Chapitre 6

-Super, je meurs de faim !

Sebastian se leva.

-Qu'est-ce que tu voulais me dire ?

Raphaël se força à sourire.

-On en parlera après, t'inquiète pas.

-D'accord !

Le repas se déroula dans une bonne ambiance. Julia avait arrêté de poster des questions à Sebastian, et cette fois c'est Leah qui parlait de ses études et de sa vie à Cleveland. Elle voulait devenir avocate et étudiait le droit depuis déjà 4 ans. Sebastian apprit que la jeune femme avait deux ans de moins que lui et quatre ans de différence avec son frère. Sebastian, avec ses 24 ans, se trouvait donc au milieu. Sebastian était en train de se dire qu'il passait un journée merveilleuse jusqu'à ce que Julia lance tout à coup :

-Alors, il paraît que vous jouez du piano, Sebastian ?

Sebastian pâlit.

-Euh, j'en jouais, en effet.

-Et si vous nous jouiez un morceau ? Notre piano vient de ma mère, elle adorait jouer elle aussi.

-C'est que ça fait longtemps que je n'y ai pas touché.

-Ça ne s'oublie pas, c'est comme le vélo, l'encouragea Franck.

-Bon, très bien… Si vous insistez.

Il se leva et s'avança vers le piano à queue au fond de la pièce en essayant d'empêcher ses mains de trembler. Il n'avait plus joué depuis qu'il avait quitté l'académie. Depuis la fête de fin de diplôme… Un frisson lui parcourut le dos. Il s'assit sur le banc et se tourna vers Julia.

-Vous voulez quelle musique ?

-Oh, ce que vous voulez.

Sebastian se tourna vers Raphaël qui lui fit un sourire encourageant. Il réfléchit un instant à ce qu'il pourrait jouer comme musique et se rappela qu'en troisième année de ses études à l'académie, leur professeur de piano leur avait demandé de créer leur propre mélodie. Sebastian avait eu la meilleure note. Il ferma les yeux et essaya de se rappeler la partition qu'il avait créé et qu'il avait joué des centaines de fois pendant ses études. Au début, tout restait noir dans son esprit, puis enfin il eut l'impression que la partition apparaissait devant ses yeux. Il les rouvrit et se laissa bercer par les souvenirs en faisant résonner les notes. Quand il appuya sur la dernière note, un grand silence l'enveloppa et il eut soudain envie de pleurer. Il avait composé cette mélodie à cause de son père. Il s'en rappelait, maintenant. A l'académie, il pensait souvent à son père et souffrait que celui-ci l'ignore parce qu'il était venu dans cette école au lieu de faire de la politique. Sebastian essuya ses larmes et des applaudissements retentirent. Il se tourna vers la table.

-Sebastian, c'était magnifique, lui dit Raphaël quand le silence revint.

-Merci, dit Sebastian, ébranlé.

-Je n'ai pas reconnu l'auteur, remarqua Julia.

-C'est normal, cette musique est de ma composition.

-Tu l'as écrite ? Demanda Leah, surprise.

-Oui, pendant mes années d'étude. C'était un devoir.

Sebastian se leva et revint s'asseoir à table.

-Raphaël, décidément, tu as bien choisi. Il est mignon et en plus il joue merveilleusement bien au piano. Ta grand-mère serait ravi.

Surpris par cette remarque, Sebastian se tourna vers Raphaël qui lanca d'un ton scandalisé :

-Maman !

-Ça va, je plaisantais. Je sais bien que vous n'êtes pas ensemble.

Raphaël blêmit et Sebastian fronça les sourcils, dubitatif. Qu'est-ce qu'elle racontait ? Raphaël lui lança un regard désolé et soudain tout devint clair dans son esprit et il écarquilla les yeux. Non, Raphaël lui en aurait parlé quand même !

-Allez, rangeons tout ça, dit Franck en voyant le silence qui s'était installé soudainement.

Raphaël baissa les yeux et ramena son assiette dans la cuisine sans rien dire avant de s'éclipser discrètement dans sa chambre. Sebastian aida sa famille à tout ranger.

-J'ai dit quelque chose de mal tout à l'heure ? lui demanda Julia, inquiète que son fils soit parti.

-Non, ce n'est rien. Je vais le voir.

Il monta les escaliers et toqua à la porte. Personne ne répondit. Il ouvrit et découvrit Raphaël assis sur le lit. Il se leva d'un bond en voyant Sebastian.

-Tu… commença Sebastian.

-Ferme la porte.

Il s'exécuta avant de pointer un doigt accusateur vers lui.

-Est-ce que j'ai bien compris ce qu'a dit ta mère, ou c'est mon imagination qui me joue des tours ? dit-il d'une voix grave.

-Tu as bien compris.

-Et quand est-ce que tu comptais me le dire ?!

-Tout à l'heure, avant qu'on aille dîner.

Sebastian en resta bouche bée.

-Ça fait des mois qu'on se connaît, et tu ne m'as rien dit ?

-Je voulais te le dire, mais je cherchais la bonne occasion…

-Quand je t'ai dit que j'étais gay, ça ne te semblait pas une bonne occasion !

-On ne se connaissait pas bien encore… Écoute Seb, je suis désolée, je sais que j'aurais dû t'en parler…

-Tu as eu pleins d'occasions de me le dire. Quand je te posais des questions sur ta vie amoureuse, tu restais muet, je voyais bien que tu ne voulais pas m'en parler.

Tout lui paraissait clair maintenant. Pourquoi il ne l'avait pas emmené chez lui, pour qu'il ne rencontre pas Lucy qui aurait pu faire une gaffe elle aussi...

-Pourquoi tu n'as pas osé m'en parlé ?

-Parce que nous sommes amis, Seb, et je ne voulais pas que ce genre de de révélations gâche notre amitié ! Je me suis dit que si tu savais ça, tu me verrais différemment. Je ne pas pourquoi Sebastian, j'ai simplement attendu, et encore attendu, me disant que je finirai bien par te l'avouer, et…

-C'est bon, c'est pas grave, le coupa Sebastian.

-Quoi ?

-Je n'ai pas envie qu'on se fâche à cause de ça, alors on oublie, d'accord ? Mais promets-moi. Plus de secrets entre nous.

Raphaël acquiesça.

-D'accord. Plus de secrets. Je suis vraiment désolé, si tu savais.

-Je le sais, sourit Sebastian. Mais tu t'es trompé. Ce n'est pas ce genre de choses qui va gâcher notre amitié. Au contraire, on se serre les coudes entre gays, pas vrai, non ?

Raphaël rit et s'assit par terre, le dos appuyé conte le lit. Sebastian s'assit à côté de lui, et après un long silence ils commencèrent à discuter. Sebastian lui posa pleins de questions : quand est-ce qu'il s'en était rendu compte, si ça s'était bien passé à l'école et avec ses parents.

-A l'école ça pouvait aller, j'ai fait en sorte que personne ne le sache jusqu'au lycée. Quand les gens l'ont appris, je me faisais un peu chambrer, mais dans l'ensemble je m'en sortais bien. Et ça n'a jamais posé de problème à mes parents, ils ont juste du s'habituer à ne pas me voir me marier avec une femme un jour.

-Et à l'hôpital ?

-Personne ne sait. Je ne veux pas que ça pose de problème dans mon travail.

-Je comprends. Moi non plus, personne ne savait, au Cordon Bleu.

-J'ai une question. Ça n'a aucun rapport avec tout ça. Tout à l'heure, quand tu as joué ta musique au piano, tu semblais.. ému.

-Oh…

Sebastian lui confia alors la provenance de cette mélodie et les souvenirs qui allaient avec.

-Ça m'a fait bizarre de rejouer cette musique après tout ce temps, et surtout de voir que la situation avec mon père se dégrade de plus en plus.

-Ne t'inquiète pas, je suis sûr que ça va finir par s'arranger avec lui.

-Si tu le dis…

Ils parlèrent toute la soirée et peu à peu Raphaël se détendit. Il était soulagé que Sebastian accepte de le pardonner. Il ne voulait pas perdre son ami, et même s'il savait que Sebastian lui en voulait malgré ce qu'il disait, il sentait qu'ils avaient passé un nouveau cap ce soir.

OoOoOoOoO

Le lendemain, Raphaël décida de l'emmener visiter Cleveland. Cette fois-ci, ses parents et sa sœur les laissèrent seuls. Ils avaient trop l'habitude de cette ville. Maintenant que Sebastian savait que son ami était gay comme lui, une barrière semblait s'être volatilisé entre eux. Quand ils passaient devant des panneaux publicitaires pour les vêtements, pour hommes ou pour les parfums, ils ne pouvaient pas s'empêcher de donner leur avis sur les mannequins. Raphaël remarqua qu'ils avaient à peu près les mêmes goûts en matière d'hommes. Ils se baladèrent dans la ville toute la matinée. Raphaël emmena son ami dans les lieux de son enfance, comme la crèche, l'école primaire et le collège où il avait étudié, ou même une salle de jeux où il avait pour habitude d'aller dépenser son argent de poche avec ses copains. Il rentrèrent à la maison pour déjeuner. Leah repartait le soir-même à Cleveland, ils voulaient donc passer l'après-midi avec elle.

Franck leur proposa alors d'aller jusqu'à un petit ranch où ils pourraient faire une balade à cheval. Sebastian n'étant jamais monté sur ces animaux, il grimaça à cette idée mais finit par accepter sous les supplications de Raphaël et Leah. Leurs parents décidèrent de ne pas les accompagner, Julia avait une peur bleu des chevaux depuis son enfance.

C'est ainsi qu'à trois heures de l'après-midi Sebastian se retrouva assis sur un cheval bai brun, arrachant presque la crinière du pauvre animal tellement il s'y accrochait. Ils passèrent ainsi l'après-midi à se balader sur les chemins sinueux et firent même un petit bout de forêt jusqu'au lac Érié. Sebastian n'arrêtait pas de demander s'ils étaient sûrs du chemin, mais Raphaël et Leah connaissaient le coin comme leur poche.

-On venait ici tous les week-end, alors détends-toi, lui dit Raphaël.

-Je suis sur un cheval.

-Et ?

-Je ne peux pas me détendre en étant sur un cheval !

Leah éclata de rire.

-Il ne va pas te manger tu sais.

-Oui, c'est facile de dire ça !

Surtout que sur le chemin du retour, son cheval eut une brusque envie de galoper, et Sebastian se sentit bien incapable de l'arrêter.

-Tire sur une rêne !

Mais Sebastian continuait à tirer sur les deux rênes en même temps, ce qui n'avait absolument aucun effet sur l'équidé.

-Sur une rêne ! répéta Leah.

Sebastian finit par l'écouter et tira de toutes ses forces. Le cheval finit par se calmer et s'arrêter. Raphaël et Leah le rejoignirent au trot allongé. Sebastian était plié en deux sur le cheval, une main sur le ventre.

-Sebastian,tout va bien ? demanda Raphaël, inquiet.

Il leva des yeux pleins de larmes vers eux, le corps secoué de soubresauts.

-Attend, tu rigoles là ?

-J'ai eu la peur de ma vie !

Il éclata de nouveau de rire sous les yeux stupéfaits de ses deux amis. Raphaël finit par sourire, et le rire de Sebastian étant communicatif, ils terminèrent tous les trois pliés en deux sur leur monture, sans savoir vraiment pourquoi ils rigolaient. Quand ils réussirent enfin à se calmer, Sebastian songea que cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas ri comme ça.

OoOoOoOoO

Les jours qui suivirent parurent magnifiques à Sebastian, la vie à la campagne était vraiment apaisante. Ils passaient en général l'après-midi à se balader, il faisaient parfois des pique-nique au bord du lac . Raphaël l'emmena voir le fermier qui s'occupait des champs autour de la maison et ils retournèrent plusieurs fois faire des balades équestres. Sebastian n'aurait jamais cru aimer ça. Son père lui aurait certainement empêché de monter sur un cheval s'il le lui avait demandé dans son enfance. Leah était finalement repartie le lundi matin très tôt pour passer une dernière soirée avec son frère. Raphaël lui promit d'essayer de revenir plus souvent à Cleveland, et l'invita également à venir quand elle pourrait à Lima pour voir où il habitait. Sa sœur n'était jamais venu chez lui, et il imaginait très bien que Leah adorerait Lucy. Elles avaient un caractère assez semblable, timide avec les personnes qu'elles rencontraient, mais de véritables piles électriques avec leurs amis. D'ailleurs, Lucy l'avait appelé plusieurs fois dans la semaine, et elle finit un jour par demander :

-Et avec Sebastian, ça se passe comment ?

-Lucy, arrête avec ça !

-Quoi ? Avait-elle dit d'un innocent. Je te demande juste si vous vous entendez bien.

-Très bien oui, il adore mes parents et la vie à la campagne. Et il s'est remis au piano, il joue souvent. Je pense que ces vacances lui font du bien autant qu'à moi.

-Oui, vous avez bien de la chance. J'aurais aimé en avoir aussi.

-Je suis sur que t'auras bientôt des congés. Et avec Ben, tout va bien ?

-Super ! On profite que tu sois pas là pour passer nos soirées sur le canapé à regarder des films romantiques !

-Toi, des films romantiques ? Je croyais que tu détestais ça.

-Je déteste ceux où les personnages se croient dans le monde des bisounours, mais il y a pleins de films d'actions ou de thriller avec des histoires d'amour ! Et Ben adore ce genre de films aussi.

-Il est vraiment parfait pour toi alors, avait rigolé Raphaël.

-Bon, et toi, je suis sérieuse, il se passe toujours rien entre toi et Sebastian ?

Raphaël avait senti le rouge lui venir aux joues et avait été bien content que sa meilleure amie ne puisse pas le voir.

-Non, rien du tout, on est seulement amis.

-Et tu ne voudrais pas que vous soyez plus ? Je croyais qu'il était gay !

-Il l'est. Mais il n'a pas manifesté l'envie qu'on soit plus qu'amis, et je pense pas que c'est ce que je veuille non plus.

-Ah oui, vraiment ? Tu mens très mal ! N'empêche que quand vous rentrez, je veux avoir droit à de vrais présentations avec lui.

-Oui, t'inquiète pas.

-Bon, allez, à bientôt, je dois y aller ! Y en a qui bossent !

Après avoir raccroché, Raphaël était resté quelques minutes assis sur son lit, pensif. Il était vrai qu'il pensait peut-être un peu trop à son ami ces derniers temps. Il adorait être tout le temps avec lui, passer ses journées à discuter de tout et de rien, lui faire découvrir sa ville, sa maison, sa famille. Sebastian connaissait quasiment tout de lui à présent et il adorait ça. Peut-être un peu trop même. Il se surprenait à lancer des coups d'œil à Sebastian, à guetter ses réactions dès qu'ils discutaient, et il sentait son cœur s'emballer dès que Sebastian le frôlait d'un peu trop près. Il se sentait d'ailleurs idiot de ressentir de telles émotions quand il était avec lui. Ils étaient seulement amis, comme il n'arrêtait pas de le répéter à Lucy, et à sœur aussi, et si Sebastian avait été attiré par lui, il le lui aurait fait comprendre, maintenant qu'il savait pour son homosexualité.

Pourtant, sans que Raphaël ne le sache, Sebastian commençait à se faire les mêmes réflexions de son côté. Lui aussi se sentait différent dès que Raphaël était près de lui, et il n'avait jamais été pus heureux qu'en sa compagnie. Mais il faisait tout pour cacher ses sentiments naissants, parce qu'il se connaissait très bien. Il n'avait jamais vraiment réussi à s'attacher à quelqu'un, il n'était pas un homme fidèle et était incapable d'avoir un véritable petit ami plus de deux jours. Il ne pouvait donc pas s'imaginer avec Raphaël, qui semblait pour sa part attendre l'âme sœur. Il lui ferait du mal, c'était certain, et il n'en avait pas envie. Son ami méritait mieux que ça. Il essayait donc de penser à autre chose, ce qui n'était pas si simple en passant toutes ses journées à ses côtés.

Il essayait ainsi de faire le plus possible de piano. L'instrument lui avait beaucoup manqué, et la musique lui permettait d'oublier tout le reste. Julia l'observait souvent quand il jouait, et n'arrêtait pas de le féliciter. Elle disait que quand elle fermait les yeux, elle s'imaginait enfant, en train d'écouter jouer sa mère. Sebastian passait également de longs moments avec le père de Raphaël, et quand il discutait avec Franck, il avait du mal à imaginer que celui-ci fut alcoolique dans le passé. Il avait une routine de vie agréable. Tous les matins, il buvait son café en lisant son journal, puis il partait pour la fac quand il avait des cours à donner, ou se promener quand il commençait plus tard ou était en congé. Sebastian avait d'ailleurs remarqué qu'il n'y avait pas d'alcool dans la maison. Pendant le repas, tout le monde buvait de l'eau, et le reste du temps il y avait des jus de fruits que Julia faisait elle-même en fonction des fruits de saison. La routine de la maison semblait bien rodée, et il avait du mal à imaginer que la maison n'avait pas toujours été aussi calme. Il avait demandé à Raphaël de lui parler de son père. Celui-ci lui avait raconté que Franck, quand son fils était enfant, s'endettait parfois en faisant des jeux d'argent, et qu'il avait perdu son travail dans un lycée. Il était tombé dans la dépression et avait commencé à boire, jusqu'à ce que ça devienne une addiction. Il avait passé quelques années au chômage, à rester cloîtré dans la maison, puis sa femme avait fini par l'envoyer six mois faire une cure pour qu'il arrête de boire et de jouer. Il en était sorti complètement clean, et n'avait plus touché une table de jeu ou une goutte d'alcool depuis. Il avait retrouvé un travail à la fac de Cleveland cette fois-ci, et la maison avait été vidée de toute trace d'alcool. Sebastian apprit également que Leah avait toujours refusé de boire elle aussi, comme Raphaël, ayant trop peur de faire les mêmes erreurs.

Sebastian adorait cette famille où tout semblait parfait, et il voyait bien dans les yeux du couple Moore à quel point ils aimaient leur fils. Ils étaient peut-être même un peu trop collants avec lui. Julia était vraiment aux petit soins pour son fils. Tous les matins, elle lui demandait comment il se sentait, et Sebastian avait surpris plusieurs fois Leah lever les yeux au ciel devant que l'adoration que Julia vouait à son fils. Il se rappelait d'ailleurs que Leah avait fait une remarque à sa mère dimanche matin au petit-déjeuner :

-Maman, il n'est pas en sucre, arrête un peu, avait-elle dit.

A ce moment-là, Sebastian n'avait pas fait attention au regard embarrassé de Raphaël à son égard, mais plus les jours passaient plus il était intrigué par l'attitude de Julia. D'ailleurs, ce matin-là, deux jours avant leur départ pour Lima, Julia n'arrêtait pas de lancer des regards à son fils.

-Tu as l'air fatigué aujourd'hui mon chéri.

Raphaël lança un regard à Sebastian. C'est parce qu'ils s'étaient couchés tard la veille. Ils avaient regardé un film dans la chambre de Raphaël avant de discuter un long moment.

-Je me suis simplement endormi tard…

-Tu es sur ? Tu es tout pâle…

-Maman, arrête ! s'exclama Raphaël avant de reprendre son calme. Je te dis que je vais bien.

C'est là que Sebastian fut frappé par l'air gêné de Raphaël. Il fuyait son regard. Après le petit-déjeuner, il alla toquer à la porte de son ami. Celui-ci était en train de faire son lit.

-Je peux te poser une question ?

-Oui, bien sûr.

-Pourquoi ta mère est aussi protectrice avec toi ?

-Quoi ?

-Je n'avais jamais fait attention, mais elle semble toujours inquiète pour toi.

-Oh ça ! C'est jute que c'est une vraie mère poule.

-Raphaël, je t'en prie, ne me mens pas.

Le jeune homme pâlit.

-Écoute… C'est… C'est juste que j'ai eu une enfance difficile, et…

-Justement, parle-moi de ton enfance, de ton adolescence ! Tu ne me dis jamais rien !

Raphaël se passa une main dans les cheveux. Il n'avait aucune envie de parler de ça à Sebastian maintenant.

-J'ai simplement eu des problèmes de santé quand j'étais plus jeune, balbutia-t-il. J'étais plutôt fragile, alors ma mère s'inquiète tout le temps pour moi…

-Pourquoi tu ne m'en parles pas ?

-Seb, ce sont des souvenirs difficiles, je n'aime pas en parler.

Sebastian vit le teint parle de Raphaël et se sentit coupable. Il ne pouvait pas l'obliger à évoquer des souvenirs douloureux.

-Je promets que j'en parlerai, mais… pas tout de suite, d'accord ?

Raphaël déglutit péniblement et s'assit sur le lit, les jambes tremblantes. Il détestait repenser à ça.

-Excuse-moi, murmura Sebastian en s'asseyant près de lui. Je ne voulais pas te faire de mal.

Sebastian tendit les bras. Raphaël le regarda un peu surpris avant de venir dans ses bras. Il se tinrent ainsi quelques secondes avant de se séparer, Raphaël les joues empourprées et Sebastian un petit sourire aux lèvres qu'il s'obligea à museler.

OoOoOoOoO

La veille de leur départ, Sebastian et Raphaël décidèrent de faire un pique-nique en fin de journée. Ils emmenèrent de quoi faire un beau goûter et s'installèrent à la lisière de la forêt. Ils voulaient admirer le coucher de soleil, et le voyaient très bien d'où ils étaient. Ils discutèrent un long moment de tout et de rien en mangeant des gâteaux, et Raphaël ne pouvait pas s'empêcher de rire ou de sourire à tout ce que lui disait Sebastian. Toute la semaine, il avait été irrésistiblement attiré par Sebastian, et ce soir, il était vraiment attiré par ses lèvres. Il chassa ses pensées, mais plus Sebastian parlait, plus il ne pouvait s'empêcher de regarder les lèvres du garçon.

-Il y a un problème ? finit par demander Sebastian.

-Non, non, pas du tout…

Il leva les yeux vers Sebastian et ne put soudain pas s'empêcher de s'approcher. Leurs visages se rapprochèrent lentement et leurs lèvres se rencontrèrent. Raphaël ferma les yeux et sentit son cœur s'emballer. Sebastian passa une main derrière sa nuque pour le rapprocher encore plus de lui. Ils finirent par se séparer et se regardèrent un moment. Raphaël sentait qu'il avait les joues rouge. Sebastian avait l'impression d'être au paradis, jusqu'à ce qu'il voit les yeux pétillants et le sourire sur le visage de Raphaël. Son coeur se serra. C'était le visage d'un homme amoureux. Il ne pouvait pas faire ça. Il n'avait pas le droit de lui faire ça. Il se leva d'un bond.

-Désolé. On n'aurait pas dû faire ça.

Le visage de Raphaël se décomposa.

-Quoi ? Mais… je croyais…

Il ne pouvait pas se tromper à ce point. Il avait bien vu que Sebastian avait aimé l'embrasser.

-Tu croyais mal, dit Sebastian d'un ton sec.

Raphaël se leva à son tour.

-Qu'est-ce qui te prend d'un seul coup ?

-Mais toi, qu'est-ce qui te prend ? Pourquoi tu m'as embrassé ?

-Si tu n'en avais pas envie, il ne fallait pas te laisser faire ! s'emporta Raphaël.

Sebastian détourna le regard.

-On devrait rentrer.

-Attends, je ne comprends pas là !

-Je crois… Qu'on est pas fait pour être ensemble, c'est tout.

On aurait dit que ce n'était plus Sebastian qui parlait. Il le regardait avec des yeux vides. Il n'avait jamais été aussi sec !

-Comment tu peux dire ça après m'avoir embrassé ?

Sebastian haussa les épaules.

-Rentrons, s'il te plaît.

Blessé, Raphaël rangea rapidement les affaires et se dépêcha de retourner à la voiture. Il ne comprenait vraiment pas, et le visage si dur de Sebastian lui serrait le cœur. Qu'est-ce qu'il avait fait de mal pour être rejeté comme ça ? Le retour à la maison se passa dans une ambiance électrique. Raphaël était agrippé au volant, et Sébastian, lui, regardait la route sans rien dire. Raphaël avait envie de lui hurler dessus, pour comprendre ce qui s'était passé, mais il se doutait que ça ne servirait à rien. Sebastian, lui, souffrait en silence. Il avait l'impression d'être un monstre, mais il savait qu'il n'avait pas le ne devait pas se laisser tenter par une aventure avec Raphaël. Ce serait une grave erreur. Mais il s'en voulait de le repousser comme ça sans une explication. Il devait lui faire croire qu'il n'était pas attiré par lui, que tout relation serait impossible entre eux. Sinon, il allait lui faire du mal. Il serait incapable de s'attacher à lui, de tomber amoureux de lui. Il ne l'avait jamais été. Ils arrivèrent à la maison en silence et se retirèrent dans leur chambre un moment avant d'être appelé pour le dîner. Raphaël et Sebastian essayèrent de faire bonne figure pendant le repas, mais Julia et Franck se rendirent vite compte que quelque chose n'allait pas entre eux, même s'ils ne firent aucune remarque. Sebastian leur fit de nouveau une mélodie au piano, et à la fin de son morceau, Julia s'approcha de lui.

-Je sais que ça peut sembler fou, dit-elle, mais j'y ai beaucoup réfléchi avec Franck, et on s'est dit que ce piano en avait peut-être assez de moisir ici.

Sebastian haussa un sourcil.

-Comment ça ?

-Nous voulons vous le confier, termina Julia.

-Comment ça, me le confier ?

-Nous avons un ami qui a un camion, il se fera un plaisir de l'emmener à Lima. Mais nous devons savoir si vous aurez de la place dans votre appartement pour l'accueillir, expliqua Franck.

Sebastian n'en revenait pas. Ils étaient vraiment en train de lui offrir un piano ? Il ne put s'empêcher de se tourner vers Raphaël, qui lui fit un petit sourire malgré le froid entre eux. Sa mère lui avait parlé de son idée, et il était vraiment heureux pour Sebastian, qui toujours adoré le piano et pourrait très vite se remettre à la musique. Sebastian se tourna vers Julia.

-Je crois que je lui trouverai bien une place. Merci beaucoup, Julia. Du fond du cœur.

Julia s'approcha de lui et le prit dans ses bras.

-C'est avec plaisir. Promettez-moi de faire des merveilles avec ce piano.


NA : Voilà pour ce chapitre, j'espère que ça vous aura plu, désolée d'avoir posté le chapitre autant en retard :) J'espère que ce petit aperçu de relation entre Raphaël et Sebastian vous aura plu, désolée de vous faire languir si longtemps, mais ils ne sont pas encore au bout de leurs peines ! (Petite rire démoniaque) Rassurez-vous, les prochains chapitres devraient être bien plus intéressants :D

A bientôt, et comme je le te dis toujours, n'hésitez pas à laisser un petit commentaire (ça peut tout aussi bien être une critique négative, tant que ça reste constructif)