NA : Bonjour tout le monde, me revoilà avec le deuxième chapitre de cette fiction, bien en retard c'est vrai, mais avec les cours ce n'est pas simple. J'espère que ça va vous plaire, et please, prenez le temps de mettre un petit commentaire quand vous avez fini votre lecture, je me doute que vous avez peut-être la flemme (ça m'arrive aussi), mais ça ne prend que quelques minutes :)
Le prochain chapitre ne sera pas posté avant un moment à cause des vacances qui arrivent. Bonne lecture !
Chapitre 2
Sebastian sortit en trombe de la salle de musculation. Il n'arrivait plus à réfléchir correctement. Quand il avait reconnu le docteur Moore, il avait tout de suite repensé aux paroles de son père la veille, qui l'avaient tant blessé. Après être rentré de l'hôpital, Sebastian avait passé la journée dans son appartement à boire plusieurs bouteilles de vodka et de whisky, tout en regardant des émissions et des films affalé sur le canapé.
Son appartement était de nouveau en bordel parce qu'en rentrant la veille, il n'avait pas supporté de voir son chez-lui aussi propre alors qu'il se sentait si mal. Il avait tout ressorti, ses habits, la vaisselle, les bibelots, il avait tout remis au milieu. Il voulait effacer l'épisode de l'hôpital de sa mémoire et revenir quelques heures plus tôt. Il avait bu pour oublier, et était sorti le soir dans un bar. Il était resté dans son coin et avait commandé des verres jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable de tenir debout. Il avait eu la brillante idée de sortir dans un bar près de chez lui. Il était donc rentré à pied, en se traînant quasiment par terre, et s'était effondré sur son lit.
Le lendemain matin, il s'était réveillé vers 11h et s'était dépêché de se préparer. Il avait une sérieuse gueule de bois mais était quand même allé travailler dans le petit restaurant situé à quelques kilomètres. Il avait servi jusqu'à 16h, mais n'était pas du tout concentré. Il n'arrêtait pas de repenser à son père. Il lui avait dit le fond de sa pensée, et cela lui avait mis une énorme claque d'apprendre que ses propres parents le considéraient comme un bon à rien alcoolique, dépressif, et en plus gay. Qu'est-ce que ça pouvait leur faire qu'il ait autant envie de boire, ou qu'il ne soit pas en forme ? Après tout, il ne trouvait pas de boulot et n'avait personne sur qui compter, alors ça pouvait se comprendre ! C'était à cause d'eux qu'il était dans cet état. Son père n'arrêtait pas de le rabaisser, n'était pas du tout fier de lui et passait son temps à se moquer ouvertement de lui. Il le prenait pour un dégénéré à être gay et à aimer la musique. Il l'avait bien dit hier : un gay qui joue du piano. On voyait là bien à quel point Josh avait peu d'estime pour son fils. Et ça le tuait. Ça le tuait de voir que son père, autrefois si complice avec lui, le rejetait totalement.
Et le pire, c'était qu'il disait clairement à Sebastian que c'était de sa faute si il s'était fait tabasser par cette bande. Il pouvait supporter d'être rabaissé en permanence, mais pas sur ce sujet là. Josh savait très bien que cette expérience l'avait traumatisé et qu'il ne voulait plus y penser, et il lui en reparlait ! Comme un reproche en plus ! Comme si c'était sa faute. Pour Josh, si son fils n'avait pas été gay, il ne se serait pas fait tabasser et n'aurait pas été laissé pour mort sur un parking. Point final. Il ne s'imaginait pas à quel point ce genre de choses pouvait blesser profondément quelqu'un et le changer à jamais. Sebastian avait maintenant peur de tout le monde et était parfois pris de crises d'angoisse pendant la nuit, quand il faisait des cauchemars où il revivait encore et encore la scène et où son propre père et ses amis participaient au passage à tabac. Après son agression, personne ne s'était occupé de lui. Personne ne l'avait rassuré, personne n'avait essayé de comprendre ce qu'il avait vécu. Sa famille s'en foutait complètement, même sa mère n'avait pas vraiment pris de nouvelles de lui et n'avait pas essayé de l'aider.
Sebastian monta dans sa voiture et rentra chez lui. Il tremblait encore quand il entra dans son appartement. Sa rencontre avec Raphaël l'avait encore plus perturbé. Il voyait bien qu'au fond le jeune homme avait voulu l'aider, mais il ne pouvait pas comprendre. Il ne savait pas dans quel état d'esprit était Sebastian. Sans attache, sans avenir, et incapable de rester près des hommes depuis son agression.
Sebastian avait bien vu à l'air ahuri de Raphaël que celui-ci n'avait pas compris cet accès de panique, mais il ne pouvait pas le lui expliquer. Il n'arrivait même pas à se l'expliquer lui-même. Et puis, il ne le connaissait pas. Il l'avait vu seulement deux fois et ce par simple coïncidence.
Le jeune homme prit une rapide douche avant de se rhabiller pour partir travailler au restaurant. Il était aussi de service ce soir de 19h jusqu'à 23h. Quand il se gara sur le parking du restaurant et entra dans le restaurant, le gérant de l'établissement, Alex Silva, lui dit bonjour de la main. Alex était un patron plutôt sympa qui n'en demandait pas trop à ses employés. Sebastian travaillait chez lui depuis plusieurs mois. Quand il alla dans la salle de repos des employés pour enfiler le tee-shirt du restaurant qui affichait en petit le nom du restaurant, Le Cordon Bleu, Théo, un autre serveur, le salua :
-Salut Sebastian !
-Salut. Tu n'étais pas là ce midi ?
-Non, j'ai du aller voir mon grand-père à l'hôpital, répondit le jeune homme.
-Oh... Il va bien ?
-Il a fait un arrêt cardiaque, mais ça va mieux. Il devrait s'en sortir.
Théo semblait vraiment inquiet et Sebastian repensa à son père. Lui aussi avait été vraiment inquiet en apprenant le malaise cardiaque de son père, mais il n'aurait pas du. Son père le détestait, et Sebastian le détestait aussi maintenant. Il chassa ses pensées. C'était égoïste de penser à son père maintenant, alors que son collègue semblait si mal.
-Je suis sûr que ça ira, sourit Sebastian. Ne t'inquiète pas.
-J'espère vraiment. Il compte beaucoup pour moi.
Sebastian lui donna une tape sur l'épaule.
-Tu me diras quand t'en sauras plus. Essaie de penser à autre chose entre temps.
-Tu as raison. Il faut que je me concentre sur le boulot.
Les deux hommes commencèrent leur service. Tout se passa plutôt bien, même si Sebastian était ailleurs. Il repensait à Raphaël. Il se sentait tellement idiot d'avoir si mal réagi avec lui. Il voulait seulement l'aider, et lui il fuyait.
Seulement, Sebastian doutait que quelqu'un puisse l'aider. Il aurait simplement aimé avoir une autre vie. Si ses parents étaient là, ils lui reprocheraient de ne pas chercher à améliorer sa vie. Il aurait pu se concentrer davantage pour trouver du boulot, il aurait pu arrêter de boire et se bouger un peu plus. Mais, il n'y arrivait pas. Depuis cette foutue agression, il ne se sentait plus capable de faire des efforts et sombrait de plus en plus. Chaque jour, il se promettait de faire de nouvelles recherches pour un vrai travail, d'arrêter l'alcool et de ne plus penser à cette fête de l'école. Mais chaque jour, il ne tenait pas ses promesses. Au fond, c'était tellement plus simple de se laisser aller.
OoOoOoOoO
Les deux jours prochains se passèrent sans aucun changement. Sebastian se leva tard le mardi, alla travailler le midi et une bonne partie de l'après-midi. Il retourna à la salle de musculation et frappa de nouveau comme un fou sur le sac de sable. Ça le défoulait. Il mettait dans ses coups toute sa rage, sa haine et sa colère contre son père, sa mère, et toute la société. Contre les cinq types qui l'avaient agressé, par contre, il ne ressentait pas de la colère. Simplement de l'angoisse. Contre eux, il ne pouvait faire qu'une seule chose : boire pour oublier.
Il n'appela pas sa mère pour demander des nouvelles de Josh. Il s'en fichait complètement désormais. Par contre, elle tenta de le joindre. Dans l'après-midi, son téléphone portable avait sonné mais quand il avait vu que c'était sa mère qui essayait de l'appeler, il avait directement raccroché. Elle lui avait laissé un message. Il avait quand même pris la peine de l'écouter.
"Sebastian, je t'en prie, réponds-moi... Je m'inquiète pour toi... Ton père était fatigué, il ne savait plus ce qu'il disait. Je sais qu'il ne le pensait pas. S'il te plaît, rappelle-moi."
Il n'avait pas rappelé. Elle pensait vraiment que son père ne pensait pas ce qu'il avait dit ? C'était pathétique. Il le pensait vraiment. Il l'avait vu dans ses yeux. Josh rêvait depuis longtemps de lui dire ces mots. Il frissonnait encore en se rappelant des paroles de son père. Elles tournaient en boucle dans sa tête. Comment un père pouvait penser ça de son fils ? Il le faisait même passer pour le responsable de son malaise cardiaque, alors que ça n'avait absolument aucun rapport. Son père le dégoûtait. Où était passé l'homme qui lui lisait des histoires le soir, qui lui préparait son petit-déjeuner tous les matins, qui le rassurait la nuit quand il faisait un cauchemar et qui l'emmenait pêcher tous les week-ends ?
En rentrant de la salle de musculation, il avait un message sur son téléphone fixe. Il l'écouta aussi.
"Sebastian, c'est encore maman. Cette histoire entre ton père et toi va beaucoup trop loin, il faut que vous vous réconciliez. Il ne le pensait pas, il n'a jamais rien pensé de méchant sur toi. Je sais qu'il t'as profondément blessé, mais vous devez essayer de vous parler. Ça ne peut pas continuer comme ça, tu le sais très bien. Vous allez finir par vous faire encore plus de mal. Je t'en supplie, rappelle-moi, donne-moi un signe de vie... "
Ce message donna envie de rire à Sebastian. Sa mère était vraiment naïve, ou elle le prenait pour un idiot. Il savait très bien qu'au contraire, son père avait toujours pensé des choses méchantes sur lui. Il n'avait plus jamais été fier de lui depuis que Sebastian était devenu gay et s'était intéressé au chant et à la musique. Ce n'était un secret pour personne. Si Katherine pensait vraiment qu'il allait revenir en rampant vers son père en lui demandant pardon alors qu'il n'avait rien fait de mal, elle se trompait totalement. Il ne la rappela pas, ne donna pas de nouvelles de lui et s'interdisait de penser à eux. Il ne voulait plus entendre parler de ses parents.
Il retourna travailler jusqu'à 23h, et se coucha directement en rentrant. Cette fois, il ne toucha pas une seule goutte d'alcool. Il se sentait trop fatigué pour ça et ne voulait pas avoir mal à la tête le lendemain.
Le mercredi, la journée se passa à peu près comme la veille. Le matin, son téléphone sonna et Sebastian crut que c'était encore sa mère. Mais ce n'était pas elle. C'était Jeff Sterling. Sebastian décrocha.
-Allo Sebastian ? C'est Jeff.
-Oui, j'ai reconnu ton numéro. Comment vas-tu ?
-C'est plutôt à moi de te poser la question. Pourquoi tu ne donnes plus de nouvelles de toi ? Ça fait des mois que tu ne nous as pas rappelé.
-Je sais, disons que j'ai eu pas mal de problèmes...
Sebastian avait arrêté de prendre de leurs nouvelles plusieurs mois après son agression. Il ne voulait plus entendre parler de personne, et l'amour qui liait Jeff et Nick le rendait malade et jaloux. Il savait qu'il était égoïste de réagir comme ça, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il ne pouvait pas supporter leur bonheur évident. Jeff était devenu professeur d'histoire dans un lycée public. Nick, lui, dessinait des illustrations pour des livres pour enfants. Il espérait dessiner dans des bandes dessinées ou pour des romans, mais l'ascension était longue. Ses deux amis travaillent tous les deux à Westerville et vivaient ensemble dans un petit appartement.
-Je suis désolé, Jeff, je n'aurais pas du disparaître comme ça...
-Nick a pensé qu'il valait mieux te laisser tranquille quelques temps après... ce qui s'est passé il y a quelques mois. On pensait que tu finirais par nous rappeler, mais toujours aucune nouvelle.
-J'aurais vraiment du rappeler.
-Eh bien, je l'ai fait. Ça faisait un moment que je voulais reprendre contact avec toi, mais on avait vraiment beaucoup de boulot avec Nick.
-Je comprends ne t'inquiète pas.
Il ne pouvait pas en vouloir à ses deux amis. Ils avaient autre chose à faire que courir après un ami qui s'en fichait visiblement d'eux depuis quelques temps. Mais il ne s'en fichait pas du tout. Jeff et Nick avaient toujours été ses amis et il avait gardé contact avec eux, même après la Dalton Academy.
-Tu sais, c'est juste qu'en ce moment je ne parle plus à grand monde.
-Tu as des problèmes ?
Je n'ai pas de vrai travail, mon diplôme ne me sert à rien, je suis en train de devenir alcoolique et je n'arrive pas à oublier cette foutue agression qui me fait angoisser pour un oui ou pour un non. Je ne suis plus du tout sociable, je n'arrive pas à avoir une relation stable avec quelqu'un parce que je ne suis qu'un type égoïste et arrogant, et pour couronner le tout, mes parents me prennent pour un moins que rien et me rabaissent tout le temps alors que j'aurai grandement besoin de leur aide. Il avait envie de lui répondre ceci, mais il savait qu'il passerait pour un mec n'arrêtant pas de s'apitoyer sur lui-même. Alors il répondit simplement :
-Oh, rien de grave. La routine.
-Tu es sur ? Et... Cette agression, tu t'en remets ?
-Oui oui, mentit Sebastian. Ça va bien.
-Je vois... Ça m'étonne.
-Pourquoi ?
-La dernière fois qu'on s'est vu, ça avait l'air de t'avoir bien chamboulé, alors ne me fais pas croire que tout va bien. Pourquoi tu n'as pas rappelé ?
Sebastian pâlit.
-J'ai... Juste besoin d'un peu de temps...
-Tu sais qu'on est là pour toi Seb. Ne l'oublie pas.
-Je sais...
-Tant mieux. Je n'ai pas envie d'insister Sebastian, parce que je sais que tu es très têtu, mais... Si tu as envie de nous en parler, n'hésite pas. Quand tu seras prêt, reviens vers nous. Ce sera avec plaisir...
Sebastian serra le téléphone dans sa main, sentant les larmes lui piquer les yeux.
-Merci...
-Je ne sais pas où tu en es dans ta vie, mais j'espère vraiment que ça va.
Sebastian ne répondit pas. Si seulement il savait. Jeff dut comprendre le message car il demanda immédiatement :
-Tu as besoin d'aide ?
-Non, ça va...
-Seb, arrête. Il faut que tu acceptes notre soutien.
-Je vais bien je te dis.
Comme d'habitude, Sebastian se mettait sur la défensive.
-Seb...
-Je te dis que ça va. Je n'ai pas besoin d'une baby-sitter.
-Je vois...
Il s'en voulut immédiatement d'avoir parlé comme ça.
-Excuse-moi...
-Ce n'est pas grave.
Sebastian ferma les yeux et serra les poings.
-Il faut que je raccroche. Je dois aller travailler, dit-il.
-Bon, très bien, dit Jeff. Je te rappellerai une autre fois. Bonne journée.
-Bonne journée à toi aussi. Et passe le bonjour à Nick.
-Je n'y manquerai pas. Sebastian ?
-Oui ?
-Prends soin de toi. S'il te plaît.
Sebastian ne répondit pas et raccrocha. Cette conversation téléphonique l'avait épuisé émotionnellement. Il ne s'était pas rendu compte de l'inquiétude qu'il laissait derrière lui. Il faisait du mal à ses amis. Il devrait peut-être reprendre plus contact avec eux. Peut-être qu'il se sentirait mieux avec leur soutien. Il s'était persuadé ces derniers mois que personne ne se souciait de lui et qu'il ne servait à rien, mais il s'était peut-être trompé.
Sebastian se rendit alors au restaurant, de meilleur humeur. Théo lui annonça avec soulagement que son grand-père allait mieux et qu'il était rentré chez lui. Il devait juste faire attention à son cœur maintenant. En fin d'après-midi, Sebastian retourna à la salle de musculation. C'était devenu une habitude désormais. Il s'y rendait quasiment tous les jours pour se défouler et se changer les idées.
Après avoir frappé le sac pendant environ une demi-heure, Sebastian rentra chez lui prendre et une douche et regarda un peu la télé en peignoir.
Son répondeur clignotait. Il appuya sur la touche pour écouter le message.
"C'est encore moi."
Sebastian se raidit en reconnaissant la voix de sa mère.
"Je t'en prie, Sebastian. Rappelle-toi les bons souvenirs que tu as avec ton père. Je sais que ce n'est pas évident avec lui depuis quelques années, mais tu ne peux pas disparaître comme ça."
Sa mère se tut quelques secondes et Sebastian serra les poings. Pourquoi sa mère décidait soudain de donner son avis ? Elle n'avait jamais donné son point de vue sur rien, et voilà qu'elle voulait qu'ils se réconcilient ?
"Sebastian, réponds-moi. S'il te plaît. Je..."
Un sanglot se fit entendre au téléphone et Sebastian sentit tout de même son cœur se serrer. Il détestait entendre sa mère pleurer comme ça. Elle semblait si lasse et si triste. Et il savait bien qu'elle ne faisait pas semblant. Elle en était incapable. Elle devait souffrir de voir tant de tensions dans sa famille maintenant complètement décomposée.
-Ce n'est pas de ma faute maman, murmura-t-il pour lui-même.
"Je suis désolée. Je te demande pardon"
Le message s'arrêtait là. Sebastian en resta perturbé. Sa mère s'excusait rarement étant donné qu'elle ne participait jamais aux disputes et prenait seulement la défense de son mari. Il se demandait bien pourquoi elle lui demandait pardon maintenant.
Il secoua la tête. Il ne devait pas faire attention à ces messages. Il n'avait aucune intention de reprendre contact avec eux. Sebastian finit par s'habiller et partit en direction du restaurant. Son service se passa sans encombres en compagnie de Nathalie, une autre serveuse d'une quarantaine d'années. Vers 22h, Alex lui demanda de changer de secteur dans la salle.
-Va plutôt finir de servir les tables 30 à 33, Théo a du partir en urgence.
Sebastian s'inquiéta aussitôt. Et si le grand-père du jeune homme avait encore des problèmes ? Il lui demanderait la prochaine fois qu'il le verrait. Sans attendre, il obéit au patron et lui demanda où les clients en étaient.
-Débarrasse la table 32, ils ont terminé. Je vais finir la commande des autres tables.
-Très bien.
Sebastian s'approcha donc de la table 32 et salua les clients avant de commencer à débarrasser les tables. Il leur demanda gentiment si leur dessert leur avait convenu. Un des clients lui répondit d'une voix grave :
-Salut Sebastian. Quelle surprise de te trouver là.
Sebastian tourna la tête vers celui qui venait de lui parler, surpris, mais ne le reconnut pas.
-On se connaît ? demanda-t-il en souriant.
-Bien sur, tu te ne te souviens pas de moi ?
Sebastian finit de ramasser les assiettes en répondant :
-Désolé, je ne vois pas...
-Pourtant tu te devrais te souvenir de moi, pédé.
Sebastian sentit un frisson lui remonter le long de la nuque quand il reconnut enfin la voix de son interlocuteur. Il en lâcha ses assiettes vides qui se brisèrent sur le sol.
-Je vois que ça y est ça te revient.
Le visage de Sebastian se décomposa. Il avait soudain les jambes en coton et son cœur battait à une vitesse folle. Il n'oublierait jamais ce type.
-Désolé, mes copains de la dernière fois ne sont pas avec moi, cette fois c'en est d'autres. Je ne crois pas que tu connaisses mon prénom. C'est Bradley.
Sebastian sentit quelqu'un l'attraper par l'épaule.
-Hé, qu'est-ce que tu fais ? brailla Alex à ses oreilles.
Tous les clients s'étaient tournés vers lui mais Sebastian ne broncha pas, paralysé par la peur, au milieu des débris de verre et d'assiettes. Devant lui se trouvait un des cinq types qui avaient participé à son agression sur le parking de l'école, pendant la fête. Ce type était devant lui, et le regardait avec un sourire cynique.
Sebastian sentit Alex et Vanessa, une autre serveuse, le secouer comme des dingues. Enfin, Sebastian détacha son regard de Bradley et revint quelque peu à la réalité.
-Je... bredouilla-t-il.
-Vanessa, ramassez-moi ça s'il vous plaît. Sebastian, avec moi.
Sebastian, tremblant, suivit Alex jusqu'à la salle de repos.
-Je peux savoir ce qui s'est passé ?
C'était impossible. Il ne pouvait pas être là. Il ne pouvait pas l'avoir retrouvé. Était-ce une simple coïncidence ?
-Oh, je te parle ! s'exclama Alex.
Sebastian leva les yeux vers lui, complètement paniqué.
-Je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris...
Alex écarquilla les yeux.
-T'es sur que ça va ?
-Oui oui, répondit Sebastian pour le rassurer, alors qu'il avait les jambes flageolantes qui menaçaient de le lâcher et le cœur qui battait à tout rompre.
-Tu es tout pale.
-Ça va, ne vous inquiétez pas. Je suis juste un peu fatigué.
-Très bien. Ne t'inquiète pas les accidents arrivent à tout le monde, dit-il en posant une main sur l'épaule de Sebastian, mais il ne réagit pas. Tu ferais mieux de rentrer chez toi dormir. Si demain midi ça ne va pas mieux, appelle-moi, je te remplacerai.
Sebastian acquiesça.
-Merci.
Il n'avait soudain qu'une envie : fuir ce restaurant, se mettre sous sa couette et ne plus jamais revenir.
-Bonne nuit, lui dit Alex avant de partir.
Sebastian changea rapidement de tee-shirt, mit son manteau et vérifia qu'il y avait bien son portefeuille dedans. Il était encore terrifié et n'arrivait pas à se rendre compte. Ce type était revenu. Ou plutôt il était tombé dessus par hasard. Ce Bradley semblait toujours aussi arrogant et homophobe. Sebastian ressentait vite le besoin de partir d'ici. S'il se retrouvait de nouveau face à cet homme, il ne savait pas qui se passerait.
Il décida de sortir du restaurant par la porte de derrière, pour ne pas avoir à le recroiser. Il marcha vite dans la rue silencieuse. Les rues étaient vides dans ce quartier, surtout à l'arrière des restaurants. Sebastian devait faire le tour des rues autour du restaurant pour rejoindre le parking et prendre sa voiture.
Alors qu'il tournait au coin d'une des rues, il se retrouva face à son plus grand cauchemar.
-Je savais bien que tu sortirais par derrière. On a failli te louper.
Sebastian déglutit et sentit ses jambes trembler. Il était paralysé par la peur et n'avait qu'une envie : sombrer, pour ne plus avoir à supporter le regard de ce type. Bradley fit un pas vers lui et Sebastian recula, chancelant.
-Les gars, je l'ai trouvé !
Les trois hommes qui étaient à table avec lui au restaurant débarquèrent derrière lui. Il était cerné. Sebastian avait l'impression de se retrouver dans l'un de ses pires cauchemars. Il avait l'impression de revenir des mois en arrière. Il voulait mettre cette fête de l'école, cette agression sur le parking de côté, oublier tout ça, et voilà qu'un des types revenait !
-Qu'est-ce que tu me veux ? bredouilla Sebastian.
Il se détestait de paraître aussi paniqué, mais il ne pouvait rien y faire. Une peur incontrôlable était en train de s'emparer de lui. Bradley fit de nouveau un pas vers lui :
-Tu sais, mes copains, ce soir, ce ne sont pas les mêmes que ceux de la dernière fois, mais eux aussi, ils n'aiment pas les gens comme toi.
Braldey appuya bien sur le dernier mot, et ses copains rigolèrent.
-Des tapettes, des pédés, des homos, appelle-ça comme tu veux, ajouta Bradley. Tu l'es toujours n'est-ce pas ?
Sebastian ne répondit pas et déglutit simplement. Bradley s'avança dangereusement vers lui et Sebastian se retrouva collé contre le mur d'un immeuble.
-Je t'ai posé une question, gronda Bradley.
Sebastian pouvait sentir son souffle sur son visage. Il détestait ça et n'avait qu'une envie, partir en courant. Mais il sentait que Bradley n'allait pas le laisser tranquille tout de suite.
-Oui, souffla-t-il dans un mince filet de voix.
-J'en étais sur !
Bradley s'écarta de quelques centimètres.
-Regardez le les gars. Ce cher Sebastian est mort de trouille.
Les rires fusèrent et Bradley approcha de nouveau son visage du sien.
-Est-ce que tu te souviens, au moins ? De cette nuit-là, sur le parking ?
Sebastian ferma les yeux.
-Tu te souviens à quel point tu gémissais quand je te donnais des coups de poing dans le ventre ?
Sebastian serra les poings. Il ne pouvait pas supporter ça. Il essaya de s'enfuir en poussant Bradley en arrière. Alors qu'il s'apprêtait à détaler, Bradley le retint par le bras et le colla contre le mur.
-Où tu pensais aller comme ça ?
Sebastian se débattit mais un autre type vint aider Bradley à l'immobiliser.
-Tu veux que je recommence c'est ça ?
Bradley joignit soudain le geste à la parole et lui asséna un coup de poing dans le ventre. Sebastian poussa un hoquet de douleur et se plia en deux, toussotant. Bradley et l'autre type le lâchèrent, Sebastian ne pouvait plus s'enfuir, le douleur lui donnait envie de s'écrouler.
-Tu te souviens à quel point tu pleurais en nous suppliant d'arrêter ? lui susurra Bradley à l'oreille.
Il lui donna un nouveau coup de poing dans le ventre et Sebastian s'écroula en gémissant. Les rires fusaient au-dessus de lui. Tremblant, Sebastian ne savait plus quoi faire. Il sentait les larmes lui monter aux yeux. Il se retrouvait des mois plus tôt sur ce parking et n'arrivait plus à réfléchir. Une seule pensée lui vint à l'esprit : la dernière fois, les cinq types l'avaient laissé pour mort dans le parking. Cette fois, ils ne le laisseraient certainement jamais tranquille. Il risquait d'y passer. Il sentait que Bradley était complètement taré et ne rêvait que d'une seule chose : le frapper jusqu'à le tuer.
Il devait fuir. Tout de suite. Bradley et ses copains se trouvaient tous d'un côté de lui, il avait une chance. Sebastian rassembla ses forces et se releva soudain en grimaçant. Il détala dans la rue. Le douleur le faisait suffoquer, il haletait et son cœur n'avait jamais battu aussi vite mais il continua à courir. Il ne devait pas s'arrêter. Pas maintenant. Il entendait les pas de Bradley derrière lui.
-Reviens ici ! Rattrapez-le !
Sebastian s'imagina soudain ce qu'ils lui feraient s'ils arrivaient à le rattraper. Ils lui donneraient des coups de poings jusqu'à ce qu'il s'écroule, puis des coups de pied, et ne s'arrêteraient jamais. Ils seraient tous morts de rire et prendraient un malin plaisir à le frapper. Il ne pouvait pas les laisser faire ça. Il ne voulait pas continuer à revivre son pire cauchemar.
Sebastian ne faisait même pas attention où il allait. Il courait sans s'arrêter. Il finit par s'écouler, ses jambes ne le portaient plus. Mais personne n'arrivait derrière lui. Le sol sous lui était dur et chaud. Sebastian se releva tant bien que mal et n'eut pas le temps de réagir. S'il n'avait pas été aussi paniqué, il aurait peut-être réussi à l'éviter à temps. Mais il n'en fit rien. Il se dit qu'au fond, il allait enfin être en paix. Alors il ne broncha. Il laissa la voiture foncer sur lui, phares allumés. À cette vitesse, elle n'aurait pas le temps de s'arrêter. Mais au final, il s'en fichait. Il serait enfin tranquille.
