Me revoila! Un mois après, désolée, mais vous commencez à avoir l'habitude :/
Bon, avant de commencer ce chapitre il y a plusieurs choses à clarifier. Tout d'abord, cette fic ne devrait pas comporter plus de 7 chapitres (8 chapitres avec le prologue). Donc oui, ce chapitre est l'avant avant dernier... Mais bonne nouvelle, je commence un recueil d'OS autour de l'univers de Caféine! Des sortes d'OS bonus où le passé des personnages est décrit, où il y aura aussi des scènes que j'ai pas mises dans cette fic! Bref, je vous donnerez plus d'information dans l'A/N du recueil qui sortira... bah dès que possible, sûrement mercredi matin, le temps de vous laisser lire ce chapitre ^^
Ensuite, j'ai vu que pas mal d'entre vous étaient perdus entre les OC. Ouais, ils sont nombreux... mais avant d'écrire le prologue j'avais fait leur fiche descriptive sur un petit carnet, et je l'ai encore! Alors juste après les réponses aux reviews anonymes, je vous fait un petit recap' en vous donnant les grands axes. Et au passage, je les ai créé sur ChibiMaker parce que ce site c'est la vie et je fais beaucoup de dessins d'eux en cours parce que je me fais chier, je les posterai sûrement sur Twitter un de ces quatre!
Et puis bon, j'ai galéré sur la fin du chapitre, mais je suis globalement satisfaite du résultat! J'espère que ça vous plaira!
Réponse aux reviews anonymes:
Emma: Je suis flattée que ta première review sur ff soit sur Caféine! Mais oui, nous sommes normaux en L. *regarde la couleur chelou qu'elle a sur la tete* Tout à fait normaux. xD Déprime pas, le nouveau chapitre est enfin là ;; Merci à toi et bonne lecture!
Chlo: Après un mois de dur labeur, la voila ;)
Guest: Bonjour Audrey, encore une fois je m'excuse xD Mais merci pour tes encouragements! ^^
Nini: It's already DONE MOUAHAHAHHAHAHAH. Love.
J'espère n'avoir loupé personne, que ce soit dans les anonymes ou pas... si oui désolée T^T Place aux OC!
Descriptif des OC (les tailles sont approximatives, c'est l'imagination qui travaille ici):
Théo: grand, blond, yeux marrons, teint laiteux. Frère jumeau de Julie. Meilleur ami d'Antoine depuis la quatrième.
Julie: -très- petite, fine, blonde, cheveux courts, yeux marrons, teint laiteux. S'habille en Lolita. Soeur jumelle de Théo. Amie proche d'Antoine.
Audrey: très grande (1m76), brune, cheveux longs, yeux marrons-verts, très fine. Terminale L.
Clément: grand, cheveux noir de jais, yeux marrons, peau mate. D'origine espagnole.
Julien: moyennement grand (vers 1m70), brun, yeux verts.
Noémie: vers 1m65, plus très très blonde, yeux bleus.
Aiyana: pas loin d'1m70, dreads, teint foncé, yeux marrons en amande. Adoptée, père jamaïcain, mère tahitienne.
Wow, ça fait beaucoup. Merci pour vous reviews/favs/follows itout itout! J'vous aime ptn ;; Et puis Nahira tu m'as assassinée bordel xD Bon j'arrête mon blabla et je vous laisse lire! :3
Chapitre cinq: Caféine
Si Mathieu devait dire ce qu'il préférait chez Antoine, il ne saurait pas vraiment par où commencer.
Il aurait pu parler de son caractère de merde, souvent considéré comme un défaut. Car oui, Antoine était incroyablement têtu et borné, et lorsque quelque chose ne lui plaisait pas il n'hésitait pas à « l'envoyer balader », pour rester poli. Mais pour Mathieu c'était un énorme avantage, il avait besoin de quelqu'un en qui il pouvait avoir une confiance aveugle, quelqu'un qui ne le ferait pas espérer. Avec Antoine il était sûr que s'il ne s'était pas encore barré, c'est qu'il n'avait fait aucun faux pas.
Il aurait aussi pu parler de son physique. Tout d'abord son corps, grand, robuste, chaud. Tout l'inverse de Mathieu, qui disait ressembler à un reptilien tant sa peau pouvait être froide. Ses cheveux bruns, avec quelques reflets châtains par-ci par-là, souvent attachés en une queue de cheval. Sa peau, bien moins pâle que la sienne, en devenant d'autant plus attirante. Et ses yeux. Ces petites perles couleur café qui l'obsédaient autant que la boisson en question.
-C'est vraiment dégueulasse les choux de Bruxelles.
Sa voix, nom de Dieu. Chaque mot, chaque son, chaque lettre résonnait comme une mélodie aux oreilles de Mathieu. Et puis il fallait avouer que la grimace que tirait Antoine devant son steak à moitié cuit et son assiette de petits choux verts était tout simplement magique. S'il avait pu, Mathieu aurait sorti son portable pour immortaliser ce moment.
Aiyana, telle un hippopotame, vint brusquement s'asseoir à leur table, éclaboussant les cinq autres personnes y étant assises d'eau. Elle haussa la voix pour couvrir les brouhahas pénibles des autres gens se trouvant dans la cantine.
-La prochaine fois vous bougez votre cul pour aller remplir la carafe, j'suis pas votre esclave.
-Merci Aiyanamour, répliqua Julien en lui envoyant un bisou tout en lui lançant un regard moqueur.
-Rappelle-moi une seule fois de plus comme ça et je te coupe les testicules pour te les faire bouffer, compris ?, menaça gentiment l'antillaise.
Elle n'était pas peace du tout cette fille et cette partie d'elle aurait probablement déplu au Hippie, mais elle faisait bien marrer ses amis. Ah oui, tiens, le rire unique et bruyant d'Antoine était aussi une des choses les plus attachantes que Mathieu avait été amené à rencontrer dans sa vie.
Il posa ses couverts sur son assiette et la poussa à l'autre extrémité de son plateau pour pouvoir agripper son yaourt à la vanille et le contempler avec un certain air de dégout sur le visage. Ces trucs là lui donnaient souvent envie de gerber, mais il avait vraiment faim aujourd'hui.
-Eh bah dis-donc Mathieu, heureusement qu'il n'y a pas un membre de la famille Daniel autour de cette table, remarqua Antoine.
-Et toi tu comptes pour du beurre ? demanda le petit châtain.
-Non, pour des myrtilles plus exactement, rajouta Julie, s'attirant le regard dubitatif des deux amis.
Un des défauts de Julie était qu'elle parlait parfois pour ne rien dire.
-Nan mais je veux dire, je suis pas catho moi, contrairement aux gens de ma famille.
-Quel rapport avec moi ?
-Regarde ton plateau.
Le redoublant s'exécuta. Un verre d'eau à moitié vide, un petit pain ayant l'air d'avoir attrapé des chlamydias, des couverts violemment posés sur une assiette ayant vécu depuis déjà beaucoup trop de temps, un yaourt plus très frais avec l'étiquette toute fripée à cause de l'eau qui en dégoulinait et une pomme à peine entamée qui s'oxydait.
-Ma tante t'aurait engueulé, ton petit pain est à l'envers. Ça fait pleurer la Vierge Marie.
-Roh vas-y, arrête tes leçons de morales chrétiennes, se plaignit Julien.
-J'm'en branle, c'était juste une remarque.
-De toute façon je suis sataniste, ajouta Mathieu sur un ton humoristique.
-Bah en parlant de Satan, tu sais que croiser tes couverts c'est un appel au diable chez les chrétiens ? rajouta Antoine.
Julien lui lança un regard tueur de ses yeux verts pendant que Mathieu fixait le grand brun, incrédule. L'adolescent aux yeux bleus pris soudainement ses couverts dans ses mains et les croisa, scrutant toujours Antoine et muni d'un faux regard provocateur. Le chevelu éclata alors de rire, s'étouffant presque avec son eau lorsqu'il tenta de se ressaisir.
-Comment tu prends pas mon appel au diable au sérieux, rit Mathieu.
-J'crois juste qu'il se dit que c'est ridiculement mignon, s'incrusta Théo, un air sérieux scotché au visage.
-Antoine c'est pas un mec sérieux à la base, regarde, il serre sa peluche tous les soirs et en plus il l'a nommée. Sale psychopathe, se moqua Julien.
Mathieu sourit, admirant son beau brun se tordre dans tous les sens pour une raison futile, comme toujours. C'était son côté psychopathe le plus charmant chez lui, et surtout le plus apte à supporter les quatre tarés qui logeaient avec lui. Il ne l'aimait pas sans raison. Au fond, Antoine n'était pas moins fou que lui.
Parti. Disparu, le Mathieu. Après la visite du docteur Fréderic, il avait eu une semaine pour se préparer, jusqu'à la fin des vacances d'hiver pour ainsi dire. Antoine avait passé ces quelques jours à ses côtés, c'était tout ce qu'il pouvait faire pour l'aider, rester avec lui jusqu'à la fin de ce calvaire. Or Antoine savait très bien qu'affronter la vue de son ami en hôpital psychiatrique lui serait impossible. Alors il allait attendre patiemment qu'il sorte, et là il pourrait enfin se sentir utile.
Il était hors de question pour lui que Mathieu ressombre dans la triste période qu'il avait traversé après avoir quitté l'asile, réapprendre à vivre après ça était épuisant. Un peu comme apprendre à faire du vélo. On retirait les petites roues desquelles on ne pouvait pas se passer pour aller enlacer le sol encore et encore, avant de pouvoir monter sur son vélo et rouler seul. C'était la même chose pour Mathieu, en sortant de là son corps serait dépendant des saloperies qu'on lui administrait tous les jours et un arrêt brutal le rendrait presque lépreux, s'en sortir n'était pas évident, Antoine le savait. Alors il serait là, juste derrière Mathieu après chaque chute. Il aurait ses mains sur sa selle, il aurait avec lui des sparadraps au cas où les mains douces de son ainé s'écraseraient sur le sol rugueux.
Un guide, un moniteur, un sauveur, un ami, un confident, un amant. Antoine voulait avoir la force d'être tout ça. Et pourtant il était là, assis sur son lit en ce début de mois de mars, la fiche d'orientation de Mathieu dans la main. Après le débat auquel il avait déjà réfléchi l'année dernière, le petit châtain avait coché la case ES. Voilà tout ce qu'Antoine était, le mec minable qui devait se charger de rendre cette foutue fiche à leur professeur principal à la rentrée, dans deux jours. Il n'avait pas le pouvoir d'aider Mathieu, et bordel qu'est-ce que ça l'énervait.
Il voulait être avec lui. Et s'il avait été le plus parfait des salopards, il aurait effacé la croix sur la case ES pour cocher la case S à la place, comme ça ils auraient eu une chance de se retrouver dans la même classe. De toute façon cette feuille ne représentait pas la décision finale du conseil de classe, c'était simplement un premier aperçu des ambitions des élèves. Mais Antoine n'était pas ce genre de psychopathe, il se contenta de resserrer la prise sur la page, la froissant un peu plus.
Devait-il aller lui rendre visite pendant son séjour à l'hôpital ? Il venait à peine de partir et Mathieu lui manquait déjà énormément. Il ne savait même pas si ce manque était dû au fait qu'il ait passé ces derniers mois à squatter avec ce petit être ou s'il avait juste extrêmement peur de ce qui allait lui arriver là-bas, ainsi que de l'avenir, leur avenir, et qu'il avait donc besoin du malade pour se rassurer. Qu'est-ce qui allait advenir de leur relation après de longs mois séparés, après que Mathieu ait retrouvé ses seringues, sa camisole et son repli sur lui-même ? Mais si ça ce trouvait, il n'allait même pas y rester très longtemps. Quelques semaines peut-être.
-Comme si c'était pas déjà beaucoup trop, murmura-t-il.
Il déposa la feuille sur son bureau, près de son ordinateur, et poussa un léger soupir avant de retourner vers son lit et de buter sur quelque chose au passage. Il baissa les yeux sur l'objet qui venait de percuter son orteil et sentit un nouveau malaise s'installer en lui. The Witcher, le jeu que Mathieu avait eu pour Noël et qu'il avait prêté à Antoine il y avait quelques semaines, étant donné qu'il l'avait terminé dans le courant du mois de janvier, trainait sur son parquet. De nombreux souvenirs affluèrent alors dans l'esprit du brun. Mathieu qui parle, Mathieu qui rit, Mathieu qui danse, Mathieu qui le regarde, Mathieu qui l'embrasse.
Ce contact chaste, ce moment d'intimité auquel il avait eu le droit et le plaisir de goûter. Deux fines lèvres délicatement déposées sur les siennes, assez pour laisser Antoine profiter de ce moment, et assez pour le rendre accro à cette sensation. Ça lui manquait déjà beaucoup trop.
Mathieu qui vomit, Mathieu qui s'énerve, Mathieu qui pleure, Mathieu qui crie.
Il se tracassait l'esprit depuis plusieurs jours avec ces visions, son imagination ne lui laissait pas une seule minute de répit. Savoir que le plus vieux allait retrouver ses geôliers rendait Antoine fou, plus fou qu'aucun docteur n'aurait pu diagnostiquer Mathieu. Après tout ce qu'il avait entendu sur l'asile, après tous les soupirs de soulagement des cinq compères d'être enfin sortis de là, l'idée qu'ils se retrouvent de nouveau face à leur peur tétanisait Antoine.
Il ne voulait pas voir Mathieu faiblir. Il ne voulait pas voir d'ange déchu. Il ne voulait pas imaginer un avenir sans lui. Tout effacer. Rejeter. Fuir, jusqu'au retour d'un Mathieu sain et sauf. C'était la seule solution.
A l'aide de son pied, il poussa le jeu PC loin sous son lit, là ou il ne le verrait plus, là où il ne serait même pas tenté d'aller chercher.
Là où il pourrait enfin l'oublier.
Il faisait particulièrement moche aujourd'hui, la pluie battante et les nuages grisâtres rendaient cette journée peu lumineuse. Antoine était assis sur un banc de la cour, comme d'habitude, accompagné de ses amis. Un silence plombant régnait au sein du groupe. Deux semaines qu'ils avaient repris les cours, deux semaines qu'aucun n'osait demander de nouvelles de Mathieu. Antoine était juste venu vers eux le lundi de la rentrée et leur avait confié que le redoublant ne viendrait plus en cours. fut celle qui annonça le retour à l'hôpital de leur camarade à la classe entière, sans pour autant donner de détails sur le pourquoi du comment. Personne n'osa en demander plus au brun.
On était en mars, la neige avait donc laissé place à la vieille boue qui accompagnait la pluie et la grêle. Cette journée ressemblait beaucoup trop à un jour de novembre dernier. Antoine eut subitement un haut-le-cœur, se rappelant de la journée maussade durant laquelle il avait aperçu Mathieu pour la première fois. Un garçon, paraissant court sur pattes aux premiers abords, s'était assis à la table juste derrière lui en cours de français avec l'autre sorcière de prof, dernière table de la classe. La seule chose de son visage qu'il avait eu le temps d'examiner avant que celui-ci ne baisse la tête par gêne, c'était ses yeux. C'était ce qu'il y avait de plus frappant chez lui. A travers ses lunettes, on apercevait deux iris incroyablement bleu clair, virant presque même au gris. Ces deux iris qu'il ne verrait plus avant un bon moment. Ce jour-là, brun ne put pas détailler grand chose d'autre à part peut-être son teint extrêmement pâle, presque maladif, et ses cheveux d'orge en forme de petite crête qui ternissaient au fil des années. Tout ça lui avait été retiré en quelques minutes, trop brusquement.
Si seulement on l'avait prévenu qu'il allait s'enticher d'un soi-disant fou, il se serait préparé à être séparé de lui en une fraction de secondes. Mais qui aurait pu prévoir un truc pareil, puisque lui-même ne s'était pas rendu compte de tout ce manège ? Qui aurait pu prévoir que le susnommé Mathieu Sommet allait devenir une drogue pour Antoine ? Putain de merde, ce sale nabot lui manquait.
-Antoine, commença Julien, pourquoi tu n'irais pas voir Mathieu ?
-Pour quoi faire ? Me sentir encore plus mal après l'avoir vu branché de partout ?
C'était la première fois qu'un membre du groupe osait poser le sujet sur la table depuis la rentrée. Un autre blanc s'installa avant qu'Aiyana ne reprenne la parole.
-Tu sais, c'est que l'hôpital. Les visites ne sont pas interdites. S'il te manque tant que ça, tu devrais aller le voir.
-Je suis sûre qu'il serait ravi de te savoir près de lui, ajouta Noémie, un petit sourire aux lèvres.
Antoine soupira. Comme si c'était si simple. Il laissa son regard vagabonder dans la cours, sans répondre à ses camarades de classe.
-Je suis prête à parier qu'il attend impatiemment ta visite, tenta alors Julie.
-T'aimerais bien qu'on vienne te voir alors que tu peux à peine bouger de ton lit ? vociféra le brun.
-Justement, imagine comment il doit se sentir seul.
-Vas-y toi, t'es sa pote aussi, lança-t-il froidement.
-Antoine, tu sais comme nous que c'est toi qu'il voudra voir. Il n'y a qu'à toi qu'il parle en étant vraiment à l'aise, dit une voix beaucoup plus grave que celle de la blonde.
C'était Clément qui venait de prononcer ces dernières phrases. L'hispanique venait de finir sa petite pause clope à l'extérieur du lycée et s'était incrusté dans le débat, particulièrement concerné par l'attitude cafardeuse du brun dont il admirait généralement la jovialité habituelle.
-Ça fait déjà deux semaines qu'il s'est barré, le laisse pas penser que tu l'as lâché, ajouta Julien.
Antoine prit son visage dans ses mains. Qu'est-ce qu'il devait faire au juste ? Le rattraper lorsqu'il chuterait dans quelques mois, ou l'empêcher de chuter dès maintenant ? Mathieu s'était auparavant senti abandonné par son père, qui ne donnait que très rarement des nouvelles par l'intermédiaire de Quentin, son grand frère. Il s'était senti trahi et abandonné par ses anciens médecins, qui l'avaient lâché en asile une première fois, puis par sa mère et son putain de mari, qui n'avaient pas hésité à le renfermer une nouvelle fois. Tout son entourage l'avait largué, qu'est-ce qu'allait devenir Mathieu s'il pensait qu'Antoine aussi était de mèche ?
-J'y réfléchirai, murmura-t-il à ses amis.
Antoine avait passé une nuit atroce. Pas comme s'il avait vraiment réussi à trouver le sommeil ces dernières semaines, mais cette nuit là avait était la pire. Il était tiraillé entre l'envie de revoir Mathieu, les conseils donnés par ses amis et la peur de ce qu'il allait découvrir à l'hôpital. Ça le tracassait, tellement qu'il en dormait peu la nuit, et rien ne s'arrangeait depuis son débat avec les autres bornés de sa bande. Et ce soir-là, chaque sensation qu'il avait ressenti ces dernières semaines avait ressurgi, amplifiée fois 3000.
23h19. Antoine avait éteint la lumière de sa chambre et s'était simplement allongé sur son lit, et voilà que sa respiration était devenue terriblement saccadée. Chaque bouffée d'air était un calvaire, un poids en trop qu'il espérait expédier en expirant, en vain. Comme lorsque le petit châtain lui avait annoncé son départ. A chaque fois qu'il respirait, Mathieu lui manquait.
01h12. Antoine avait décidé d'aller prendre une douche bien chaude dans l'espoir que cela le calmerait et l'aiderait à s'endormir. Il avait jeté son t-shirt sur le lavabo et avait laissé glisser son caleçon le long de ses jambes jusqu'à ce qu'il atteigne le carrelage froid de sa salle de bain vert pomme. Doucement, il avait augmenté la température de l'eau et était resté assez longtemps sous sa douche pour en avoir les doigts fripés, jusqu'à renfiler le peu de vêtement qu'il portait en guise de pyjama et s'enfouir à nouveau dans ses draps.
01h51. Il avait compté tellement de moutons qu'il avait fini par perdre le fil de ses pensées. C'était un fouillis extraordinaire. Il ne savait plus quoi faire pour trouver le sommeil alors il fixait simplement le plafond sur lequel il redessinait le visage de Mathieu, apparaissant sous toutes ses formes. Souriant, blasé, triste, neutre, en colère. Et quand il fermait les yeux, la même scène tournait en boucle dans sa tête, lorsque son ami s'était effondré dans ses bras. Quelle horreur, il se faisait peur lui-même et aurait pu être comparé à un obsédé pensant à sa prochaine proie.
04h05. Même en étant loin, l'autre nain réussissait à le torturer. Antoine avait les yeux grand ouverts et la mauvaise impression d'avoir pris trois railles de cocaïne. Son cœur pulsait violemment contre sa cage thoracique à une vitesse hallucinante. Il haïssait cette sensation. Depuis quand était-il devenu si vulnérable, si misérable ? Tout ça parce que l'autre s'était barré. Il haïssait Mathieu. Cela faisait de nombreux jours qu'il tentait vainement de l'oublier. Comment faisait-il pour le hanter à ce point, bordel ?
De la caféine, voilà ce que Mathieu était. Et savoir que son petit schizophrène vivait sous le même ciel que lui le rendait fou. Il n'était pas si loin que ça. Antoine pouvait peut-être faire quelque chose. Mais quoi ? Le brun n'arrivait à se trouver aucune utilité, il se sentait terriblement impuissant.
06h46. Il était l'heure pour Antoine de se lever et d'aller prendre une bonne douche froide, histoire de se réveiller les neurones. Tant pis pour la consommation d'eau, aujourd'hui la planète était le cadet de ses soucis. Les cours commençaient à huit heures, il fallait qu'il se dépêche s'il voulait pouvoir manger un bon petit déjeuner. Cette nuit de torture mentale n'avait pas été en vain et le brun avait pris une grande décision en cette nuit du 26 mars. Après trois semaines de séparation et de réflexion, il allait enfin aller voir Mathieu.
Antoine était en face d'un immense bâtiment qui datait sûrement du XVIIIème siècle. Plus que quelques pas et il était dans le même endroit que Mathieu. Le seul obstacle désormais était cette gigantesque porte en bois massif, et sa peur aussi, mais il était trop tard pour faire demi-tour à présent. Il leva la tête pour mieux admirer l'édifice et vérifier au passage s'il était au bon endroit. En grandes lettres noires était écrit « Hôpital Psychiatrique Saint-Louis ». Antoine s'était un peu renseigné sur l'endroit avant d'y mettre les pieds et avait appris qu'il s'agissait d'un des meilleurs hôpitaux du pays en ce qui concernait le service psychiatrique, ils offraient un traitement radical. Pas forcement bénéfique pour le patient, selon les cas, mais efficace.
Il prit une grande inspiration et attrapa la grande poignée noire avant de pénétrer dans l'enceinte du bâtiment. L'endroit était vaste, les murs blanc immaculé et le carrelage alternait entre les carreaux noirs et les blancs. Devant lui se dressait l'accueil qui avait pour seule décoration une horloge des plus simples qui soient. Une infirmière traversa le hall, poussant un homme d'une cinquantaine d'années en fauteuil roulant et l'air un peu dingue, puis Antoine s'avança vers une autre infirmière se trouvant derrière le comptoir de l'accueil. Elle était très peu maquillée ce qui lui donnait un air juvénile et elle avait des cheveux bruns qu'elle avait rapidement attachés en un chignon.
-Bonjour, je viens voir Mathieu Sommet, balbutia-t-il.
-Votre nom ?
Le brun fut surpris par la froideur de la jeune femme mais n'en fit pas part. Il remarqua en jetant un coup d'œil à son badge qu'elle s'appelait Alexandra.
-Antoine Daniel.
-Vous êtes de la famille ?
-Je hum… je suis un… ami.
Cette dernière phrase le fit rire intérieurement. Il n'avait plus grand-chose d'un ami pour être tout à fait honnête, sauf si c'était de coutume dans le coin de rouler des pelles à ses potes. La brune feuilleta quelques instants les dossiers de son ordinateur pendant qu'Antoine, de son index, tapotait le comptoir à un rythme irrégulier.
-Je suis désolée mais les visites en dehors du cadre familial sont interdites au service psychiatrique pour mineurs.
Au même moment, un homme en blouse blanche et aux lunettes carrées, vêtu d'une chemise bleu clair, fit irruption dans la petite loge en ne prêtant guère attention au brun qui se tenait derrière le comptoir.
-Pardon ? Comment ça ?, demanda Antoine.
-C'est impossible. A moins que vous ayez une attestation signée de la main de ? Le père, je veux dire, ajouta Alexandra.
Qu-whaaat ? Il ne comprenait rien au charabia de cette femme, quelle attestation, pour quoi faire? Cette histoire l'énervait déjà. Il s'apprêtait à tourner le dos à l'infirmière pour revenir sur ces pas lorsqu'une voix familière l'interpela.
-Mais attendez un peu, vous êtes Daniel, hm... Daniel… ? fit la voix masculine.
-Antoine Daniel, rectifia le brun, habitué à cette erreur.
-C'est ça ! L'ami de Sommet, pas vrai ? Sa mère a appelé il y a quelques temps pour nous informer de votre venue.
-Ah.
Bon bah finalement il avait eu bien fait de dire à Virginie qu'il passerait voir Mathieu.
-Je suis le docteur Frédéric, vous vous rappelez de moi ?
-Oui, je… oui.
Comment l'oublier ?
-Suivez-moi.
Le médecin l'invita alors à emprunter les couloirs tous plus maussades les uns que les autres de l'hôpital. Ils étaient incroyablement longs, et le trajet était d'autant plus interminable que le docteur Frédéric lui faisait une leçon sur tout ce qui était à faire et à ne pas faire en présence d'un malade, discours qu'il n'écouta pas. Il avait déjà pensé à ça pendant tout le trajet jusqu'à l'hosto, sérieusement, que l'autre lui en rajoute une couche le faisait légèrement chier.
Ils arrivèrent devant une porte métallique qu'Antoine supposa être la pièce où il pourrait enfin revoir Mathieu. Le docteur ouvrit la porte et invita Antoine à s'installer sur la chaise qui se trouvait en face d'une table rectangulaire, située en plein milieu de la pièce.
-Mathieu Sommet arrivera dans quelques minutes. N'oublier pas ce que je vous ai dit, ne soyez pas brusque avec lui.
-D'accord.
Docteur Frédéric s'éclipsa, laissant Antoine seul dans cette pièce encore plus flippante que les précédents couloirs. Le carrelage ici était aussi blanc que les murs dont la froideur était accentuée par les quatre néons fixés au plafond. La table et la chaise était faite d'une matière métallique froide qui lui donnait par conséquent des frissons dans le dos. Si ceci était l'atmosphère générale de cet hôpital, il plaignait profondément tous les patients. Lui aurait pété les plombs au bout d'une semaine à peine.
La porte se rouvrit quelques minutes plus tard et le médecin laissa entrer deux infirmières qui tenaient fermement Mathieu. Pas parce que celui-ci se débattait, mais parce qu'au contraire il avait plutôt l'air de colmater. Elles installèrent le malade sur la chaise en face de l'invité et se dirigèrent vers la sortie avant que docteur Frédéric n'adresse une dernière fois la parole à Antoine.
-S'il y a quelconque problème, , appelez-moi. Je serai juste devant la porte avec ces deux infirmières.
Ils quittèrent la pièce et le brun put enfin se concentrer sur son ami. Sa première sensation en posant les yeux sur lui fut un haut-le-cœur. Mathieu était pâle comme la mort. Il avait l'impression de penser ça à chaque fois qu'il le voyait, mais cette expression n'avait jamais été aussi correcte qu'aujourd'hui. Il avait pas mal maigri, Antoine pouvait le voir malgré le vêtement ample qui lui servait de robe de chambre. Il fixait le brun de son regard vide, tellement inexpressif qu'Antoine se demandait même si son ami le reconnaissait. Ses prunelles bleues avaient presque entièrement disparu, la pupille occupant un maximum de place. Le seul état d'esprit qu'il arrivait à lire était la fatigue, les cernes violettes de Mathieu l'aidant à se faire une idée approximative du temps durant lequel il n'avait pas dormi. Mais ce qui avait le plus horrifié Antoine n'était rien de tout cela, non, c'était simplement ses cheveux. Ceux qu'il avait tant ébouriffés. Coupés à ras. Fini les beaux cheveux châtains qui dansaient au rythme du vent frais de Paris.
La réalité n'avait rien avoir avec les mots, ou même avec l'imagination, Antoine s'en rendit compte seulement maintenant. Il prit finalement la parole, la voix hésitante, voyant que son vis-à-vis ne réagissait pas.
-Salut Mathieu, tu te rappelles de moi ?
L'adolescent le fixa de son regard sombre sans lui donner de réponse.
-C'est Antoine. Je… Je voulais savoir comment tu allais.
Mathieu fronça très légèrement les sourcils, semblant faire un effort colossal pour analyser le visage en face de lui, ce qui fit esquisser un sourire à Antoine. Il n'était pas totalement amorphe en fin de compte.
-Va t'en, murmura subitement le plus petit.
Antoine ne se décontenança pas pour autant et agrippa la main de son ami. Elle était froide et frêle, aussi le brun se contenta de la caresser doucement, de peur que ses os ne se brisent.
-Je t'ai vexé ? Je suis désolé. Tu sais, c'est plus pareil sans toi au lycée.
-Va t'en, répéta Mathieu un peu plus fermement.
Antoine soupira. En réalité il ne savait pas vraiment pourquoi il lui en voulait –parce que oui, il lui en voulait puisqu'il souhaitait apparemment qu'il parte- mais il était prêt à utiliser le peu de temps qu'ils avaient à disposition pour tout mettre au clair. Or Mathieu ne semblait pas vraiment vouloir ni pouvoir coopérer là tout de suite maintenant. Qu'est-ce qu'il était supposé dire désormais ? Devait-il rester ?
Le malade serra brusquement la main d'Antoine dans la sienne, c'était presque douloureux, mais le brun prit ce geste pour un encouragement. Il fallait qu'il essaye d'être le plus attentif et compréhensif possible envers son ami.
-Je suis là maintenant. Comment tu vas ?
-Va t'en, putain, récria Mathieu d'une voix rauque et agressive.
Le plus petit lâcha la main d'Antoine avant de se lever subitement et de se jeter sur son voisin. Il l'attrapa par le col de sa veste kaki et le plaqua contre le mur, approchant son visage de celui de son vis-à-vis. La poigne ferme de son ami empêchait Antoine de trop gigoter, de peur de se prendre un poing en pleine face, et il regretta quelques instants d'avoir pensé que Mathieu était frêle.
-J'ai l'air d'aller bien, gamin ?
-P-Patron… ? balbutia Antoine, totalement sous le choc.
Le brun déglutit bruyamment. Il n'avait pas du tout pensé à l'éventualité que ses personnalités puissent « rentrer » dans le corps de leur propriétaire. Le traitement n'était-il pas sensé éviter ça ? Le Patron portait toujours des lunettes, masquant ses yeux, et voir ce regard plein de colère ne ressemblait pas à Mathieu, ça ne collait pas avec lui. Antoine tenta désespérément de fuir ses yeux.
-Ecoute je… tenta le brun avant que le malade ne le coupe.
-Ta gueule, j'en ai marre d'entendre tes conneries. Je t'avais prévenu que si Mathieu souffrait par ta faute, t'étais mort.
-Je…
Le Patron attrapa violemment les joues d'Antoine pour l'empêcher de continuer sa phrase. Putain, il ne s'était pas senti si vulnérable en présence de l'homme en noir depuis la première fois qu'il avait mis les pieds chez eux. Qu'avait-il fait de si horrible ?
-Je fais le sale boulot, tu te rappelles ? Je vais te baiser, dans tous les sens du terme, t'étriper et servir tes couilles à tes parents sur un plateau d'argent.
Ce moment de sa vie durait beaucoup, beaucoup trop longtemps au goût du grand brun, bien qu'il soit conscient que tout ça se soit déroulé très vite. Il sentit des frissons le long de sa colonne vertébrale et pensa que c'était à cause du stress avant qu'il ne se rende compte que la main de Mathieu qui lui agrippait douloureusement les joues auparavant était venue caresser son visage.
-Pourquoi tu nous as laissé aussi longtemps, gros ?
Antoine posa son regard sur son ami. Les traits de son visage s'étaient détendus pour laisser place à une expression d'inquiétude, d'incompréhension. Il n'était pas rassuré, mais il préférait nettement cette personnalité à l'homme en noir qui ne lui laissait aucune possibilité de s'exprimer.
-Je… j'ai hésité longtemps avant de venir. Je pensais que tu- que vous ne voudriez pas que je vous vois… comme ça.
-Tu sais, commença le Hippie avant d'enfouir son visage dans le cou d'Antoine, Mathieu tient beaucoup à toi.
-Moi aussi, soupira le brun, profitant du contact de son ami sur lui qui lui avait tant manqué.
-Nous aussi on t'aime bien, même le Patron, il fait juste genre d'avoir un mauvais karma. Nous sans toi c'est comme un pétunia sans abeille, gros.
Antoine sourit, resserrant sa prise sur le corps fin du Hippie. Ses métaphores chelou lui avaient manqué, tient. Il voulut passer une main dans ses cheveux, comme il avait l'habitude de faire avant, mais sa main rencontra le crâne fraichement rasé du plus petit et il grimaça.
-Ne nous laisse plus comme ça, geignit une voix nasillarde.
Le cœur du brun loupa quelques battements et il crut un instant que le Geek le lui avait littéralement fendu. Premièrement parce que ces changements brutaux de comportement ne devaient rien signifier de bon, et deuxièmement parce qu'il se sentait comme un monstre d'avoir laissé son sale gosse comme ça. Antoine stoppa tout mouvement, laissant le visage de Mathieu se rapprocher du sien, laissant les lèvres de son vis-à-vis venir frôler les siennes. En trois petites semaines -qui étaient passées comme trois mois à ses yeux- cette sensation avait été celle qui lui avait le plus manqué. Certes ils ne passaient pas leur journée à se galocher auparavant, mais rien qu'avec les deux précédents baisers il avait compris que c'était une sensation impossible à retrouver ailleurs que chez Mathieu. Le troisième baiser, bien que très confus, était en train de tout confirmer.
Il se détacha des lèvres du Geek pour le scanner de haut en bas. Il rêvait ou celui qu'il pensait être ultra timide et pudique venait-il vraiment de l'embrasser ? Ok, là, c'était louche. Un instant, Antoine imagina la possibilité que les personnalités de Mathieu aussi l'aiment plus que bien, après tout, ils faisaient partie de lui. Non, décidemment, c'était vraiment trop bizarre. Et pourquoi pas ? lui chuchota son esprit. Ouais, le Geek avait l'air de l'apprécier autant que le Hippie, voire plus, autant que Mathieu lui-même. Mais non, c'était impossible vu comment le Patron le haïssait.
Antoine fit un petit sourire à son voisin et se dirigea doucement vers la porte, totalement confus. Il avait besoin de temps pour réfléchir.
-Attends, tu vas où ? lança l'hospitalisé, l'air subitement inquiet.
-Il faut que je rentre. Mais j'essayerai de venir te rendre visite plus souvent.
-Mais Antoine tu-
-Promis.
Antoine était perturbé, il ne savait pas si la dernière personne à lui avoir parlé était le Geek, Maître Panda ou Mathieu. Comme si ses cordes vocales avaient alterné entre les deux voix. Le brun quitta Mathieu qui le fixait, blafard, après lui avoir lance un petit sourire.
Docteur Frédéric l'accueillit à la sortie.
-Alors, tout s'est bien passé ?
-Je... mh, oui.
Les infirmières pénétrèrent alors dans la pièce dont le lycéen venait de sortir. Il y eut un moment de blanc pendant que le médecin l'accompagnait a travers les couloirs vers la sortie du bâtiment.
-Je me demandais…
-Oui ?, demanda le docteur, intrigué.
-Pourquoi les personnalités de Mathieu sont… « revenues » en lui ?
-Ils se sont manifestés ? Tout ne s'est pas si bien passé que ça alors, si ?
-Si si, aucun problème. C'était juste une question.
Le docteur Frédéric sembla hésiter un instant mais s'expliqua rapidement.
-Eh bien vois-tu, nous ne savons pas vraiment pourquoi elles sont apparues, mais nous estimons qu'il les a développé comme un moyen de protection, si tu vois ce que je veux dire. Or c'est la première fois qu'un cas tel que celui de Mathieu Sommet se présente à nous, nous avons donc pensé que sa pathologie ne faisait qu'empirer. Mais comment les éliminer puisqu'ils ne sont pas réels ? Les renvoyer là d'où ils viennent, dans le néant.
-… Une sorte de chemin inverse ?
-Exactement.
Le médecin n'avait pas le droit d'en dire plus sur les techniques utilisées. Tant mieux, Antoine ne voulait pas en savoir plus. La seule chose dont il était sûr, c'est qu'il retrouverait un Mathieu sain dans quelques semaines. Un Mathieu sain pour une relation saine.
Sa respiration était saccadée. Le soleil commençait enfin à pointer le bout de son nez et le vent se faisait un peu moins frais.
Antoine avait mérité ce smoothie à l'orange. Son cerveau travaillait jour et nuit depuis la fin de vacances de février, et plus le temps passait, plus ça empirait. Des flashs des quelques minutes qu'il avait passé en compagnie de Mathieu revenaient régulièrement le hanter. Il avait décidé de faire une pause, de ne plus penser à rien et de se laisser aller jusqu'à ce qu'un autre événement vienne perturber sa vie. Après tout, c'est ce qu'il avait toujours fait et jusqu'à présent ça avait marché. A peu près.
Et quoi de mieux pour se changer les idées que le visage fin d'Audrey lui souriant gentiment ? Il était assis en face d'elle sur la terrasse d'un bistrot parisien et ils discutaient tranquillement pendant qu'elle sirotait sa boisson au cassis. Enfin, Antoine ne parlait pas vraiment, il écoutait plus ou moins la belle brune lui raconter des anecdotes et philosopher sur la vie. Parce que oui, en plus d'avoir une voix d'ange, Audrey était une fille intelligente qui aimait la philo. Il se dit que quelque part elle n'était pas totalement différente de Mathieu, lui aussi avait une jolie voix et faisait des dissert' sur la vie. Et même qu'une fois-
Stop. Il s'était promis de ne plus penser à ça. Pour être tout à fait honnête, les rayons du soleil l'éblouissaient beaucoup trop -à moins que ce ne soit Audrey ? (Je vous assure que cette phrase me donne autant envie de vomir que vous.) Tellement que ça en devenait gênant de constamment plisser les yeux, les nerfs de ses paupières finiraient par lâcher. Antoine posa alors ses yeux sur la chevelure soyeuse de sa voisine. Nom de Dieu, était-ce normal d'être aussi parfaite ?
-Tu penses quoi toi ? Que la pensée définit le langage ou l'inverse ?, demanda Audrey.
-Euh, je sais pas trop, j'ai pas vraiment d'avis là-dessus. Et toi ?
-La pensée définit le langage, je pense. C'est pas pour rien si y'a des fois où on n'arrive pas à s'exprimer !
Il ne l'écoutait pas du tout en fait, mais pas grave, elle parlait de choses intelligentes et réussissait même à les rendre intéressantes. Du moins, plus intelligentes que débileries qu'il regardait sur Internet avec- putain. Antoine baissa alors son regard sur la table. Voilà, là ses pensées ne risquaient pas de dévier vers Mathieu, pas juste en regardant une table. Sa gorge s'asséchait à force de penser à toutes ces conneries qui le faisaient suer comme un porc malgré les 15°C qu'affichait le thermomètre. Il attrapa alors sa boisson à l'orange et bu goulument à travers sa paille verte.
Mathieu t'aurait insulté en te voyant boire cette merde. Aux agrumes qui plus est.
Putain. De bordel. De merde. Son esprit de voulait donc pas lui laisser de repos ? Ou alors c'était sa conscience qui lui jouait des tours ?
Penser à autre chose. Maintenant. Distraire son esprit de la torture qui le scindait depuis des jours. Mais il n'y avait pas grand-chose à sa disposition là tout de suite. Juste du soleil, un smoothie et Audrey.
Alors il embrassa Audrey.
Bon Licornette, j'ai pas pu directement faire allusion à ton meme parce que ça cassait le rythme du récit sur ce coup là, après relecture... Mais bordel, j'y pense encore, sale folle! xD
Le dernier passage est un petit hommage au premier livre d'Albert Camus, L'Etranger, j'adore ce livre blblblbl. Chapeau si vous avez remarqué!
Mouaha je suis méchante avec mes fins de chapitres... Review? :3
