Chapitre 2 : Ready to start
Lily attendait patiemment devant le portrait. Les instructions de McGonagall avaient été claires. Elle devait attendre James pour entrer dans leurs nouveaux appartements. Au cours des dernières minutes l'idée selon laquelle elle n'aurait peut être pas du fuir les Maraudeurs à la première occasion s'était lentement mais surement glissée dans son esprit dans son esprit. Mais comment aurait il pu en être autrement ? Tout dans cette soirée lui avait été insupportable.
L'entretien avec McGonagall les avait retardé elle et James si bien qu'ils étaient arrivés les dernier au festin de début d'année. Au loin elle avait pu voir que les trois autres Maraudeurs avaient gardé deux places à coté d'eux mais le regard que Cressida lui lançait à deux places de Remus et les murmures qui semblaient la suivre partout où elle se montrait en public l'avaient dissuadée de les rejoindre. Elle avait baissé la tête et s'était assise en bout de table, près de la sortie. James ne s'était même pas retourné, il n'avait pas questionné son choix ou montré la moindre hésitation pour cela elle lui en était presque reconnaissante.
Elle avait ainsi pu quitter la grande salle parmi les premiers. Elle ne savait donc pas quelle direction avait suivie son homologue masculin mais, elle présumait qu'il s'était lui aussi séparé de ses acolytes pour s'octroyer quelques instants avec Kate. Elle soupira, elle devait s'habituer à la dilatation que subissait le temps quand elle était seule. Les minutes lui paraissaient être des heures quand elle était en tête à tête avec ses pensées. Mais en refusant la place que les garçons lui avaient réservée elle avait fait un choix. Même si, quand au détour d'un couloir James apparu enfin dans son champ de vision et que son cœur rata un battement, la même partie de son esprit qui s'était demandée pourquoi elle avait si vite quitté les Maraudeurs lui souffla de préférer la douleur d'une potentielle nouvelle trahison à l'ennuie qui allait avec la dilatation temporelle et la solitude. Non.
James avait quitté Kate, s'obstinant à lui refuser, pour l'instant, la connaissance de ses nouveaux quartiers. Il lui avait dit que la journée avait été longue, quelque chose comme ça. Comme bien souvent le Maraudeur en lui avait pris le dessus et trouvé une excuse quelconque qu'elle avait sagement accepté. Un des plaisirs de sa relation avec Kate : elle disait souvent oui. Et après avoir été de l'autre coté de la négation au cours de sa longue et tumultueuse relation avec Lily Evans, il était en mesure d'apprécier la facilité de l'acceptation d'une part, et d'autre part le vilain plaisir d'être celui qui dit non pour une fois.
La raison de son refus était simple, il voulait découvrir ce lieu par lui même, que le premier souvenir qui s'y rapporterait soit sien uniquement. Il avait quitté le reste de son groupe en avance exprès, comme il avait laissé Kate devant sa salle commune. Il voyait ce déménagement comme une opportunité, une façon de se singularisé un peu plus ce qui était une chose difficile dans un groupe aussi soudé que celui des Maraudeurs. Ce souvenir là serait à lui. C'était ce dont il essayait de se convaincre. En effet, il pouvait tenir ce laïus aussi longtemps que nécessaire, il ne suffirait pas à annihiler la présence de Lily Evans dans le couloir, elle aussi allait vivre là.
La coutume qui voulait que les deux préfets en chef découvrent ensemble pour la première fois leurs nouveaux appartements l'avait en quelque sorte privé de son absolu solitude. Mais, en un sens, il n'en était rien puisque sa relation avec Lily l'avait aussi, à un moment, défini et singularisé aux yeux de ses paires. Il en était là de ses incessantes préoccupations identitaires quand il s'arrêta enfin devant elle dans le couloir.
- Tu te souviens du mot de passe ? demanda-t-il.
- Felix Felicis.
Le tableau pivota sur lui même et ils s'engouffrèrent dans leurs quartiers. Sans un mot, ils apprécièrent le nouvel espace qui s'offrait à eux. La pièce était spacieuse, on pouvait clairement attribuer une fonction à chacune de ses parties sans que le lieu soit divisé par des cloisons. Il y avait d'une part un coin aménagé avec des fauteuils auprès du feu, d'autre part une longue table vraisemblablement destinée aux réunions avec les préfets et enfin un espace de lecture avec des méridiennes et une bibliothèque. Le tout était étrangement baigné d'une lumière douce qui avait pour source la lumière du feu mélangée à celle du clair de Lune qui pénétrait dans la pièce par de hautes fenêtres. On pouvait néanmoins deviner que le thème chromatique faisait honneur à la maison Gryffondor. Il s'en dégageait un calme apaisant.
- La journée a été longue, commença Lily, utilisant sans le savoir ces mêmes mots que James avait négligemment usés pour écarter Kate.
- Oui … On s'occupera du roulement des rondes des préfets demain ?
Elle acquiesça et monta l'escalier avant de disparaître derrière la porte marquée préfète en chef. Pour des raisons qui leur étaient propres ni l'un ni l'autre ne voulait prolonger le temps passé ensemble.
James fit le tour de la pièce. Il s'attarda sur le velours des canapés, la patine du bois de la table et les titres des livres sur les rayonnages. Enfin seul. Alors seulement, sa condition de préfet en chef le frappa de plein fouet.
Au fils des années beaucoup de choses l'avaient définies aux yeux de ses paires, si bien qu'aussi difficile qu'en soit la synthèse, il était facile pour lui de trouver des repères pour définir son identité. Il était James Potter, chef implicite des Maraudeurs, farceur, doué en métamorphose et amoureux de Lily Evans. Il soupira. Les derniers mois avaient vu chacune de ses caractéristiques disparaître. Il s'en était séparé comme on se déshabille, une couche de vêtements après l'autre. Si bien qu'après l'explosion des Maraudeurs suite à la triste blague que Sirius avait cru faire à Rogue, sa rupture unilatérale avec Lily et enfin sa nomination en tant que préfet, il s'était senti étrangement nu, comme dépossédé. Il s'était demandé ce qui pouvait encore resté de lui.
Et aujourd'hui après avoir retrouvé sous une forme ou une autre les éléments qui le constituaient auparavant il se sentait encore découvert. Bien sur son dénuement avait changé. Il se sentait comme ces personnes qui portent toujours le même collier, qui un matin l'oublie et qui s'en sentent entièrement nu. La manière qu'il avait choisi pour recoller ensemble toutes ces parts éparses de lui même ne devait pas y être étrangère.
Il avait du procéder à un certain arbitrage afin de ne pas perdre la raison. La solitude n'était pas un remède. Il ne trouverait pas les réponses en lui même et rompre l'amitié tout juste renaissante avec ses frères de cœur aurait été la pire solution. C'était de Lily qu'il avait choisi de se séparer, de Lily Evans et avec elle de tout ce qu'elle représentait. Les années de remontrances quasi quotidiennes, bien qu'il les avait cherché avaient fini par imprimer en lui leur marque. Aussi, il associait aujourd'hui l'idée de Lily Evans avec le souvenir de celui qu'il ne voulait plus être : le farceur invétéré, le garçon à l'égo surdimensionné … Bien sur, il avait tort. Bien sur, Lily n'était pas la source de ses mauvais comportements, au contraire toutes ces années et jusqu'à présente elle avait été la lueur d'espoir, l'éclat furtif du reflet de celui qu'il pouvait encore devenir. Mais en l'état actuel des choses et en proie au désarroi qui était le sien il était trop aveugle pour s'en rendre compte.
Il monta l'escalier jusqu'à chambre, jetant un regard furtif à la porte qui faisait face à la sienne avant de tourner rapidement le visage, comme pour l'éviter. Il avait bien conscience de la futilité de son geste, pourquoi, et surtout à qui cacher se regard ? Il referma sa porte et coupa aussitôt court à sa pensée.
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Comme toujours lorsqu'elle s'endormait trop tôt Lily se réveilla au beau milieu de la nuit. Les pensées et les souvenirs qu'elle avait fuit un peu plus tôt par le sommeil revenaient en force maintenant que rien ne pouvait l'en distraire. Mais plus que tout, et voilà bien ce qui la gardait éveillée, elle était en colère. En colère contre ceux qui murmuraient sur son passage, en colère contre ceux qui l'avaient abandonnés et en colère contre elle même. Elle avait baissé la tête. Elle avait courbé l'échine. Elle les avait laissé gagner. Elle se retourna encore une fois dans son lit et tapa du poing contre le matelas en étouffant un cri de rage.
Elle ne devait pas laisser libre cours à sa colère. Quoiqu'en pense Cressida la colère n'était pas une force mais un débordement. La colère la dépossédait d'elle même. Elle ne voulait pas de la colère pour guide.
Elle décida de se lancer dans les préparatifs qui précédaient une journée normale, faisant fis de ses quelques heures d'avance. Se faisant, elle réussi presque à complètement éviter son reflet. Mais sur le point de sortir de la salle de bain elle se força à se retourner pour aller se planter devant le miroir.
Quand on répète un mot un trop grand nombre de fois, celui ci perd de son sens. A force de se contempler dans la glace, Lily cessa de s'y reconnaître. Ceci n'était qu'un effet secondaire du désarroi qui l'habitait et qui ne cessait de croitre. Lily Evans, pensa t elle, et ces mots aussi perdirent leur sens.
Il n'y avait pas de réponse à ses questions. Elle se savait faite d'éléments épars dont certains étaient même contradictoires. Elle savait aussi qu'elle voulait cesser d'en faire la synthèse, diluer chaque jour un peu plus les éléments de sa personnalité les uns par les autres. Elle voulait s'accepter sans avoir honte, entièrement, violement. Une chose à la fois.
Trivialement, la première victime de cette résolution fut ses cheveux. Autrefois elle les portait systématiquement attachés pour des raisons pratiques. Elle avait d'ailleurs eu de longues courses poursuite, lorsqu'elle était plus jeune, avec James car celui ci trouvait particulièrement drôle de lui dérober ce qui retenait ses cheveux. Puis elle les avait laissé libre, sur le conseil de Cressida. Secrètement elle avait envié les longues mèches lisses et souples de la blonde aussi, elle prenait soins de raidir ses boucles naturelles à l'aide d'un sort. Ce matin, elle n'en fit rien, elle laissa ses boucles s'épanouir librement sur ses épaules. Elle s'inquiéta une seconde pour l'allure que ses anglaises folles allaient lui donner puis se débarrassa de cette pensée d'un haussement d'épaules. Autant jouer le rôle de la sauvageonne jusqu'au bout.
Plus légère, elle fini de s'habiller décidant, comme la veille, que son uniforme se passerait de modification notamment quant à la longueur de a jupe qui découvrait déjà trop ses jambes à son gout. Elle descendit ensuite dans la salle principale, se saisi d'un volume de la bibliothèque et alla s'étendre sur une des méridiennes.
C'est là que James la trouva deux heures plus tard, elle s'était assoupie. Il s'arrêta un instant ne sachant que faire. Lily était allongée, les yeux clos, un poing légèrement fermé à la hauteur de la clavicule, l'autre main à plat sur un livre qui reposait ouvert sur sa poitrine. Il se soulevait doucement à chacune de ses respirations.
Il y avait quelque chose de diffèrent dans son allure, au début il pensa que c'était de la voir aussi paisible dans son sommeil qui le perturbait, mais il avait déjà pu l'approcher dans cet état de vulnérabilité. Non, ce qui différait c'était ses cheveux. Et sa nouvelle coiffure n'était pas pour lui déplaire. En effet, durant les premières années de leur scolarité il avait tout fait pour voir ses cheveux ainsi, allant jusqu'à lui dérober ses élastiques, pinces et tous les autres accessoires capillaires qu'elle avait cru judicieux d'utiliser pour retenir ses boucles. Il se laissa aller à sourire avant de se reprendre.
Là, il mit un genou à terre et tendit la main vers elle. Il hésita, voulant spontanément lui caresser la joue, il arrêta son geste et lui saisi doucement le bras à la place.
- Lily … Lily, dit il doucement, il faut descendre pour le petit déjeuner. Une préfète en chef ne peut pas arriver en retard le premier jour de cours.
Elle s'étira, papillonna des yeux puis revient à elle. Le visage souriant de James Potter la ramena à la réalité, elle était dans la salle commune de leurs nouveaux appartements où elle s'était manifestement endormie.
- Merci, dit elle, la voix légèrement enrouée.
- De rien Evans.
Il passa maladroitement la main dans ses cheveux, soudain, il fut extrêmement conscient de leur proximité. Il regarda sa montre pour se donner une contenance. Merde. Kate devait déjà l'attendre. Lily remarqua son changement d'expression et le congédia d'un geste de la main. Il sorti à la hâte de la pièce en lui lançant un vague « A plus tard »
La grande salle ou les serres ? Elle aimait croire qu'elle avait son mot à dire et qu'un tel choix lui était possible. Mais elle était une Gryffondor, une Gryffondor forte de ses nouvelles résolutions qui plus est. Du moins, c'est ce qu'elle se répéta jusqu'à l'entrée de la grande salle. Là, le bruit des couverts mêlés aux voix des élèves lui sembla un formidable tumulte. Elle avala difficilement sa salive.
- …On doit lui reconnaître un sacré culot.
- C'est très Gryffondor de sa part quand même…
- …Tu crois que Cressida et elle vont se battre ?
- Un Serdaigle de sixième année prend les paris…
- …Elle a quand même plus d'allure que l'autre …
- … Ses cheveux ?! Non mais est ce que tu as vu ses cheveux ?
Elle essayait de toutes ses forces de ne pas écouter les bribes de conversation qui lui parvenaient. Tout son visage était pincé. Puis une voix s'imposa, plus forte et plus claire que toutes les autres :
- Lily !
C'était Sirius. Il s'était à moitié relevé et lui adressait de grands gestes d'une main pendant que de l'autre il faisait signe à Remus de faire de la place. Elle haussa un sourcil. Il la regardait droit dans les yeux, la défiant silencieusement de refuser son offre. Son corps se relâcha et elle se dirigea vers eux, les épaules droites et le menton relevé.
Sirius lui tendit la main pour l'aider à s'installer sur le banc entre Remus et lui. Son bras s'attarda autour d'elle, suffisamment longtemps pour donner des idées à ceux qui regardaient la scène de près, tout Poudlard en somme. Le visage de Lily pris une expression curieuse. Sirius se pencha vers elle et murmura :
- Vois cela comme un service que je nous rends à tout les deux.
- Les Maraudeurs, toujours à soulever de nouvelles questions avec chaque réponse, souffla-t-elle.
Peter eu un bref sourire, Remus pouffa et Sirius rit à gorge déployée. Seul James, qui faisait mine de se concentrer sur ce que Kate tentait de lui expliquer garda le visage fermé.
- Depuis qu'elle se pense au sommet de la chaine alimentaire, Throllope se croit tout permis, tenta d'expliquer Remus.
- James est manifestement pris, continua Peter en adressant un sourire entendu à Kate, alors elle a jeté son dévolu sur Sirius.
- C'est très pragmatique de votre part les garçons, conclu Lily.
Elle avait la bouche sèche, et elle ne doutait pas que l'expression de son visage s'était durcit.
- Ne les écoute pas, ils se cachent derrières des prétextes. Ils ne veulent pas dire qu'ils sont trop heureux de t'avoir pour eux tout seuls depuis que le reste de l'école est devenu fou, lança platement James.
Son opinion surpris tout le monde. Et aussi vite qu'il l'avait formulée il se reconcentra vers Kate qui le fixait désormais, une expression perplexe sur le visage. Elle se reprit et adressa un sourire à Lily avant de lui dire :
- On s'y fait. Ils peuvent être charmants quand ils le veulent.
Pour toute réponse, la rousse lui adressa un sourire qu'elle espérait sincère.
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Merci aux merveilleuses personnes qui ont reviewé le premier chapitre. Les reviews ont ça de fabuleux qu'elles apportent toujours quelque chose à l'histoire car elles influencent le travail de l'auteur (ça me semble terriblement prétentieux d'écrire ça comme ça !). J'ai essayé de faire passer l'idée plus ou moins subtilement que Lily et James étaient en phase de recherche respective de leur personnalité. Après tout, ils n'ont que 17 ans et sont forcés de grandir trop vite, u certain chaos doit en résulter. Et ne vous inquiétez pas, quelque soit les détours que prendra cette fanfiction je suis persuadée qu'ils ne sont biens et complets qu'ensemble.
En tout cas merci d'avoir pris le temps de lire jusqu'ici et si une idée vous vient à l'esprit, ou une remarque vous prendrez aussi peut être le temps de reviewer !
Bisous Bisous
PS : le titre de ce chapitre veint de la chanson Ready to start d'Arcade Fire et de sa ligne « if I was yours … but I'm not »
