les deux amis. Théo avait le visage rouge, sûrement à cause de la colère.
-Tu lui laisses même pas sa chance. Tout ça pour une meuf popu qui t'aveugle et un mec que tu connais depuis trois mois à peine, mais merde Antoine, réveille-toi !
-J'ai l'impression de le connaitre depuis toujours, souffla le brun.
-Tu le connais pas.
-Beaucoup plus que toi.
-Il est chelou.
-Certes.
-Tu verras, tu vas regretter. Ton Mathieu là, il va te lacher dès qu'il aura quelqu'un de mieux. C'est pas pour rien qu'il fait son antisocial, il est pas net.
-T'es un gros faux-cul en fait…
-En quoi je suis faux-cul ?! s'énerva le blond.
-Vas-y dégage, conclut Antoine en se dirigeant de nouveau vers Bretzel Love.
Antoine, en bon gentleman qu'il était, avait insisté pour raccompagner Mathieu chez lui. Ils avaient quitté le bâtiment à l'architecture contemporaine, vitré sur toute sa longueur, et avaient admiré quelques temps les illuminations multicolores présentes sur la façade des Quatre Temps, profitant de la brise fraîche. En cet instant là, Antoine avait eu l'impression qu'il irait loin avec Mathieu. Son ami châtain se cherchait encore, ne rendant pas les conditions favorables à une « relation », qu'importe la nature dont elle était, mais un seul sourire de sa part suffisait à rassurer le chevelu.
Ils étaient rentrés en métro, horriblement bondé à ces heures de pointe. Mathieu n'avait pas vraiment parlé, profitant du trajet pour fermer les yeux quelques temps. Antoine avait alors beaucoup pensé. Qu'est-ce qu'il ressentait pour lui ? De l'attirance physique. La même que celle qu'il ressentait pour Audrey ? Probablement, voire plus. Non, pas plus. Bon, ça, il n'en savait rien. Qu'est-ce que Mathieu représentait pour lui ? Un ami, un très bon ami. Une espèce de grand frère aussi, qui lui transmettait son savoir et la plupart de ses goûts en matière de… de tout. Est-ce qu'il était plus ? Pas encore, peut-être, un jour. Il ne savait pas trop. Maintenant la question la plus difficile. Qu'est-ce que Mathieu ressentait pour lui ? C'était dur de savoir, ses expressions faciales étaient souvent indéchiffrables, comme s'il s'était entrainé toute sa vie à ne pas montrer ce qu'il ressentait vraiment. Il attendrait simplement que Mathieu lui dise lui-même. Mais l'espoir faisait vivre, Antoine espérait que son schizophrène préféré ressente quelque chose pour lui tôt ou tard.
Ils avaient ensuite marché en silence jusqu'à chez Mathieu. Le plus vieux avait l'air apaisé et Antoine avait alors décidé de respecter son mutisme. Ce n'était pas tous les jours qu'il pouvait profiter de moments aussi paisibles avec lui (quoi que *regard de pedobear*). Une fois devant la porte d'entrée Mathieu sortit ses clés de sa poche et déverrouilla la porte avant d'adresser la parole à son voisin.
-Désolé, je suis fatigué...
-C'est rien, lui sourit Antoine, ça arrive.
Il lui rendit son sourire avant d'ouvrir la porte et de s'engouffrer dans l'appartement, suivit de son ami. La pièce principale n'avait pas changé, elle était simplement beaucoup plus calme que d'habitude, à la surprise d'Antoine. Le petit rictus de Mathieu s'effaça subitement et le brun posa son regard sur le canapé où était assise la mère du redoublant, un air inquiet scotché au visage, en face d'un homme aux lunettes carrées vêtu d'une chemise bleue.
-Bonjour Mathieu, ça faisait un moment, dit l'homme en se retournant vers les garçons.
-Depuis l'hôpital, précisa le lycéen.
-Mathieu, tu veux bien au moins saluer le docteur Frédéric correctement, soupira Virginie.
Hôpital ? Docteur ? Mathieu était donc le patient de cet homme ?
-Ce n'est rien , lui et moi nous connaissons bien maintenant, plus besoin de formalités. De plus, je sais à quel point il peut être têtu, sourit l'homme.
L'adolescent châtain ne répondit pas, préférant froncer les sourcils pour montrer son mécontentement.
-Assieds-toi Mathieu, je dois te parler. Ton ami-
-Il peut rester, il est au courant.
-Mais c'est assez familial…, tenta sa mère.
-J'ai dit qu'il pouvait rester, insista froidement Mathieu en invitant Antoine à s'asseoir à ses côtés.
Le médecin n'insista pas plus longtemps et conta alors la situation aux deux adolescents.
-Reprenons depuis le début. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois lorsque tu étais en troisième, sur recommandation de ton ancien psychologue. La maladie s'aggrave néanmoins malgré le traitement et lors de ton entrée en seconde tu te mets à avoir des hallucinations visuelles en plus des hallucinations auditives et de tes troubles du comportement.
-Oui, je suis au courant merci. Accouchez.
Mathieu avait les poings crispés et semblait maudire le docteur Frédéric pour ses propos. En quoi étaient-ce des hallucinations si Antoine aussi les voyait ? Le brun avait été surpris qu'il le laisse assister à cette discussion. Etait-il en train de le tester pour savoir s'il était vraiment sincère ?
-Tu te fais alors interner. Pendant cinq mois nous testons différents médicaments et augmentons les doses, ce qui a porté ses fruits puisque te voilà libre.
Libre, il l'avait bien dit. Antoine savait du peu de ce que Mathieu lui avait raconté, qui était déjà horrible et il avouait ne pas vouloir en savoir plus, que le plus petit s'était réellement senti emprisonné.
-On a continué les examens sur toi tout en te laissant reprendre une scolarité normale. Je suis aujourd'hui ravi de rencontrer…
-Antoine, lança le brun muni d'un petit sourire.
-Antoine, affirma le docteur. Mais voilà, tes parents sont inquiets et ton beau-père a décidé de nous contacter.
-Oui Mathieu, c'est nous, intervint Virginie en voyant le visage de son fils se décomposer dans la colère. Nous avons décidé de prévenir les docteurs pour ces… apparitions.
-Pour ma part, je ne les ai pas vus. Je pourrais me dire que tu as simplement une famille très… étrange, mais si la petite Chloé et même ton ami disent avoir vu ceux que tu appelles tes « amis »… L'heure est grave.
Antoine écarquilla les yeux, Virginie et Stéphane avaient alors parlé de lui et de sa bonne entente avec les quatre doubles ? La situation était d'autant plus étrange que le malade ne disait pas un mot, comme s'il se sentait coupable.
-Mathieu, où sont-ils ?
-Avec moi.
-Où, Mathieu ?
Il ne rétorqua rien d'autre ce qui irrita fortement le médecin au vu de son visage fermé.
-Tu ne comprends pas. Ce n'est absolument pas normal ce qu'il se passe, je suis désolé de te dire ça aussi crument mais ton cas est extrême. Cela prouve que tous nos traitements, tous nos efforts étaient en fait en vain. Ta maladie s'est aggravée.
-Ils n'ont rien de dangereux, les défendit Mathieu sans même relever ce que le docteur Frédéric avançait. La preuve est qu'ils s'entendent bien avec mon entourage. Aussi petit soit-il.
-Peut-être. Mais le fait est que tu ne peux pas continuer à vivre comme ça.
-Et pourquoi ça ?
-Parce que ce n'est pas normal.
-Mais bordel, vous réduisez le normal à ce que VOUS trouvez bien !
-Comment veux-tu construire une société saine sans ça ?
Mathieu soupira. Les docteurs étaient stupides et bornés, il les détestait. Il allait rétorquer quelque chose avant que Stéphane n'entre dans la pièce, un sourire malsain collé aux lèvres. Tous les regards se tournèrent vers lui et vers les quatre petits hommes qui étaient dans son dos. L'espace d'un instant, Antoine cru voir Mathieu rouler les yeux, de colère, de fatigue, de déni, il ne savait pas. Les quatre personnalités affichaient néanmoins une expression de culpabilité ou de honte pendant qu'un sourire victorieux trônait sur le visage du docteur et de Stéphane.
-J'les ai chopés. Ils étaient entassés dans la cave.
-En même temps si l'autre Hippie s'était pas mis à hurler comme un dingue on en serait pas là, marmonna le Panda dans sa barbe inexistante.
-Mais gros… j'ai fait un bad trip de ouf…
-On s'en fout, rétorqua l'ursidé, agacé.
-Mais y'avait un chevreuil avec la tête de Donald Trump qui mangeait des petits oiseaux, gros !
Maître Panda allait rétorquer quelque chose lorsque Stéphane les coupa dans leur débat, leur gueulant de se taire. Docteur Frédéric, un peu abasourdi, se leva pour aller tâter les personnalités, faisant grimacer le Patron qui se retenait de lui lancer son poing en pleine figure après avoir croisé le regard désapprobateur de son créateur.
-Il faut les étudier. Les comprendre. Pour mieux soigner votre fils.
Mathieu lança un regard furtif à son ami avant de lui demander de l'attendre dans la chambre. La dernière chose que le brun entendit avant de s'enfermer dans la pièce fut Mathieu demander un compromis au médecin.
Chloé jouait à Papa's Donuteria sur l'ordinateur de son demi-frère quand Antoine entra. Elle lui lança un sourire adorable accompagné d'un « Coucou Antoine » enthousiaste. Elle lui expliqua qu'elle aussi, suite à la visite de docteur Frédéric, avait été mise à l'écart, et qu'elle n'aimait pas du tout ce grand homme. Les deux avaient alors changé de sujet, ne préférant pas parler d'une période sombre de la vie d'un être cher.
-Dis-moi, pourquoi Mathieu cachait le Geek et les autres du docteur ?
La petite blonde sembla hésiter un instant mais finit par l'informer.
-Il veut pas qu'il leur fasse du mal.
-Comment ça, du mal ?
-Il veut pas qu'il les supprime.
Les médecins disaient vouloir soigner. Or Mathieu ne souffrait plus de troubles mentaux puisqu'ils étaient réels. « Supprimer » les quatre acolytes du redoublant signifiait donc les envoyer à la mort. Etait-ce un crime ? Vouloir « le bien » de Mathieu, prétexter vouloir l'aider à s'intégrer alors qu'il allait déjà très bien, était-ce vraiment moral ? Antoine ne voulut pas penser ni en savoir plus, déjà trop chamboulé pour la journée, et attendit patiemment son ami en jouant à Piano Tiles 2 avec Chloé.
Mathieu entra dans la chambre dans laquelle il avait laissé Antoine et sa sœur une dizaine de minutes plus tard. Il fixa un petit moment ses proches avant de fondre subitement en larmes, pris de sanglots tellement violents qu'il était impossible pour lui d'en placer une. Chloé restait immobile dans un coin de la pièce, mal à l'aise, alors le brun se dévoua pour aller prendre son ami dans ses bras. Mathieu posa sa tête sur le torse chaud de l'adolescent qui lui caressait les cheveux, tentant vainement de la calmer. Il lui chuchota à l'oreille de lui raconter ce qui n'allait pas, mais ce ne fut que plusieurs minutes plus tard que le petit châtain répondit.
-Je n'ai pas réussi Antoine. Je n'ai pas réussi à les protéger, souffla-t-il entre deux sanglots.
Antoine ne répondit pas. Il pouvait être lent d'esprit, et là il avouait ne pas tout à faire comprendre. De quoi voulait-il les protéger alors que le docteur Frédéric avait l'air si compréhensif et compatissant ? Ils avaient parlé d'un compromis avant que le lycéen ne quitte la pièce, et après tout rien ne pouvait être pire que son séjour en asile. Alors quoi ?
Il finit par se calmer. Il était adorable les yeux et le nez rougis mais cette vision fendait néanmoins le cœur du grand brun. Il n'osa cependant pas poser de question sur son entretien avec le médecin de peur de le vexer. Ce n'est que quand le docteur en question entra dans la chambre pour lancer un « à très bientôt, Mathieu » que le chevelu tilta.
Mathieu allait retourner en hôpital psychiatrique.
(1) Mais si, souvenez-vous de l'épisode 86 quand ils sortent de l'HP (je pense à toi Lumiki avec ton Harry Potter x)) et ce fameux duel entre Maître Panda et Mathieu!
Je m'excuse s'il y a des lectrices qui s'appelent Audrey, j'vous assure, j'ai rien contre ce prénom xD
N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre (et du cliffhanger dont je ne suis absolument pas désolée :p), les reviews c'est la case juste là, en bas à droite ;)
Bonne année en avance!
