Coucou,
Me revoici pour le dernier chapitre de Caféine, écrit sur des musiques particulièrement poignantes, j'espère sincèrement qu'il vous plaira. Il est beaucoup plus long que prévu, puisque à la base il devait faire à peine cinq pages et que maintenant il en fait dix *prie la Sainte Pelle pour que ça ne soit pas dix pages de merde*. J'aurai pas mal de choses à vous dire en fin de chapitre, alors partez pas tout de suite s'il vous plaît :)
Réponse aux reviews anonymes:
Nini: I'm happy making your kokoro die. Mwaha.
Artemis: Merci beaucoup! Voilà enfin la suite, un peu longue à arriver mais la voilà quand même :p
Bonne lecture c:
Chapitre sept : La brèche dans l'armure
Il traînait les pieds dans les ruelles calmes et étroites de Saint-Étienne. Il ne se rappelait plus de la période exacte mais son petit sac à dos Star Wars accroché à ses épaules indiquait qu'ils devaient être en plein mois de juin puisqu'il allait à l'école et qu'il faisait relativement chaud pour une heure si matinale. Il devait être aux alentours de 8h20 du matin, l'école commençant à 8h45. Sa maman avait toujours aimé le calme, c'est pourquoi ils ne passaient jamais par le boulevard principal pour aller à l'école maternelle du Centre. Les nombreuses voitures embouteillées, le gazole qu'elles dégageaient, les klaxons, Virginie détestait tout ça. Les grands axes routiers goudronnés, les trottoirs bétonnés et l'agitation des gens ne faisaient que l'irriter. Alors avec elle Mathieu explorait son quartier, les recoins de sa ville, main dans la main, mère et fils.
Il traînait ses guibolles abîmées dans les ruelles silencieuses et pavées de Saint-Étienne. Il n'aimait pas beaucoup marcher, encore moins aimait-il l'école, et il avait mis plusieurs mois avant d'enfin arrêter de pleurer lorsque sa maman le déposait là-bas. Heureusement, son papa lui avait promis de lui acheter un vélo à quatre roues pour son anniversaire en Septembre, peu après qu'il soit entré en moyenne section. Il espérait que ça se passe un petit peu mieux quand il serait plus grand. Certains enfants n'étaient pas très gentils et assez violents, lui, tout petit et tout frêle, se faisait souvent bousculer. Il finissait régulièrement la journée le visage et les genoux écorchés, mais ça ne le dérangeait plus. Bientôt il aurait un vélo et deux petites roues pour l'aider à tenir debout, alors il s'en fichait et admirait les divers commerces aux stores encore baissés se réveiller doucement, laissant un sourire timide venir illuminer son visage.
Deux ans plus tard, il avait désormais cinq ans. C'était l'été, les grandes vacances. Il ne quittait jamais Saint-Étienne, ses parents n'ayant quasiment jamais de congés à la même période, et ils l'amenaient donc lui et son grand frère, Quentin, dans le bistrot de leurs grand-parents.
Il y faisait toujours bon vivre. En plus, aujourd'hui, ses parents semblaient avoir réussi à obtenir un week-end en commun, sa maman était donc accoudée au bar en train de discuter avec les grand-parents de Mathieu et son papa, lui, était assis à une table juste à côté avec son tonton André et toutes ces autres personnes atteignant la quarantaine, voire plus, parfois un peu effrayantes. Les autres personnes occupant le bistrot étaient assez âgées mais braillaient pourtant comme s'ils avaient l'âge de Mathieu en jouant à la belote.
Lui était vêtu d'un t-shirt marinière à manches courtes et d'un petit bermuda beige. Ses petites sandales en plastique étaient bousillées et son bras lui faisait mal, Quentin l'avait poussé dans l'herbe boueuse alors qu'ils jouaient dans la cour arrière du bâtiment. Dès qu'il était entré dans la pièce, les larmes aux yeux, sa maman l'avait sermonné.
-Regarde comme tu es sale ! On ne peut vraiment pas vous laisser seuls cinq minutes, toi et ton frère !
Elle avait l'air en colère. Son père aussi, ça se voyait dans le regard qu'ils s'adressaient. Pourquoi, par contre, il n'en savait rien. Son grand-père le prit alors dans ses bras.
-Arrête de faire la morale à ce pauvre gosse Virginie, il n'y est pour rien dans tes affaires de cœur.
Mathieu en déduit alors que sa maman était en colère parce qu'elle avait mal au cœur. La discussion des adultes, à laquelle il ne comprenait rien, reprit pendant que son grand-père lui bandait le bras. Son papy avait toujours était à ses petits soins, comme on pouvait l'être avec la plus belle pièce de sa collection, et sa mamy s'amusait toujours à le pouponner comme s'il était une petite poupée. Aujourd'hui, l'homme âgé d'une soixantaine d'années serrait fort son petit fils dans ses bras, de peur que la poupée ne commence à se briser, tout comme la petite famille. Il ne voulait plus avoir à la rafistoler, elle était déjà assez fissurée comme ça, sa poupée taille humaine. Beaucoup plus fragile que de la porcelaine.
Mais Mathieu était trop jeune, trop naïf. Encore trop innocent pour y voir clair. Il ne faisait pas attention à l'espèce de tension qui régnait dans l'air, couverte par la fumée du bœuf bourguignon et les brouhahas incessants des clients, très nombreux en cette période estivale. Il ne prêta pas non plus attention au regard que son papa lançait à sa femme lorsqu'elle posait une main sur son ventre un peu trop arrondi. Et il fit encore moins attention au papier sur lequel son papa était en train de déposer sa signature après un énième effort d'intense réflexion dans un lieu pas très intime mais incroyablement réconfortant.
Ça, c'était les souvenirs les plus lointains dont Mathieu arrivait encore à revoir des bribes plus de 10 ans après. Au final, rien n'avait changé. Il n'aimait toujours pas l'école. Il traînait les pieds dans sa cellule, observant quatre murs qu'il ne connaissait que trop bien. Les deux petites roues du vélo étaient toujours là, bien qu'un petit peu plus médicamenteuses. Il était toujours aussi frêle, sa peau écorchée de partout à cause des aiguilles qu'il avait violemment arrachées de ses veines, bousillé aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur.
Mais il n'était plus naïf. Ne prenant pas en compte le fait qu'il était déjà tiraillé entre ses quatre personnalités, qu'il accomplissait doucement sa quête identitaire, les médecins avait pris Mathieu et l'avait réduit en miettes. Oh, ils n'étaient pas les seuls fautifs, si sa famille ne faisait pas que de se déchirer, si pour soulager le poids qu'était Mathieu ils ne l'avaient pas jeté dans un asile, le petit châtain était persuadé qu'il se serait senti mieux il y a longtemps.
Mais non, tel un enfant avec une nouvelle console, Antoine était entré dans sa vie. Était venu lui rendre visite dans cet hôpital. Il avait joué quelques temps avec son nouveau trésor, son Mathieu à lui, puis finalement il s'était lassé de ne pas comprendre le mode d'emploi et l'avait jeté à terre pour le piétiner jusqu'à faire de sa console un déchet. Pas grave, il y avait encore plein d'autres jouets sur le marché.
Mathieu, le Patron, le Geek, le Panda et le Hippie n'étaient plus en morceaux. Antoine avait réduit le peu qu'il restait d'eux en simple bouillie pour bébé, disparu, envolé, le « Nous » de Mathieu Sommet. Il avait écorché son petit cœur tout mou. Bousillé les miettes de Mathieu. Bousillé les miettes de « Nous ».
Antoine observait fixement la vapeur s'échapper de sa tasse de thé, assis en tailleur sur son canapé marron. Il profitait du fait qu'Audrey était en train de s'habiller dans sa chambre pour savourer un instant de solitude. Il en avait bien besoin, besoin de réfléchir. Le brun n'avait pas à se poser énormément de questions, il savait qu'il avait fait une erreur. Une grosse erreur.
Il but une gorgée de sa boisson encore brûlante et grimaça en sentant le liquide bouillant faire son chemin vers son estomac. Antoine posa alors son regard sur la fenêtre pour observer le paysage gris et morose. Ses parents n'étaient pas encore rentrés, il était encore très tôt, à peine sept heures du matin. Étonnement il remarqua que c'était à ces heures matinales qu'il était le plus apte à réfléchir correctement, et qu'à l'inverse il avait tendance à foirer après le crépuscule. C'était la raison pour laquelle il s'était laissé allé hier soir.
Et c'était aussi sûrement la raison pour laquelle il s'en voulait, ce matin, en se réveillant. La lucidité le rattrapait à toute vitesse.
Il n'aimait pas Audrey, ne l'avait jamais aimé et aurait été grandement rassuré si ça avait été le seul problème. Mais il était amoureux de Mathieu. Il le savait. Et ça ne le dérangeait pas d'avoir couché avec cette femme, il n'en avait strictement rien n'a foutre d'avoir pris son pied avec telle ou telle personne. Il regrettait simplement de l'avoir fait alors qu'il y avait Mathieu. Qu'il n'avait fait que penser à lui mais qu'il avait néanmoins réussi le trahir.
Il entendit soudainement Audrey descendre les escaliers d'un pas rapide. Elle attrapa son long manteau kaki et se tourna vers Antoine. Elle n'avait pas pris le temps de refaire son chignon et avait simplement attaché ses cheveux en une queue de cheval, à l'inverse de son coup de la vieille qui portait sa longue touffe ébouriffée sur la tête.
-T'as fini de te préparer ?, demanda Antoine sans la regarder.
Audrey mit quelques secondes à répondre, probablement trop occupée à lui lancer un regard froid et perçant. Antoine daigna alors la regarder.
Et la honte s'empara de lui. La honte, c'était le mot. Parce qu'il comprit subitement qu'Audrey n'en avait strictement rien à foutre de lui, qu'il s'était laissé piégé par ses charmes. Il se demanda un instant pourquoi. Pourquoi avait-elle seulement couché avec lui ? La réponse le frappa de plein fouet. C'était évident quand on repensait aux mois qui avaient précédé son anniversaire.
Elle haïssait Mathieu, une haine d'une envergure impressionnante. Il y avait donc deux solutions plausibles : soit Audrey avait fait ça pour que Mathieu se sente terriblement mal lorsqu'il l'apprendrait, soit elle avait tout simplement ressenti le besoin de se prouver à elle-même qu'elle valait plus que ce nain. Ou bien les deux. Elle n'était pas stupide et avait tout de suite compris qu'elle plaisait à Antoine -comme à beaucoup de gens- mais l'autre Minimoys avait réussi à la faire s'effacer. Ça ne lui plaisait pas, il fallait qu'elle se prouve qu'elle était capable de séduire qui elle voulait.
Antoine n'avait pas besoin qu'on soit aussi fourbe avec lui, et une solution s'imposa alors dans son esprit.
-Je pense qu'on devrait se quitter.
Antoine se sentait sale. Les douches n'arrangeaient malheureusement rien dans ces moments-là, il en avait fait la mauvaise expérience quand Mathieu était parti. La culpabilité était un poids trop important qu'il avait sur les épaules depuis qu'il s'était réveillé.
Ça le pesait tellement que même ses vêtements en devenaient des loques de plomb. Sa peau l'irritait, il aurait tellement aimé pouvoir l'arracher. Se mettre à nu. S'excuser. Mais pour quoi faire ? Se ridiculiser encore plus ? Détruire un peu plus Mathieu, Julie, et par la même occasion sa bande d'amis ?
Antoine aurait aimé pouvoir disparaître, seulement il ne pouvait pas se cacher derrière sa coupe de cheveux ridiculement laide. En deux mois, il avait à peine peigné sa touffe souvent qualifiée de serpillière. Le terme n'avait jamais été aussi bien employé qu'aujourd'hui.
Ses cheveux avaient évolué en une espèce de masse vivante horriblement emmêlée, sale, dérangeante. Trop lourde, elle aussi. Il en avait marre.
Le reflet du miroir était difficilement supportable. Des yeux qui avaient perdu toute leur étincelle. Des joues souillées par des larmes de frustration, de colère. Un peu de tristesse, aussi.
Et il tremblait légèrement. L'écho que lui renvoyait le miroir l'effrayait. C'était trop pour lui.
Son regard se posa sur l'armoire à pharmacie de sa salle de bain qu'il s'empressa d'ouvrir. Il y avait toujours des ciseaux à l'intérieur. Il les attrapa avec vivacité après avoir hésité quelques secondes.
Antoine attrapa une mèche de ses cheveux et coupa plus de la moitié. Adieu les nœuds et les queues de cheval. Il agrippa une seconde mèche et la cisailla pour laisser, comme avec l'ancienne mèche, moins d'une dizaine de centimètres de cheveux. Adieu le poids assommant qu'il portait sur la tête, en plus de celui qu'il avait sur les épaules. Le brun continua jusqu'à être plus ou moins satisfait du résultat final. Il espérait pouvoir reprendre à zéro, pouvoir commencer ses seize ans sur de bonnes bases. Pouvoir dire adieu à l'Antoine Daniel d'hier.
De légères secousses le berçaient doucement, effet des roues de la voiture qui s'élançaient sur le bitume. Il pleuvait des cordes dehors et ses yeux peinaient à rester ouverts. Il n'y avait rien à voir de toute manière, un paysage gris derrière une vitre sur laquelle s'écrasaient des centaines de gouttes. Et un silence. Pas celui de l'asile, non. Un silence plus rassurant, plus chaleureux. Il était timide.
-Ça va fiston ?
Il acquiesça d'un signe de tête, ne se sentant pas la force de former une réponse correcte, ou ne serait-ce qu'un simple oui. Il avait malmené sa voix récemment, entre les nombreux jours d'affilés qu'il avait passé sans dire un mot et les quelques heures qu'il avait accumulées à hurler à plein poumons, ses cordes vocales devaient faire un effort colossal pour lui permettre de discutailler. Il préférait garder sa capacité à converser pour ce qui allait arriver plus tard dans la journée.
-J'ai, erm, loué un appartement dans le coin pour une semaine. Juste le temps de venir ici et, euh, remplir les papiers tu vois.
Ce ton peu sûr de lui. Ces cheveux bruns légèrement rebelles. Et surtout, ces deux petites billes aussi grises que le ciel, atypiques. Il se demanda l'espace d'un instant pourquoi il avait fallu qu'il hérite des yeux de sa mère, plus bleus, plus gros. Plus communs.
Et pourquoi avait-il fallu qu'il se retrouve avec un mélange inconnu de couleur de cheveux sur la tête ? Pourquoi avait-il cette peau cadavérique ? Et une taille ridiculement restreinte ?
Pourquoi était-il atteint d'un trouble de la personnalité particulièrement inquiétant ?
Trop de questions inutiles qui n'auraient jamais de réponse.
-Toi et tes amis pourraient vivre dans cette appartement avec moi, si vous le voulez. Je ne préfère pas te voir retourner chez cet homme.
Mathieu acquiesça rapidement avant de sortir son téléphone qu'on lui avait rendu avant qu'il ne quitte l'asile et alla dans ses messages. Il trouva rapidement le contact voulu et envoya un message avant de passer une main derrière son crâne sur lequel ses cheveux repoussaient lentement. Il avait renfilé ce chapeau noir qu'il avait dû abandonner près de deux mois et autant dire qu'avec le double de volume de cheveux en moins sur la tête, c'était étrange à porter. Il se mit alors à réfléchir au sens exact des mots inscrits sur cette page A4 que les médecins lui avait donné avant qu'il ne parte. « Déchéance de responsabilité ».
-Je ne comprends toujours pas pourquoi tu n'as pas fait comme ton frère. Tu aurais pu venir vivre avec moi il y a déjà longtemps, remarqua l'homme aux yeux incroyablement clairs.
Le lycéen hésita un instant avant de répondre, n'étant pas sûr d'apporter une réponse satisfaisante.
-Je ne voulais pas laisser maman seule avec ce type. Même si, concrètement, je ne pouvais strictement rien faire vu mon âge. Et quand tu es parti tu, mh, tu ne laissais pas vraiment de nouvelles.
Sa gorge lui brûlait d'avoir autant parlé en si peu de temps.
-J'en suis désolé. Mais je ne suis pas un grand bavard.
Un court silence suivit cette déclaration avant que le plus âgé ne se racle la gorge pour ensuite reprendre la parole.
-Tu me connais, pas vrai ?
-Pas vraiment, non.
La réponse de Mathieu fit taire son père un moment, ce qui lui permit de se reconcentrer sur la signification de ces mots, déchéance de responsabilité.
« Le patient Mathieu Thomas Sommet, diagnostiqué comme étant atteint de troubles de la personnalité, se voit aujourd'hui libre de tout internement après la signature de son représentant légal ainsi que père, Christophe Bertrand Sommet, et n'est donc plus sous suivit médical. L'hôpital psychiatrique Saint-Louis décline alors toute responsabilité en cas d'accident et les quatre personnalités du sujet Sommet, ayant pris une indépendance totale du corps de leur hôte, sont déchus de notre charge. »
Il avait du mal à assimiler tout ça. On ne le jetterait plus dans un asile. On ne le considérerait plus comme un fou. On l'avait libéré des chaînes des médecins, des chaînes de ses personnalités. Ils avaient abandonné l'idée folle de les renvoyer là d'où elles venaient, dans sa tête.
Elles étaient indépendantes. Il était libre. Ça en faisait un paquet de choses à encaisser.
-Tu sais fiston, ton frère serait content que tu reviennes dans le Sud habiter avec nous. A Saint-Étienne. Tu serais heureux là-bas, on reprendrait tout à zéro. Je t'inscrirais dans un nouvel établissement en première, tu te ferais des amis.
-Tu as pensé aux quatre tarés que je me trimballe ?
Il jeta un coup d'œil sur la banquette arrière pour y voir le Hippie compressé entre Maître Panda, qui portait un Geek gigotant dans tous les sens sur ses jambes, et le Patron qui fulminait en silence.
-Quentin va bientôt avoir son appartement. Tu sais bien qu'il s'occupera volontiers de l'un d'entre eux s'il le faut.
Mathieu sentit son téléphone vibrer contre la poche de son pantalon et sourit doucement. Il était temps que quelqu'un vienne à sa rescousse.
Les couloirs étaient silencieux, on percevait à peine les brouhahas des lycéens qui discutaient en grand nombre dans la cour. Antoine, son sac sur le dos et son honneur abîmé sur les épaules, fixait les grandes portes coupe-feu rouges. Il fallait qu'il passe à autre chose, il fallait qu'il assume. Tant pis si sa fierté en prenait un coup, il l'avait bien mérité après tout.
Il jeta un œil à travers le hublot rond de la porte. Il faisait magnifiquement beau dehors, c'était stupide de ne pas profiter de ce temps pour une bande d'abrutis. 700 abrutis. Antoine déglutit bruyamment.
Assume.
Il poussa les portes rouges et plissa les yeux lorsqu'il dû se confronter au soleil. Parmi toutes les personnes présentes dans la cour, quasiment personne ne se retourna sur son passage, ce qui le rassura grandement. Bien sûr, il devait faire face à des murmures et à certains regards méprisants, mais c'était normal après qu'Audrey soit partie cracher à tout le monde comme quoi Antoine l'avait forcée à coucher avec lui. Comme quoi elle avait tenté d'envoyer des messages à ses amies le soir même, pour qu'on l'aide, mais qu'il lui avait piqué son téléphone.
La bonne blague, Antoine, faire du mal à quelqu'un ?Même une mouche ne risquait rien en la présence du brun. Alors pourquoi les gens croyaient-ils Audrey ? Tout d'abord parce que les lycéens avaient tendance à croire la jolie brune populaire plutôt que le clown de service du coin. Et oui, les charmes d'Audrey ne lui servaient pas à rien. Ensuite, parce qu'elle n'était pas stupide, et qu'elle avait expliqué le soir du 23 avril son amie Cécile, qu'Antoine qualifiait de pétasse, tout son plan pour ridiculiser le brun et son cher Mathieu, affirmant dès le lendemain à ses camarades de classe qu'Antoine « était aussi mauvais au pieu qu'un grand-père sous kétamine ».
Salope.
Enfin, si elle avait réussi à amadouer sa bande d'amis, qui s'était maintenant reformée en le laissant à l'écart, c'était surtout parce qu'ils en voulaient à Antoine et qu'il leur avait laissé de quoi douter. Il était aussi fautif.
Alors il assumait. Même si cela signifiait revivre ses malheureuses années de collège, où l'on riait à son passage, où l'on chuchotait dans son dos en classe, où l'on lui lançait des regards dédaigneux lorsqu'il tentait d'aborder quelqu'un. Ces années qu'il avait voulu enfouir dans son inconscient une fois qu'il avait compris que le lycée était pour lui un nouveau départ, une nouvelle chance d'avoir une scolarité normale. Lui qui avait pourtant évité de se frotter au petit nouveau, Mathieu Sommet, qui lui rappelait beaucoup trop l'enfant introverti qu'il était.
Antoine passa devant plusieurs groupes d'amis qui s'étaient posés sur des bancs. Il errait, ne sachant pas vraiment quoi faire, ne sachant pas vraiment pourquoi il était sorti des couloirs de son lycée. Il avait fini seul comme une merde de poney.
Son téléphone vibra dans sa poche mais le brun l'ignora en entendant un rire familier lui percer les tympans et identifia immédiatement celui-ci comme appartenant à Noémie. Il tourna légèrement la tête vers sa gauche pour voir les six compères rigoler ensemble -parce qu'il ne fallait pas se leurrer, Julien aussi avait décidé que sa soit-disant non-courtoisie avait un prix. Théo, après deux mois à avoir ignoré son -ancien- meilleur ami, prêta finalement attention au brun qui traversait la cour.
-Ah bah tiens, c'est plus une serpillière mais une brosse à chiottes maintenant !
Il s'en doutait. C'était obligé qu'on fasse une remarque sur sa nouvelle coupe de cheveux. Antoine sentit la boule dans son estomac se resserrer en entendant les rires de ses anciens amis, trop nombreux, trop insupportables. Les quelques ricanements dans l'ombre de ses camarades classe. C'était horrible. Il encaissait, laissant sa fierté se faire démolir petit à petit.
Antoine se rappela alors de l'objet qui avait émit des vibrations quelques secondes plus tôt dans sa poche. Il sortit son smartphone et s'étouffa presque en lisant le message. Il s'empressa de répondre, dans un état proche de la surexcitation.
Il fit alors son chemin jusqu'à sa salle de SES, ignorant les quelques réflexions faites ou regards lancés à son passage, en se repassant les mots qu'il venait de lire en boucle dans sa tête. Personne ne pouvait comprendre leur importance, la pause qu'ils marquaient dans sa souffrance, l'anti-douleur à la brèche qui le déchirait et qu'il s'était auto-infligée. Son poil se hérissait sur sa peau, lui rappelant alors à quel point il était bon de frissonner ainsi, et ces mêmes mots se répétèrent dans son esprit. Une boucle infernale qui s'enchaînait sans cesse, lui faisait presque perdre pieds.
« 18h30, parc des cinq tailles. »
Un tourbillon de papillons dans le ventre qui lui rongeait les tripes.
Horrible. Affreux. Insupportable.
Ça faisait déjà vingt minutes qu'il attendait ici, et il était certes en avance, mais l'impatiente le dévorait depuis ce court échange de messages.
Tant de questions se bousculaient dans son petit lobe occipital. Il abandonna bien vite l'idée de leur trouver une réponse, s'étant habitué à chercher vainement. Il espérait simplement que leurs souffrances respectives seraient enfin abrégées après cet épisode difficile.
Une voiture se gara finalement sur le trottoir en face du banc où il était assis, près du panneau où était inscrit « parc des cinq tailles ». Il agrippa son sac et se dirigea rapidement vers la petite silhouette qui venait de refermer la portière et qui s'approchait maintenant lentement du brun.
-Mathieu !
-Salut Anto-
Il n'eut même pas le temps de finir sa phrase que les bras de son vis-à-vis l'avaient déjà englouti dans une longue étreinte. Le plus petit mit un certain temps à répondre, un air surpris collé sur le visage, mais se décida finalement à rendre son câlin au brun.
-Mathieu, murmura ce dernier comme pour être sûr que c'était bien lui.
-Je suis là Antoine, finit par répondre Mathieu après un certain temps, un sourire aux lèvres.
Ils se défirent enfin l'un de l'autre, les prunelles brillantes d'Antoine se perdant dans leurs jumelles.
-Qu'est-ce que t'as fait à tes cheveux ?
-J'y ai mis le feu après m'être roulé dans une flaque de pétrole.
-T'es toujours aussi con.
-Ouais, fit Antoine, un sourire triste au bout des lèvres. Les tiens repoussent bien on dirait.
-Ils ont connu mieux, mais on va pas se plaindre. Je préfère tes cheveux comme ça, t'es plus... beau.
-Merci, je suppose.
Il y eut un instant de silence qui laissa les deux adolescents quelque peu perplexes avant qu'Antoine ne reprenne la parole.
-Alors ça y est, c'est enfin fini ?
-Enfin, comme tu dis. D'ailleurs désolé mec, j'ai loupé ton anniversaire et-
-Oh non t'inquiète, c'est rien, le coupa rapidement Antoine, et n'essaye même pas de m'acheter un cadeau maintenant que t'es sorti.
-Mais-
-Chut je te dis. D'ailleurs c'est moi qui aie un cadeau pour toi, pour fêter ta sortie !
Il fouilla son sac et trouva dans la poche avant le petit badge rose qu'il avait acheté avec Julie. Il tendit alors l'objet à Mathieu, tout sourire.
-Putain mec ! Un badge Kirby ! Oh il est trop mignon, fallait pas !
-Ah si, j'étais obligé, il était trop parfait pour que je le laisse.
-Merci !
Mathieu sautillait presque de joie, témoignant de sa bonne santé, et cela fit s'élargir le sourire du brun qui s'empara du badge pour l'accrocher au chapeau noir de son ami.
-Voilà, t'es parfait.
Le plus vieux sourit légèrement.
-Faudra que tu me racontes tout ce qu'il s'est passé en mon absence.
-… Ohh, longue histoire...
-C'est pour ça que t'es... jamais repassé à l'hosto ?
-… Ouais, plus ou moins...
Antoine se gratta frénétiquement la tête et jeta un coup d'œil derrière Mathieu. Dans la voiture se trouvait un homme qu'il ne connaissait pas mais qui devait sûrement être le père de Mathieu vu la ressemblance frappante avec ce dernier -malgré les cheveux plus sombres et les yeux incroyablement gris. Il grimaça en voyant sur la banquette arrière de la voiture le Patron le mitrailler du regard derrière ses lunettes teintées, mais qui restait étrangement calme.
-Il t'en veut encore pour tout ça. Le Patron, je veux dire.
-Ah. Je... désolé.
-C'est rien, pour ma part c'est déjà pardonné.
Antoine sourit doucement et rejeta un coup d'œil à l'arrière de la voiture. Le Hippie admirait le paysage -ou dormait, il ne savait pas trop- et Maître Panda jouait avec les cheveux du Geek qui s'était lamentablement endormi sur ses genoux. Alors ils étaient toujours là, au final ?
Qu'importe, il avait Mathieu.
-Antoine ?
Le brun sortit subitement de ses pensées, ramené sur terre par la voix du plus petit.
-Oui ?
Il remarqua alors la mine sérieuse qu'avait pris Mathieu.
-Mon père m'a proposé de retourner vivre avec lui, à Saint-Étienne. Loin de Stéphane, loin de cet hôpital. De tout reprendre à zéro, encore une fois.
Antoine sentit alors son souffle se couper, son cœur faire un saut périlleux dans sa poitrine. Mathieu ne pouvait pas repartir, pas maintenant, ils venaient à peine de se retrouver, ses souffrances venaient à peine de prendre fin. Il avait enfin repris espoir.
-Tu as accepté ?
-Non.
Un autre saut périlleux. Ce nain allait finir par l'achever. Il attrapa alors doucement les joues de Mathieu et rapprocha ses lèvres des siennes jusqu'à ce qu'elles se touchent dans un contact chaste. Il sentit le tourbillon de papillons dans son estomac le mordre d'une douce violence, presque agréable, pendant que les mains de Mathieu jouaient avec ses cheveux.
Regarde-moi Mathieu. Regarde-moi courir. Courir vers toi, m'enfuir, puis revenir à grands pas. Il y a un amour assez étrange qui bat pour toi là-dedans, et il cogne de plus en plus fort. Alors le ferais-tu si je te demandais de déposer ton armure derrière toi après tout ça ?
-Je t'aime, murmura Antoine après s'être séparé des lèvres du jeune châtain.
Mathieu lui adressa un sourire ravissant. Il n'avait pas besoin d'en faire plus.
Je lâche mon armure, Antoine.
Et voilà. Vous en pensez quoi? ^^
Alors, j'ai des trucs à vous dire, moi!
Bon, je voudrais commencer par les remerciements. Tout d'abord à Emma et Estelle, qui ont fait un très bon travail de beta et qui m'ont pas mal guidée sur certains points du scénario. Merci à vous les filles *coeur*
Merci à TheCrazyKitty pour ses reviews de trois kilomètres de long xD Hésitez pas à aller jeter un coup d'œil à son compte si vous aimez One Piece! *instant pub*
Aussi, merci à HippiqueAndYDeaLD sans qui cette fic n'existerait pas puisque je n'avais aucune idée de comment utiliser ce site et qu'elle m'a très gentiment aidé sur Twitter, et à woloopie qui est une auteure qui m'inspire beaucoup :3 (ses histoires m'ont convaincue de poster la mienne, pour vous dire x))
J'en profite pour faire un coucou à Licornette, si tu passes ici en lecteur fantôme sache que tu vas beauuucoup me manquer, toi et tes idées farfelues. Je suis super contente de t'avoir rencontrée, j'espère que tout ira bien pour toi et qu'on se retrouvera vite! Gros câlin, plein de bisous baveux dégueulasses et bonne continuation x3
Enfin, bien évidemment, merci à tous ceux qui ont laissé une review régulièrement ou pas, fav, follow, ou même lu en tant que lecteurs fantômes. Vous m'avez énormément motivée et grâce à vous Caféine a dépassé les 4000 vues! Vous êtes géniaux *GROS coeur sur vous* ^^ En plus j'ai rencontré des personnes très sympathiques (j'vous cite pas vous êtes trop x))
J'ai plusieurs projets en tête, notamment une autre fanfiction et un nouveau recueil, mais j'vous en dis pas plus parce que si ça se trouve rien ne va voir le jour *triste vie hashtag Antoine Daniel* En ce qui concerne L'ineffable, recueil sur cette fic, il sera beaucoup plus actif par la suite parce que j'ai encore envie d'exploiter cet univers, j'ai plein de trucs à raconter.
ET ET ET j'ai tellement de choses à vous raconter que j'ai une bonne nouvelle pour vous! (ou mauvaise si vous avez détesté cette fiction lulz) Cette fin ne me convient pas, je suis presque sûre qu'elle ne vous convient pas non plus, alors il y a une suite à cette histoire! La fiction s'appellera It's who I am mais ne sortira pas tout de suite, j'aimerais prendre de l'avance pour pas vous faire poiroter un mois entre chaque chapitre si possible. (ça, c'est en plus de mon autre projet de fanficiton). Donc bref, ne fuyez pas, j'vais pas laisser cette histoire sans fin (je sais que vous voulez qu'Audrey se fasse renverser par un camion, je le sais xD).
Vous pouvez m'assassiner à coups de poignards étant donné que j'avais prévu de faire une autre fiction qui raconterait la suite de cette histoire avant même de poster le prologue de Caféine, mais si vous le faite vous ne lirez jamais It's who I am :/
Remarques, questions et tentatives meurtres subtiles autorisées dans les reviews. A bientôt avec un OS de L'ineffable, portez-vous bien :D
