Et voilà donc le premier chapitre. Je tiens à remercier mes reviewers sur ce coup, qui m'ont fait extremement plaisir ! Je vous laisse avec la suite, en espérant qu'elle vous fera plaisir aussi !


Installé à croupetons, au bord d'un nuage, je regarde. Nan, je surveille, plutôt. C'est quelque chose que j'ai l'habitude de faire au quotidien, c'est pas comme si je parlais beaucoup ou quoi. Eh, on m'appelle pas l'apathique pour rien, hein. Moi, j'communique avec mon majeur, y paraît. C'est m'sieur Mckay qu'a trouvé l'expression, pour avoir l'impression d'avancer un peu concernant mon cas. C'est des conneries. M'enfin.

Qui j'observe ?

Tweek.

Il est complètement retourné, ce mec, depuis que j'suis dans les nuages. Il panique au moindre bruit, il mange plus grand-chose, et il en est quand même à refuser de traverser la route. Il a changé de chemin pour rentrer chez lui, aussi. Il passe plus devant chez moi pour aller au cinéma ou à la mare de Stark. J'ai l'impression que c'est un peu de ma faute s'il est devenu comme ça.

J'veux dire, okay, il était déjà pas très net à la base, mais c'était jamais arrivé aussi fortement, même pendant ses crises de paranoïa. En plus, y'a pas que ça, même moi, je le vois. Tweek, il déprime.

Du coup, je le surveille. Ca me fait chier d'être bloqué là, à pas pouvoir bouger, à rien pouvoir faire pour le réconforter un peu depuis ce jour là.


J'me suis réveillé, après ce qui m'a paru être une nuit entière de sommeil sans rêve –mais bon, le sommeil, comme j'avais pas eu depuis longtemps- dans une mer de nuages. Je m'étais relevé, avais épousseté mes vêtements par pur réflexe, parce que j'ai pas franchement le souvenir qu'ils aient été salis par l'espèce de matelas cotonneux sous mes pieds et, ne constatant aucune douleur dans aucun de mes membres, avais rejoint en quelques enjambées légères le pupitre de marbre et d'or devant moi.

Dieu, il a du fric, l'enfoiré.

En ayant marre d'attendre, je regardais le pupitre, remarquant un gros livre assez ancien visiblement, ainsi qu'une sonnette dorée elle aussi, un peu comme celles qu'on voit dans les hôtels des films, vous savez ?

Hm.

Rien à péter du bouquin, j'écrasais mon poing sur la sonnette avec une certaine force. Ca la ferait pas forcément sonner plus fort, hein, mais ça me calmerait un peu de mon agacement, qui commençait nettement à se faire sentir.

Un espèce de vieux barbu se ramena devant moi quelques instants après, sortant visiblement de nulle part, en me regardant d'un d'ces airs qui me gonflent sans trop que j'sache pourquoi. Il avait le même sourire débordant de gentillesse et de compassion que le prêtre de South Park. Franchement, c'est niais.

« Ton nom, mon petit ?

_ Craig, Craig Tucker. Et j'suis loin d'être petit à coté de vous. » Lâchais-je aussitôt en lui faisant un doigt sous mon blouson.

Visiblement, mon attitude l'avait franchement exaspéré. Rien à foutre, je suis pas là par plaisir et encore moins pour lui plaire. Le vieux –Saint-Pierre, qu'il a dit qu'il s'appelait- soupira, ouvrit son énorme pavé et sembla chercher quelque chose, mon nom surement, dedans, avant d'acquiescer.

« Bien, tu y es. Maintenant, tu peux entrer. »

Il m'indiqua un grand portail d'or –décidément, Dieu se la pète avec tout son biff- apparu comme par enchantement derrière lui, et je m'empressai de le franchir avec un simple « okay » à l'intention du passeur.


Et voilà comment j'en suis arrivé là. A être un putain d'observateur silencieux.

Moi, le paradis, j'pensais que ce serait muni d'une télé qui capte un peu toutes les chaînes de la Terre, même celles à haut débit, d'un pc surpuissant avec accès à un tas de sites super géniaux, de champs, de rivières, de maisons, de mares, d'herbe… Et d'une cage à cochon d'Inde pour que je puisse mater Red Racers avec Stripes, mais même pas. Ici, y'a rien à faire, et encore moins à voir. A votre droite, des nuages, à votre gauche, des nuages, au sol, oh miracle !

Des nuages. Putain.

Y'a des gens qui se baladent parce qu'ils ont rien d'autre à foutre,qui parlent, qui jouent au loup comme des gamins, mais ni télé, ni console, rien. Nada. On s'emmerde, au Paradis.

En parlant de mon cochon d'Inde, c'est Tweek qui l'a récupéré, suite à une illumination qu'a eu ma frangine quand elle a refusé que mes parents le revendent –d'ailleurs, Ruby, je te remercierai jamais assez pour ça, même si j'te l'dirais sans doute pas-, et c'est le blond maigrelet qui l'a pris sous son aile. Bon, au départ, ça le stressait à mort d'avoir des responsabilités pareilles –j'me souviens de la première fois où il l'a eu dans les bras et qu'il s'est mis à courir partout en hurlant que « d-doux Jésus ! », il avait une vie entre les mains… Désespérant, mais tellement drôle- , mais en fait, tout se passe pour le mieux, depuis qu'il l'a. Stripe a l'air de s'être habitué au caféïnomane, et ils dorment même ensembles, de ce que je vois. C't'adorable. C'est cool. Ça leur fera de la compagnie à tout les deux.

Il me manque.

Voilà, là, ça vient de me foutre une putain de claque dans la gueule. Déjà, ce genre de mots, c'est pas trop mon genre de base, mais ça aurait pu passer, à la limite, si je les avais dit en pensant à Stripe. Du moins, en pensant qu'à lui. Parce que là, qu'on soit bien clair, c'est pas qu'à ma petite boule de poils que je pensais. C'était aussi à mon meilleur pote.

Okay, Craig, on se calme. C'est pas parce que vous faites semblant de sortir ensembles pour relancer l'économie de la ville et mettre du baume au cœur des gens –quel âme charitable nous avons là, n'est ce pas ? Foutage de gueule, on nous a jamais demandé notre avis- qu'il faut que tu deviennes tout sentimental à son propos.

C'est vrai, ouais; on a jamais cessé d'être 'ensembles'. On s'embrasse pas, hein, nan, mais c'est pas rare qu'on se tienne la main en public, qu'on se-nan, pardon, que je lui donne un surnom dans ma tête, qu'on soit un peu plus proche entre nous qu'avec les autres quand on parle, ou qu'on dorme l'un chez l'autre. C'est souvent moi qui vais chez lui, d'ailleurs, parce que selon lui, il arrive mieux à dormir quand je suis là. Ouais, parce qu'on partage notre lit, aussi. Dit comme ça, ça peut paraître space, j'admets. Mais c'est devenu une espèce d'habitude, de quotidien même, quelque chose de rassurant pour Tweek et de franchement agréable pour moi. Ça dure depuis un moment, maintenant. Eh, on est comme ça depuis le CM2, quand même… Du coup, forcément, ça nous a vachement rapprochés, on peut facilement dire qu'on est de vrais meilleurs amis, que c'est presque fraternel, comme relation.

...

Bon sang, dire que je l'ai déjà appelé Tweeky à haute voix et devant lui… J'm'en rappelle trop bien, c'était y'a pas longtemps, moins de trois mois en tout cas. J'me souviens qu'il s'était à moitié étranglé dans son café, et qu'il était devenu pire qu'une tomate trop mûre. Il avait bredouillé des trucs complètement incompréhensibles, entrecoupés de « GAH ! » gênés, tout en tremblant comme une feuille.

Nan, vraiment, c'est mignon, un Tweeky embarrassé.

Putain, voilà que j'recommence, on dirait une petite merdeuse complètement gaga d'un quelconque chanteur ou acteur à la mode, ou une adolescente énamourée qui-

« Hey, Tucker ! Encore en train d'mater l'monde des vivants ? » Lança une voix enjouée et un peu moqueuse derrière moi.

J'avais eu aucun mal à la reconnaître y'avait qu'une seule personne qui passait de temps en temps au Paradis pour repartir pendant la nuit…

« Ta gueule, McCormick. » Répondis-je simplement en lui faisant un de mes fameux doigts.

Le pauvre de la ville ricana avant de se laisser tomber lourdement à mes cotés, soupirant longuement. Son regard fixa un moment mes yeux, avant de passer à la silhouette tremblotante qu'on apercevait par la trouée dans les nuages, tandis que son rictus se changeait peu à peu en un sourire compatissant. M'enfin, ce mec, c'est un putain d'acteur, alors je me méfie. Même s'il sera jamais aussi bon que Tweeky, il reste un sacré manipulateur.

« Y t'manque, le Tweekers ? »

Un léger grognement de ma part lui répond, et il semble prendre ça pour un oui parce qu'il continue, ce con.

« T'sais, tu devrais descendre le voir un peu. Au moins pour lui montrer que t'es là, avec lui. Franchement, je le vois dépérir, c'gamin. Sans toi, c'est plus le même, il vient quasi plus en cours, et quand il y est il file à l'infirmerie après deux heures grand max, comme s'il supportait pas d'affronter les regards des autres sans toi à ses cotés. C'en est mignon, tiens. Fait lui juste comprendre que t'es là, il est bouleversé depuis que les docs' d'Hell's Pass t'ont déclaré en tant que personne dans le coma. » Expliqua longuement le jeune homme à l'anorak orange, capuche baissée depuis qu'on est rentré au lycée.

Après un moment de silence, j'acquiesçais et repris la parole.

« Et j'peux faire quoi, exactement ?

_ Il écoute la radio, non ? Ecrit lui un mot, trouve une chanson qui exprime ce que tu veux lui dire et met là dans sa chaîne hi-fi. » Proposa le blond, tout sourire, et visiblement très fier.

Mouais… C'était pas une si mauvaise idée que ça. En plus, je commençais déjà à lister les chansons qui pourraient convenir dans ma tête. Du coup, j'me levai, le remerciai d'un signe de tête et sautai dans la trouée…

Avant de me faire repêcher comme un poisson par un vioque passablement furax, qui me passe une soufflante mémorable avant de me reposer vers un Kenny mort de rire.

« Putain, c'est quoi c'te merde ?! J'croyais qu'on pouvait r'descendre en tant que spectre quand on voulait, bordel ! » Gueulais-je, franchement en rogne autant contre le vieux que le connard qui s'tordait de rire devant moi, et à coté duquel j'me rasseyais.

Le blondin secoua un peu la tête avant de remuer un petit ticket bleu au dessus de mes mains, malicieux comme pas deux.

« C'est cette autorisation là qu'tu veux ? J'te la file… »

Bien content, je saisis le bout de papier en m'apprêtant à le remercier, mais lui ne le lâchait pas, en profitant pour se pencher vers moi avec un sourire de conspirateur.

« Tu m'as pas laissé finir. J'te la file, à une petite condition.

_ Qu'est-ce que tu veux, McCormick ?

_ Tes lèvres, Tucker. » Susurra-t-il avec un éclat ô combien détestable dans les yeux.

J'le connais bien, cet éclat là, c'est celui qu'il a quand il veut quelqu'un. Généralement, il l'a, hein, quasi tout le lycée tombe pour le sourire félin et les beaux yeux bleu outremer de Kenny, c'est pas dur pour lui de coucher avec qui il veut. Y m'semble qu'il a même eu la gothique, là, celle qui me filait une clope de temps en temps… Henrietta, nan ? Bref, on s'en branle. Ce mec ferait tout pour un peu de sexe, peu importe qui il a en face. Mais j'ai comme l'impression qu'il oublie un truc, là…

« T'es pas sensé être avec Stotch ?

_ Tucker, on est morts, techniquement, et on est seuls dans la mort. Alors autant en profiter un peu, tu penses pas ? Puis t'es pas dénué de charme, t'sais ? Si t'étais pas avec Tweek, crois-moi, ça ferait longtemps que tu serais passé dans mes draps, et p't'être pas qu'une fois~ » Dit-il sur un ton qui avait tout d'un aphrodisiaque; charmeur, doux et chaud.

Après réflexion, j'acquiesçai, sentant peu à peu mes yeux se plisser et un sourire en coin étirer mes lèvres. Le blond se lécha les lèvres, avant de se mordiller l'inférieure, son regard affamé braqué sur moi.

« C'que tu peux être bandant quand tu veux, Tucker… Allez, viens voir tonton Kenny, passer un bon moment pour remplir ta part du marché~ »

Mes mains se posèrent sur les épaules du pauvre un chouïa plus grand que moi, longeant lentement ses bras pour finir sur ses mains, tandis que j'allais effleurer ses lèvres des miennes…

Puis mordre brutalement celle inférieure de Kenny, remontant du même coup mon genou droit pour le faire se loger dans son estomac. J'ai été gentil, j'aurais pu le frapper dans les couilles, hein. Faudra qu'il me remercie.

Habile, j'attrapai le ticket et sautais pour de bon dans la trouée, non sans un rictus mauvais à l'intention de l'Immortel.

« J'suis pas du genre à trahir mon copain, moi, connard ! » Ricanais-je.

C'était fou comme ça faisait du bien, pensais-je en me laissant tomber.


Kenny reprit doucement son souffle, son estomac encore franchement douloureux. Cependant, il ne tarda pas à laisser un rire tonitruant lui échapper, profondément amusé.

« Pas du genre à trahir son copain, hein ? Faut croire que c'est plus tout à fait simulé, leur relation. »

Après un moment, il passa distraitement ses longs doigts sur ses lèvres, son sourire se faisant de nouveau celui d'un prédateur.

« Hm… Tweek a de la chance~ »


Yop, voilà voilà. J'aime beaucoup l'image de Saint-Pierre avec son épuisette, qui va repêcher Craig XD

A la prochaine !