Chapitre 14
Malheureusement, les craintes de Sebastian se confirmèrent quelques semaines plus tard. Après de nombreux tests et une attente interminable, les médecins n'avaient plus aucun doute : la leucémie était de retour. Bien sur, ils n'avaient aucune certitude sur l'évolution de la maladie. Pour le moment, ils restaient optimistes et avaient donné à Raphaël le même traitement que quand il était plus jeune, en espérant que la maladie se résorberait comme elle l'avait fait quelques années plus tôt.
Raphaël fut dévasté par la nouvelle, et se coupa de tout le monde, au grand désespoir de Sebastian qui aurait voulu pouvoir le rassurer et le consoler. Mais son époux s'était complètement fermé. Il partait tôt au travail et parlait à peine à son mari une fois de retour. Il affichait toujours une mince impassible, comme si plus rien ne le touchait. Cette situation dura plusieurs semaines, où Sebastian eut peur de le perdre complètement. Ils avaient mis en suspens les papiers pour l'adoption, même si Sebastian aurait voulu continuer les démarches. Il se rappelait très bien du regard impassible de Raphaël quand il le lui avait dit. Il l'avait regardé comme s'il était complètement désintéressé, et avait rétorqué d'un ton amer:
-A quoi ça sert qu'on ait un enfant, je ne le verrai pas grandir.
Sebastian avait bien cru que son cœur s'était brisé devant une telle affirmation de la part de son époux. D'un côté il lui en voulait de se fermer à lui, de ne pas lui confier ce qu'il pensait, ou de ne pas rester optimiste et courageux face à la maladie qui revenait, mais d'un autre, il comprenait sa réaction, il aurait certainement agi de la même manière s'il avait été à sa place.
Au début, Raphaël refusa de prévenir sa famille, ainsi que Lucy. Sebastian avait protesté avec véhémence, il ne pouvait pas les laisser dans l'ignorance, pas dans des cas pareil. De toute façon, Lucy se rendit vite compte que quelque chose n'allait pas, et se sentit aussi démunie que Sebastian quand elle apprit la nouvelle : elle ne pouvait rien faire pour lui, pas tant qu'il rejetterait tout le monde et resterait persuadé qu'il allait mourir.
Les parents de Raphaël furent dévastés par la nouvelle, même s'ils essayaient de faire bonne figure au téléphone pour ne pas perturber leur fils. Sebastian les avait appelé le lendemain, seul, pour prendre de leurs nouvelles, et Julia était apparemment mal en point. Franck lui avait confié qu'ils avaient l'impression de retourner des années en arrière, quand la maladie avait failli terrasser leur fils. Julia était terrifiée à l'idée que cette fois-ci, elle réussisse. Comme tout le monde, en réalité. Leah, elle, essayait de rester positive, et appelait souvent son frère pour prendre de ses nouvelles, mais Raphaël restait toujours impassible avec elle, comme si ce qu'elle lui disait n'avait aucun intérêt à ses yeux.
Sebastian était autant terrifié que les autres, mais il en avait assez que tout le monde s'imagine le pire. Il avait besoin de croire que tout irait bien, il ne pouvait pas imaginer les choses autrement, et cette ambiance d'inquiétude lui pesait, il avait l'impression d'étouffer et que soudain toute sa vie n'était devenu qu'un vaste cauchemar, ou toutes les belles choses qu'ils avaient vécu ces dernières années avaient été réduites en poussière. Parfois il s'imaginait que la leucémie était une personne physique, il essayait d'imaginer a quoi elle pourrait ressembler et tout ce qu'il avait envie de lui faire subir pour qu'elle disparaisse et les laisse en paix.
Pourtant, la situation finit par s'améliorer. Sebastian vit petit à petit Raphaël revenir vers eux, il souriait un peu plus, prenait part aux discussions lorsqu'ils dînaient avec Lucy, et reprenait petit à petit goût à s'amuser avec Preston, son filleul, qu'il avait dénigré ces dernières semaines. Rien que la vue du garçon lui donnait envie de vomir quand il s'imaginait qu'il était sur le point d'avoir un enfant, et que désormais toute perspective d'avenir s'était effacée. Mais il avait bien vu que son comportement faisait souffrir ses proches, et il s'était finalement rendu à l'évidence : peut-être qu'il allait mourir, oui, mais peut-être pas. Et pour ça, il ne devait pas s'apitoyer sur son sort, mais profiter de la vie et tout faire pour combattre la maladie. Les deux époux retrouvèrent alors leur complicité, et Sebastian était soulagé qu'il accepte enfin la situation.
Ce n'était pas plus facile pour autant. Raphaël faisait de nombreux cauchemars et se réveillait en pleurs quasiment toutes les nuits, et les symptômes de la leucémie finirent par se déclarer. Raphaël avait le teint pâle, il se fatiguait vite et son traitement lui donnait des nausées et des absences. Pour le moment, son état n'était pas encore trop inquiétant, et les médecins restaient optimistes. La maladie était très faible, il y avait de grandes chances pour qu'elle disparaisse rapidement.
Mais, même l'optimisme des médecins ne suffit pas. La leucémie gagna en puissance pendant des mois, rendant Raphaël de plus en plus faible. Il voulut malgré tout continuer son travail, mais il dut vite se rendre à l'évidence qu'il n'était plus capable de passer des heures dans une salle d'opération. Après qu'il ait fait un malaise en pleine opération, son chef de services décida qu'il n'avait plus le droit d'opérer. Il continua à travailler, mais s'occupait seulement des patients et des diagnostics. Pourtant, au bout de plusieurs mois, il s'avéra évident qu'il était trop faible pour aller travailler. Petit à petit, son chef se débrouilla pour qu'il vienne de moins en moins. Raphaël se rendait bien compte qu'il était petit à petit en train de se faire gentiment virer, mais il ne pouvait rien y faire, et il savait que son chef faisait ça pour son bien. Mais il ne pouvait pas accepter d'arrêter la médecine, ça le rendait dingue. Après un nouveau rendez-vous dans le bureau du chef, où celui-ci lui avait proposé d'avoir les week-ends de libre, Raphaël s'était caché dans une remise pour calmer ses nerfs. Il entendit la porte s'ouvrir et sécha ses larmes avant de reconnaître Mary.
-Je ne supporte plus que tout le monde me regarde avec pitié, lâcha-t-il en retenant ses sanglots.
Mary lui fit un sourire compatissant.
-Ce n'est pas en te cachant dans une remise que ça va arranger les choses.
-Je ne sais même pas pourquoi je viens encore…
-Parce que c'est ton métier, et tu n'as pas envie d'arrêter. Je le comprends tout à fait. Mais, il faut aussi que tu te rendes compte que ça te fatigue, et ce n'est pas bon. Tu devrais te reposer.
-Je sais… J'aimerais tellement que la maladie s'en aille à nouveau… J'essaie, Mary, je te jure que j'essaie de me battre, mais… J'avais une vie tellement parfaite… J'allais avoir un enfant, et maintenant je me retrouve incapable de rester debout deux heures d'affilée.
Mary s'approcha et le prit dans ses bras.
-Je me doute que ça doit être compliqué d'accepter cette situation, mais, tu es quelqu'un de fort, je suis certaine que de nouvelles belles choses vont t'arriver, lui confia-t-elle.
OoOoOoOoO
Après sa discussion avec Mary, Raphaël finit par accepter qu'il n'était plus capable d'aller travailler, alors il finit par arrêter. Ce fut un coup dur pour tout le monde, et surtout pour Sebastian qui voyait en la résistance de Raphaël son combat contre la leucémie. On aurait dit qu'il venait de perdre une manche.
Sebastian essaya alors d'être le plus présent possible pour son mari, il ne voulait pas qu'il s'ennuie. Mais Raphaël trouvait des occupations. Il allait se balader dans le parc, puis s'asseyait sur un banc pendant de longues heures. Parfois, il remplaçait la baby-sitter de Preston et allait s'occuper de lui toute la journée. Quand il rentra à l'école, Raphaël l'emmenait parfois le matin quand ses parents n'étaient pas là, ou allait le chercher le soir avant d'aller prendre un goûter dans un café.
-Tu ne manges pas de glace ? lui demanda un jour le petit garçon en léchant son cornet.
Raphaël mangeait de moins en moins, la leucémie lui coupait toute appétit et il maigrissait à vue d'œil.
-Non merci, je n'ai pas vraiment faim. Elle est bonne ta glace ?
-Oui !
-Tant mieux, sourit Raphaël.
Il n'y avait que quand il était avec son filleul qu'il ne se sentait pas malade. Dès qu'il était avec des adultes, tout le monde voulait s'occuper de lui, et il ne le supportait pas. Parfois il avait du mal à croire que sa vie soit passé d'un rêve à un cauchemar aussi rapidement. Souvent les souvenirs de son enfance et son adolescence revenaient le hanter. La maladie avait vraiment rendu sa vie compliquée, et il n'avait pas envie que ça recommence. Il était déjà malade d'avoir dû arrêter d'aller à l'hôpital. Il appelait souvent Mary pour prendre des nouvelles de ses anciens patients.
Ce soir-là, quand Raphaël rentra chez lui, Sebastian venait apparemment d'arriver lui aussi et s'était installé dans le canapé. Sans un mot, Raphaël vint s'asseoir et se blottit contre lui. Ils restèrent un long moment dans les bras l'un de l'autre, et Sebastian déposa un baiser sur son front.
-Ça s'est bien passé avec Preston ?
-Très bien oui, je l'ai emmené manger une glace.
-D'accord.
Raphaël sentait que son mari ne se sentait pas bien.
-Qu'est-ce qu'il y a, chéri ?
Sebastian secoua la tête et l'embrassa de nouveau sur le front.
-Tout va bien…
Mais Raphaël savait que c'était faux. Il avait remarqué à plusieurs reprises que parfois Sebastian semblait dans la lune, le visage triste, comme s'il regrettait lui aussi tout ce qui se passait.
-On va s'en sortir, Seb, murmura-t-il. Je ne vais pas me laisser faire tu le sais ça ?
Sebastian hocha la tête, les yeux pleins de larmes. Raphaël se redressa soudain.
-Tu sais, j'ai eu une idée !
Sebastian renifla et sourit.
-Ah oui?
-Nous n'avons jamais fait notre lune de miel, et ce seront bientôt les vacances d'été, alors je me suis dit qu'on pourrait partir tout l'été, rien que tous les deux. Qu'est-ce que tu en dis ?
-J'aimerais beaucoup, mais tu es sur que c'est une bonne idée ? Je veux dire, tu es fatigué…
-Ça ira, je t'assure, mais si tu veux on peut en parler à mes médecins.
-D'accord alors, sourit Sebastian. Ce serait super qu'on puisse faire ça.
OoOoOoOoO
Les médecins furent un peu inquiet par cette proposition mais finirent par accepter. Raphaël avait bien besoin de prendre l'air, et il n'avait jamais voyagé de sa vie. Ils passèrent donc les dernières semaines de l'année scolaire a préparer leur voyage. Ils préféraient ne pas établir un programme trop serré et se laisser aller à des fantaisies. En tout cas en deux mois ils auraient le temps de visiter beaucoup de pays, c'était certain. Raphaël ne voulait pas passer ses journées à ne rien faire, il voulait bouger et visiter, mais les médecins lui conseillèrent d'essayer d'en faire le moins possible, pour ne pas trop se fatiguer.
Après des semaines de préparation l'heure du départ arriva, et Raphaël et Sebastian se sentaient pour la première fois serein, comme si tout ce qui s'était passé ces derniers mois n'existait plus. Raphaël savait que ce voyage serait peut-être le premier et le dernier, alors il comptait bien en profiter un maximum, et continuer à se battre. Il ne comptait pas se laisser faire par une simple leucémie. Il l'avait déjà vaincu une fois, il pouvait recommencer.
OoOoOoOoO
Sebastian entra dans la chambre où des bips réguliers retentissaient et referma doucement la porte derrière lui. Comme à chaque fois, son cœur se serra à la vue de l'amour de sa vie sur un lit d'hôpital, branché à des tas de tubes. Pourtant, c'est quand il dormait qu'il avait l'air le plus serein.
Sebastian s'approcha du lit et s'assit sur le fauteuil, qu'il ne quittait presque jamais désormais. Deux mois après leur retour de leurs voyages, Raphaël avait dû être hospitalisé. Ses résultats sanguins et son état étaient au plus mal, et ils avaient vécu quelques peurs bleues avant que son état se stabilise. Cela faisait maintenant deux semaines qu'il était dans cette chambre, et Sebastian passait presque toutes ses journées avec lui. Il avait de la chance que ce soient les vacances scolaires à cette époque. Dans quelques jours il devrait reprendre le travail, mais ne pouvait pas supporter de le laisser. Pourtant, il ne serait pas seul, Franck et Julia veilleraient sur lui. Les parents de Raphaël étaient venu s'installer quelque temps à Lima chez eux pour être près de leur fils. Leah venait quand à elle tous les week-end, ça faisait beaucoup de trajets mais elle ne pouvait pas se résoudre à ne pas venir voir son frère dans un moment pareil.
Sebastian se rappelait avec nostalgie leur escapade de deux mois. Ils étaient partis en Europe et avaient fait le tour des pays, en passant par le Royaume Uni, la France, l'Espagne et l'Italie. Ils avaient passé plusieurs jours dans chaque pays, se reposant dans des hôtels magnifiques, et étaient ensuite restés deux semaines sur la Côte d'Azur, en France, pour profiter de la plage et du soleil. Raphaël ne s'était jamais autant reposé de toute sa vie. Ce voyage les avait ressourcé tous les deux, ils en avaient bien besoin après ces derniers mois plutôt mouvementés. Mais il aurait préféré ne jamais faire ce voyage et que Raphaël soit en meilleure forme.
Leurs perspectives d'avenir lui paraissaient bien lointaines désormais. Il se rappelait a peine la sensation qu'il avait ressenti en s'imaginant avoir un enfant. Mais surtout, ce qui lui faisait le plus peur, c'était de le perdre. Il avait trouvé l'âme sœur, l'amour de sa vie, et il ne pouvait pas imaginer vivre sans lui. Rien qu'y penser lui donnait des nausées, alors il préférait s'imaginer qu'il allait aller mieux.
Raphaël remua soudain et ouvrit doucement les yeux en tournant la tête. Il sourit d'un air ensommeillé en le reconnaissant.
-Salut toi, dit-il.
-Salut, répéta Sebastian en lui prenant la main. Comment tu te sens aujourd'hui ?
-Ça peut aller, répondit-il. J'en ai juste assez d'être tout le temps endormi, j'ai l'impression de vivre dans un brouillard constant.
-C'est la seule solution…
-Pour que je ne souffre pas, je sais, le coupa Raphaël. Ne t'inquiète pas, ça ira. Tu sais, j'ai rêvé de la belle soirée qu'on a passé sur la plage, en France. C'était tellement magique.
-Oui, c'était super.
-J'aimerai bien y retourner, dit-il avec regrets.
-C'était une lune de miel magnifique, le rassura Sebastian.
-Mes parents vont bien ?
-Ils sont à la maison, ils ont dit qu'ils passeraient plus tard.
-Et ma mère ?
Sebastian déglutit et serra les dents.
-Elle... Elle a un peu de mal, mais elle tient le coup.
Raphaël acquiesça.
-Je m'en veux tellement de la faire souffrir comme ça…
-Mais non, dis pas ça, ce n'est pas ta faute, lui dit Sebastian en posant sa main droite sur la joue de son mari.
-Tu sais, tu as le droit de le dire, toi aussi.
-Comment ça ?
-Tu parais tout le temps tellement... Fort. Et je te remercie pour ça, mais toi aussi tu as le droit d'avoir peur…
Sebastian sentit les larmes lui monter aux yeux et serra la main du garçon.
-Ça ne se voit peut-être pas, mais je suis terrifié, murmura-t-il en essayant de retenir un sanglot.
Cette fois, c'est Raphaël qui vint poser sa main sur sa joue. Sebastian retint sa main en fermant les yeux.
-Ça va aller, Seb, d'accord ? Quoiqu'il arrive, n'oublie jamais que je t'aime...
OoOoOoOoO
Sebastian était dans le couloir avec le médecin de Raphaël, le Docteur Matt. Le matin-même, il avait été appelé en urgence par le médecin et venait d'arriver à la va-vite à l'hôpital.
-Je ne comprends pas, il allait mieux depuis quelques jours, il sortait même dans le parc.
-Oui, c'est ce qu'on pensait aussi, commença le docteur, mais ce matin il a fait un grave rechute, on a refait des analyses et…
-Et quoi ?
-Nous ne sommes plus aussi optimistes que hier, monsieur Smythe, annonça-t-il, le visage sombre.
-Qu'est-ce… qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Sebastian, sentant la panique faire battre son cœur à vive allure.
-Je suis désolé de vous annoncer ça de cette manière, mais, la leucémie… Elle va gagner cette fois…
Sebastian crut que le monde autour de lui était en train de s'écrouler. Le médecin le rattrapa par le bras et l'accompagna s'asseoir sur une des banquettes du couloir. Il s'assit à côté de lui et attendit qu'il reprenne ses esprits.
-Comment vous pouvez en être si sur ? Il n'abandonnera jamais, j'en suis certain, bredouilla-t-il.
-Je vous assure, je pense qu'il s'est assez battu. Il est épuisé, et ce n'est maintenant plus de son ressort. Je sais que vous espériez un miracle, comme tout le monde, mais… il n'y en aura pas, et j'en suis vraiment sincèrement désolé, j'aurai aimé autant que vous le sauver…
Sebastian posa ses coudes sur ses cuisses et posa sa tête dans ses mains en essayant de retenir ses larmes.
-Il lui reste combien de temps ? murmura Sebastian en relevant la tête et en inspirant à fond.
-Quelques jours, peut-être une semaine, répondit-il d'un air désolé.
Peut-être une semaine ? Sebastian avait l'impression qu'il allait perdre pied et la peur de perdre son mari lui glaça le sang.
-Je suis vraiment désolé… répéta le médecin.
-Non, ne vous excusez pas. Au fond, je crois que tout le monde le savait… On essayait juste… d'espérer.
Il tourna la tête vers la chambre où reposait Raphaël, endormi.
-Il le savait aussi, ajouta-t-il. La menace de cette maladie a toujours pesé sur lui, il y avait de grandes chances pour qu'elle revienne un jour.
Il savait depuis longtemps quelle serait l'issue de cette situation, même s'il avait préféré le nier, rendant la maladie plus supportable. Mais maintenant que ce médecin lui disait en face que Raphaël allait le quitter, il lui était difficile de l'accepter. Il avait espéré, durant tous ces mois, un miracle. Miracle qui n'était jamais arrivé et qui, il le savait maintenant, n'arriverait jamais. Il ne lui restait plus qu'une seule chose à faire : rester près de son mari, jusqu'à la fin.
-Je vais aller le voir, déclara-t-il en saluant le médecin avant d'entrer dans la chambre.
Raphaël semblait calme et paisible, sous ces draps blancs. Dans la chambre, une ambiance tranquille et sereine régnait. Pourtant, Sebastian avait le cœur serré. Il s'assit sur la chaise posée à côté du lit et prit la main de Raphaël dans la sienne.
-Raphaël... murmura-t-il en sentant ses yeux s'inonder de larmes.
Non, il devait être fort. Pour lui. Raphaël finit par ouvrir lentement les yeux, aveuglé par la lumière.
-Seb... murmura-t-il d'une voix éraillée par le sommeil.
-Hey, sourit Sebastian. Comment tu te sens ?
-Je ne ressens plus rien, comme si... Comme si mon corps entier était insensible à la douleur.
Sebastian lui serra la main et Raphaël sembla voir son désespoir.
-Tu as parlé au Docteur Matt, c'est ça ?
Il acquiesça.
-Ils n'ont pas voulu me le dire, mais je ne suis pas dupe, dit Raphaël. J'ai tout de suite compris après ce qui s'est passé ce matin, et au fond, je le savais depuis longtemps. Toi aussi. Tout le monde savait que j'allais...
-Non, ne dis pas ça… le supplia Sebastian en ne pouvant s'empêcher de laisser échapper un sanglot.
-Sebastian, ça ne sert à rien de repousser l'échéance. Je vais mourir, c'est comme ça. Il me reste combien de temps ?
Sebastian sentit son cœur se déchirer devant ces quelques mots. "Il me reste combien de temps ?" Alors, il l'avait vraiment accepté ? Accepter de mourir, sans broncher ?
-Comment peux-tu être aussi... Calme ?
-Parce que j'ai eu une bonne vie à tes côtés. Courte, certes, mais depuis que je suis petit j'avais cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête, et même si j'essayais de faire comme si elle reviendrait jamais, au fond tout le monde le savait. Et c'est pour ça que ma mère était tout le temps si inquiète pour moi. Parce qu'elle savait que ce jour arriverait, mais tout le monde a préféré le nier toutes ces années, et j'avais moi-même fini par croire que je pourrai vivre tranquillement. J'aurais du mourir enfant, Seb, je n'ai eu droit qu'à un délai de plus, et ce délai est écoulé. On devrait s'estimer heureux d'avoir eu ces quelques années ensembles.
Sebastian secoua la tête en sentant ses larmes couler le long de ses joues.
-Je ne peux pas l'accepter, Raph. Je ne voulais pas que quelques années, je voulais une vie entière avec toi… Avoir des enfants, un chien, une famille, c'est ce que je voulais avec toi…
Raphaël fit un sourire triste et posa sa main sur la joue de Sebastian pour essuyer une de ses larmes.
-J'aurai tellement aimé moi aussi, si tu savais…
Des larmes coulaient également sur son visage, et Sebastian ne pouvait pas supporter de le voir comme ça.
-Quelques jours, peut-être une semaine, finit par balbutier Sebastian.
-Alors, s'il te plaît, j'aimerai que tu fasses quelque chose pendant ces quelques jours.
-Tout ce que tu veux...
-Reste près de moi, demanda Raphaël en posant sa deuxième main sur son bras.
-Bien sur que je reste, idiot ! Où crois-tu que je pourrai aller en te sachant ici ?
Raphaël rit faiblement.
-J'aimerai qu'on profite de ces quelques jours ensemble.
Sebastian acquiesça.
-Tu sais ce que je me suis dit il y a quelques temps ? Que toute mon adolescence, je n'ai été qu'un idiot, un égocentrique, et que j'ai été puni par la suite. J'étais en train de me perdre, Raphaël, de perdre pied. Je pensais que mourir serait plus simple, moins douloureux que la vie que je menais. Puis je t'ai rencontré. Et, en fait, si je n'avais pas été agressé le soir de la remise de diplôme de mon académie, si je n'avais pas été en conflit contre mon père, si je n'avais pas travaillé au Cordon Bleu au lieu d'exercer ce métier, je n'aurais jamais eu cet accident, et je ne t'aurais certainement jamais revu. Nous n'aurions pas vécu toutes ces années de bonheur, et qui sait ce que je serais devenu...
Raphaël souriait, le visage baigné de larmes. Sebastian déglutit et essuya les siennes pour retrouver le fil de ses pensées.
-Alors, j'en suis arrivé à la conclusion, que, finalement, même si j'ai eu un peu de mal à le trouver, et même si le parcours a été compliqué et semé d'embûches, l'amour n'était pas si loin.
NA: Je vous en prie, ne me tuez pas, croyez-moi, écrire ça a été horrible! J'espère que vous avez apprécié ce chapitre malgré l'horrible l'ambiance et la fin affreuse, je m'en excuse, mais je devais faire le lien avec la suite, le OS sur Blaine :( J'espère que vous aurez été aussi émus que moi en lisant ça! Merci à Rikurt36 et Sissi1789 pour leur soutien qui compte beaucoup pour moi!
J'ai préféré ne pas écrire sa mort directement, j'espère que vous avez apprécié ne pas avoir vécu ce moment tragique
Avant que certains ne pensent que c'est la fin, je vous rappelle qu'il reste un épilogue, que je publierai mardi, et qui permettra de cloturer cette histoire sur quelque chose d'un peu plus joyeux!
N'hésitez pas à reviewer, même si vous avez envie de m'étrangler!
