Chapitre 5

Un silence gêné s'installa entre eux.

-Et si on cuisinait quelque chose ? Il est tard.

Raphaël se leva et s'approcha du frigo qu'il découvrit quasiment vide.

-On fera pas de la grande cuisine. Dis-moi que tu as au moins des pâtes quelque part ?

-Dans le placard, à ta gauche.

-Allons-y alors. Je vais appeler Lucy quand même.

La jeune femme répondit au bout de trois sonneries.

-Je viens de rentrer, t'es où ?

-Chez Sebastian. On va manger ensemble.

-« Chez » Sebastian? Tu t'es enfin décidé à te bouger ?

-Voilà.

-Et vous comptez faire quoi d'autre ensemble ?

Raphaël imaginait très bien Lucy avec un sourire démoniaque.

-Rien du tout, arrête ça tout de suite. Tu sais bien…

-Que c'est juste un ami, oui, je sais. Pour l'instant, termina-t-elle en rigolant.

Raphaël leva les yeux au ciel.

-Bon allez, bonne soirée. Bonne nuit peut-être même !

-Lucy ! s'exclama-t-il avant de raccrocher.

-Qu'est-ce qui se passe ?

-Oh rien du tout, elle a son caractère.

Sebastian sourit. Il aimait l'air gêné de Raphaël, ça lui donnait un certain charme.

-Bon, on les fait, ces pâtes ?

OoOoOoOoO

Les jours qui suivirent, les deux amis essayèrent de se voir le plus souvent possible. Raphaël l'aidait au mieux qu'il pouvait pour qu'il trouve un travail. Ils avaient d'abord cherché dans les restaurants, Sebastian ayant un peu d'expérience, mais personne ne cherchait de serveur en ce moment. Ils rédigèrent un CV complet des expériences de Sebastian et ils firent le tour des conservatoires et des écoles de musique pour voir si son diplôme pouvait servir, mais ils n'avaient rien trouvé. Raphaël fut surpris d'apprendre que Sebastian jouait au piano depuis son enfance.

-Mais ça fait longtemps que je n'en ai plus touché un. J'ai même pas assez d'argent pour un clavier.

Finalement, après au moins une semaine de recherche, Raphaël découvrit une affiche près de l'entrée de l'hôpital. On recherchait un serveur au réfectoire de l'hôpital. Sebastian accepta et fut vite embauché, n'ayant pas trop le choix, et commença le boulot le lendemain. Il devait préparer les assiettes pour le réfectoire où mangeaient parfois les infirmières, les médecins, les chirurgiens et les familles des patients, et d'autres jours, il était affecté au service en chambre, où il devait amener des plateaux repas auprès des patients. Il découvrit un travail très difficile, où il devait faire attention à ne pas se tromper de plateau, chaque patient avait en effet un menu différent en fonction de ses traitements et de son état physique. Mais il aimait bien finalement, il y avait le contact avec les patients, parfois des personnes très seules qui ne recevaient pas ou très peu de visites. Quand il avait le temps, il essayait donc de discuter avec eux, et il fut très vite intégré et adoré des patients qui restaient longtemps à l'hôpital, surtout les personnes âgées, souvent très solitaires. Il travailla pendant un mois à l'hôpital et se lia d'amitié avec la chef des serveurs, Sandy, une femme d'une trentaine d'années qui le trouvait très efficace.

Un soir, il rejoignit Raphaël dans un bar. Celui-ci l'avait appelé dans la journée, disant mystérieusement qu'il voulait lui parler de quelque chose.

-Salut ! lança Sebastian en s'asseyant à la table en face de lui.

-Ah, te voilà !

-Oui, désolé du retard, j'étais à la salle de musculation.

-Tu y retournes ? Je croyais que depuis que tu m'avais vu là-bas, tu ne voulais plus y mettre les pieds, sourit Raphaël.

-Ne dis pas de bêtises, j'adore y aller ! On devrait y aller ensemble d'ailleurs, de temps en temps, tu ne crois pas ?

-Ce serait super oui! On verra ça !

-Bon, alors, qu'est-ce que tu avais à me dire de si important ?

-J'ai eu une idée.

-Quel genre d'idée ?

-Et si tu venais avec moi ?

-Où ça ?

-Chez mes parents, pendant mes congés.

Sebastian écarquilla les yeux, surpris.

-Moi, chez tes parents ?

-Je sais que ça peut paraître bizarre, mais il n'y a rien de sous-entendu ou quoi dans cette proposition, c'est juste que tu m'as dit que tu n'avais pas joué au piano depuis longtemps, et mes parents en ont un, qu'ils n'utilisent jamais d'ailleurs, personne ne joue au piano dans la famille. Il vient de ma grand-mère. Je me suis dit que ce serait une bonne occasion de t'y remettre, et ça pourrait te servir ensuite pour trouver un travail qui te correspondrait mieux.

-Oui, c'est vrai, mais…

-En plus, ça te changerait les idées. Tu n'arrêtes pas de faire des cauchemars, et l'autre jour il y avait de nouveau une bouteille de vodka chez toi, alors que tu m'avais promis de ne pas y toucher !

Sebastian se mordit la lèvre. Pourquoi est-ce qu'il ne l'avait pas jeté ?

-Tu m'avais promis, Seb !

-Je sais, mais de temps en temps j'ai juste une petite soif, c'est pas méchant !

-Arrête de faire comme si tu n'étais pas accro, si tu continues comme ça tu vas vraiment devenir alcoolique, et je n'en ai aucune envie ! Alors fais toi aider. Il y a des associations pour ce genre de choses.

-Ah non, tu ne me feras pas aller à un de ces trucs !

-Alors viens avec moi, ça te changera les idées.

-Pourquoi cette histoire d'alcool te tient tant à cœur ? Je peux me débrouiller tout seul avec ça ! Dès qu'on évoque l'alcool, tu te mets dans tous tes états !

-Vous souhaitez boire quelque chose messieurs ? demanda une serveuse en s'approchant.

Sebastian commanda un café, et voyant que Raphaël gardait les yeux baissés, en demanda un autre pour son ami.

-Raphaël, ça va ?

-Mon père a mis des années avant de totalement arrêter de boire. Cette addiction a pourri sa vie et une partie de la mienne, Seb. Je veux pas que tu fasses pareil.

-Ton père était alcoolique ?

Raphaël hocha la tête.

-Excuse-moi, dit Sebastian, je n'aurai pas du…

-T'inquiète, c'est pas grave, il s'en est sorti, c'est le principal. Depuis, j'ai en horreur tout ce qui est lié à l'alcool, alors quand je suis venu chez toi pour la première fois, en voyant toutes ces bouteilles, ça m'a rendu fou… Je ne m'étais jamais autant senti en colère je crois. Alors, qu'est-ce que tu préfères ? Les vacances avec moi ou une association ?

-Attends, tu me fais du chantage là ?

-Pourquoi pas ?

-Ce n'est pas sympa du tout !

-Je te laisse le choix !

-Tu ne peux pas m'obliger à aller dans une association.

-Tu crois ?

Raphaël le regarda avec un sourire cynique.

-Très bien, t'as gagné, je t'accompagne. Si j'arrive à avoir des congés !

-Je t'en prie, Sandy te mange dans la main ! T'auras pas de problème avec ça.

-T'es vraiment pas possible. Tes parents sont d'accord au moins ?

-Bien sûr que oui, ils sont ravis.

Sa mère l'était même un peu trop. Il avait eu beau lui dire que c'était seulement un ami qui avait besoin de décompresser, elle était persuadée qu'ils allaient dormir dans la même chambre. Il se disait parfois que ses parents étaient trop enthousiastes au fait qu'il soit homosexuel. Il avait de la chance d'avoir des parents qui aient l'esprit aussi ouvert. Quand il pensait au père de Sebastian, il avait envie d'aller lui coller des baffes. Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire que son fils préfère les garçons ? Pourquoi la société avait-elle autant de normes qu'il fallait suivre, au risque de se faire rejeter ?

OoOoOoOoO

Sebastian réussit à avoir des congés en même temps que son ami. Ils devaient partir un mois plus tard. Les deux amis étaient très impatients, Raphaël parce qu'il allait enfin revoir sa famille, et Sebastian parce qu'il allait pouvoir s'éloigner de la sienne. Mais, au fond, ils savaient tous les deux qu'ils étaient surtout excités de passer une semaine ensemble, même s'ils refusaient de se l'avouer.

Ils se connaissaient maintenant depuis plus de deux mois, et devenaient de plus en plus proches. Dès qu'ils ne travaillaient pas, ils essayaient de se voir. Ils allaient souvent se balader dans le parc où Raphaël avait pour habitude de se rendre seul. Ils allaient également souvent à la salle de musculation ensemble et Raphaël continuait à aller voir son grand-père tous les lundis, et lui expliqua qu'il ne pourrait pas venir dans quelques temps.

De son côté, Sebastian continuait à éviter son père. Il voyait régulièrement sa mère, qui était soulagée de voir son fils si bien dans sa tête depuis quelques temps. Elle avait eu peur pour lui ces derniers mois, mais il semblait petit à petit remonter la pente. Elle fut très heureuse d'apprendre qu'il partait en vacances. Il pourrait s'éloigner d'ici un moment, mais quand elle vit que son fils partait avec Raphaël et semblait se rapprocher de plus en plus de lui, elle ne pouvait s'empêcher de faire la grimace dès que Sebastian lui racontait ce qu'ils avaient fait tous les deux depuis qu'ils se connaissaient. Elle avait beaucoup de mal à accepter que son fils soit gay, mais ne l'avait jamais vraiment constaté de ses propres yeux. Sebastian avait toujours fait attention à ne pas rentrer à la maison avec des garçons et ne leur parlait jamais de ses aventures. Il savait très bien que Josh ne supportait pas l'idée que son fils n'aime pas les femmes. Même pour Katherine, cela semblait inconcevable, son mari lui ayant tant bourré le crâne pour qu'elle déteste l'homosexualité elle aussi. Mais, au plus Sebastian lui parlait de Raphaël, plus elle remarquait à quel point il semblait heureux en sa compagnie. Elle finit donc par doucement accepter cette idée, ne souhaitant au final que le bonheur de son fils. Pourtant, elle avait bien compris qu'ils n'étaient pas ensemble, et se demandait bien pourquoi. Peut-être que ce Raphaël n'était pas gay, mais vu comment il regardait son fils, elle en doutait. C'est vrai que Raphaël n'avait toujours pas parlé à Sebastian de son homosexualité. Il ne voyait pas trop comment aborder le sujet de toute façon. Il n'allait pas lui dire d'un seul coup qu'il était lui aussi gay. Il devait attendre le bon contexte. Il trouverait certainement l'occasion chez ses parents de lui avouer.

Ce jour-là, Sebastian et Raphaël discutaient sur la terrasse d'un café. Ils partaient dans quelques jours et réglaient quelques détails, comme l'heure du départ et surtout qui conduisait.

-Je peux très bien conduire, dit Sebastian.

-C'est ma voiture, c'est moi qui conduis.

-Et pourquoi on prend ta voiture déjà ?

-Parce que ! C'est toi qui m'accompagne, alors c'est moi qui conduit et avec ma voiture.

Au bout de dix minutes d'un combat acharné, Raphaël finit par accepter qu'ils se partagent la route jusqu'à Cleveland.

-Tu finis de travailler à quelle heure demain ? demanda Sebastian.

-17h normalement.

-Moi aussi ! Tu finis plus tôt que d'habitude !

-Oui, c'est vrai, dit Raphaël, soudain gêné.

-Tu voudrais qu'on se voie ? On pourrait…

-Désolé, mais je ne crois pas. J'ai des courses à faire, tout ça.

-Je pourrais venir avec toi, sourit Sebastian.

-J'ai un rendez-vous à 17h30, je rentrerai tard.

-Un rendez-vous ? Avec qui ?

-Chez… Chez le dentiste, balbutia Raphaël.

Sebastian fronça légèrement les sourcils. Raphaël semblait gêné tout à coup, et il sentit que son ami lui mentait. Il parlait de courses puis d'un rendez-vous.

-Tu y es déjà allé la semaine dernière, fit remarquer Sebastian.

Raphaël devint pale comme un linge et commença à balbutier.

-Laisse tomber, le coupa Sebastian. C'est pas important. T'es pas obligé de me dire où tu vas.

-C'est… C'est médical. Je t'expliquerai.

-Mais tu vas bien au moins ?

-Oui, oui, t'inquiète pas.

Sebastian sentit que le sujet le rendait anxieux et n'insista pas, mais il s'inquiétait tout de même. Il avait tout raconté de sa vie à Raphaël, pourquoi refusait-il d'en faire autant ?

OoOoOoOoO

Une semaine plus tard, ils quittèrent Lima. C'est Sebastian qui commença à conduire. Ils s'étaient rejoints tôt le matin pour charger la voiture. Sebastian avait fait rapidement la connaissance de Lucy. Raphaël ne l'avait d'ailleurs jamais invité chez lui.

-Pourquoi tu ne m'avais pas présenté Lucy ? Elle a l'air gentille.

Raphaël haussa les épaules mais Sebastian sentit sa gêne.

-J'en sais rien, ça ne m'était pas encore venu à l'esprit.

-Tu n'as jamais été attiré par elle ?

Raphaël lui jeta un coup d'œil surpris.

-Quoi? Elle est belle.

-Elle a déjà un petit ami, et c'est ma meilleure amie de toute façon, il n'y a pas de ça entre nous.

-Tu es déjà venu pleins de fois chez moi, et je n'ai jamais vu ton appartement.

-Je te le montrerai quand on sera de retour.

Sebastian tapota ses doigts sur le volant, agacé. Il ne comprenait pas pourquoi Raphaël lui mentait. Souvent, dès qu'il posait des questions sur sa vie sentimentale ou sur son adolescence, le jeune homme restait évasif, et se fermait comme une huître. Ils étaient sensés être amis, et des amis se parlaient de tout. Sebastian était d'ailleurs étonné d'être ami avec lui. Depuis toujours, les gens étaient plutôt du genre à l'éviter. Seuls Nick et Jeff étaient restés proches de lui. Il avait toujours été un type arrogant que tout le monde détestait. Il se rappelait à quel point il était odieux dans son adolescence. Peut-être qu'il avait finalement réussi à changer, qu'il était devenu plus sociable et gentil. Le silence s'installa dans la voiture. Raphaël, ne supportant plus cette tension entre eux depuis tout à l'heure, alluma la radio en se traitant d'idiot. Pourquoi est-ce qu'il ne racontait pas tout à Sebastian ? Il pourrait très bien lui raconter toute sa vie, tout ce qu'il avait vécu durant son adolescence, et son homosexualité, au lieu de tout lui cacher comme il le faisait. Le reste du voyage se déroula plutôt bien. Sebastian laissa tomber ses interrogations sur Raphaël, et ils s'arrêtèrent à mi-chemin pour changer de conducteur.

-Ta sœur sera là ? demanda Sebastian alors qu'ils démarraient.

-Normalement oui, mas elle ne reste que pour le week-end.

-J'ai vraiment hâte de rencontrer ta famille. Tu connais déjà la mienne, alors à mon tour.

-Tu verras, ils sont super.

-Oui, j'imagine. Contrairement aux miens.

Raphaël se tourna vers lui.

-Ta mère est une femme bien. Elle se laissa seulement manipuler par son mari. Ton père, lui, disons qu'il a... des idées bien arrêtées sur la vie, et s'il est aussi ignoble avec toi, c'est parce que tu n'as pas fait ce qu'il te destinait.

-Oui, ça, c'est sur. Marcher sur ses pas, travailler dans la politique, faire du sport, avoir une femme et des enfants dans une maison de riche. C'est ce qu'il voulait.

-Mais pas toi.

-Non, dit Sebastian en haussant les épaules. Quand j'étais ado, je suivais ses pas au niveau de mon comportement. J'adorais la musique et le chant, mais pour être aimé par mon père, j'étais devenu un gars égocentrique et orgueilleux. Je me disais que ça lui plairait, que tout le monde me craigne. Mais ça n'a pas suffi, et au bout d'un moment, j'en ai eu assez d'être le méchant. C'est là que j'ai décidé d'essayer de changer.

-Je comprends, dit Raphaël. Je suis content que tu aies changé. Je n'aime pas les gens égocentriques.

Sebastian grimaça, il espérait vraiment ne plus l'être.

OoOoOoOoO

-On y est presque.

Ils étaient entrés dans Cleveland il y a quelques minutes.

-Mes parents vivent dans une petite maison en périphérie de la ville.

En effet, ils traversèrent la ville sans s'y arrêter, et bientôt les maisons se firent plus rares et le paysage devint plus rural, avec des champs qui s'étendaient à perte de vue. Raphaël finit par prendre un petit chemin et Sebastian remarqua une maison au milieu des champs.

-Tu as dit que tes parents travaillent dans quoi ?

-Ma mère est femme au foyer. Mon père prof de littérature, bientôt à la retraite d'ailleurs.

-En voyant où ils habitent, j'aurais plutôt dit fermiers.

Raphaël rigola.

-Ils aiment bien la campagne. Et les champs, ce sont un fermier du coin qui s'en occupe. Et ne te moque pas de ma maison, j'ai grandi ici je te signale ! Et puis on est pas loin de Cleveland, c'est l'avantage.

-Excuse-moi, rigola Sebastian.

Raphaël se gara devant la maison et ses parents sortirent en faisant de grands signes de la main. Sa mère, Julia Moore, était une petite femme aux cheveux blonds relevés en un chignon. Elle avait de beaux yeux en amande et Sebastian se dit qu'elle n'avait pas du tout l'air de la parfaite ménagère. On voyait bien qu'elle faisait attention à son apparence. Son visage n'était pas trop marqué par les rides, alors qu'elle avait plus de cinquante ans. Son père, Franck, paraissait plus strict. Il était déjà très grand, presque plus que Sebastian, et ses cheveux noirs et ses yeux sombres lui donnaient un visage plus dur. Il faisait partie de la catégorie minoritaire des hommes qui ne connaissaient pas la calvitie, ce qui lui donnait l'air assez jeune, même si on remarquait quelques cheveux grisonnants au milieu de cette masse noire.

-Raphy ! s'exclama Julia en prenant son fils dans ses bras.

Raphy ? Sebastian sourit. Plutôt mignon. Raphaël faisait la grimace dès que sa mère l'appelait comme ça, mais cette fois-ci il sourit et répondit à son étreinte. Ses parents lui avaient vraiment manqué, il s'en rendait compte, maintenant. Cela faisait des mois qu'il ne les avait pas vu.

-Ça va mon chéri ?

-Très bien, maman.

Franck attendait patiemment derrière sa femme et prit sa place dès que possible. Julia s'approcha alors de Sebastian. Celui-ci lui tendit la main mais elle balaya la main et le prit dans ses bras rapidement.

-Je suis contente de vous rencontrer

Franck, lui, lui serra seulement la main.

-Papa, maman, je vous présente Sebastian, un ami.

-Enchanté, sourit Sebastian.

-De même, répondit Julia ans un grand sourire, tandis que son père restait plus réservé. Bon, on ne va pas rester dehors ! Entrez donc !

Raphaël et Sebastian sortirent leurs valises de la voiture avant de s'engouffrer dans la maison à la suite du couple. L'intérieur de la maison était vraiment charmant. Tous les meubles étaient en bois et allaient très bien avec les murs blancs. Le sol était frais sous leurs pieds et un douce ambiance régnait dans l'habitation. Sebastian tomba très vite amoureux des lieux, et se promit d'avoir une maison dès qu'il en aurait les moyens.

-Vous pouvez emmener vos valises dans les chambres. On a installé Sebastian dans la chambre d'amis, précisa Julia.

Raphaël hocha la tête et fit signe à Sebastian de le suivre. Les chambres se trouvaient à l'étage. Ils montèrent les escaliers avec leurs valises et e retrouvèrent dans un petit couloir. Sur l'une des portes, un autocollant affichait « Raphaël : ne pas entrer, sous peine de représailles ». Sebastian ne put s'empêcher de rire.

-Mes parents n'ont jamais jugé utile de changer la déco de ma chambre.

-Sous peine de représailles ? Tu étais un vrai rebelle dis moi !

Raphaël lui frappa le bras.

-Ne te moque pas de moi !

A l'autre bout du couloir, une autre porte portait un autocollant où était noté Leah.

-Toi, tu es dans celle du milieu.

Aucun nom sur celle-là. Sebastian ouvrit la porte. Les volets grands ouverts diffusaient une belle luminosité qui éclairait toute la chambre. Celle-ci était très bien rangée, rien ne dépassait. Un lit à deux places se trouvait dans un coin, aligné contre le mur. De l'autre côté de la pièce se trouvait un petit bureau avec une chaise, et une armoire vide. Il décida de laisser sa valise sur le lit et d'aller voir la chambre de son ami. Il toqua à la porte.

-Entrez !

Sebastian ouvrit légèrement et passa sa tête dans l'entrebâillement de la porte.

-Tu es sur ? Je ne subirai pas de représailles ? dit-il d'un ton moqueur.

Raphaël était assis sur le lit.

-Idiot, va ! rit-il.

Sebastian entra dans la pièce, qui n'était pas agencée de la même manière. Le lit deux places n'était pas le coin, seulement appuyé contre le mur, et le bureau était quand à lui collé dans le coin. L'armoire était également vide, à l'inverse du bureau. A l'évidence, les parents de Raphaël n'avaient vraiment pas touché à la chambre de leur fils.

-J'ai simplement réussi à vider l'armoire la dernière que je suis venu, dit Raphaël comme s'il lisait dans ses pensées. Et encore, tous les habits sont seulement partis dans un carton, dans la chambre de mes parents.

Sebastian vint s'asseoir à côté de Raphaël qui observait la chambre d'un regard vide.

-A chaque fois que je viens, je revois toute mon enfance, et mon adolescence dans tous ces petits bibelots. Et toi,elle est devenue quoi ta chambre ?

-Aucune idée, ça fait bien longtemps que je ne suis pas allée la voir. Je suis sure que mes parents l'ont entièrement vidé.

-Je pense que tu te trompes sourit Raphaël.

Sebastian haussa les épaules.

-Je m'en fiche.

-Si tu le dis. Ta chambre te plaît ?

-Oui,elle est super.
Quelqu'un toqua à la porte et celle-ci s'ouvrit sur une jeune femme aux cheveux châtains et lisses et au regard vert.

-Leah !

-Salut grand frère, ça baigne ?

Raphaël se leva et alla la prendre dans ses bras. La jeune femme était légèrement plus petite que son frère de taille.

-Leah,je te présente Sebastian. Sebastian,voici ma sœur.

-Enchanté, sourit Leah et Sebastian remarqua qu'elle avait le même sourire éclatant que son frère. Maman n'arrêtait pas de parler de toi cette semaine.

-Ah bon ?

-Oui, elle voulait te connaître.

-Tu viens d'arriver ? demanda Raphaël comme s'il voulait changer de sujet.

-Ouais, j'ai dormi à l'appartement hier soir.

Raphaël expliqua à son ami que Leah vivait dans un appartement près de la fac de Cleveland où elle faisait ses études, et passait parfois le week-end dans la maison familiale. Les trois jeune gens discutèrent un moment avant de retourner dans leurs chambres respectives pour défaire leurs valises. Ils se rejoignirent en bas dans le salon dix minutes plus tard pour le déjeuner. Julia leur avait cuisiné de très bonnes lasagnes. La famille de Raphaël essaya de faire plus connaissance avec Sebastian, et et le repas ressembla vite à un interrogatoire.

-Et vos parents, qu'est-ce que qu'il font dans la vie ? demanda Julia. Vous êtes proches d'eux ?

-Bon, maman, je crois qu ça ira pour les questions, intervint Raphaël.

-Excusez-moi, Sebastian, je suis peut-être un peu top indiscrète.

-Ce n'est pas grave, lui sourit-il. Ma mère ne travaille pas, et mon père est procureur. Et non, je ne suis pas très proche d'eux, j'ai quelques problèmes de communication avec mon père.

-Oh, je vois, dit Julia d'un air gêné.

-Et si on débarrassait la table ? proposa Leah pour stopper la conversation.

Ils hochèrent tous la tête et s'activèrent. Quelques minutes plus tard, tout était rangé.

-Alors, qu'est-ce que vous voulez faire cette après-midi ? demanda Franck.

-J'ai pensé qu'on pourrait aller se balader, répondit Raphaël.

-Bonne idée, approuva Sebastian. Ça nous fera du bien après la route de ce matin.

Une demi-heure plus tard, ils quittaient tous la maison et partaient marcher. Sebastian adorait le calme de la campagne. Ils empruntaient des petits chemins qui longeaient les champs et seul le chant des oiseaux venait rompre le silence qui régnait. Ils se baladèrent toute l'après-midi et rentrèrent apaisés et fatigués. Il faisait particulièrement chaud à Cleveland pour un mois d'avril, et ils pouvaient aller dehors en simple tee-shirt. De retour à la maison, ils partirent tous se laver les uns après les autres. Raphaël laissa quelques minutes l'eau s'écraser sur lui, détendant ses muscles endoloris. Il adorait vraiment venir chez ses parents. Ça lui permettait de respirer un grand bol d'air frais. La prochaine fois, il devrait essayer d'amener Lucy. Elle adorerait également, et ça lui ferait du bien elle aussi. Travailler à l'hôpital pouvait vraiment être épuisant parfois, même si c'était un boulot magnifique. Il sortit de la douche déterminé. Il avait décidé de se confier à Sebastian et de lui parler de son homosexualité. Sebastian allait bien finir par l'apprendre, alors il voulait que ça vienne de lui et pas de ses parents ou de sa sœur. Il s'habilla avant de toquer à la chambre de Sebastian. Le jeune homme lui ouvrit et le laissa entrer avec un sourire. Ils discutèrent de choses et d'autres un long moment puis Raphaël fini par se lancer :

-Sebastian ?

-Hum ?

-J'ai un truc à te dire. J'aurais dû d'avouer ça depuis longtemps, et je suis vraiment désolé de ne pas l'avoir fait…

-De quoi tu parles ?

-Seb, je…

-Les garçons, à table ! cria soudain Julia depuis le rez-de-chaussée, coupant Raphaël dans sa phrase.


NA: Voilà pour ce chapitre, peut-être plus court que les autres, j'espère qu'il vous aura plu, et je le redis une nouvelle fois, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, sinon je vais vraiment avoir l'impression que cette fiction ne plait à personne :( (sauf à mes deux commentatrices habituelles, merci encore à vous! ^^)