Coucou! Bienvenue, ou merci de revenir découvrir la suite!
J'ai été agréablement surprise par les retours positifs que j'ai eus pour le premier chapitre, donc j'espère que celui-là vous convaincra également. Que ce soit le cas ou non, faites moi part de votre ressenti, ça me ferait énormément plaisir.
/!\ rating M
Ensuite, concernant les lecteurs de WP, je vous rassure: quand je dis prendre du recul par rapport à WP, je veux dire prendre le temps de structurer et planifier tranquillement les prochains chapitres. J'ai besoin de replonger dans mes notes, etc, et de relire des passages pour ne pas faire d'erreurs et parfois meme avoir des idées fraiches. Donc, promis, en septembre il y aura la suite. Je suis déjà en train de l'écrire, d'ailleurs, je ne suis pas en pause.
Aussi, alors je mets environ 3 semaines à écrire les longs chapitres de WP (ceux que je finis par couper en 2), je ne mets que 2 jours pour Ce truc entre James et moi. Tout simplement parce qu'elle est nettement plus simple à écrire. Donc, ne vous inquiétez pas, ce n'est pas parce que je met à jour cette fic fréquemment que j'abandonne l'autre.
Voilà. Euh, bon chapitre hein! Je sais pas trop quoi en penser, alors je vous laisse juges.
Bonne lecture :)
Chapitre 2.
Le truc, c'est qu'il ne m'a pas vue partir non plus.
Je n'avais aucune intention de donner une chance à James. Voilà, c'est dit.
Alors je l'ai lâchement évité. J'ai profité de mon déménagement pour disparaître de son radar, j'ai disparu des réseaux sociaux, j'ai accepté un job très loin de Londres et je me suis faite discrète en attendant mon départ. Et mon plan a fonctionné pendant trois merveilleuses semaines qui m'ont permises de regagner une certaine sérénité mentale. Je souriais à nouveau, je mangeais à nouveau, je contrôlais à nouveau, l'avenir s'annonçait doux, paisible, prévisible.
Et puis il m'a retrouvée.
La veille de mon départ, en plus.
C'est pas non plus comme si je me cachais, hein (pas faute d'avoir essayé, mais la dame du service de protection des témoins m'a patiemment fait comprendre que le fait qu'un ancien camarade de classe veuille sortir avec moi n'était pas une raison suffisante pour que je change d'identité. Comme quoi, seuls les gens pourchassés par la mafia étaient élligibles. Pfff). Mais à part Marlène, personne savait que je bossais à la librairie de ses parents après les cours. Pas que je m'en cachais non plus, hein, mais si ça s'était su, toutes mes connaissances à la fac se seraient pointées en espérant que je leur fasse une remise.
Enfin bref. J'étais tranquillement en train de finir l'inventaire dans l'arrière-boutique quand James a débarqué, et m'a flanqué la frousse de ma vie.
– Tu m'avais dit que tu allais y réfléchir ! s'est-il écrié sur un ton accusateur.
J'ai sursauté et ai poussé un cri de surprise. James se tenait sur le seuil de la porte, et il n'avait pas l'air très content.
Et merde, j'y étais presque arrivée, à quelques heures près...
– Salut, ai-je dit en fronçant les sourcils. Il me semble que l'écriteau affichait « fermé », non ?
J'en étais même certaine. Quel plaisir, ça avait été de tourner le panneau pour la dernière fois.
– Tu m'avais dit que tu allais y réfléchir, a-t-il sifflé en ignorant mon commentaire.
J'ai croisé les bras, l'air défiant.
– J'y ai réfléchis. Et ma réponse est non.
– Et tu ne pouvais pas prendre deux secondes pour m'en informer ? s'est-il agacé. J'attendais ta réponse comme un con, pendant tout ce temps.
J'ai roulé des yeux avec impertinence.
– C'est pas comme s'il y avait jamais eu de grandes chances que j'accepte, ai-je rétorqué en plaçant un carton dans ses bras.
Je pensais pourtant que mon air horrifié s'était passé de commentaire.
Il m'a suivie dans la librairie.
– Excuses-moi d'avoir pensé que tu étais assez sensée pour ne pas refuser un poste de directrice du département artistique dans l'une des meilleures boîtes du pays.
Je me suis retournée, stupéfaite.
Il parlait du boulot?
– Tu voulais me nommer directrice du département artistique ?
J'en revenais pas.
– Tu l'aurais su, si tu n'avais pas bloqué mon numéro, a-t-il grogné.
Je n'ai pas pu m'empêcher de me sentir gênée.
– Je… j'avais peur que tu me parles de ton autre… proposition, ai-je avoué à demi-mot. J'avais besoin de réfléchir au calme.
– Et donc ? La meilleure solution que tu aies trouvée pour te débarrasser de moi c'est de disparaître, c'est ça?
Exactement.
– J'avais besoin de temps.
– Et d'espace, apparemment. J'ai appris que tu as eu un entretien sérieux avec l'AMLA.
Fuck it. Il était au courant de ça ? Est-ce qu'il était au courant que j'avais déja accepté, et que je partais demain?
Non, il était bien trop calme. Ouf. Respire, ma pauvre fille.
– C'est compliqué, ai-je éludé.
Il m'a jeté un regard torve. J'ai soupiré.
– Tu peux poser le carton sous le comptoir, lui ai-je indiqué.
Il a obtempéré.
– En quoi c'est compliqué ?
– J'ai eu une bonne opportunité, je l'ai saisie. Tu ne peux pas nier que l'AMLA est un excellent choix.
– Il sont basés en Nouvelle-Zélande ! a-t-il rappelé. Tu ne trouves pas que tu abuses un peu ? La Nouvelle-Zélande ?
– Je n'ai pas choisi l'AMLA parce que c'est géographiquement le pays le plus éloigné du Royaume-Uni, ai-je protesté avec mauvaise foi. Je l'ai choisi car ce serait l'occasion de mettre mes compétences à l'œuvre dans une entreprise qui veut changer le monde, de faire la différence, d'améliorer des vies. Pourquoi travailler dans la cosmétique quand je peux contribuer à mettre au point des médicaments ?
– Oh, arrête, je te connais un minimum Evans. Tu détestes l'imprévu, tu détestes prendre des décisions sur un coup de tête. On sait tous très bien pourquoi tu te barres à l'autre bout du globe.
– Ça n'a rien à voir avec toi. C'est même très présomptueux de ta part que mes choix professionnels ont quoi que ce soit à faire avec toi.
Il a levé les yeux au ciel.
– Bon, t'as fini ?
Je ne savais pas très bien s'il parlait de l'inventaire ou de ma lamentable défense, mais j'ai acquiescé car c'était oui dans les deux cas.
Son portable a sonné, et il a répondu sans me quitter des yeux.
– Oui ?
Son visage s'est éclairé en reconnaissant l'interlocuteur, avant de se contracter une grimace.
– Une boîte entière ? s'est-il indigné. Mais vous êtes dégueulasses !
Plongé dans sa conversation, il est sorti dehors sans un mot afin de continuer sa conversation en privé. J'en ai profité pour verrouiller la porte à double tour. James m'a jeté un regard indigné à travers les vitres, et j'ai fermé les stores pour ne plus avoir à le voir. Il a pesté, a tenté d'actionner la poignée, avant d'abandonner et de s'éloigner.
Enfin débarrassée de lui, j'ai tranquillement fini de ranger le dernier carton puis, après avoir fait un dernier tour des lieux le cœur nostalgique, j'ai éteint les lumières et ai baissé le rideau de fer pour la dernière fois. Cette librairie, dans laquelle je travaillais pour arrondir mes fins de mois, allait me manquer.
Sur le chemin qui me menait chez Marlène, chez qui je squattais depuis que Rama et moi on avait rendu l'appartement qu'on occupait en colocation, j'ai pensé à James. Il est vrai que je n'avais pas agis de la meilleure manière possible.
Le truc, c'est que plus j'essayais de penser à des manières de lui ôter cette idée farfelue de la tête, plus je pensais à lui. Et plus je pensais à lui, plus je le voyais sous un nouveau jour. Et plus je voyais sous un nouveau jour, plus je le trouvais attirant.
Des petits détails idiots me laissaient pensive pendant des heures. Le fait qu'il soit si grand qu'il semblait ne jamais savoir comment plier les jambes. Son tic de toujours se passer les mains dans les cheveux. Un jour, il avait enlevé ses lunettes et j'avais remarqué qu'il avait de longs cils. Quand il riait avec Sirius, il dévoilait des canines acérées. Je l'avais plusieurs fois réprimandé pour jouer de la guitare alors que j'essayais de réviser, mais il en jouait bien.
Je me sentais comme Lizzie Bennett, qui tombe amoureuse de Darcy à mesure qu'elle reconnaît ses qualités. A la différence que je ne tombais pas amoureuse de lui, et que je ne comptais pas accepter de ne sortir avec lui s'il me le demandait une deuxième fois.
Est-ce que j'avais été trop cruelle de l'ignorer totalement ?
Probablement. Il m'avait fait deux propositions de manière élégante. J'aurais dû lui faire part de mon refus avec autant de classe.
Ouais, mais si j'avais fui, c'est parce qu'il y avait des chances qu'il refuse mon refus. J'aurais bien évidemment pu refuser qu'il refuse mon refus, mais quelque chose me disait qu'il aurait eu le dernier mot...
Mais quand même. Je n'aurais pas dû disparaître lâchement. James ne me voulait aucun mal, après tout. OK, je n'étais pas à l'aise avec le fait qu'il veuille sortir avec moi, mais il avait été clair sur le fait que cela n'avait rien à voir avec sa proposition d'emploi. C'étaient mes qualités professionnelles qu'il appréciait, et qui l'avaient poussé à me demander de rejoindre Phoenix, et pas pour un poste dégueulasse. Et même s'il n'était pas à exclure que son attirance avait pesé dans cette sélection, il n'avait jamais fait de notre relation une condition pour rejoindre Phoenix. J'avais été injuste.
Je pourrais peut-être lui donner une explication.
Ouais... j'avais besoin d'avoir l'esprit tranquille. Je me sentais coupable, et le fait de l'avoir jetée dehors comme un malpropre dix minutes plus tard ne me faisait pas me sentir mieux.
Mais il pourrait saisir l'occasion pour revenir à la charge.
Mais... Mais... Mais...
J'ai fini par céder, et l'ai appelé le cœur battant. Il a décroché dès la deuxième sonnerie.
– Oui ?
J'ai grommelé intérieurement. Je détestais les gens qui décrochaient en disant oui. Ils ne pouvaient pas dire « allo » comme tout le monde ? On dirait qu'on les dérangeait.
– C'est Lily.
– Je sais. Je n'ai pas effacé ton numéro, moi.
Bon, j'avais mérité ses piques, je suppose.
– Je suis désolée, de ne pas t'avoir dit ce que j'avais décidé, ai-je repris. C'était pas cool.
– Et c'est stupide. Si t'avais besoin de temps, je t'en aurais accordé. Je veux vraiment que tu viennes bosser avec moi, Evans. Tu devrais rejoindre Phoenix, pas partir à… attends deux secondes…
Je l'ai entendu pianoter sur son portable.
– Ah ouais quand même ! a-t-il repris, l'air scandalisé. La Nouvelle-Zélande est située à 19 053,024 kilomètres d'ici.
Précisément pourquoi j'ai choisi l'AMLA. J'ai soupiré.
– Je pense simplement que ce n'est pas une bonne idée. Qu'on travaille ensemble.
– Stupide.
– James…
– Je te proposes un vrai travail, Evans. Et un bon. On formerait une excellente équipe. C'est parce que tu es brillante que je te veux à Phoenix, pas parce que je suis attiré par toi.
Je sais ce qu'il veut dire, quand il dit que nous sommes complémentaires. Il est capable de donner dix idées à la minute, dix super bons concepts, mais a tellement du mal à se concentrer et se canaliser que les réaliser se révèle difficile. Et moi, je ne suis peut-être pas aussi créative que lui, mais je suis bien plus rigoureuse. Quand on travaillait ensemble, on débouchait sur des choses très réussies.
– Est-ce que tu accepterais au moins d'avoir un entretien avec mon père avant de refuser définitivement ? a-t-il ajouté. S'il te parle du poste en détail, je suis certain que tu accepterais.
J'ai grimacé. Je devrais peut-être lui révéler que j'avais déjà signé mon contrat, non?
Puis je me suis souvenue de notre verre. De ses yeux. De ses mots.
Non. Je suis lâche.
– Ça va être un peu short, je pars en voyage demain pendant quelques temps…
– Oh, et tu reviens bientôt ? s'est-il enquit.
– Oh, pas avant septembre.
De l'année prochaine.
– Mince… Tu pars où, au fait ?
Loin, très loin. Et c'est un aller-simple.
– Au soleil, ai-je éludé. J'ai besoin de bronzer un peu.
Il a marqué une pause. Je l'imaginais bien se passer une main dans les cheveux.
– Mon père est à un gala ce soir, sinon j'aurais demandé à ce qu'il te reçoive immédiatement.
– Ah.
Il paraissait vraiment embêté.
– Mais on pourrait peut-être en discuter tous les deux ? Comme ça tu pourrais y réfléchir tranquillement quand tu seras à l'étranger. T'as quelque chose de prévu, ce soir ?
J'avoue que j'étais un peu curieuse de savoir ce que je valais sur le marché d'après Potter.
– Je te retrouve devant chez Marlène, a-t-il conclu avant que je ne puisse répondre.
Puis il a raccroché.
Qu'est-ce qu'il racontait..?
Enfin, bref. J'ai à peine eu le temps de ranger mon portable, et de tourner à l'angle de la rue, qu'il était déjà là. Pour la seconde fois de la soirée, James est apparu de manière inattendue devant moi. Et pour la deuxième fois, j'ai crié.
– Arrête de faire ça!
– Désolé.
J'ai soufflé.
– Qu'est-ce que tu fais là ?
– Sirius m'a demandé de lui apporter des capotes. Il a insisté pour avoir un paquet entier.
– Celui de vingt, je suppose ?
Il a acquiescé, l'air grave. J'ai soupiré. Marlène partait faire un stage à Salt Lake City dans quelques semaines, et les tourtereaux semblaient vouloir repeupler Londres avant leur séparation. Une semaine seulement qu'ils étaient ensemble, et j'avais déjà vu les fesses de Sirius trop de fois pour ma santé mentale.
Me restait plus qu'à me réfugier dans un cinéma en attendant minuit.
– J'ai pas encore dîné, a poursuivi James. Tu m'accompagnes manger chez Futake ? C'est pas un rencard, a-t-il précisé précipitamment en me voyant ouvrir la bouche. Juste un dîner professionnel. Dans un resto chinois. Pour parler de Phoenix.
Je n'ai pas hésité plus d'une demi-seconde.
– J'aime bien la cuisine chinoise.
Il a souri.
– Je sais.
Je l'ai suivi jusque sa voiture, une coupé sport super élégante, dont il m'a ouvert la portière avant de s'installer. Sur le chemin, on s'est contenté d'écouter les musiques que passaient la radio. Par nostalgie, je n'ai pas pu m'empêcher de chanter en chœur quand un vieux tube des Spice Girls est passé. James n'a pas arrêté de me regarder avec un sourire mystérieux, mais je l'ai ignoré.
– Tu chantes pas très bien, a-t-il commenté quand j'ai fini.
– Wow, tu sais faire en sorte qu'une fille se sente spéciale.
– Mais c'est vrai, c'était terrible. Et tu ne connais pas la moitié des paroles.
– Oui, mais c'est toute ma jeunesse, me suis-je défendue. J'étais tellement fan d'elles que j'avais leurs chaussures compensées.
Je les avais encore (on savait jamais si elles reviendraient à la mode un jour), mais il n'avait pas besoin de le savoir.
Ensuite, ils ont passé du James Blunt, et cette fois, il a chanté avec moi. C'était absolument terrible, mais on a beaucoup ri à la fin.
Une fois installés au restaurant, et les commandes passées, il m'a parlé du poste qu'il me réservait et qui, je dois l'admettre, était assez intéressant.
Phoenix était une entreprise de cosmétiques qui se reconvertissait dans le bio. Pour cela, James souhaitait renouveler l'équipe dirigeante et la remplacer par des personnes de confiances convaincues que l'avenir des produits de beauté se trouvait dans le choix de matières naturels. L'AMLA utilisait également des nanotechnologies, mais dans l'industrie pharmaceutique.
On s'est arrêtés prendre un verre à la terrasse d'un petit café en quittant Futake, mais cette fois on a parlé de tout et de rien. C'était un peu déconcertant, la facilité avec laquelle on parlait. Il flirtait avec moi, et ses jambes trop longues touchaient encore les miennes, mais j'ai fini par ne plus y prêter attention. Peut-être parce que j'étais préparée, cette fois. Peut-être parce que je savais que j'avais le dessus. C'était lui qui était intéressé par moi, pas le contraire. J'avais donc du pouvoir sur lui. J'avais le dessus.
Peut-être pour réaffirmer mon self-contrôl légendaire après de l'état de confusion dans laquelle il m'avait plongée la dernière fois, j'ai flirté avec lui en retour. A vrai dire, je ne jouais qu'à moitié la comédie et ne me forçais pas du tout. C'était dur de ne pas apprécier comment ses muscles fins se dessinaient quand il pliait le bras pour porter son verre à la bouche, et comment sa bouche était attirante quand elles s'étiraient en un sourire, et comment lorsqu'il souriait ses yeux se plissaient légèrement, et comment ses yeux avaient à la fois une lueur taquine et déterminée, et comment il exprimait sa détermination par des petites remarques qui m'auraient exaspérées si elles venaient de quelqu'un d'autre. Je le trouvais définitivement attirant, à l'inverse de sa proposition.
Puis, je ne sais trop comment, notre conversation a assez naturellement dévié sur le sexe. Pourtant, on n'avait même pas mangé les carrés de chocolat noir qui ont été servis avec le café de James, et qu'en bonne cleptomane j'avais déjà rangés dans ma poche.
James n'était pas timide, et moi, la seule qui buvait de l'alcool car lui conduisait, j'étais pas farouche non plus et désinhibée par la boisson. On a discuté de nos anciennes expériences, de nos pires fois, de nos meilleurs moments, des plus gênants, des choses super sexy qui nous faisaient perdre la tête immédiatement. Entre deux anecdotes, on divaguait sur des choses qui n'avaient rien à voir, comme les différences de salaires dans les entreprises, la conjoncture économique, le dernier épisode de telle série, nos familles, et même de Che Guevara. Mais on trouvait toujours un moyen de reparler de sexe, sous couvert de plaisanteries. De bouche, de langue, de sensations et de techniques. Et de nos préférences.
Evidemment, au bout de quelques heures, j'étais un peu émoustillée et j'avais super envie de l'embrasser. Lui aussi apparemment, il m'a regardé d'une manière qui a probablement contribué au réchauffement climatique. Son regard était si intense, qu'il était presque physique.
J'ai détourné les yeux, et changé de sujet, mais l'envie n'est pas partie.
On a décidé de rentrer, et James m'a de nouveau galamment ouvert la portière de sa voiture. Je suis restée silencieuse une partie du trajet, et m'efforçais de soupeser son offre de travail pour me changer les idées. Même si mon billet pour la Nouvelle-Zélande était déjà pris, le contrat déjà signé, et mon départ pour le lendemain, l'offre de travail était si alléchante que je ne pouvais m'empêcher de tout remettre en question. La confiance qu'il avait en mes capacités était flatteuse, l'occasion incroyable.
Comme s'il lisait dans mes pensées, James m'a dit :
– J'espère que ça t'a ôté l'envie d'aller en Nouvelle-Zélande.
J'ai tourné la tête vers lui.
– Comment t'as su pour l'AMLA, d'ailleurs ?
J'avais bien veillé à ne laisser échapper cette information nulle part.
– Marlène est venue m'engueuler, en me disant que c'était de ma faute si tu comptais t'en aller, et elle m'a demandé de venir te convaincre de rester.
J'ai soupiré. Il a profité d'un feu rouge pour se tourner vers moi.
– Restes, Evans.
– Tu ne me laisses pas le choix, ai-je grommelé.
– Je ne t'ai pas demandé de m'épouser, Evans. Juste de considérer le fait qu'on pourrait sortir ensemble. Si t'as vraiment pas envie de sortir avec moi, dis le moi tout simplement.
Je l'ai regardé droit dans les yeux.
– Je ne veux pas sortir avec toi, ai-je dit sans l'ombre d'une hésitation.
Il a fait une grimace.
– Woaw. Ça a l'air bien plus crédible que je le pensais, a-t-il ajouté sur un ton pensif.
J'ai reporté mon attention sur la route, et il m'a imitée.
– Pourquoi as-tu l'air surpris ?
– Je croyais que tu m'avais repoussé parce que tu détestais être prise au dépourvu et que tu n'aimes pas les imprévus.
– Le fait que je n'aime pas les imprévus ne compte que pour soixante pourcents de mon refus.
– Soixante pourcents seulement ? a-t-il raillé.
– J'ai dû te dire au moins mille fois que je n'étais pas intéressée.
– Non. Tu as dit... J'avais compris que tu ne voulais pas être en couple. Pas que j'étais le problème.
De nouveau on s'est regardés, mais il a heureusement vite reporté son attention sur la conduite.
– Tu n'es pas le problème. S'il y a un problème, c'est moi.
– De toute évidence.
J'ai roulé des yeux.
– Désolée d'être différente des autres.
– Je te pardonne.
J'ai roulé des yeux une nouvelle fois.
– Donc, ce n'est pas moi le problème ?
– Non. C'est ce que tu veux.
Il m'a jeté un coup d'œil.
– De quoi as-tu peur, exactement ?
– De rien. Je n'ai jamais parlé de peur. J'ai parlé de manque d'envie. Je ne vois pas ce qu'il y a d'extraordinaire dans le fait que je veuille être seule.
Il s'est passé les mains dans les cheveux.
– Explique, je suis curieux. Comment as-tu planifié ta vie si génialement qu'aucun homme n'y aurait sa place ?
Je lui ai jeté un regard méfiant.
– J'ai pas envie que tu me pique les idées de mon plan.
– Evans, je suis riche. J'ai pas besoin d'un plan.
Je l'ai sondé de bas en haut, et il a secoué la tête, exaspéré.
– Mouais…, ai-je repris. Tout ce que je peux te dire, c'est que c'est un plan quinquennal centré sur ma carrière et axé sur une progression fulgurante, que la troisième année, je m'achèterai une maison, la quatrième, un chat, et la cinquième une belle voiture. Enfin, si j'ai un jour le permis.
Il n'a pu s'empêcher de sourire.
– Et en quoi avoir un mec t'empêcherai d'avoir tout ça ?
– Tu serai une distraction. J'ai de l'ambition, et je n'ai pas envie d'être distraite.
– Moi particulièrement ? Ou tous les hommes ?
– Tous les hommes.
On a échangé un regard.
– Toi particulièrement, ai-je finalement admis.
Il a soupiré.
– Je ne te détournerai jamais de ton objectif. Je n'en aurais pas le temps, même si je le voulais. Je serai très occupé, moi aussi. Je le suis déjà énormément, et je ne suis que directeur général pour l'instant. J'aurai une corporation à reprendre. Des vies sous ma responsabilité.
– Dans ce cas, tu devrais me comprendre. Je n'aurais ni du temps ni de l'énergie à consacrer à une relation. Et toi non plus, donc tu vois que c'est une mauvaise idée.
– Donc, tu comptes te résigner au célibat le temps de grimper les échelons ?
Je lui ai jeté un coup d'œil en coin.
– Non, je compte continuer ce que j'ai toujours fait.
Il s'est garé en bas de l'immeuble de Marlène, qui se trouvait dans une ruelle peu fréquentée.
– C'est-à-dire ?
Je me suis penchée vers lui, et ai adopté un ton sucré :
– Des amourettes par-ci par-là. Pas d'engagement…
Il a reculé, puis dégluti assez difficilement.
– Pas intéressé.
– Je peux voir d'ici, que ce n'est pas totalement vrai, ai-je dit en désignant son pantalon du menton, d'où s'élevait une petite bosse.
J'ai passé les mains sur son torse, mais il me les a agrippées fermement pour m'immobiliser. J'ai levé un sourcil.
– Gay ? ai-je plaisanté.
Il a levé les yeux au ciel.
– Pas intéressé par un plan sans lendemain, a-t-il précisé.
Ensuite, il m'a brusquement tirée vers lui, et nos visages se sont retrouvés à quelques millimètres d'écart. J'ai rougi.
– Mais très intéressé par toi.
Cette fois, ça a été à mon tour de reculer.
– Je ne te comprends pas, ai-je admis. N'importe quel mec serait heureux de se voir proposer une relation sans attache.
– Je ne suis pas n'importe quel mec. Et je te mentirai, si je te disais que je me contenterai de ça. Je voudrais obtenir toujours plus de toi.
– J'ai juste... je ferai une horrible petite amie, de toute manière. Crois-moi, tu sais pas dans quoi tu t'engagerais en sortant avec moi.
– Et comment toi tu le saurais ? a-t-il rétorqué. T'es jamais sortie avec personne.
– Mais je me connais. Je sais mes retors, je sais mes défauts. Je ne suis pas celle qu'il te faut.
Il est resté silencieux quelques secondes.
– Fais-moi fuir, m'a-t-il défié.
J'ai soupiré.
– Je ne serai jamais disponible, je ne serai pas affectueuse, je ne serai pas attentive. Je ne ferai jamais passer tes besoins et tes envies avant les miens. Ma carrière sera ma priorité. Je ne veux pas d'enfants, je ne veux pas me marier. Je suis juste super égoïste et égocentrique. Tu serais malheureux, parce que je serai jamais cette petite amie fabuleuse que tu sembles t'imaginer et que tu passerais ton temps à espérer un miracle qui n'arrivera pas.
Il est resté longtemps pensif.
– Peut-être que je te donnerai envie de l'être pour moi ? Je suis certain que tu pourrais changer d'avis pour la bonne personne. Je suis certain que je pourrais être cette bonne personne.
J'ai secoué la tête.
– Je ne veux pas que tu me changes.
– Je ne veux pas que tu changes, a-t-il dit précipitamment. Evans, j'ai pas choisi le bon mot. C'est comme tu es maintenant que tu me plais. Ton ambition, ton caractère, tes principes et ta détermination. C'est ce qui m'attire chez toi. Et les gens évoluent, continuellement. Tu évolues, et je croise les doigts pour que ça nous rapproche, que ce soit en mon sens. Un peu comme moi j'ai évolué pour m'adapter à toi.
J'ai froncé les sourcils, confuse.
– Comment ça ? Alors qu'on ne sort pas ensemble ?
– Pas encore. Mais c'est comme si je me préparais à ce jour. J'ai acheté une voiture, un appartement et un chat pour te prouver que je peux être responsable. Ça fait des mois que je ne sors plus avec personne, parce que tu es la seule que je veux. J'ai envie que tu te rendes compte que je suis quelqu'un de mature, et que je suis super sérieux avec toi. Je sais que tu ne me donneras une chance que quand tu seras convaincue que je suis sérieuse.
C'est à ce moment-là que j'ai compris qu'il était réellement sérieux, me concernant. Que j'ai senti à quel point il me voulait. A quel point il était sincère.
Lui aussi avait un plan, et j'en faisais partie, que je le veuille ou non.
C'est à ce moment-là que j'ai compris que je n'avais pas envie de lui briser le cœur en le rejetant, mais que je n'avais pas le choix.
– James…
– Quand on a commencé à travailler ensemble pendant le stage, m'a-t-il coupé, tu avais l'irritante manie de venir une heure plus tôt chaque matin pour vérifier tout ce que j'avais fait la veille.
Je suis devenue écarlate.
– Tu savais ?
– Oui. J'étais assez vexé au début, mais je n'ai rien dit.
– Pourquoi ?
– Parce que j'ai compris que tu faisais ces vérifications parce que notre travail était important, et qu'on devait limiter les risques d'erreurs. Or, j'étais moitié moins impliqué que toi dans le travail. Tu avais toutes les raisons de ne pas me faire confiance. Alors j'ai travaillé plus consciencieusement. J'ai redoublé de rigueur. J'ai tout fait pour atteindre tes exigences. Je me suis dit qu'à la longue tu verrais que tu n'avais rien à craindre de moi, que mon travail était sérieux, et que tu pouvais compter sur moi.
Et c'était ce qui s'était passé. J'avais fini par reconnaître qu'il était digne de confiance, et qu'il assurait nos arrières, et j'ai commencé à lui faire confiance. Et on est devenus les partenaires les plus complémentaires du labo.
– Je ne regrette pas le fait d'avoir fait tous ces efforts, car tu les as remarqués, mais mes parents aussi, et c'est pour ça que mon père a décidé de me confier Phoenix. Il a reconnu mon potentiel. Tu as vu le mien, professionnellement, et j'espère qu'à la longue tu feras le même constat sur un plan privé.
J'ai détourné les yeux, incapable de soutenir son regard.
– J'ai envie d'avoir des enfants, et de me marier, a-t-il repris plus doucement. Mais pas maintenant. Maintenant, j'ai juste envie de passer plus de temps avec toi. Ne panique pas. Juste… passes du temps avec moi.
J'ai regardé à travers la vitre, mais la petite rue dans laquelle on se trouvait était d'un calme olympien.
– Tu sembles vraiment prêt pour une relation, ai-je commenté. Et ce n'est pas le cas. Pourquoi ne pas essayer avec quelqu'un d'autre ? Quelqu'un qui en est au même stade que toi dans sa vie ?
– Parce que tu es la seule qui ne m'ait jamais donné envie de me ranger. Je sais ce que je veux. Et c'est toi que je veux.
Je me suis passé les mains dans les cheveux.
– Je... Tu ne m'as jamais témoigné d'intérêt particulier jusqu'alors. Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ?
J'étais perdue. Il m'a de nouveau fixé en silence.
– Tu as raison, a-t-il repris d'une voix grave. J'aurais dû remarquer depuis longtemps que tu as de superbes yeux.
– Ce n'est pas ce que je veux dire, ai-je rétorqué avec agacement.
– Je sais.
Il a coupé le contact, puis pris une grande inspiration.
– Quand on a bossé ensemble ces derniers mois, j'ai compris que ce n'était pas par esprit de compétition que je cherchais à être le meilleur. C'est parce que je voulais t'impressionner. Et il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que je cherchais à t'impressionner parce que... Bah tu me plais bien.
Puis il s'est penché vers moi et m'a effleuré les lèvres avec les siennes.
Mon cœur a fait un petit bond.
Il me regardait l'air interrogateur, comme s'il attendait mon aval pour continuer. Je suis restée immobile, complètement figée pendant quelques secondes, puis je l'ai embrassé à mon tour, mon corps prenant les devants avant même que j'aie commencé à analyser les portées de nos actes. Ma main s'est perdue dans ses cheveux en bataille, qui étaient bien plus doux que je ne l'aurais cru. James a eu l'air agréablement surpris, et m'a enlacée.
Je ne savais pas qu'un baiser avec la langue pouvait être aussi doux tout en étant extrêmement sensuel, mais c'était le cas. On aurait dit que le temps avait ralenti. C''était totalement différent des étreintes passionnées dont j'avais l'habitude, et je me sentais tremblante. Une ou deux fois, je me suis entendue gémir doucement. Une ou deux fois, j'ai entrouvert les yeux et brièvement croisés les siens.
Puis je me suis brusquement souvenue d'où j'étais, et surtout avec qui, et je me suis décollée de lui.
– Lily? a-t-il dit d'une voix incertaine.
– Je dois y aller, ai-je bredouillé, les joues écarlates.
J'ai détaché ma ceinture, mais il m'a agrippé le bras avant que je ne puisse atteindre la poignée de la portière.
– Attends ! s'est-il exclamé.
Je me suis tournée vers lui pour le sommer de me laisser partir, mais c'est alors qu'il m'a jeté Le regard. El regardo. Celui dont je ne parviendrai jamais à me défaire totalement par la suite.
Ce regard qui était un parfait mélange entre sexy et mignon. Ce regard si franc, qu'il a fait battre mon cœur un peu plus vite, et qui a fait trembler mes lèvres légèrement. D'anticipation. C'était un sortilège. Ses yeux se sont brièvement posées sur mes lèvres, mais il les a reportés sur les miens, comme s'ils avaient peur de trahir quelque chose.
Il a replacé une mèche rebelle derrière l'oreille, avant de tracer la courbe de ma mâchoire avec ses doigts. J'ai senti ma respiration se bloquer. Son intention se lisait clairement dans ses yeux. Ils étaient comme deux boules de cristal dans lequel je pouvais lire que non seulement il avait très envie de m'embrasser, mais qu'il le ferait très bientôt.
C'était comme un moment de totale admiration. Je sentais qu'il ne pensait à rien d'autre qu'à m'embrasser, et ça me faisait sentir comme une personne spéciale.
Il me regardait, me voyait, comme si le reste du monde avait disparu.
Et c'est là que s'est passé ce que je redoutais très exactement.
J'ai senti naître un truc que je n'avais pas envie de ressentir, ni d'analyser, que je voulais avorter au plus vite car je n'étais pas certaine que ça resterait du pur désir pour toujours.
Je n'étais pas amoureuse de lui, et je n'avais aucune envie de l'être. Et je ne le serai pas demain, ni dans un mois ou six.
Mais dans un an, dans deux, je le serai probablement.
Il était dangereux. Je ne prendrai pas le risque.
– Il faut que j'y aille, ai-je répété d'une voix presque suppliante.
Mais il me retenait toujours, et ne semblait pas avoir envie de me laisser fuir. Il m'a pris le visage entre ses mains et m'a embrassée de nouveau. J'ai fermé les yeux et me suis laissée aller. C'était vraiment trop bon pour que je résiste, de toute manière. Son corps avait soudain son propre champ magnétique, et inexorablement le mien se penchait vers lui. Il m'a repris dans ses bras, et c'était le Paradis.
– Et si tu laissais juste faire les choses ? a-t-il proposé plus légèrement au bout d'une parenthèse idyllique. On passe du temps ensemble, et arrivera ce qui arrivera…
J'ai secoué la tête.
– Tu sais très bien que ce n'est pas mon genre. Ce n'est pas pour rien que j'aime les mots commençant par C. Contrôle. Calendrier. Calcul.
– Couple commence par un C. Et Copain aussi.
– Célibataire également. Et Carrière. Concentration. Et Contrôle. Surtout Contrôle.
Il a roulé des yeux, puis m'a embrassé brièvement.
– Contrôle-freak, a-t-il murmuré contre mes lèvres.
– Carriériste, me suis-je défendue.
– Chochotte, a-t-il renchéri.
Je lui ai mordu la lèvre avant de répondre, lui arrachant un petit grognement.
– Contrôle-freak, ai-je contrecarré avec un sourire.
Il a esquissé un sourire en coin ravageur en retour.
– Donne moi une chance, a-t-il soudain demandé. Sors avec moi.
Je me suis passé les mains dans les cheveux.
– Je ne sais pas, James.
– Si, tu sais.
On a échangé un regard.
– Dérogation ?
– Ça ne commence pas par un C.
– Exception ? a-t-il insisté, imperturbable.
– Tu t'éloignes dans l'alphabet, franchement, je me demande dans quelle...
Il m'a fait taire avec un baiser.
– James...
– Ça ne commence pas par un C, m'a-t-il taquinée.
Puis il m'a embrassé encore, et je n'ai une fois de plus pas résisté longtemps. Mon esprit se vidait, et mon corps se liquéfiait quand il me touchait, et j'avais de plus en plus envie de lui. J'ai commencé à lui répondre de manière bien plus exigeante. Je sentais qu'il voulait y aller doucement, qu'il s'efforçait de rester le plus chaste possible dans ses caresses, qu'il se retenait de se laisser totalement aller, mais je partais le lendemain et il n'y aurait pas de deuxième occasion. Il n'y aurait pas d'autres occasions.
Je me suis installée en amazone sur ses jambes, et me suis pressée contre lui. Il a un peu résisté au début, puis ses mains, comme mues de leurs propres volontés, ont glissé sur mes cuisses nues avant de se poser sur mes fesses, et ses protestions ont péri sur ses lèvres peu après.
J'aurais été incapable de dire combien de temps on était restés à s'embrasser comme deux lapins en rut dans sa voiture. Je crois même que j'aurais été incapable de me souvenir de mon propre nom. Mais le fait que c'était super agréable et sensuel était inoubliable. Au moment où il a passé les mains sous mon t-shirt, j'ai totalement arrêté de réfléchir...
Mais il s'est soudain arrêté.
– Mieux vaux qu'on en reste là, ce soir, a-t-il bredouillé, à bout de souffle.
J'ai froncé les sourcils.
– Pourquoi ?
– C'est plus sage.
Je me suis retenue de rouler des yeux, et lui ai mordillé l' moment où je me demandais s'il se rendait compte que sa main était encore sous ma jupe, il l'a récupérée et je me suis instantanément sentie frustrée. Il ne pouvait pas me laisser comme ça, si ?
– Continues, l'ai-je incité d'une voix traînante.
Mais il a détourné la tête quand j'ai voulu l'embrasser.
– Non… En plus je n'ai pas de capotes.
Je me suis immédiatement interrompue.
Comment avais-je pu oublier quelque chose d'aussi capital ? Et ça commençait par un C, pourtant! Voilà pourquoi je détestais les choses imprévues. En se précipitant, en n'ayant pas pris la peine de tout analyser, on finit par faire des erreurs et des choix regrettables.
Quoique, me suis-je dit en croisant le regard de James, celle-là était loin d'être désagréable, et j'étais certaine qu'elle ne serait pas regrettable.
– On peut toujours aller en chercher, ai-je suggéré d'une voix rauque qui a sonné bizarre à mes propres oreilles. Ils ne peuvent pas avoir utilisé toute la boîte que tu leur as rapporté.
– Ça ne m'étonnerait pas que ce soit le cas, a dit James avec un soupir exagéré.
J'ai rigolé, et il a doucement dégagé les mèches qui me retombé sur le visage. D'habitude, j'avais horreur qu'on me touche les cheveux, mais j'avais l'impression qu'il ne pouvait s'en empêcher.
– Plus sérieusement je ne veux pas qu'on aille trop vite, a-t-il dit au bout d'un silence.
Je l'ai regardé comme s'il était fou, mais il était très sérieux.
– Pourquoi ? ai-je répété en lui caressant le torse à travers sa chemise. On va pas trop vite, on est juste deux adultes consentants qui ont envie l'un de l'autre... Super envie l'un de l'autre... Super super envie l'un de l'autre.
Il a brièvement souri.
– Je n'ai pas envie que ce soit que du sexe.
– Je ne vois pas en quoi ce serait mal, j'ai envie de sexe, lui ai-je dit de but en blanc, d'une voix un peu impérieuse.
– J'ai envie de toi, a-t-il rétorqué du tac au tac.
Même si en substance, c'était la même chose et ça ne semblait pas contradictoire, j'ai aisément saisi la nuance.
Il semblait tellement innocent, persuadé que c'était le début de quelque chose alors que je savais que demain à la même heure, il devrait gérer une énorme déception.
– Ne tombe pas amoureux de moi, James, ai-je dit sur un ton grave.
– Toi aussi. Ne tombes pas amoureuse de moi, m'a-t-il taquinée.
J'ai soupiré.
– Tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques, ai-je dit. Je suis bien plus cruelle que tu le penses.
– Et moi, bien plus courageux. Tu m'as parfaitement mise en garde, et je te veux quand même…
Mais je ne pouvais pas lui donner ce qu'il voulait. Alors que lui, si. J'ai donc décidé de faire fi de ses mots et de l'embrasser dans le cou. Il a cédé à la tentation pendant quelques secondes: il s'est mis à me caresser le dos, jusqu'à ce que ses doigts atteignent mon soutien-gorge, et l'a dégrafé. Puis je l'ai senti hésiter. Il a fermé les yeux quelques instants, le temps de regagner ses esprits, puis m'a interrompue de nouveau.
– Oh, non, Lily Evans. Notre première fois n'aura pas lieu dans une voiture.
– Pourquoi ? ai-je protesté sur un ton boudeur.
– Parce que je veux qu'il y ait des fleurs, du chocolat, du champagne et de la musique.
J'ai plissé les paupières, incrédule. Il a fait courir ses doigts sur mon dos.
– J'ai pas envie de romance. J'ai envie de toi.
Tellement, que j'avais l'impression d'être une boule de feu prête à exploser. Il a frôlé mon nez avec le sien. Qu'est-ce que je pourrais bien faire, pour qu'il me donne ce que je veux ? Comme s'il lisait dans mes pensées, il a dit:
– Sors avec moi.
– T'es en train de me faire chanter ? me suis-je indignée.
– Oui.
Non mais il se prenait pour qui, lui ? Comme si simplement parce que j'avais envie de…
Il m'a embrassée de nouveau.
OK, il avait gagné.
– Il y a une bouteille de champagne, à l'appartement, ai-je capitulé.
Enfin, elle appartenait à Marlène. Mais elle avait bien dit « fais comme chez toi », non ?
James a souri.
– Mieux vaut qu'on en reste là, ce soir, a-t-il répété.
Je l'ai regardé quelques secondes.
– Pourquoi tu te fais autant désirer ? Et qu'est-ce qui te dit que ce n'est pas une offre unique ?
– Parce que t'as envie de sexe.
– Et ? N'importe qui peut me soulager. Ou n'importe quoi, d'ailleurs. Ils en font de très bien.
J'ai fixé mes ongles d'un air innocent, en espérant qu'il morde à l'hameçon. Il a eu un rictus.
– Sexy. Mais je ne me sens pas menacé, a-t-il dit avec une assurance qui ne semblait pas feinte.
– Tu devrais. Ils en fabriquent de très gros, de nos jours. Des gros comme le bras très satisfaisants.
OK. Tais-toi, ma pauvre fille.
Il a levé un sourcil, mais paraissait grandement amusé.
– Intéressant. Mais c'est de moi, dont t'as envie. Pas d'un truc en plastique de la taille d'un bras – enfin, j'espère.
Il a voulu m'embrasser, mais je l'ai repoussé. J'étais irritée et incroyablement frustrée. Je suis retournée sur ma chaise, ai ouvert la portière de mon côté, et suis sortie.
Avant de retourner sur mes pas quelques secondes plus tard. J'ai toqué à sa vitre.
– Oui ?
– Pour info, je n'en ai pas un, de truc gros comme un bras.
On ne sait jamais, je préférais le préciser. Il s'est contenté d'éclater de rire.
Marlène et moi avons regardé des dessins animés à la télé en parlant de tout et de rien. Elle était un peu déçue que James n'ait pas réussi à me faire changer d'avis, mais on s'est promis de se retrouver à Los Angeles pour passer Noël ensemble. Elle a remarqué que j'étais plus agitée que d'habitude, mais m'a crue quand j'ai mis ça sur le compte du stress.
J'en avais grandement envie, mais je ne suis pas parvenue à lui dire ce qui s'était passé avec James dans la voiture.
Je n'ai jamais réussi à me confier sur mes sentiments à qui que ce soit. Mon confident, c'était moi-même. Je ne sais pas si c'était parce que j'avais peur de me faire trahir, ou pas l'habitude de partager mes états d'âme. Peut-être un mélange des deux. Et puis, il y avait aussi le fait que je renvoyais l'image de Miss Sereine No Problem, et que j'aimais honnêtement qu'on admire ma vie bien rangée, et que je n'aimais pas qu'on soit forcément au courant de la difficulté que cela nécessitait de maintenir un tel mirage. D'une certaine manière, j'étais comme James j'aimais faire croire que mes facilités étaient innées, alors qu'en réalité je bûchais comme une folle.
Non, mauvaise idée de penser à lui.
Je me sentais comme un feu d'artifice qu'on avait éteint au dernier moment. Je voulais exploser.
Peut-être que je pourrais appeler Ryan ? Il n'habitait qu'à quelques rues...
Oui, mais il n'était pas James.
J'ai pris un long bain pour me détendre, mais restais tellement frustrée que j'ai décidé de refaire ma valise pour me changer les idées. Et c'est là que j'ai réalisé ne pas pouvoir mettre la main sur mon passeport. Après m'être torturée les méninges et avoir renversé plusieurs fois mes affaires, je me suis rendue compte qu'il se trouvait dans mon sac, et que mon sac était resté dans la voiture de James.
J'ai poussé un grognement de frustration.
Il était trois heures du matin, mais je n'ai pas hésité longtemps à le réveiller. Je l'ai appelé une ou deux fois, mais il n'a pas décroché. J'ai fini par lui envoyer un message.
Aurais-je par malchance oublié mon sac dans ta voiture ?
Il m'a répondu une demi-heure plus tard.
Yep
Eh merde !
Alors que j'étais en train de saisir ma réponse, il m'a renvoyé un autre texto.
M'en suis rendu compte dès que tu es sortie, pour tout te dire.
J'ai vainement cherché pendant dix minutes un smiley doigt d'honneur, avant de me faire une note mentale d'envoyer un mail de suggestion à l'entreprise ayant fabriqué mon téléphone.
Et ça t'aurait tué de me le rapporter ?
Non, mais j'aurais eu une occasion de moins de te voir.
OK. Dans ce cas, apporte-le-moi maintenant
Il a mis plus de temps à me répondre.
Il est trois heures du matin, Votre Altesse, je suis fatigué et vous habitez à l'autre bout de la ville.
Rien à foutre.
A demain.
S'il te plait ?
Il a dû hésiter, car il a mis quelques minutes de plus à me répondre.
J'ai pleins de réunions demain matin.
S'il te plait ? J'ai besoin de le récupérer avant mon départ. Mon passeport est à l'intérieur.
Et je lui ai transféré l'image d'un petit chat tout mignon pour le convaincre.
Il m'a répondu cinq minutes plus tard.
Je serai tenté de reprendre là où on s'est arrêtés, si on se revoit.
Une vague de désir m'a immédiatement traversé. Je mentirai en disant que l'idée ne m'a pas effleuré l'esprit.
Viens le chercher demain à Phoenix.
Bonne nuit
Il m'a ensuite renvoyé la photo d'un chaton dormant sur un T-shirt de notre fac. Oh, c'était donc le chat qu'il avait acquis?
Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire.
J'étais vraiment outrée de la manière dont il m'avait traitée, et c'est à contrecœur que je me suis traînée dans les bureaux de Phoenix le lendemain.
C'était un grand immeuble de verre et d'acier très impressionnant, et je n'avais pas pu m'empêcher de faire un petit effort vestimentaire avant de venir. Heureusement, car tout le monde était tiré à quatre épingles, et je me serai sentie mal à l'aise en jean et baskets.
J'ai laissé ma valise à la réception, et ai pris l'ascenseur jusqu'aux derniers étages, où étaient les bureaux de la direction. En arrivant au trente-troisième, j'ai été accueillie par une jolie blonde d'une trentaine d'année tout sourire, qui se présenta comme étant comme Charlie, l'assistante personnelle de James. A ma grande déception, il ne lui avait pas confié mes affaires.
– Je vais voir si sa réunion est terminée, a-t-elle dit.
Elle a saisi le téléphone, et a appelé son patron.
– Mr Potter… oui, elle est là… très jolie en effet… très bien, je vous l'envoie.
Charlie, à présent hilare, m'a indiquée la grande porte en bois. J'ai frappé, puis suis entrée.
C'était une large pièce occupée par des meubles en bois noble, très claire grâce à l'énorme baie vitrée qui offrait une vue sur toute la ville. Il y avait une grande bibliothèque dans un coin, un large bureau encombré de dossier au milieu, et une table de réunion à droite en entrant dont toutes les chaises étaient occupées.
James n'était en effet pas seul. Sirius était là et m'a fait un clin d'œil que je lui ai rendu. Rama était également présente et m'a adressé un sourire froid que je lui ai rendu. Il y avait aussi quatre autres types que je ne connaissais pas, et deux nanas de notre promo que je connaissais de vue. Mary McDonalds m'a souri chaleureusement, mais Lucinda Talkalot m'a jeté un regard bien glacial.
Lucinda était une nana pour qui j'ai eu une immédiate aversion. Sa tête ne m'est jamais revenue, et c'était totalement réciproque. Je ne savais pas vraiment pourquoi, en plus. Il y avait des choses qui ne s'expliquaient pas.
– Bonjour, tout le monde, ai-je lancé maladroitement.
Ils m'ont répondu avec des degrés d'enthousiasme différent, tout en rangeant leurs affaires. Je me suis écartée de la porte pour les laisser passer, mais Lucinda s'est attardée. Une fois tout le monde sorti, elle s'est approchée de James, et a minaudé :
– J'aurais besoin de ton avis sur une ou deux propositions, tu penses qu'on pourrait se voir juste après ta réunion ?
– Pas de soucis, a-t-il dit avec son sourire naturellement charmeur. Reviens me voir dans une heure ? Je pense qu'on aura fini.
– Sans faute.
Elle s'est retournée et est sortie de sa démarche de mannequin, ses deux énormes seins la précédant de quelques secondes, en m'ignorant cette fois. J'ai refermé la porte derrière elle. James m'a regardé, le visage impassible.
– Je ne savais pas que tu avais recruté Lucinda, ai-je dit sur un ton détaché.
Il a haussé les épaules.
– Je ne vois pas ce qu'il y a d'étonnant, elle fait partie des meilleures. D'ailleurs, si tu commets la bêtise de refuser le poste, ce sera elle qui deviendra directrice artistique.
Je ne savais pas s'il avait dit ça pour m'irriter, mais je l'étais. Grandement.
– Où est mon sac ? ai-je demandé.
Il a ouvert un tiroir, et m'a sorti ma sacoche. J'ai avancé la main pour la saisir, mais il ne l'a pas lâché pour autant.
– J'espère que tu ne m'en veux pas pour hier, a-t-il dit sur un ton grave.
– Pourquoi je t'en voudrais ?
Il s'est passé sa main libre dans les cheveux.
– J'ai juste pas envie d'être juste ça pour toi.
– Je n'ai pas envie de sortir avec toi.
– Arrête de dire ça, s'est-il irrité.
– Même si c'est la vérité ? ai-je rétorqué froidement.
– Je… tu n'essaies même pas de voir à quel point on est bien ensemble.
– Il n'y a pas de « on », l'ai-je interrompu. Il y a toi d'un côté, et moi de l'autre. Maintenant, rends-moi mon sac, j'ai un avion à prendre.
– Comment tu peux encore nier l'évidence après hier soir ? C'était carrément le meilleur baiser de toute ma vie. Il s'est passé un truc, hier.
– Et c'était dans ta tête.
J'ai tiré un coup sec sur mon sac pour le récupérer, et me suis retournée pour sortir, mais il m'a interpellé :
– Pense à mes propositions, quand tu seras là-bas. Je t'apprécie, Lily, je t'apprécie vraiment, sinon je ne courrai pas derrière toi autant. Et je suis désolé qu'on n'ait pas fait l'amour ensemble. Crois-moi que la première chose que j'ai faite est de prendre une douche froide en rentrant.
Ma gorge s'est asséchée. Mon désir pour lui est réapparu d'un claquement de doigts.
– Couché ensemble, ai-je corrigé machinalement, histoire d'avoir quelque chose à dire et de cesser de le fixer comme un poisson rouge hors de l'eau.
– Fait l'amour, a-t-persisté. Mais je te promets de me rattraper la prochaine fois. De toute façon, je ne suis pas certain de pouvoir résister très longtemps...
Oh, non. Hors de question de le laisser choisir quand, où et comment, à quelle vitesse on avançait – même si on avançait pas du tout, et qu'il n'y avait pas de "on" de toute manière. Je devais lui donner une leçon.
Je l'ai longuement regardé, avant de me diriger vers la porte.
– Bon vol, m'a-t-il souhaité.
J'ai verrouillé la porte.
James a levé un sourcil.
J'ai tiré de ma poche les deux carrés de chocolat que j'avais récupéré la veille et lui en ai lancé un, qu'il a attrapé avec un air de pur confusion.
Je me suis approchée de la chaîne stéréo, et j'ai enclenché le lecteur disque, qui a mis une musique d'ambiance jazz.
– Qu'est-ce que tu fais ? a-t-il demandé.
Je n'ai pas répondu. J'ai sorti de mon sac ma petite gourde qui transportait de l'eau fraîche. Il a compris.
– Evans, a-t-il commencé, l'air interdit.
Je l'ai ignoré, ai rempli deux gobelets piqués sur la table de réunion, lui ai tendu le sien puis me suis adossée au bureau.
– A boire. De la musique. Du chocolat. Et des fleurs, ai-je énuméré en désignant les objets que j'avais apporté ainsi que la plante qui ornait son bureau. J'ai rempli tes conditions. Maintenant, donne-moi ce que je veux.
Il a secoué la tête.
– T'es complètement dingue. J'ai une réunion dans dix minutes.
– Et moi, j'ai un avion à prendre, alors ne perdons pas de temps. Je ne vais pas revenir avant un long moment, et il n'y aura pas de troisième proposition.
Il m'a regardé quelques secondes avec un air mitigé.
Tout en sirotant mon gobelet d'une main, j'ai lentement déboutonné ma blouse de l'autre.
Il a desserré sa cravate, sans me quitter des yeux.
J'ai vidé mon verre, puis me suis penché et ai retiré ma culotte que j'ai laissé tomber ensuite.
Il a dégluti, et posé ses lunettes sur la table.
J'ai souri, puis ai tiré un préservatif de mon sac.
Il a sorti une télécommande d'un tiroir et a augmenté le son de la stéréo.
Je me suis rapprochée et me suis installée à califourchon sur lui.
Il m'a sauté dessus.
J'avais gagné. J'avais détourné ses exigences romantiques, et il n'avait pas eu de choix que de capituler. Pour ma défense, je lui avais dit et répété que je ne voulais rien de sérieux avec lui. Je l'avais suffisamment mis en garde. S'il se faisait encore des films après nos conversations, je ne pouvais pas être tenue pour responsable. De toute manière, je partais dans quelques heures, je pouvais bien craquer maintenant, ça ne changerai rien.
Du moins, c'est ce que je pensais.
On s'est embrassés encore plus furieusement que la veille, nos langues se battant pour la dominance. Je ne savais plus qui était la proie et qui le prédateur. Ça n'avait plus tellement d'importance.
On était pressés, et déjà prêts, prêts depuis la veille, alors on s'est contentés d'écarter les vêtements qui nous gênaient sans nous déshabiller totalement. La musique a étouffé nos cris, et heureusement, parce que c'était si intense, pour les deux, qu'il aurait été impossible de se montrer discrets. J'adorais avoir les rênes, être responsable de son état de pur plaisir. Il me touchait et me caressait avec difficulté, complètement déconcentré par le rythme atrocement lent et régulier que j'avais adopté. Je posais les mains sur son torse bien tracé, parfois sur ses épaules solides, et parfois je prenais son visage et l'embrassais, et parfois je les noyais dans ses cheveux.
J'adorais ses cheveux. J'adorais ses yeux. J'adorais ses râles, j'adorais sa peau et ses muscles fins. J'adorais qu'il soit aussi dépendant de mes mouvements à ce moment-là. J'avais toujours aimé prendre les devants, être celle qui décidait, mais la façon dont ses yeux étaient pleins de révérence étaient une première pour moi. Je me demandais s'il appréciait autant ce que je faisais parce qu'il ressentait des choses pour moi, ou parce qu'il appréciait tout particulièrement cette position. Je n'avais jamais eu quelqu'un perdre autant le contrôle. Il murmurait des choses incohérentes contre ma peau, et me regardait comme si j'étais une apparition de Venus. De nouveau, j'étais la seule. De nouveau, on était seuls au monde
Subitement, il m'a saisie par les hanches, m'a déposée délicatement sur la table, et a pris le relais, laissant libre cours à ses instincts les plus primitifs. C'était bestial. Urgent. Sexy. Glorieux. Il en avait visiblement autant besoin que moi. Il bougeait en moi avec une ardeur frénétique, et j'allais à la rencontre de ses mouvements de reins avec le même enthousiasme.
Il s'est allongé sur moi, tout en me caressant, tout en allant vite, et cette fois c'était moi qui était au bord de l'inconscience. Il ne m'a pas quitté des yeux tandis que je sombrais doucement dans un abyme de sensations intenses, et j'ai fermé les miens quand j'ai senti l'imminence de l'extase. Peu après, il a poussé une série de grognements, puis s'est laissé tomber sur moi, haletant.
A ce moment-là, pour être honnête, j'étais satisfaite. Complète. Apaisée.
Je lui ai distraitement caressé les cheveux, jusqu'à ce qu'il reprenne un rythme cardiaque normal. Il s'est redressé sur ses coudes pour arrêter de m'écraser et m'a embrassé. Super tendrement. Ça contrastait tellement avec la façon dont il m'avait prise que je l'ai ensuite regardé longuement sans un mot. Je ne savais pas pourquoi. Je ne savais pas quoi dire.
Il s'est finalement relevé, puis m'a tendu la main pour m'aider à me rasseoir sur la table. Il y avait des feuilles partout par terre, et un voyant rouge clignotait sur son téléphone comme si on avait cherché à l'appeler. James a retrouvé la télécommande, et a arrêté le disque de jazz, qui n'avait pas cessé de tourner à plein volume pendant tout ce temps.
Je me suis rhabillée rapidement, mais au moment où j'ai voulu ramasser ma culotte, il m'a devancé et l'a mise dans sa poche. J'ai froncé les sourcils, mais il souriait, et je n'ai pas protesté car j'avais peur de parler. Je ne savais pas quel timbre de voix j'allais avoir, ni ce que j'allais dire. Je me sentais bizarre, et déstabilisée, mais si j'étais celle qui avait initié l'acte. J'avais besoin de réfléchir à ce qui venait de se passer entre nous. J'avais besoin de partir.
– Bon vol, m'a-t-il souhaité à nouveau un peu maladroitement.
Mais je n'ai pas répondu. Tout était soudain affreusement gênant.
En ouvrant la porte, j'ai vu que Lucinda attendait dans l'antichambre, où se trouvait le bureau de Charlie. J'ai jeté un coup d'œil à ma montre. On était restés un peu moins d'une heure, et j'avais donc raté mon vol. J'ai soupiré, relevé la tête. Lucinda semblait avoir été forcée d'avaler un kilo de citron. Je lui ai fait mon plus grand sourire de pétasse, lui ai jeté un clin d'œil faussement complice avant de susurrer :
– Désolés pour le retard, on n'a pas vu le temps passer. Il est tout à toi.
Puis, sans attendre sa réponse, satisfaite de son air de pure jalousie, je me suis avancée vers l'ascenseur d'une démarche féline. Je savais qu'elle me regardait encore. Je savais que James me regardait également.
Charlie m'a adressé un discret clin d'œil quand je suis passée devant elle.
J'avais bien évidemment raté mon vol, et m'apprêtais à supplier l'agent d'escale de faire quelque chose pour reporter ma réservation sur mon prochain vol pour Los Angeles, où j'étais censée faire une escale de quelques heures avant de m'envoler pour Dunedin, quand elle m'a interrompue :
– Evans, Lily… je vois que vous êtes déjà sur le prochain vol de l'Air New Zealand.
– Ah bon ? me suis-je étonnée.
Elle m'a lancée un regard curieux, et j'ai sagement fermé ma bouche.
En récupérant les tickets d'embarquement, j'ai constaté à ma grande surprise que j'étais installée en première classe.
James. Bien sûr. Ça ne pouvait être que lui.
Comme par hasard au moment où je pensais à lui, il m'a envoyé un texto.
;)
Juste un smiley.
Je suis restée figée à observer mon écran. Longtemps.
J'étais plus contente que jamais de fuir à 19 053,024 kilomètres et de laisser mourir cet étrange truc entre James et moi.
