Hello!
Je suis fière de moi, j'ai été plus rapide que d'habitude pour poster ce chapitre x) C'est l'avant dernier, ça m'attriste un peu T^T Avant de commencer la lecture je voulais vous informer que le recueil dont je vous avais parlé est sorti et sera sûrement assez actif, L'ineffable. Et pour lire le chapitre 6 je vous conseille quand même d'aller lire le 1er OS, qui a un peu -beaucoup- rapport avec ce chapitre...
Réponse aux reviews anonymes:
Nini: All those beautiful feelings just for meh, tnx ; )
Encore et toujours, merci pour vos retours, ça me motive énormément :D
Voilà, je vous lâche x) Bonne lecture!
Chapitre six : Joyeux anniversaire
Dire qu'il ne s'était jamais embrouillé avec Antoine aurait été un gros mensonge. S'il devait faire des statistiques -malgré sa nullité en maths- du nombre de fois où ils s'engueulaient, ça aurait sûrement donné quelque chose de l'ordre de « 4 conversations sur 10 sont des prises de tête ». Jamais très violentes bien sûr, ils finissaient par se reparler au bout de 45 secondes maximum. Pour dire à quel point c'était stupide, ils s'étaient déjà embrouillés sur l'utilité du personnage de Maggie dans les Simpsons, oui oui, de vrais gamins. Mais étrangement ces moments là faisaient partie de ceux que Mathieu considérait comme privilégiés dans sa courte vie. C'était con, c'était récurrent bien que furtif, et on en rigolait bien lorsqu'on y repensait. De combien de souvenirs Mathieu pouvait-il rire, honnêtement, si ce n'était pour se moquer de son existence pitoyable ?
Il aimait parler de tout, s'embrouiller sur tout avec Antoine. Tout sauf une chose : l'asile. Ils s'étaient mis d'accord là dessus, ils ne parleraient absolument pas de cette période mis à part ce que Mathieu avait déjà raconté à son ami lorsqu'il avait appris qu'il souffrait de névroses. Alors le petit châtain pouvait aujourd'hui dire que la conversation qu'il entretenait en ce moment même avec Antoine l'irritait en tous points.
C'était parti d'un rien. Ils regardaient la télé chez Antoine, une connerie dans le genre de « Cauchemar en cuisine ». C'était marrant d'admirer Gordon Ramsay massacrer des plats dégueulasses et des voir des gens se faire lyncher, mais le chef cuisto avait découvert que l'un des membres de l'équipe du restaurant était addict à la drogue. Ils avaient alors parlé de comment soigner des dépendances aux diverses drogues, et après ça, Mathieu l'avouait, c'était lui qui avait mis le sujet sur la table.
-C'est drôle n'empêche comment une drogue peut totalement changer de nom selon la personne qui l'utilise.
Oui, c'était vraiment parti de rien. Normal qu'Antoine demande des précisions.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Bah en hôpital ils appellent ça un calmant.
-… Oui… ?
-Genre la morphine, j'sais pas, c'est un peu hypocrite.
Antoine lui avait lancé une espèce de regard mi-dubitatif mi-surpris.
-Mais Mathieu, c'est un calmant.
-Non, la morphine est une drogue mon cher.
-C'est un calmant.
Il détestait quand Antoine voulait imposer un savoir qu'il n'avait pas, bordel, Mathieu était bien placé pour savoir de quoi il parlait. Ça l'énervait tellement quand le brun persistait, surtout quand il savait qu'il avait tort.
-Antoine, c'est une drogue.
-Non c'est u-
-C'est une DROGUE PUTAIN.
Ils ne s'étaient pas embrouillés à propos de l'asile en lui-même, mais il fallait l'avouer, les substances illicites étaient une partie de sa vie là-bas, bien qu'un peu plus légale lorsqu'elle était consommée dans une chambre d'isolement. Et si Mathieu appréciait repenser à leurs chamailleries, celle-ci au contraire lui laissait toujours un sentiment d'amertume. Parce qu'il se rappelait avoir été vraiment en colère contre Antoine, pour une dispute stupide certes, mais vraiment en colère, et c'était la première fois.
Parce qu'Antoine confondait tout. Asile avec hôpital, schizophrénie avec troubles de la personnalité, sédatifs avec drogue. Mathieu avait maudit son beau-père, craché sur les médecins, gueulé sur sa mère, insulté son père, mais jamais il n'avait eu une once de ressentiment pour le grand brun à lunettes. C'est là qu'il comprit ce n'était pas seulement les gens qui étaient incapables de le comprendre, mais aussi lui qui était incapable de comprendre les autres. L'asile lui était nocif et lui serait à vie, il en était désormais persuadé.
Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas souri autant. Depuis que Mathieu était parti, en fait.
Ça faisait du bien de se laisser aller. En ce début d'avril, Antoine avait enfin pu troquer sa veste kaki pour un gilet marron certes moche mais beaucoup plus agréable à porter. Son regard se posa sur la personne à sa droite. Audrey avait attaché ses cheveux en une longue queue de cheval et avait maquillé ses beaux yeux couleur jade d'un trait d'eyeliner et ses lèvres pulpeuses d'un rouge à lèvres rouge pétant qui lui allait merveilleusement bien. Elle portait une veste en jean claire dont elle avait retroussé les manches ainsi qu'un slim noir qui dévoilait ses jambes fines. Sa petite main douce serrait la paume d'Antoine et ses doigts fins étaient venus s'entrelacer avec les siens. Elle était radieuse, et le brun espéra l'espace d'un instant qu'elle s'était faite aussi belle pour lui.
Il l'accompagnait en salle de littérature italienne, la langue des pizzas étant sa LV2 (ne vous méprenez pas, les pizzas parlent vraiment). Ce couloir était un des plus immondes du lycée, pavé de carreaux verts et bleus qui donnait plus l'impression d'être à la piscine qu'en cours. Une partie des camarades de classe d'Audrey étaient déjà attroupée devant la porte bleu marine.
-Salut Audrey ! Hey Antoine, vous allez bien ? demanda Mathias.
Ils n'étaient que 8 garçons pour 23 filles mais l'ambiance de la TL2 était une des plus cool du lycée.
-Je viens de sortir de deux heures de français, je vois pas comment ça pourrait aller, plaisanta Antoine.
-Tu n'es qu'une pauvre âme perdue qui n'a pas trouvé le chemin de la vérité ! Tu verras, étudier Madame Bovary et Œdipe c'est génial, lança ironiquement Alice, une jolie rousse.
-Ouais bah en attendant Rimbaud me donne plus envie de me pendre qu'autre chose…
-J'me demande comment t'as pu finir avec Audrey, ajouta Adrien, vous avez des goûts tellement différents !
La grande brune resserra sa prise sur la main de son « mec ». Car oui, ils étaient ensembles. C'était fou. Qui aurait cru qu'après un roulage de pelle aussi brusque et inattendu que celui de l'autre jour les deux se mettraient en couple ? Bon, aucun des deux n'avaient officiellement dit qu'il sortait avec l'autre, mais Antoine considérait ça comme un avantage : leur relation n'avait pas besoin d'être déclarée pour être flagrante aux yeux des gens. Le brun rougit légèrement à cette pensée. Après tout, il avait espéré ce moment toute l'année sans jamais envisager que ça lui arrive réellement.
La discussion suivit son court, le petit troupeau d'élèves s'agrandissant au fil du temps, jusqu'à la sonnerie et l'arrivée du professeur quelques minutes plus tard. Il ouvrit la porte, laissant ses élèves pénétrer dans la salle, et Audrey déposa un baiser furtif sur les lèvres d'Antoine avant de lui lancer, munie d'un sourire ravageur :
-Envoie-moi un message ce soir !
Le prof avait eu le temps de fermer la porte et de faire l'appel -ou autrement dit de gueuler le nom des élèves dans tout le bâtiment Est- avant qu'Antoine ne sorte de sa lubie, aidé par une frappe sur la tête. Il murmura un vague « aïe » avant de se retourner vers son agresseur en se grattant frénétiquement la masse capillaire.
-Yo bro.
-Julien ? Qu'est ce que tu fous là ? T'as pas cours ? s'étonna Antoine.
-Si mais c'est ESPAGNOL. La matière est dégueulasse et la prof est une connasse alors je sèche.
-Haaan, thug life.
-Exactement, sourit l'adolescent aux yeux verts.
Les deux marchèrent alors en direction de la cour, vieux pavé de bitume parsemé de chewing-gums. Antoine s'était un jour amusé à les compter, il s'en rappelait, même que cet après-midi là il y avait une pluie battante. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Ce jour là, il avait rencontré Mathieu.
-Alors ça s'est concrétisé avec Audrey ?
-Et toi, ça se concrétise avec ta main droite ? se moqua le grand brun.
-Ta gueule, répondit Julien en lui frappant amicalement le bras. C'est marrant, je te voyais pas finir avec elle.
Antoine soupira bruyamment, ne masquant pas son agacement.
-T'es venu me faire la morale à propos de Julie aussi ?
-Quoi ? Non, non, tu fais ce que tu veux mec. Je pensais juste que ça collait bien entre Mat' et toi, ajouta Julien en levant son regard vers le ciel bleu.
-Avec Mat' je…
Il ne savait pas vraiment quoi répondre pour être honnête. Pas besoin de se défendre en disant qu'il était hétéro puisqu'il avait l'impression que le monde entier était au courant de son petit jeu avec Mathieu. Antoine se mit alors à dessiner des formes invisibles sur le sol à l'aide de la semelle de sa chaussure.
-T'as pas à te justifier tu sais, sourit le petit brun. Audrey est une meuf sympa et super jolie, j'aurais sûrement fait la même chose à ta place.
-Ouais je… ouais.
Les deux amis s'installèrent sous le préau, dans un coin de la cour. Dans cette histoire Julien était le pote neutre, celui qui ne prenait pas de parti, et ça rassurait Antoine. Depuis sa pseudo-relation avec Audrey, Julie semblait faire son maximum pour l'éviter et Noémie était folle de rage après lui. Il ne comprenait pas bien pourquoi d'ailleurs, elle n'avait rien à voir avec cette histoire et même si elle s'inquiétait pour son amie elle n'avait pas besoin d'avoir un comportement aussi excessif. Aiyana et Clément, eux, étaient un peu distants, flairant sûrement les problèmes arriver.
Ils avaient eu raison pour être honnête, Théo lui avait déversé un flot d'insultes, lui disant qu'il était un « crétin invétéré totalement aveugle et incapable de s'occuper de qui que ce soit ». Comme quoi Audrey le quitterait dans trois jours, comme quoi il finirait tout seul à cause de toutes ses décisions merdiques. Julien était le seul qui n'avait pas fuit la tempête qui était venue ravager petit à petit leur groupe d'amis.
-Tu sais que Noémie me fait la gueule ?
-Ah ? Qu'est-ce que tu lui as fait encore ? questionna Antoine sans y porter une réelle attention.
-Je « traîne avec l'ennemi ». Mais j'en ai rien à foutre. T'es mon pote, je vais pas chercher plus loin.
Enfin quelqu'un qui respectait sa vie privée, nom de Dieu. Ça le touchait que Julien réagisse comme ça, il savait très bien que le brun aux yeux verts appréciait beaucoup Noémie. Au fond, ça lui faisait mal des voir tout le monde s'écarteler comme ça à cause de lui, il n'avait rien demandé à personne. Non, rien du tout. Il voulait juste que les choses redeviennent normales une bonne fois pour toute.
Antoine avait eu le privilège d'être invité à une soirée de lycéens. C'était la première fois de sa vie qu'il se rendait à une fête, et surtout la première qu'il y avait autant de monde autour de lui. Ils étaient bien une quarantaine de personnes, secondes, premières et terminales confondus. C'était Audrey qui l'avait traîné jusqu'à la maison de ce mec qu'il ne connaissait même pas, un certain Gaëtan Dupuis qui avait dit à sa camarade de classe « n'hésite pas à ramener ton mec, Daniel je sais plus qui ». Et voilà comment il s'était retrouvé dans ce salon un peu trop étroit pour tout ce joli petit monde.
La lumière était tamisée, l'air légèrement irrespirable dû aux quelques personnes qui ne se privaient pas de fumer à l'intérieur même de la maison. La musique était forte et il sentait presque les ondes des enceintes parcours la totalité de son corps, ce qui le dérangeait grandement. Ce n'était pas le genre de musique qu'il écoutait, ni même un style qu'il avait finalement appris à apprécier comme le métal progressif, non, la musique qui passait en ce moment était « Shake It Off » de Taylor Swift. Il la haïssait, d'autant plus que cette chanson lui rappelait l'horrible préadolescente blonde qu'il traînait comme cousine et qui était fan de la chanteuse de pop Américaine.
Audrey, qui était sur la piste de danse, s'approcha de son supposé petit ami, un verre à la main.
-Tu veux pas boire un truc ? lui demanda-t-elle.
-De quoi ? répondit Antoine.
La musique était trop forte, il n'avait pas cerné un mot que la brune avait dit. Elle le fixa quelques instants, un air d'incompréhension scotché au visage.
-Je t'entends pas, la musique est beaucoup trop forte, hurla Antoine sans que sa voix ne couvre pour autant la musique.
-Tu veux boire quelque chose ? répéta Audrey, hurlant à son tour.
Le chevelu jeta un coup d'œil autour de lui. Une multitude de verres et des dizaines bouteilles au contenu douteux se chargeaient de décorer l'endroit. Antoine tenait encore trop au peu d'innocence qu'il lui restait pour aller se bourrer la gueule avec des mélanges étranges dans un endroit louche.
-Non merci, ça va aller.
Audrey roula alors les yeux, comme exaspérée par le garçon qui lui faisait face.
-Allez Antoine, déstresse un peu. Détends-toi !
-Je suis très détendu, rétorqua le brun.
Elle le fixa quelques secondes, très peu convaincue par les protestations de son petit copain.
-Viens danseeeer !
-Oh non Audrey, tu sais que je suis une catastrophe en danse…
-On s'en bat les couilles mec, bouge tes fesses et viens danser avec moi ! T'es mon mec oui ou non à la fin ?
Antoine ne put s'empêcher de sourire à la question de la brune.
-Je préfère te regarder danser.
En effet, Audrey était assez douée en danse comparé aux autres personnes présentes dans la pièce étant donné qu'elle avait fait six ans de danse hip-hop. Elle avait beau insister sur le fait qu'elle avait été la plus nulle des danseuses de son groupe pendant ces six années, ses mouvements étaient beaucoup plus fluides et calculés que ceux des autres invités.
L'espèce d'électro-pop que le lycéen considérait comme polluante pour les oreilles s'arrêta -enfin- pour laisser place à une sorte d'alarme. Les trois quarts des invités se mirent à gueuler « OUAIIIIIS » avant qu'une voix étrangement aiguë ne se mette à rapper dans une langue encore plus étrange, couverte par les hurlements des lycéens qui tentaient tant bien que mal de rester fidèles aux paroles :
« Daai bra Anies, hy's n fokken gam bra !
Haai! Daai Anies hy lam innie mang ja !
''Ken sy my nommer ?'' Xha! Boy what's your number?
Twee ses? Twee sewe? Of is jy n ag bra? »
La salle, suivant alors le rythme de la musique, se déchaîna. Antoine décela dans les yeux d'Audrey, qui le regardait toujours fixement, une lueur qu'il jugea légèrement obscène. Elle devait avoir un peu trop bu, il ne pensait pas qu'elle était du genre à se bourrer la gueule en soirée. Mais après tout c'était normal à son âge et il n'avait rien à lui reprocher, elle faisait ce qu'elle voulait.
Audrey se recula alors sur la piste de danse et enchaîna les déhanchés, jetant de temps à autres un regard à son cher Antoine. Il lui souriait pour avoir l'air agréable, mais il était fatigué de cette soirée. Bientôt minuit, presque trois heures qu'il s'ennuyait assis sur un canapé autour de gens qui puaient l'alcool et en plus la bouffe n'était pas terrible. Il voulait rentrer, parce que bordel qu'est-ce qu'il se faisait chier avec Audrey.
Le troisième trimestre avait commencé de manière assez catastrophique, pour Antoine tout du moins. Ça avait été bordélique, les événements s'étaient enchaînés de manière saccadées et confuses, si bien que lui-même n'était plus très sûr de ce à quoi ressemblait sa vie en ce moment même. La majorité de ses amis, pire même, son meilleur ami l'avait abandonné, il sortait avec la fille la plus prisée du lycée depuis presque trois semaines et se pourrissait la vie à penser à la santé d'un mec qu'il connaissait à peine. Parce que oui, après tous ces événements, il était sûr que personne ne pouvait réellement connaître Mathieu.
Audrey et Julien l'avaient calmé, l'avaient aidé à penser à autre chose qu'aux embrouilles que les jumeaux avaient créé ou qu'à l'état mental de Mathieu. Il avait fallu plusieurs jours à la petite blonde pour se faire à l'idée qu'Antoine était en couple, mais Julie avait finalement pris son courage à deux mains et avait recontacté son prince charmant. Après tout, il était avant tout son ami et malgré tout ce qu'il s'était passé elle ressentait le besoin de retrouver une certaine complicité avec le brun, et peut-être même l'aider si elle le pouvait.
Les deux s'étaient alors retrouvés en centre ville pour faire un tour, discuter, rigoler, bref, faire tout ce qu'ils pouvaient faire. Antoine avait d'abord semblé assez réticent à cette idée mais avait vite accepté quand Julie lui avait assuré qu'elle voulait simplement qu'ils soient en bons termes. Ils n'avaient pas peur de s'ennuyer, même s'ils n'avaient pas toujours grand chose de quoi discuter, leur passion commune étant le Japon pouvait monopoliser une conversation pendant au moins une quarantaine de minutes. Quarante minutes suffisaient bien à Julie, pour qui même cinq minutes aux côtés du beau brun convenaient à la réjouir.
Elle avait quelque peu renoncé à l'idée de séduire Antoine, notamment depuis l'arrivée de Mathieu et surtout, surtout depuis le départ de ce dernier. La petite blonde s'était néanmoins apprêtée malgré les nombreuses réprimandes de son frère. « C'est ma vie privée, Théo, je parle avec qui je veux ». Julie avait alors sorti sa plus belle robe, une Château Mirage aux différents tons de bleu qui avait coûté une petite fortune à ses parents (je pense à toi Lumiki :3), ainsi que des chaussures kawaii-lolita montantes en cuir noir avec des boucles en forme de cœurs et des gants fins en soie blancs. Après avoir passé de longues minutes à batailler avec ses cheveux, elle avait finalement réussi à se faire deux chignons et une raie parfaitement droite, et à coiffer sa frange de manière à ce que le rendu ne soit pas immondément dégueulasse. Suivant les conseils de Noémie, qui avait néanmoins paru sceptique lorsque Julie lui avait dit qu'elle allait passer l'après-midi avec « l'autre serpillière », la petite lycéenne avait évité d'en faire trop niveau maquillage. Son trait d'eyeliner habituel sur chaque paupière, un coup de son tout nouveau mascara « effet manga » et, spécialement pour l'occasion, un peu de rouge à lèvres extrêmement discret. Pas de bébé crème pour sublimer la pâleur de sa peau. Pas de lentilles loufoques qu'elle s'amusait à mettre pour les journées spéciales. Pas de blush pour se donner un air mignon.
Et cette Julie-ci semblait avoir plus succès auprès du brun. Pour la première fois de sa vie, Antoine ne lui avait pas dit qu'elle était mignonne, ni adorable, ni à croquer, non, il lui avait dit qu'elle était belle. Julie avait presque senti son cœur la lâcher. Le sourire qu'elle abordait depuis qu'il avait prononcé ces mots n'était pas prêt de disparaître de sitôt. C'était stupide, mais tellement significatif à ses yeux.
-Ça te dirait d'aller boire un bubble tea ? Ça fait super longtemps que j'en ai pas pris.
-Ouais, j'adore ça ! Suis-moi, je connais le meilleur bubble bar du coin !
Antoine lui fit un petit sourire qui la fit de nouveau fondre. Heureusement qu'elle n'avait pas écouté son imbécile de frère qui lui avait défendu d'y aller, sinon elle ne serait pas en train de passer une des plus belles après-midi qui soit. En plus il faisait beau aujourd'hui, presque vingt degrés. Elle était tellement chanceuse.
En cinq minutes ils étaient devant un petit bâtiment à la façade blanche, « Bubble Bar » inscrit en grosses lettres rondes et jaune pâle. Ils entrèrent et Julie salua vivement le serveur qu'elle semblait bien connaître. Les deux amis s'installèrent à une petite table noire sur laquelle des craies ainsi qu'un chiffon étaient à disposition. La blonde tendit une craie bleue à son ami.
-Tu peux dessiner sur la table, ces gens sont des génies.
-J'dessine aussi bien que le mec qui peint avec un pinceau dans son cul.
-C'est quoi tes références, lança Julie en éclatant de rire.
Elle récupéra la craie et se mit à gribouiller sur la table. Antoine examina la pièce. Petit mais très chaleureux, le bar était peint en des couleurs vives et des tableaux assez loufoques étaient accrochés un peu partout. L'endroit ressemblait bien à Julie.
Un serveur vint alors à leur table, tout sourire.
-Bonjour Julie, tu as ramené un ami ?
-Salut Marc, fit-elle en se redressant. Yup, c'est Antoine, un ami du collège !
-Cool, bienvenue Antoine ! Alors, la même chose que d'habitude ?
-Oui, et toi Antoine tu prends quoi ?
-Eum... Un bubble tea à la pastèque avec bubble s'il-vous-plaît.
-Donc, un bubble tea pastèque avec bubble, un bubble tea à la cerise sans lait et sans bubble et un mochi à la cacahuète, répéta Marc en notant. Très bien, je vous apporte ça dans quelques minutes.
Il s'éloigna et Antoine jeta alors un œil sur le dessin de Julie. C'était Hatsune Miku, extrêmement bien dessinée il fallait le reconnaître. C'était dommage que ses parents refusent de la laisser partir dans une filière artistique, ou tout simplement dans une filière autre que générale, même si la L semblait nettement satisfaire Julie.
-C'est triste que tes parents te laisse gâcher un talent tel que le tien.
-Arrête de dire n'importe quoi ! De toute façon ça me convient très bien, tant que je peux quand même dessiner.
-Mh... C'est ta préférée Hatsune Miku ?
-Non, j'adore Rin et Ren, ils me font un peu penser à moi et Théo.
-Haha, j'avais jamais vu les choses sous cet angle là, sourit Antoine. Mathieu détestait les vocaloïds. Trop... artificiel d'après lui.
Julie grimaça, ça l'embêtait pas mal de l'entendre parler de Mathieu au passé, comme s'il... n'existait plus.
-Tu connais les métalleux, le métal c'est limite une religion pour eux, ajouta la blonde. « C'est la meilleure musique du monde », « tout le monde peu écouter du métal tellement c'est varié », blablabla.
-C'est pas vrai, Mathieu était très ouvert et je suis sûr que c'est pas le seul. Et pour être honnête c'est vrai qu'il y a quelques musiques pas mal et plein de styles différents...
Les boissons arrivèrent et ils changèrent de sujet de conversation, se sentant très mal à l'aise dès qu'ils abordaient un sujet un peu « tabou ».
Les deux amis, après cette petite pause au bubble-bar, avaient alors décidé de finir la journée en allant faire un tour dans les magasins, de préférence dans ceux qui prônaient la culture geek. Ils avaient fini par atterrir dans une petite boutique un peu sombre mais remplie de babioles en tout genre. Julie était partie se satisfaire au rayon mangas, pendant qu'Antoine faisait tout le tour du magasin. Il y avait des posters de plusieurs animes, bien que One Piece ait une longueur d'avance sur les autres, des figurines de vocaloïds minuscules mais aussi des plus grandes, des peluches reprenant les personnages des jeux de Shigeru Miyamoto, bref, c'était un endroit bourré des trésors.
Antoine tomba sur une pile de magazines qu'il se mit alors à feuilleter. Le premier était un Japan Lifestyle et il lu longuement un article sur le remake de Final Fantasy 7, le sourire aux lèvres. Il l'attendait impatiemment, ce jeu. Il tomba ensuite sur plusieurs magazines en tout genre, parfois directement importés du Japon donc concrètement illisibles, d'autres en français mais plus qu'inintéressants comme des Kpop Life. Lassé, il allait appeler Julie pour lui proposer de se tirer d'ici avant que son regard ne se pose sur une vitrine pas loin de lui. Il s'approcha pour y voir un badge rose, absolument adorable, et tout son corps bouillonna alors d'impatiente lorsqu'il imagina un membre de son entourage le porter.
-Julie, viens voir ça !
La petite blonde se pressa de rejoindre Antoine qui s'extasiait devant le badge.
-Ohhh c'est trop mignon ! Tu voudrais l'accrocher sur ton sac ?
Elle fut un peu déçue de voir qu'Antoine ne lui répondit pas, se dirigeant simplement vers un vendeur pour lui demander d'ouvrir la vitrine, ce qu'il fit en tendant le petit objet circulaire au brun.
-Ça coûte combien ?, demanda Antoine.
-Euuh...
Le vendeur hésita un instant, cherchant désespérément la petite étiquette qui indiquait les prix.
-Je ne trouve pas le prix... De toute manière personne n'achète jamais les vieilleries de cette vitrine, ça fait des mois et des mois que ce badge traîne ici. Je vous le fais pour un euro cinquante.
Le lycéen faillit s'étouffer. Un euro cinquante pour ce petit bijou en région parisienne ? C'était un coup de chance ! Il paya et sortit du magasin, accompagné de Julie, toujours en train d'admirer le petit badge rose.
-Ça lui ira à merveille... murmura le brun.
Ils marchèrent en direction de la station de métro la plus proche, Antoine tenant fermement le badge dans sa main elle-même dans sa poche de pantalon. Il était perdu dans ses pensées et n'avait pas adressé la parole à Julie, qui était d'ailleurs en train de lui parler. Il n'écoutait pas, il ne voulait pas écouter, juste penser, laisser sa mémoire raviver des souvenirs agréables. Il ne la vit pas prendre une grosse bouffée d'air. Il ne l'entendit pas dire « j'ai quelque chose d'important à t'annoncer ». Il ne l'entendit pas prononcer les mots « Antoine, je t'aime ».
Il ne la vit pas non plus essuyer ses quelques larmes à l'aide de ses gants fins en soie blancs.
Bordel. Être assis tout seul comme un con sur le canapé de son salon un samedi, et plus précisément le jour de son anniversaire, ça puait la merde. C'était néanmoins quelque chose à laquelle il s'était « habitué », ses parents n'ayant pas de congés le samedi. S'habituait-on seulement à être seul comme une merde durant le jour qui était sensé symboliser notre naissance ? Vie de merde. 23 avril de merde. Si les choses avaient été normales, il se serait éclaté avec Julie et Théo dans sa chambre, comme les deux années précédentes. D'ailleurs, cette année, il aurait sûrement invité tous ses autres potes. Ça aurait été génial, le plus beau de tous ses anniversaires, premièrement parce que c'était difficile de faire pire que ce qu'il avait vécu, et deuxièmement parce qu'il y aurait eu Mathieu.
Mais il les emmerdait tous. Théo avec son caractère de merde pouvait bien aller se faire foutre. Tous les autres aussi en fait, s'ils avaient décidé que c'était Antoine le méchant dans toute cette histoire, il leur adressait un grand fuck. Comme s'il avait besoin d'eux pour être heureux !
Son téléphone vibra dans sa poche. Il l'attrapa et son premier réflexe fut de regarder l'heure. 11H46. Il déverrouilla alors l'écran pour voir que celui qui avait finalement pensé à lui était Julien.
« Joyeux anniv' bro. 16 ans, tu fais partie des grands garçons :-) Au passage, Julie te le souhaite aussi »
Il jeta son téléphone à l'autre bout du canapé. Message inutile. Si elle voulait lui souhaiter son anniversaire qu'elle le fasse elle-même. D'accord, il l'avait envoyé balader quand elle lui avait déclaré sa flamme et c'était d'ailleurs ce pourquoi tout le monde était encore plus énervé après lui, mais il n'avait pas fait exprès nom de Dieu !
Antoine se sentait terriblement seul, bien qu'il ne se l'avouait pas totalement. Théo avait raison, il s'était retrouvé seul comme un con. Ce n'était pas première fois qu'il passait une phase de mal-être à cause de la solitude, mais depuis la quatrième il avait eu les jumeaux à ses côtés pour se confier. Et ces derniers mois, il avait comblé ce malaise grâce à une seule et même personne, Mathieu. Au moindre coup de blues, il suffisait d'un sourire et de quelques mots réconfortants de la part du petit châtain pour le remettre d'aplomb. Mais qu'est-ce qui pouvait bien remplacer la sensation des doigts froids de Mathieu se baladant sur son visage, le faisant frissonner brusquement ? Quelles paires de lèvres pourraient relayer celles du schizophrène qui s'apparentaient plus à un poison qui rongeait lentement Antoine qu'à de simples parcelles de peau ? Qui, sincèrement, pourrait remplacer Mathieu ?
Son téléphone vibra une nouvelle fois. 12H38. Il était resté scotché sur son canapé à penser aussi longtemps que ça ? Il soupira en déverrouillant son téléphone portable, un peu sceptique quant à l'identité de l'émetteur.
« Hello mon cœur, joyeux anniversaire ! 16 ans wow 3 Pour fêter ça, ça te dirait qu'on se voit ce soir ? On pourrait s'faire un petit apéro itout ;-) »
Antoine sourit. La voilà, la personne qui pourrait remplacer Mathieu.
« Merci beauté ! C'est une super bonne idée, tu passes chez moi ? Je demanderai à mes parents d'me laisser la maison »
« Ça ne va pas les déranger ? »
« T'inquiète c'est mon anniv', ils me laisseront la maison sans problème :-) »
« Ok, je finis ma dissert, je me prépare et j'arrive. Disons vers 18h30. Bisous ^^ »
Il verrouilla son téléphone, le fourra dans sa poche et sourit. Audrey pourrait lui faire oublier sa misère.
Sa mère était rentrée à 14h30, et son père vers 16 heures. Antoine leur avait gentiment demandé de lui laisser la maison ce soir car il invitait sa petite amie pour un dîner aux chandelles à l'occasion de son anniversaire. Monsieur Daniel avait paru sceptique mais Valérie l'avait vite rassuré, souriant aux deux hommes de sa vie.
-Ne t'inquiète pas, Antoine est un garçon responsable. Et puis, ce sera l'occasion rêvée pour toi et moi de passer la petite soirée en tête à tête que nous planifions depuis un moment ! D'ailleurs Toinou, il faudra que tu nous présentes l'heureuse élue un de ces jours, avait-elle ajouté d'un clin d'œil.
En trente minutes ils avaient déserté la maison, laissant Antoine à ses préparatifs. Il était donc parti au supermarché le plus proche et avait acheté de quoi manger avec l'argent que son père lui avait laissé, autrement dit deux pizzas, des boissons, des saucisses apéritifs et autre (très romantique en effet).
Il avait rangé tout ça et s'était ensuite précipité sous la douche, voyant qu'il était déjà plus de 17h30. Il tenta désespérément de coiffer ses cheveux, obtenant un résultat plus ou moins satisfaisant. Choisir ses vêtements était la tâche la plus difficile, mais heureusement Audrey semblait avoir un peu de retard. De toute façon ce n'était pas comme si sa garde robe lui proposait beaucoup d'options. Il opta alors pour la simplicité : un jean et une chemise marron.
La sonnette retentit dans la maison et Antoine se précipita sur la porte d'entrée et l'ouvrit. Audrey était là, avec son long manteau à capuche kaki, un chignon type bun sur la tête et un grand sourire aux lèvres. Elle l'embrassa au coin de la bouche et entra dans la pièce.
-Joyeux anniversaire mon ange, tu m'excuseras mais j'ai pas de cadeau, prévenu-t-elle en posant ses affaires sur le porte manteau.
-C'est rien, sourit Antoine. C'est déjà cool que tu sois là.
Ce soir, elle ne s'était presque pas maquillée. Juste une de ces substances noires dont Antoine n'arrivait jamais à retenir le nom sur ses yeux, eyeliner, crayon, mascara, il ne savait plus... C'était la même chose de toute manière. Elle s'installa sur le canapé, s'empara de la télécommande et alluma la télé en mettant la chaîne D8. Antoine ne put s'empêcher de penser que Mathieu n'aurait jamais allumé le grand écran. « Plutôt crever que regarder ces conneries », aurait-il dit.
-Tu veux qu'on se regarde un film ?, proposa le brun.
-Pourquoi pas. J'avais envie de voir The Great Gatsby !
Antoine grimaça légèrement.
-Je pensais plutôt à, je sais pas, quelque chose comme The Avengers ou p'têtre même Mad Max...
-Oh Antoine par pitié...
Il céda alors et la laissa chercher le film qui lui convenait dans les propositions Canal pendant qu'il ramenait le bol de pop-corn et les apéritifs sur la table basse du salon pour ensuite aller mettre les pizzas au four.
La soirée suivit son cours, ils discutèrent un peu de temps en temps mais n'avaient honnêtement pas grand chose à se dire. Après avoir englouti la totalité des apéritifs et les deux pizzas, ils se calèrent dans le canapé à une distance raisonnable l'un de l'autre jusqu'à la fin du film. Quand le générique se mit à défiler sur l'écran, Antoine sentit la pression monter un peu. Il ne savait pas quoi faire. Audrey le sauva de cette impasse après quelques minutes d'un silence plus que gênant.
-Tu me fais voir ta chambre ?
Il conduisit alors sa chère et tendre à l'étage supérieur. Il alluma sa lampe de chevet pour éviter de se péter les yeux après plusieurs heures passées dans la pénombre du salon, ce qui éclaira la pièce d'une petite lumière tamisée. Antoine crut voir Audrey grimacer lorsqu'elle examina la pièce du coin de l'œil mais écarta cette option quand elle se décida enfin à prendre la parole.
-Ce... Ça te ressemble.
Son regard se posa alors sur Richard, qu'Antoine avait oublié de jeter dans son armoire.
-Bien qu'un peu enfantin, ajouta-t-elle.
Audrey s'assit sur le lit et son copain la rejoignit rapidement. Il voulu s'expliquer en argumentant qu'il avait toujours vécu dans cette maison avant qu'il ne soit coupé par une paire de lèvres qu'il connaissait bien. Antoine répondit avec vigueur au baiser fougueux qu'elle lui offrait, tellement que c'en était bordélique. Il cherchait désespérément cette étincelle que Mathieu lui procurait, mais rien à faire, le tout était honnêtement assez plat. Il était avec Audrey pour oublier ce nain et voilà qu'il se retrouver à comparer leurs baisers. Mais qu'est-ce qu'il racontait ? C'était incomparable. Ils étaient incomparables. Plus rien ne serait comme avant.
Le contact se prolongea encore une bonne minute avant qu'elle ne le pousse sur le lit. Les mains de la brune se baladèrent sur le torse de son vis-à-vis, cherchant la partie érogène de son corps qui le ferait frissonner. Elle abandonna bien vite pour se mettre à déboutonner la chemise d'Antoine, qui sentait la sueur commencer à perler sur sa peau. Bordel, c'était pas prévu ça. Audrey se mit alors à parsemer son torse de doux baisers, cherchant de nouveau à lui procurer quelques sensations plaisantes, mais rien ne fut très efficace.
Putain Antoine, t'as rêvé de ça toute l'année alors pourquoi tu réagis pas?! T'es amoureux oui ou merde ?!
« Merde » fut ce que lui chuchota son inconscient. Il décida de l'ignorer royalement, tentant de se concentrer sur Audrey qui se voulait séductrice. Oh, il n'y avait rien à dire, cette fille était canon et de plus elle était présente avec lui, pour lui, pour son anniversaire. Mais elle n'était pas Mathieu.
La grande brune défit subitement son chignon et enleva son t-shirt, agrippant les mains d'Antoine et les posant sur son corps pour le laisser découvrir ce dernier. Ce qu'il fit. Il pensait avoir oublié Mathieu, avoir laissé tout ça de côté, ou du moins en pause. Mais non, le petit châtain avait réussi à tatouer son nom sur chaque parcelle de la peau du brun pour qu'à chaque tentative de fuite, il se rappelle de Mathieu. Son Mathieu, qui avait laissé sa marque sur Antoine et qui l'avait laissé impuissant face à la réalité des choses : il ne pouvait pas continuer sans son cher schizophrène.
Les deux lycéens enchaînèrent sur les préliminaires qu'Antoine découvrait plus ou moins mais qui semblaient être moins nouvelles à la belle brune. Il fut surpris de se rendre compte qu'Audrey, même après ses multiples caresses incessantes, n'arrivait pas à faire se hérisser le poil du brun aussi bien que Mathieu le faisait simplement en traçant de contour de son visage à l'aide de son index.
Au bout d'une dizaine de minutes, la température de la pièce avait nettement augmenté et la très grande majorité des vêtements étaient maintenant éparpillés au sol ou perdus quelque part dans la couette. Audrey se leva subitement et s'accroupit devant la pile de vêtements. Antoine se redressa pour jeter un œil à ce qu'elle faisait.
-Tu fais quoi ?
-A ton avis ?, rétorqua-t-elle assez sèchement. Je cherche une capote. Ça m'étonnerait bien que t'en aies cachées quelque part dans ton placard.
Antoine se gratta frénétiquement la tête, elle avait raison, il n'en avait pas. Il n'avait même pas imaginé qu'ils puissent en arriver là. Il n'avait pas pensé que sa première fois se déroulerait comme ça, et il ne put s'empêcher d'espérer qu'elle fut un peu plus romantique. Pas à l'eau de rose et niaisement dégueulasse mais plus romantique, pile comme Mathieu savait le faire.
Elle sembla satisfaite lorsqu'elle retira de sa poche de pantalon un espèce de petit sachet vert douteux et se redressa vers son amant, ses longs cheveux couvrant une partie de sa poitrine généreuse. Le téléphone du brun vibra quelque part dans la pièce, Audrey sembla regarder l'endroit d'où provenait le bruit avec mépris avant de décider de l'ignorer pour venir gracieusement s'effondrer sur le lit d'Antoine.
Elle était gracieuse, et le lycéen dû retenir un rire quand il se rappela qu'elle avait été la plus nulle des danseuses de son groupe pendant six ans. Antoine préférait les mouvements de Mathieu, qui lui n'avait pris aucun cours et qui dansait comme un pied, à ceux de la brune, et il était persuadé qu'elle serait incapable de reproduire les pas de danse que Mathieu avaient magnifiquement enchaîné en dansant sur du Frankie Vincent dans son jardin. Tout simplement parce qu'Audrey n'était pas Mathieu.
Il était 2h30 du matin. Antoine s'était brusquement réveillé, trouvant à sa fenêtre la grande brune totalement dénudée.
-Tu fais quoi? demanda Antoine, la voix enrouée.
-J'fume une clope.
Depuis, Antoine n'arrivait plus à fermer l'œil. Il n'avait pas pensé qu'elle puisse être du genre à fumer. Il se recoucha mais resta éveillé un bon moment, pensif, et ne quitta pas sa position même après qu'Audrey le rejoigne sous les draps. A sa surprise, quand ses yeux se fermaient enfin, ce n'était pas des flashs de la nuit passée qui venaient le hanter mais encore une fois le visage de Mathieu, qui lui avait pourtant foutu la paix depuis quelques semaines. Pour se changer les idées, il décida de chercher discrètement son téléphone, histoire de ne pas réveiller Audrey. Lorsqu'il le trouva il se dirigea directement dans sa messagerie, ayant le souvenir d'avoir entendu son portable vibrer dans la soirée. C'était Clément qui avait enfin pensé à lui.
« C'est bon, t'es content ? T'as assouvi toutes tes pulsions de gamin ? T'as pécho qui tu voulais ? J'espère que oui, c'est ton anniv' tout de même. Bref, joyeux anniversaire. PS d'Aiyana : tu pues le pâté. »
Antoine éteignit l'écran de son téléphone et enfouit l'objet sous son oreiller. Clément ne savait évidemment pas ce qui s'était passé, et c'était tant mieux. Il avait simplement dû se douter qu'il aurait invité Audrey. Oui, c'était sûrement ça. Audrey n'avait tout de même pas dit à tous ses potes ses plans pour la soirée, une telle rumeur ne pouvait de toute façon pas se propager aussi vite, si ?
Antoine eut la boule au ventre. Il pensa tout d'abord que c'était du stress, mais au final il s'en foutait complètement que les gens le sachent. Il s'en foutait comparé à ce que Mathieu pourrait ressentir lorsqu'il l'apprendrait. Ce qu'il venait de faire n'était pas digne du sauveur qu'il voulait être aux yeux de Mathieu. Et maintenant, il culpabilisait.
Il est interdit de tuer l'auteur, néanmoins il est tout à fait recommandable de laisser une review, anonyme ou pas. Ca fait toujours plaisir :3
Cœur sur vous et à bientôt pour le dernier chapitre!
