NA: Désolée pour ce long retard, j'espère que ce chapitre vous plaira! Merci encore aux quelques personnes qui me soutiennent à chaque chapitre ;)
Chapitre 10
Deux ans plus tard…
-Il est adorable ! s'exclama Raphaël en se penchant au-dessus du berceau.
Il tendit la main au bébé qui lui attrapa le doigt et tira dessus.
-Il est vif, dis-moi !
-Oui, j'ai l'impression qu'il comprend tout très vite, affirma Lucy d'un air attendri.
Raphaël n'arrivait pas à croire que ce petit bout de chou était son filleul. Il avait été très touché quand Lucy lui avait demandé d'être le parrain de Preston. Le petit garçon avait à peine 6 mois et venait tout juste d'arriver d'Angleterre. Lucy n'aurait jamais pensé que ses démarches d'adoption allaient la conduire à adopter un enfant anglais, mais elle n'avait pas eu le choix. Raphaël observait Lucy. La jeune femme semblait vraiment épanouie, et sereine. Ce derniers mois avaient été très difficiles pour elle et Ben, ils méritaient ce bonheur. Lucy avait découvert il y a un an son incapacité à donner la vie, et Raphaël avait bien cru que cette nouvelle allait la détruire. Elle qui était chirurgien pédiatre et consacrait ainsi toute sa vie à sauver des enfants avait eu beaucoup de mal à le digérer, et même sa relation avec Benjamin, devenu son mari quelques mois plus tôt, en avait pâti. Raphaël avait tout fait pour les aider dans cette épreuve, et finalement Lucy avait accepté l'idée qu'elle ne serait jamais enceinte. Le couple s'était alors tourné vers l'adoption. Si elle ne pouvait pas avoir d'enfants, elle pouvait au moins en sauver un abandonné. Et voilà qu'il y a quelques jours un petit garçon né en Angleterre et abandonné à la naissance arrivait dans leur famille.
L'ancienne chambre de Raphaël avait ainsi été réaménagée pour le bébé, comme l'avait suggéré Lucy deux ans plus tôt quand Ben s'était installé avec elle. Le petit gazouillait et secouait les pieds en se tortillant dans son lit.
-Il est vraiment très mignon, acquiesça Sebastian en souriant. Tu en as de la chance d'avoir un fils aussi beau ! ajouta-t-il en donnant une tape sur l'épaule de Benjamin.
Ils étaient touts les quatre debout près du berceau et essayaient de parler doucement pour ne pas énerver Preston. Lucy et Ben avaient passé quelques jours seuls avec le bébé avant d'inviter leurs amis à venir rencontrer leur enfant.
-T'as vu, rit Ben. Bon, je propose qu'on porte un toast à Preston !
-Très bonne idée, je vais chercher de quoi boire, dit Raphaël.
-Je t'accompagne, dit Ben en le suivant jusqu'à la cuisine. Alors, ça ne te fait pas bizarre de voir ta chambre avec du papier peint et un berceau ? lui demanda Ben en sortant des verres du placard.
-Un peu, oui, avoua Raphaël, mais je suis content que mon ancienne chambre accueille un bambin pareil.
Ben posa les verres sur un plateau pendant que Raphaël prenait une bouteille de champagne au frais.
-Je suis vraiment soulagé que Preston soit enfin là. Ça faisait que des mois que les choses traînaient.
-Oui, vous deviez être à bout de nerf.
-Ça va, j'arrivais à tenir le coup, mais je sentais bien que Lucy allait finir par ne plus supporter l'attente.
Ben s'assit soudain à la table de la cuisine.
-J'ai l'impression qu'enfin tous nos problèmes se terminent.
Raphaël lui fit un sourire compatissant en s'asseyant en face de lui.
-Cette année a dû être difficile pour toi aussi.
-J'ai cru qu'elle ne se terminerait jamais à vrai dire. Tout allait pour le mieux, on s'était installé ensemble, on s'était mariés, c'était le mariage le plus magnifique du monde, j'avais lancé ma propre boite, Lucy était devenue titulaire à l'hôpital, et là… C'était comme si toutes ces bonnes choses qui nous sont arrivées avaient disparu d'un seul coup !
-Dis-toi que l'arrivée de Preston est un nouveau départ, et que désormais pleins de nouvelles bonnes choses vont vous arriver.
-Je l'espère vraiment. C'est bien parti en tout cas, je sens que Preston va remettre du bonheur dans nos vies. Et puis, peut-être que vous allez finir par apporter de bonnes nouvelles vous aussi ,non ? demanda-t-il en lui faisant un clin d'œil.
Raphaël sourit, gêné.
-Allez, quoi, ça fait plus de deux ans que vous êtes ensemble, vous n'avez pas de projets ?
-Pas pour le moment non, rit Raphaël. On es bien comme ça.
Il ne parlait pas souvent de l'avenir avec Sebastian. Ils étaient très heureux dans leur situation actuelle, et c'est vrai qu'il n'avait jamais vraiment osé parler de mariage à son petit ami. Il ne voulait pas lui faire peur, déjà que Sebastian avait eu du mal à accepter d'aimer quelqu'un et d'avoir une relation stable avec lui, il doutait que celui-ci soit capable de se marier. Il préférait y aller doucement.
-Bon, on va le boire ce champagne ?
OoOoOoOoO
Sebastian sortit de la voiture et s'avança vers la maison d'un pas mal assuré. Il n'était quasiment jamais revenu à la maison de ses parents depuis qu'il était en froid avec son père, mais aujourd'hui, il déjeunait avec Katherine, et il avait été obligé de passer la prendre. Ça lui faisait toujours bizarre de venir ici. En deux ans, il avait du venir deux fois, et chaque fois, son père n'était pas là. Josh Smythe avait tout fait depuis plus de deux ans pour ne pas avoir affaire à son fils. Sebastian était d'un côté attristé que sa relation avec son père ait complètement disparu, mais il s'était habitué à cette idée. Pourtant, sa relation avec sa mère s'était bien améliorée pendant ces deux années. Il voyait Katherine au moins une fois par semaine, ils allaient souvent déjeuner ensemble le week-end, ou il l'accompagnait faire des courses. Katherine semblait s'être beaucoup éloignée de son mari. Elle racontait à Sebastian qu'il passait le plus clair de son temps à son bureau, qu'elle ne le voyait que le soir et qu'il évitait soigneusement de parler de son fils, ce qui l'énervait au plus haut point. Elle ne comprenait pas comment Josh pouvait se désintéresser à ce point de son fils, et était attristée que son mari et son fils ne se soient pas vus depuis plus de deux ans. Avant l'accident de Sebastian, elle était toujours d'accord avec son mari, elle ne disait rien quand il lui confiait sa déception que son fils fasse de la musique et qu'il soit homosexuel, mais maintenant, elle en avait plus qu'assez des remarques immatures de Josh et elle lui avait bien fait comprendre qu'elle ne voulait plus entendre de bêtises à propos de Sebastian.
Sebastian était de son côté soulagé que sa mère ait fini par comprendre que Josh avait une mauvaise influence sur elle, et il la préférait depuis qu'elle s'était en quelque sorte rebellé contre son mari. Sebastian toqua à la porte.
-Entrez !
Il s'engouffra dans la maison et entendit du bruit dans le salon. Il y rencontra sa mère qui était en train de mettre son manteau.
-Salut mon chéri ! Je suis presque prête, je vais juste mettre un peu de parfum !
Elle disparut dans la salle de bains. Sebastian fut tenté de s'asseoir dans le canapé pour l'attendre, mais finalement il eut soudain envie d'aller voir sa chambre. Il n'était plus entré dans la pièce depuis qu'il avait quitté la maison en allant à l'académie. Il monta à l'étage et entra dans la première chambre à droite du couloir. Il alluma la lumière et resta sur le pas de la porte, surpris. Il avait toujours pensé que Josh aurait complètement vidé la chambre, ou l'aurait réaménagée pour en faire une deuxième chambre d'amis. Il avait d'ailleurs confié ses certitudes à Raphaël, et il se souvenait que son petit ami lui avait dit à ce moment-là qu'il se trompait sûrement sur son père. En effet, la chambre était restée en l'état. Elle était d'ailleurs très bien rangée, et propre. Le lit était fait, il n'y avait pas un brin de poussière. Il entra et parcourut les étagères où était entassés des livres sur la musique et le chant. Il s'assit sur le lit et contempla en silence la pièce. Il y avait toujours ses cahiers de lycée posés sur son bureau, avec quelques photos. Il y en avait notamment une avec les Warblers, et une autre avec son père quand il était enfant. Ils étaient à la pêche. Ils étaient l'un à côté de l'autre, avaient de grandes bottes et des pantalons sales, et Josh avait posé son chapeau d'aventurier sur la tête de Sebastian, qui n'y voyait plus rien mais avait un grand sourire aux lèvres. Il se rappelait de cette journée. Sa mère était venu avec eux à la pêche, et avait absolument voulu les prendre en photo.
Il eut soudain une idée et ouvrit sa penderie. Il parcourut les habits pendus et finit par en sortir un costume qu'il posa sur le lit. Son uniforme de la Dalton Academy. Il était toujours là, ni abîmé ni froissé. Il avait l'impression de retourner des années en arrière, quand il sortait son uniforme le matin et le posait sur le lit avant d'aller prendre son petit-déjeuner.
Il entendit soudain du bruit derrière lui.
-Je… commença-t-il en se retournant, pensant que sa mère était là, mais il s'arrêta en découvrant son père sur le pas de la porte.
Il semblait étonné lui aussi. Sebastian fut frappé par l'apparence de son père. Josh avait toujours fait très jeune pour son âge, mais désormais, la vieillesse semblait l'avoir rattrapé. Il ne l'avait pas vu depuis plus de deux ans, et il avait l'impression d'avoir un vieil homme face à lui. Ils se regardèrent un instant sans rien dire.
-Je pensais la trouver vide, finit par lâcher Sebastian.
Josh haussa les épaules.
-Je suppose que je n'en ai pas eu le courage. Ta mère tient à cette chambre, elle y fait le ménage tous les jours.
-Tu n'y es certainement pas entré depuis des années.
Il ne répondit pas.
-Ta mère m'a dit que tu étais devenu prof à la Dalton Academy.
-En effet. Depuis deux ans, répondit-il, surpris que son père lui tienne la conversation.
Josh hocha doucement la tête.
-Et, ça se passe bien ?
-Très bien, dit-il après une pause. Je suis devenu le prof des Warblers. Tu sais, la chorale.
-Ah oui, elle existe encore ?
-Oui. Il y a de très bons éléments. Un de mes anciens élève est parti dans la même académie que moi.
En effet, Teddy Right était rentré en septembre dans cette académie de musique, suivant les traces de son professeur. Sebastian s'attendait à ce que son père lui fasse une remarque, mais il ne dit rien.
-Et toi, ton cœur, ça va ?
-J'essaie de me ménager, mais ça va.
-Maman dit que tu travailles encore.
-J'aime mon métier, je n'ai pas envie d'arrêter. Tant que ça va, je continuerai.
-Je vois.
-Vous allez déjeuner où ?
-Au Cordon Bleu, là où je travaillais avant. Maman déjeune avec moi quand tu n'es pas là d'habitude, remarqua-t-il.
-Je vais partir pour un déjeuner d'affaires.
-Ah d'accord.
Un silence s'installa.
-Je suppose que maman t'a parlé de Raphaël, tenta Sebastian.
Il vit tout de suite que son père se tendait.
-Elle m'en a parlé, oui, dit-il en serrant les dents.
Sebastian sentait que Josh mourrait d'envie de lui faire une remarque sur sa relation avec Raphaël, mais qu'il essayait de se retenir. La colère l'envahit alors. Il avait pensé ne serait-ce que quelques minutes que son père avait peut-être légèrement changé, et accepté que son fils soit gay, mais il n'en était rien.
-Je suppose qu'elle t'a également parlé du fait que j'ai failli mourir, lâcha-t-il.
Le visage de Josh s'assombrit et il baissa les yeux.
-Je sais que j'aurai du venir te voir.
-Non, je m'en fiche en fait.
Sebastian prit la photo des Warblers sur le bureau, et jeta un dernier un coup d'œil à la photo où il était avec son père avant de s'approcher de la porte. Josh s'écarta pour le laisser passer et Sebastian commença à descendre l'escalier.
-Sebastian ?
Il s'arrêta en équilibre sur deux marches et se retourna vers son père.
-Quoi ?
-Je… Je suis content d'avoir pu te revoir. Presque trois ans, ça fait long.
Sebastian lâcha un rire amer.
-A qui la faute ?
Il n'attendit pas la réaction de son père et retourna au rez-de-chaussée. Sa mère arriva en même temps.
-Ah, te voilà ! Qu'est-ce qui se passe ?
-Tu aurais pu me prévenir qu'il était là.
Katherine comprit tout de suite.
-Oh… Désolé, il était dans la chambre, je pensais pas…
-C'est pas grave. Allons-y.
Il l'entraîna dehors et la fit monter dans la voiture.
-Vous avez discuté ?
-Légèrement oui, dit Sebastian en démarrant. Il n'a pas changé apparemment.
-Je suis désolée…
-C'est pas ta faute maman. Oublions ça. Je savais pas que tu nettoyais autant ma chambre.
-Oh, oui… dit-elle. J'aime bien, ça me rappelle quand tu étais encore à la maison.
-J'étais persuadé que vous l'auriez entièrement vidé quand je suis parti.
-Oh non, je ne me voyais pas faire ça. Ton père non plus d'ailleurs.
Sebastian se tourna vers elle un instant.
-Comment ça ?
-Lui non plus il ne voulait pas déménager tes affaires. Il me l'a fait comprendre. Bien sûr, il ne l'a jamais vraiment dit, mais je le sais. Il va souvent s'asseoir sur ton lit, il reste de longues minutes sans bouger.
-Sérieusement ? demanda Sebastian, perplexe.
-Je t'assure. Il n'en parle jamais, il croit certainement que je ne l'ai jamais vu faire, mais je ne suis pas idiote, je sais que quand il disparaît dans la maison, c'est qu'il va dans ta chambre. Tu sais, je pense qu'il n'est pas aussi ignoble qu'il le laisse paraître, il a simplement du mal à accepter que tu ne suives pas ses traces.
-Et que je sois gay.
Katherine grimaça.
-Oui, ça aussi, il a du mal. Il finira par comprendre.
-J'en doute.
-Regarde-moi, j'adore Raphaël, alors que c'était pas gagné ! Je t'assure, laisse lui encore un peu de temps.
-Ça fait des années que j'attends, maman.
Katherine haussa les épaules. Ils arrivèrent alors au restaurant. Théo les accueillit chaleureusement, comme d'habitude, et les amena à leur table habituelle, la même depuis deux ans.
-Comment tu vas Sebastian ?
-Super, et toi ? Tout va bien ?
-Très bien, lui sourit le jeune homme. Au fait, j'ai une bonne nouvelle, je devais t'appeler, mais quand j'ai su que tu venais. Je suis papa !
Sebastian lui donna une grande accolade.
-Félicitations, c'est super ça ! Décidément, tout le monde a des enfants en ce moment ! s'exclama-t-il en pensant à Preston.
-Félicitations jeune homme, lui dit Katherine en lui prenant les mains. C'est une fille ou un garçon ?
-Une fille, elle s'appelle Sarah !
-Je croyais que Laurie ne devait pas accoucher avant une semaine.
-Ça a été plus tôt que prévu.
-Elle va bien ? Demanda Sebastian.
-Oui, elle est juste épuisée, elle va rester à la maternité quelques jours.
-Je suis vraiment content pour toi !
Théo avait commencé à sortir avec Laurie il y a quelques années, et sa grossesse n'avait pas vraiment été programmée, mais ils avaient décidé de garder l'enfant. Sebastian et sa mère s'installèrent à table et Alex, le patron, vint aussi leur dire bonjour.
-Théo t'a annoncé la nouvelle ?
-Oui, c'est super !
-Il paraît qu'il compte la demander en mariage.
-Maintenant qu'ils ont un enfant, c'est peut-être mieux, acquiesça Katherine.
-C'est sur. Bon, je vous laisse manger, bon appétit !
Ils le remercièrent avant de commencer leur repas. Ils parlèrent de Preston un long moment, sa mère n'arrêtait pas de dire que le petit garçon était magnifique.
-La pauvre Lucy n'a vraiment pas de chance d'être stérile. Je n'ose même pas imaginer comment elle a du se sentir en apprenant ça.
-Oui, elle a eu beaucoup de mal. Raphaël était très inquiet pour elle.
-Et puis ça ne doit pas être facile de donner de l'amour à un enfant qui n'est pas de soi.
-Elle adore Preston.
-Je n'en doute pas, mais certaines femmes n'en seraient pas capables.
-Tu l'aurais été, toi ?
Katherine le dévisagea, indécise.
-Franchement, je n'en ai aucune idée. Je suppose qu'on finit par penser que c'est vraiment notre bébé. Bon, assez parlé des autres. Comment s'est passé ta rentrée scolaire ?
Les cours avaient repris il y a une semaine. Sebastian avait été beaucoup plus serein pour sa troisième rentrée. Il connaissait bien le métier maintenant.
-Très bien. J'ai des classes assez sympathiques, pas trop d'éléments perturbateurs apparemment.
-Tu es prof principal ?
-Non, pas cette année malheureusement, mais je me dis que ça me fera moins de travail. Avec le glee club, j'ai déjà assez de paperasses à m'occuper. Je pense que le proviseur a fait exprès de ne pas me mettre prof principal.
-Il a l'air de te soutenir à fond avec la chorale.
-Oui, il faut dire que la chorale prend de l'ampleur, on a de plus en plus de chanteurs. On a déjà trois nouveaux cette année.
-C'est bien.
-J'ai retrouvé mon uniforme de lycée dans mon placard, il est toujours aussi nickel.
-Oui, j'essaie d'en prendre soin, ce serait bête qu'il s'abîme, sourit-elle. Et avec Raphaël tout va bien ?
-Ça va. Il travaille pas mal ces temps-ci, il a lancé un programme de recherche avec une de ses collègues, Mary. L'hôpital est axé sur la recherche, ça lui permet de s'améliorer. Mais ne me demande pas sur quoi il travaille, je sais juste que c'est par rapport au cœur.
-Il est vraiment très concerné par ce travail.
-Il est passionné, sourit Sebastian. Il a toujours voulu devenir chirurgien. Je pense que ce qu'il a vécu enfant lui a donné envie de sauver des gens.
Katherine hocha la tête. Sebastian lui avait déjà parlé de la leucémie qu'avait eu Raphaël. Il avait d'abord demandé au jeune homme si ça ne le dérangeait pas bien sûr, mais Raphaël n'y avait vu aucun inconvénient. Il en avait assez de le cacher à tout le monde.
-Tu n'es pas inquiet parfois ? lui demanda-t-elle en reposant ses couverts dans son assiette vide. A propos de cette leucémie.
Sebastian haussa les épaules en faisant de même.
-Pas vraiment. On sait qu'il y a des chances pour que ça revienne un jour, mais on essaie de ne pas y penser, sinon, ça nous pourrirait la vie. On profite seulement de la vie qu'on mène.
-Je vois.
-Au début de notre relation, je ressentais un profond soulagement dès qu'il revenait de ses examens et me disait que tout allait bien. Maintenant, on n'y fait plus vraiment attention.
Raphaël n'allait désormais faire des tests que tous les six mois, les analyses étaient tellement biens à chaque fois que ses médecins ne voyaient pas l'intérêt de continuer tous les mois. Les parents de Raphaël avaient d'ailleurs eu du mal à le digérer, surtout Julia qui était toujours aussi inquiète pour son fils et continuait de l'appeler au moins une fois par semaine.
-Vous avez terminé ? demanda Théo qui voulait débarrasser leurs assiettes.
Sebastian hocha la tête.
OoOoOoOoO
-Tu es prêt ? demanda Raphaël en passant la tête dans l'entrebâillement de la porte.
Sebastian était en train de se mettre du gel devant la glace.
-Presque, sourit-il.
Raphaël entra dans la salle de bains et passa ses mains autour de la taille de Sebastian avant de l'embrasser dans le cou.
-Je suis sur qu'on va passer une soirée géniale, lui murmura-t-il.
-Comme d'habitude oui. Jeff et Nick sont adorables. J'espère juste que leur lune de miel ne leur aura pas tourné la tête.
-Ils sont partis où déjà ?
-Aux Antilles. Ils ont sûrement la tête dans les nuages encore.
-C'est sûr. Ce serait bien de partir en voyage un jour, proposa Raphaël.
Sebastian se retourna dans ses bras et l'embrassa.
-Ce serait super. Mais tu as beaucoup de travail.
-Malheureusement oui… Peut-être qu'un jour j'arriverai à avoir de longues vacances ! Quand on aura terminé notre programme avec Mary.
-Ça se passe bien d'ailleurs ?
-Assez bien oui, Mary est brillante. Il nous arrive de nous friter un peu, mais dans l'ensemble on s'en sort bien. Au fait, tu as eu des nouvelles de Teddy? Il devait t'appeler non ?
-Ouais, tout à l'heure. Sa rentrée s'est bien passé, il adore l'académie.
Le jeune homme et son professeur étaient devenus assez proches pendant les deux ans où il était au lycée, et ils avaient promis de garder contact une fois qu'il serait rentré à l'académie, pour que Sebastian puisse suivre ses études. Le chef des Warblers avait alors laissé sa place à John, le jeune que Sebastian avait réussi à recruter lors de son arrivée au lycée. John était maintenant en dernière année.
-Il a promis d'essayer de passer à la Dalton Academy quand il aurait un moment.
-Je trouve ça bien qu'il soit aussi attaché à son lycée. C'est rare.
-Regarde-moi, rigola Sebastian. Je suis devenu prof.
-C'est vrai, sourit-il. Au fait, tu n'as pas fini de m'expliquer ce qui s'est passé avec ton père la semaine dernière.
Sebastian se rembrunit et s'écarta de lui pour finir de mettre son gel.
-Il y a pas grand-chose à dire, je lui ai juste fait comprendre qu'il aurait pu venir me voir quand j'étais à l'hôpital puis je suis parti.
-J'ai du mal à le comprendre.
-Je te rassure, moi non plus. Mais c'est ce que m'a dit ma mère après qui m'a étonné.
Il lui raconta que son père allait souvent dans sa chambre et avait insisté pour que celle-ci reste en l'état.
-C'est vrai que c'est bizarre. Faut croire qu'il t'aime quand même, il a juste du mal à te le dire.
Sebastian haussa les épaules.
-Après ce qu'il m'a dit quand il était lui-même à l'hôpital, j'ai du mal à y croire.
-Seb, c'était il y a quasiment trois ans ! Il a sûrement changé d'avis depuis.
-Pourquoi il ne me le dit pas alors ? Quand je lui ai parlé de toi, j'ai bien vu que ça le dégoûtait que je sois avec un homme.
-Il a juste ses principes.
-Pourquoi tout le monde essaie de le défendre ? J'ai l'impression que ma mère fait la même chose.
-Je ne le défends pas, soupira Raphaël en s'appuyant contre l'évier de la salle de bains. Je trouve juste dommage que vous ne vous parliez plus. Peut-être qu'il est temps que vous discutiez une bonne fois pour toutes, de l'eau a coulé sous les ponts depuis que votre dispute.
-Je sais pas trop.
Raphaël se redressa et alla l'embrasser.
-Allez, arrête de bouder, ça va s'arranger. Maintenant, il faut qu'on y aille, on va être en retard.
Sebastian lui fit un petit sourire avant de poser ses lèvres sur les siennes quelques secondes.
-Tu sais que je t'aime, toi ?
Raphaël rit et lui donna une tape sur les fesses.
-Allez en avant ! Sors de cette salle de bains ! En voiture !
OoOoOoOoO
-Alors, ce voyage ? demanda Sebastian à ses deux amis.
Les deux couples dînaient dans un restaurant à Lima. Jeff et Nick semblaient vraiment épanouis et n'arrêtaient pas de jeter des coups d'œils à leurs alliances. Ils s'étaient mariés trois mois plus tôt. Sebastian et Raphaël avaient été invités, ça avait été un mariage plutôt discret, ils n'étaient pas très nombreux, vu qu'il n'y avait pas la famille de Jeff, qui refusait tout contact avec le blond depuis qu'ils avaient appris son homosexualité. Du côté de Nick, seuls quelques membres de sa famille étaient d'accord avec l'idée. Il y avait surtout eu des amis du couple ou des collègues de travail. Les mariages homosexuels restaient encore compliqués à gérer, même en Amérique. Il était difficile de trouver une salle à louer, un traiteur et dans certaines villes, même si la loi autorisait les mariages entre deux personnes de même sexe, la municipalité refusait de prononcer le mariage. La ville de Lima, elle, avait l'esprit bien ouvert et suivait les loi sans problème.
-C'était super ! s'exclama Jeff.
-Ça se voit vu comment vous êtes bronzés, rit Raphaël.
En effet les deux hommes avaient le teint bien cuivré, qui détonait par rapport au teint plutôt blafard des habitants de Lima, surtout au mois de septembre.
-C'est vrai qu'on a passé pas mal de journées à la plage, avoua Nick. Mais il faisait tellement beau, on ne pouvait pas ne pas aller sur le sable.
-Là-bas, l'eau est turquoise, c'est vraiment magnifique. Près de notre hôtel, il y avait une petite plage avec pas âme qui vive, vous savez, avec de grands palmiers, et du sable fin et blanc, précisa Jeff en faisant de grands signes avec les mains. Je n'avais jamais vu du sable aussi doux.
-Il n'y a pas des requins par là-bas ?
-Si, ça peut arriver, il faut seulement faire attention et rester au bord, ils ne s'approchent pas trop des côtes généralement.
Un serveur s'approcha de leur table.
-Messieurs ont-il fini ? leur demanda-t-il.
Tout le monde acquiesça et le jeune homme ramassa leurs assiettes.
-On est pas seulement allés à la plage, dit Nick. Il nous arrivait de rester à l'hôtel et d'aller à la piscine, ou de faire des massages. Il y avait une jeune masseuse, elle avait vraiment des doigts de fée.
-Les gens sont gentils ?
Le serveur revint avec la carte des desserts avant de s'éclipser.
-Très sympathiques oui. On est partis un jour en bus jusqu'à un petit village, ils nous ont accueilli avec des colliers de fleurs et ont voulu nous faire goûter des tas de mets tous plus exotiques les uns que les autres.
-Il y avait une sorte de soupe qui arrachait ! Ne me demandez pas le nom, c'était bien trop compliqué.
-Qui arrachait ? répéta Jeff. Bien pire que ça, tu es devenu tout rouge Nick ! J'ai bien cru que tu allais t'étouffer ! Si vous aviez vu sa tête ! rit-il. Il hurlait et s'est mis à courir dans tout le village.
-Forcément, tu m'as obligé à goûter avant toi, j'aurais bien voulu la voir ta tête si tu avais été à ma place, ronchonna Nick.
-Vous vous êtes bien amusés apparemment ! lança Sebastian. C'est bien d'avoir pu faire un voyage comme ça, ça doit être vraiment reposant.
-C'est sur ! Bon alors, vous avez choisi vos desserts ? demanda Nick en jetant un regard noir à Jeff encore mort de rire.
Ils commandèrent les desserts puis Jeff sortit son téléphone et leur montra quelques photos qui firent rêver Raphaël. Si seulement il pouvait un jour faire un voyage comme ça… Avec son travail, ça risquait d'être impossible. La dernière fois qu'ils étaient partis en vacances, c'était l'année dernière. Ils étaient allés passer un week-end dans un hôtel romantique sur la côte. Ils en avaient profité pour ne rien faire pendant deux jours. Ils étaient allés à la plage et à la piscine, et mangeaient midi et soir dans un petit restaurant. Ce week-end lui paraissait bien loin maintenant. Il s'en voulait un peu de ne pas pouvoir offrir à Sebastian un voyage. Son petit ami avait toutes les vacances scolaires, et ne partait jamais à cause de lui. Il avait peur qu'un jour Sebastian en ait assez de ne pas pouvoir bouger.
L'arrivée des desserts coupa la séance photo et ils mangèrent avec gourmandise.
-Et si je vous montrais les photos de votre mariage ? demanda Sebastian.
C'était lui qui avait été attitré au titre de photographe pour la soirée, et il n'avait pas encore eu l'occasion de leur montrer ce qu'il avait fait.
-Bonne idée ! approuva Nick et Sebastian leur passa son appareil qu'il avait emmené exprès.
Les deux hommes observèrent les photos un sourire aux lèvres en se jetant des coups d'œils appuyés de temps en temps.
-Elles sont vraiment magnifiques, commenta Jeff.
-Vous étiez très beaux en costumes en plus, dit Raphaël. Très photogéniques.
-C'est vrai que c'était un beau mariage.
-Pas aussi grandiose que celui de Lucy et Ben tout de même, rit Jeff.
Les deux garçons avaient été conviés au mariage de la jeune femme, avec qui ils avaient noués une certaine amitié depuis que Raphaël les avait présentés.
-C'est vrai qu'ils avaient fait fort, acquiesça Raphaël.
-Il y avait une super ambiance, et la salle et la cérémonie étaient magnifiques.
-Vous aussi, c'était très bien, rétorqua Sebastian.
-Bon, et vous, alors ? dit soudain Nick en rendant son appareil à Sebastian.
-C'est vrai ça, ajouta Jeff. Tout le monde se marie en ce moment, vous devriez suivre le rythme !
Raphaël jeta un coup d'œil gêné à Sebastian. C'était la première fois que le sujet était abordé en leur présence à tous les deux. Il voulait vraiment savoir ce que Sebastian pensait de cette idée.
-C'est pas vraiment prévu pour le moment, dit Raphaël en souriant.
-On n'a pas besoin de se marier pour savoir qu'on s'aime, dit Sebastian en faisant un sourire doux à son petit ami.
Raphaël eut l'impression que son sang se glaçait. Ça avait le mérite d'être clair.
-Non, c'est vrai, dit-il, mais c'est pas seulement une preuve d'amour, c'est surtout un engagement. Pour être liés pour la vie.
Sebastian fit un rire gêné.
-Enfin, Raph, on est déjà liés pour la vie ! Je n'ai pas besoin qu'on me mette une bague au doigt pour savoir que je t'aimerai toute ma vie.
-Ça, c'est super mignon, sourit Jeff, mais Raphaël n'avait pas vraiment envie de sourire.
Il avait toujours pensé se marier, cet engagement était très important pour lui, mais il ne voulait pas brusquer Sebastian, il pensait qu'il fallait seulement attendre le bon moment pour proposer le mariage, et voilà que maintenant il apprenait que Sebastian n'avait aucune intention de l'épouser. Il ne savait pas trop comment réagir à ça, mais en voyant le sourire de Sebastian, il ne put s'empêcher de sourire à son tour. Il ne pouvait pas faire des remarques à propos de ça devant Jeff et Nick.
-Moi non plus, dit-il donc en souriant, et Sebastian se pencha vers lui pour l'embrasser.
-Je t'aime, lui murmura-t-il.
-Moi aussi, répondit Raphaël, même si une boule lui serrait l'estomac.
NA: Voilà pour ce chapitre, n'hésitez pas à me faire part de vos remarques, on approche doucement de la fin de cette fiction, il ne reste il me semble que deux ou trois chapitres ! Je vais essayer de publier plus rapidement maintenant que les vacances ont (enfin!) commencé :)
A la prochaine!
