Hey ! Oui, je sais, je poste tard et pas régulièrement… Mais je savais pas comment tourner la suite. Donc voilà le deuxième chapitre, encore un et ce sera la fin de cette petite histoire qui me plait toujours autant à écrire. Le chapitre final n'est pas encore écrit, mais je compte m'y mettre assez vite, donc je ne pense pas abuser de votre patience.

Merci aux reviews, ça m'aide beaucoup de savoir que ça plait à d'autres !

Bonne lecture !


Quand je sentis enfin mes pieds se poser sur le bitume, je m'autorisais à pousser un soupir de soulagement. Pas que j'ai peur, hein, mais je me demandais comment ça serait, d'être un spectre. Vous savez, à la télé, on les voit qui flottent à moitié, ou qu'ont qu'une seule partie du corps de visible, un tas de conneries du genre. En fait, ça va, c'est comme quand t'es vivant, sauf que personne te voit.

Et que t'es mort. J'avais calé, j'suis pas le dernier des cons non plus.

Franchement, c'est pas mal. Remarque, c'est pas vraiment différent de d'habitude. D'autres diraient que c'est triste, que les gens ne les remarquent plus et qu'ils n'ont même plus le petit bonheur d'un simple bonjour. Perso', j'm'en fous, pas comme si je cherchais l'attention de ces cons. Parfois, j'me dis que j'ai des attitudes de gothique, et qu'eux pourraient me servir autrement qu'en tant que fournisseurs de clopes. Et puis bon, on me dit rarement bonjour dans la rue. Enfin.

Levant les yeux, je m'apperçois qu'il est 17h30, comme le sonne la grande horloge du lycée. A c't'heure-ci, Tweeky est en Histoire, sans doute en train de se triturer les cheveux et de stresser à mort parce qu'il vient d'entendre son nom dans l'appel. Hm, j'y fais attention, faut croire. Je fourrai mes mains dans mes poches et pris le parti de descendre la grande rue.

Direction Hell's Path.


Ca fait franchement bizarre de se voir autrement que dans un miroir. Vraiment. J'veux dire, le miroir, il recopie ce que tu fais tu bouges ta main, il bouge sa main. Normal, parce que c'est toi, ducon. Sauf que voilà là, j'vois mon corps, j'me vois moi, mais quand je bouge, lui bouge pas. Je sais que c'est moi, mais j'arrive pas à en être sûr à cent pour-cents.

J'suis resté une bonne demi heure à regarder mon corps immobile dans un lit d'hôsto, à réfléchir à cette connerie de miroir, avant d'être coupé dans mes réflexions par un « GAH ! » sonore. Et non, j'ai pas sursauté, non. J'ai juste voulu sauter sur place, nuance.

J'm'écarte de mon corps d'un grand pas en arrière, juste à temps pour que mon enveloppe spectrale ne touche pas mon visiteur, soupirant de soulagement. C'est que je sais pas ce que ça fait, moi, de toucher un spectre, et j'ai pas franchement envie de savoir non plus. On sait jamais.

Tweek –parce que ouais, c'était lui, au cas où t'aurais pas pigé ça tout seul- s'était posé sur la chaise blanche, juste à coté, et avait pris ma main - 'fin ouais, la main du moi dans le coma. Ca d'vient compliqué, là... - dans la sienne. Franchement, j'me serais bien foutu de sa gueule si ça avait été une situation normale, en lui balançant que les infirmières étaient pas là, et qu'on pouvait arrêter de jouer au petit couple tant qu'elles regardaient pas, mais quelque part, ça m'fait chaud au cœur que quelqu'un se préoccupe un peu de ce que j'ai. C'est pas comme si mes parents étaient venus me voir, par exemple. J'le sais, j'ai zieuté le cahier des visites.

Putain.

McCormick avait pas menti. Tweek est maigre. J'veux dire, plus maigre encore qu'avant. Il s'était un peu remplumé, pourtant, ces derniers mois. J'peux pas ne pas remarquer les cernes immenses et noires sous ses yeux, non plus. Il dort encore plus mal qu'auparavant, apparemment. Je pensais que c'était son café, avant, mais en vérité, ce mec cauchemarde quasi toutes les nuits. Du moins, celles où je suis pas avec lui, à coté de lui. Il m'avait dit une fois que ça le rassurait beaucoup d'avoir quelqu'un à ses cotés, et me surnommait même l'attrape-cauchemars parfois.

J'me sens mal.

Non, vraiment, j'me sens mal et c'est pas dans mes habitudes. Parce que là, j'le vois qui maigrit, qu'est pas bien du tout, qui dort plus, et que malgré ça il use ses forces pour venir me voir le soir après les cours. Il pourrait rester chez lui, essayer de se reposer, de se détendre un peu, mais non, il préfère marcher comme un zombi jusqu'à ce putain d'hôsto pour rendre visite au minable que j'suis. Et ça, il le fait tout les jours. C'est la seule visite que j'ai régulièrement depuis mes deux semaines de coma. S'il est dans cet état, c'est ma faute, et j'arrive pas à penser autrement.

Pris d'une pulsion, j'avance ma main pour la poser sur son épaule et la serrer doucement, pour essayer maladroitement de le réconforter. Étonnamment, elle le traverse pas, mais ça l'empêche pas de sursauter et de se retourner, paniqué.

En même temps, ça se comprend. Il me voit pas, lui.

J'aime bien le taquiner et l'effrayer un peu, mais pas à ce point. Je veux pas qu'il ait peur de moi. Du coup, j'enlève ma main, à regret. Il a l'air un peu sonné pendant quelques minutes encore, puis se tourne vers mon corps pour l'observer bizarrement, comme s'il s'attendait à ce que je bouge. Putain, ce que je donnerai pas pour me réveiller maintenant ! J'en ai rien à foutre de mes parents, Ruby à la limite si, j'm'en fous, j'veux juste qu'il arrête de se torturer comme ça !

Surtout que maintenant, il pleure.


Finalement, je l'ai raccompagné chez lui. J'me voyais pas rentrer chez moi, même en tant que spectre, j'veux pas voir ces putains d'hypocrites. Du coup, me voilà dans la chambre de mon parano', alors qu'il planche sur des devoirs que, j'en suis plus que sûr, il ne voit même pas. Il est sur la même page d'exos de math qu'au début, et il a fait que recopier l'énoncer, sans résoudre aucun des calculs. Stripes est à coté de lui, sur le bureau, et…

Il me fixe.

J'vous jure, mon cochon d'Inde me regarde ! Du coup, j'm'approche de lui et lui grattouille la tête. Ca lui plait, ce truc, et il couine tranquillement, attirant l'attention de Tweek. Tweek qui voit bien évidemment les poils de l'animal se dresser et se raplattir au fur et à mesure que je le flatte. Or, je sais qu'il sait que ma boule de poils déteste toute personne autre que lui, Ruby –et encore, dépend de si elle a sa carotte ou pas- et moi. Et comme y'a pas ma frangine dans le coin, et qu'il est pas plus con qu'un autre…

« C-Craig ? C'est t-toi ? » Bredouille-t-il, les yeux grands comme des soucoupes.

Le résultat concluant que j'obtiens me donne une idée, alors je m'empare de son stylo et j'écris une réponse sur son cahier, avant de lui tapoter l'épaule pour attirer son regard dessus. Un simple « Oui » y est écrit. Pourtant, à la place d'un sourire ou d'une expression un peu plus rassurée, je le vois qui fronce les sourcils.

« A-Arrêtez de vous f-foutre de moi ! Q-Qui me dit que v-vous êtes pas un g-gnome voleur de s-slip, hein ?! P-Prouvez-le ! » S'exclame-t-il avec une force que j'ignorais jusque là.

Franchement, s'il ne s'agissait pas de moi, je serais en train de me rouler de rire par terre tellement c'est incongru, ce qu'il me sort là. Du coup, je lui reprend le stylo et je m'y remets.

T'inquiète, les gnomes, je les vire de ta chambre à grands coups de pied dans le cul, Tweeky.

Ce coup-ci, ça a eu l'air de fonctionner, au vu du soupir qu'il laisse échapper. Bon, tant mieux. J'aime pas écrire, ça me les brise sévère.

« Y-Y'a que toi qui m'appelle comme ça… » Souffle-t-il tellement bas que j'ai cru un moment que c'était moi qui délirais.

M'enfin, apparemment non, parce que le revoilà qui essaye de rivaliser avec une tomate. J'devrais lui dire, un jour, qu'il essaie pour rien… Quoique non, c'est bien plus drôle de le voir comme ça. Maintenant qu'il est au courant de ma présence, j'suis libre de farfouiller dans sa pile de CDs, au pied de son bureau. Faut pas croire, c'est pas parce qu'il est complètement dérangé qu'il est bordélique, loin de là sa pile est carrée au possible, et classée par ordre alphabêtique d'artiste, de genre et d'album. Finalement, je trouve ce que je cherche, et me redresse. Du coin de l'œil, je surprend son regard éberlué.

Hm, il doit voir que le CD qui se balade tout seul.

C'en est franchement drôle, de se dire qu'il ne voit que ça. Enfin. J'mets le disque dans sa chaîne, mais j'hésite encore. Y'en a bien une que je voudrais lui passer, histoire de le calmer une qu'il adore, et qu'il connait par cœur. Elle est sur l'album que j'ai dans la main. Pourtant, y'en a une autre, à laquelle je pense depuis que je l'ai vu pleurer vers mon corps. Elle est aussi sur l'album. Ca me ressemble pas, j'le sais.

Pas du tout, même.

When we stand together ou… Celle à laquelle je pense ?

Et puis merde.

Finalement, alors que les premières notes de When we stand together commençaient à résonner dans la pièce, j'appuie sur le bouton de changement. En me retournant, je vois ses sourcils qui se froncent d'abord, sans comprendre le pourquoi de l'arrêt de sa chanson, avant que ses yeux ne s'ouvrent en grand. Ca y est, il comprend laquelle c'est.

I know the feeling

Je connais ce sentiment

Of finding yourself stuck out on the ledge
De se retrouver bloqué sur le rebord de la fenêtre

And there ain't no healing

Et il n'y a aucun remède

From cutting yourself with the jagged edge

Pour s'être coupé soi-même avec le bord dentelé

I'm telling you that
Je te dis que

It's never that bad
Ce n'est jamais si mal

Take it from someone who's been where your at
Accepte le de la part de quelqu'un qui a été là où tu es

Laid out on the floor
Mis au tapis sur le sol

And you're not sure
Et tu n'es plus sûr

You can take this anymore

De pouvoir le supporter encore

So just give it one more try to a lullaby
Alors donne juste une chance de plus à une berceuse

And turn this up on the radio
Et onte le son de ta radio

If you can hear me now
Si tu peux m'entendre maintenant

I'm reaching out
Je te tends la main

To let you know that you're not alone

Pour te faire savoir que tu n'es pas seul
And you can't tell, I'm scared as hell

Et tu ne peux rien dire, je suis putain de terrifié
Cause I can't get you on the telephone

Parce que je ne peux pas t'avoir au téléphone
So just close your eyes

Alors ferme les yeux
Well honey here comes a lullaby

Bien, chéri, voici une berceuse
Your very own lullaby

Ta berceuse rien qu'à toi

Please let me take you

S'il te plait laisse moi t'emmener
Out of the darkness and into the light

En dehors des ténèbres et dans la lumière
Cause I have faith in you

Parce que je crois en toi
Cause you're gonna make it through another night

Car tu passera une autre nuit
Stop thinking about the easy way out

Arrête de penser à la solution de facilité
There's no need to go and blow the candle out

Il n'y a pas besoin de partir et de souffler la bougie
Because you're not done,

Parce que tu n'es pas fini
You're far too young and the best is yet to come

Tu es bien trop jeune, et le meilleur reste à venir

Everybody's hit the bottom

Tout le monde touche le fond
And everybody's been forgotten

Et tout le monde a été oublié
And everybody's tired of being alone

Et tout le monde est fatigué d'être seul
Everybody's been abandoned

Tout le monde a été abandonné
And left a little empty handed

Et laissé un peu les mains vides
So if you're out there barely hanging on

Donc si tu es dehors, t'accrochant à peine…

So just give it one more try to a lullaby
Alors donne juste une chance de plus à une berceuse

And turn this up on the radio
Et onte le son de ta radio

If you can hear me now
Si tu peux m'entendre maintenant

I'm reaching out
Je te tends la main

To let you know that you're not alone

Pour te faire savoir que tu n'es pas seul
And you can't tell, I'm scared as hell

Et tu ne peux rien dire, je suis putain de terrifié
Cause I can't get you on the telephone

Parce que je ne peux pas t'avoir au téléphone
So just close your eyes

Alors ferme les yeux
Well honey here comes a lullaby

Bien, chéri, voici une berceuse
Your very own lullaby

Ta berceuse rien qu'à toi

Tweek a écouté la chanson sans bouger, assis sur son lit, les yeux grands comme des soucoupes. Et moi, de mon coté, je stresse à mort de savoir s'il pige le message ou non. C'est que c'est rare que j'essaye de tirer les gens vers le haut, je les descend en enfer, d'habitude ! Les dernières notes s'éteignent peu à peu, et le silence reprend ses droits inaliénables.

Jusqu'à ce qu'une voix ne le brise.

« C-Craig ? t-T'es toujours là ? »

Avec un micro sourire, je reprends le crayon et son cahier d'exos, avant de lui répondre.

« Oui, j'suis là.

_ A-Ah… Hm… J-Je peux… Je peux te demander un truc ?

_ Vas-y ?

_ Euh… 'honey' ? » Lâche-t-il alors d'une petite voix, alors qu'il recommence son concours de tomate.

D'abord, je pige pas, et je le fixe sans rien dire –sans rien écrire, ouais, c'est bon, saoule pas- un moment. Ouais, honey, c'est dans les paroles, et alors ? Il a pas compris ? J'croyais qu'il savait que ça voulait dire-

Oh.

Oh.

Je le rejoins malgré moi dans le rang des tomates, vraiment gêné pour le coup. Enfin, il me voit pas, c'est déjà une consolation. J'voudrais pas que ma réputation de gars froid, impassible et apathique vole en éclat, ce serait une putain d'humiliation.

« T'as retenu que ça ?

_ G-GAH ! Non, non non non ! C'est juste que, euh, c-c'est pas… Ngh, c'est que… AH ! D-Doux Jésus ! » Panique-t-il d'un coup, toujours rouge, avant de commencer à s'arracher les cheveux.

Par réflexe, je m'empare de ses poignets, les écartant de chaque coté de sa tête pour qu'il puisse pas toucher à ses mèches déjà mal en point. Et v'là que j'suis à genoux au dessus de ses cuisses, alors qu'il est assis en tailleur, le dos contre le mur et l'air complètement ahuri. Ahuri, mais pas effrayé. J'peux le voir correctement, maintenant, sans qu'il baisse la tête ou qu'il se planque à moitié comme il fait d'habitude. J'peux voir la pâleur de sa peau, ses peu nombreuses taches de rousseurs, son nez un peu retroussé. J'peux voir ses cheveux qui défient la gravité, leur couleur de paille claire, les mèches folles qui lui retombent sur le nez. Et pourtant, là, j'peux voir que ses grands yeux, qui lui bouffent le visage, ses yeux d'un vert absinthe délavé, plus calmes qu'il y a quelques secondes, et qui me fixent dans les yeux, comme si leur propriétaire me voyait aussi.

Et là, j'ai pas résisté.

J'me suis avancé et j'ai posé mes lèvres sur les siennes.

J'l'ai embrassé comme je l'avais jamais fait. Pas comme les nanas de Denvers –bah ouais, je peux pas taper dans les meufs de South Park, pour elles j'suis avec Tweek- que j'avais chopé y'a deux-trois ans, pas avec cette espèce de faim.

Pas avec cette espèce de violence.

Pas avec cette espèce de désir brutal.

Juste avec… Cette espèce de douceur.

Du réconfort, c'est ça que je voulais faire au départ. J'avais pas prévu ça, par contre, et j'me suis reculé aussitôt après. Même si j'ai eu le temps de goûter un peu à sa douceur à lui.

Et à son café.

Lui, il ne dit rien, et se contente de passer lentement ses doigts sur ses lèvres, ses tremblements se calmant au fur et à mesure. Finalement, alors que je reprenais mon moyen de communiquer, c'est lui qui reprend la parole en premier.

« Dis, Craig… Est-ce que tu peux… R-Rester avec moi cette nuit ? » Qu'il demande à mi-voix.

« Ouais, t'inquiète. » Ecris-je.

On s'installe comme d'habitude, moi d'abord, et lui à mes cotés, dans mes bras. Il tarde pas à trouver mon torse en tâtonnant, et finit par soupirer doucement. Après peu, il s'endort, et je le veille tranquillement, malgré une sensation qui me tire au niveau du nombril. C'est pas agréable du tout, un peu comme quand t'es au début d'une cuite ou un truc du genre. J'me dis que ça va passer, de t'façon, et je finis par suivre le blond dans un sommeil.

Nouvelle chose apprise ouais, en spectre, on peut dormir.


Pour la chanson : Nickelback, Lullaby. Voilà voilà, une chtite review ?