Chapitre 4 : Keep on walking
Le souvenir du baiser qu'ils avaient partagé avait presque fini de hanter James et Lily. Pourtant une étrange langueur, de celle qui accompagne le sentiment d'inachevé, les possédait chaque fois que leurs regards s'égaraient l'un sur l'autre. Mais les deux Gryffondor avaient suffisamment de volonté pour s'affranchir de ces pensés coupables. Aussi, dans une vaine tentative d'oublie, ils avaient laissé un silence gêné s'installer entre eux.
Ce silence était particulièrement palpable à certains moments. Ce matin, quand une fois de plus Sirius avait enjoint Lily à s'asseoir avec eux par exemple. La jeune femme n'avait une fois de plus pas su dire non à Sirius et, elle avait du endurer la gentillesse de Kate qui était plus qu'elle n'en pouvait supporter. Elle avait précipitamment quitté la table et s'était réfugiée dans les toilettes des filles.
En franchissant la porte, elle était prête à s'effondrer. Mais elle avait vite reconnu les souliers rouges vifs et pointus de Rita Skeeter, une Serdaigle qui se trouvait elle aussi en septième année et qui était connue pour être particulièrement friande de potins. Lily Evans s'effondrant dans les toilettes des filles avant la première heure de cours… Elle en aurait fait des gorges chaudes.
La porte des toilettes s'ouvrit à la volée, ce qui ne laissa pratiquement pas de temps à Lily pour se ressaisir, elle eu à peine le temps de se recomposer une expression. Belinda Adley entra dans la pièce, débraillée, les cheveux défaits, des griffures au cou et la lèvre inferieure légèrement enflée. Elle semblait avoir été la victime d'un ouragan. Quand elle aperçut Lily elle ne put s'empêcher d'éclater en pleurs. Mais il s'agissait là de sa grande spécialité. Quand elle n'obtenait pas ce qu'elle voulait ou qu'elle s'apprêtait à vous demander une grande faveur elle vous regardait, ses grands yeux gris larmoyants et elle pouvait même verser quelques larmes pour appuyer sa cause… Lily qui l'avait souvent vu en pleine représentation ne fut pas dupe et attendit patiemment qu'elle se décide à parler, pendant ce temps elle remarqua le miroir posé sur le sol de la cabine de Rita et dans lequel cette dernière lui fit un clin d'œil.
Belinda avança vers elle jusqu'à pouvoir s'accrocher au lavabo à coté duquel Lily se tenait.
- Lily !
Cette dernière la contempla, inexpressive. Elle avait cessé de considérer Belinda comme son amie quand cette dernière lui avait tourné le dos l'année précédente. Cela semblait être il y a une éternité déjà, pourtant il y a deux mois à peine peut être qu'elle aurait pu réagir autrement, mais depuis elle avait appris la leçon : Comment être amie avec des gens froids et manipulateurs ? On ne le peut pas.
- Lily, j'ai besoin de toi ! On a tous besoin de toi ! Cressida est affreuse… Regarde ce qu'elle m'a fait ! Elle désigna les marques sur son cou et sa lèvre inferieur. Comment peux-tu la laisser régner sur Poudlard ?
Si elle avait eu le moindre doute sur les pleurs de son ancienne amie, ils s'étaient envolés. Bien que très douée pour la comédie, Belinda n'avait jamais pu arranger sa voix, aussi ses paroles étaient elles claires et distinctes au lieu d'être hachées et mangées par les sanglots. Au moins Skeeter pourra déformer des propos exacts. Quelle ironie !
- Avec Mary on s'est mise d'accord… On fera ce que tu veux. Ou même, on a un plan ! Cressida ne s'en remettra jamais ! Et tu pourras te venger du filet du diable ! Tout le monde sait que ce n'était pas un accident !
Elle avait complétement arrêté de faire semblant. Son visage était désormais tourné vers Lily, plein d'espoir.
- Non.
Elle fronça les sourcils.
- Non ? Mais Lily c'est ce que tout le monde veut ! Tout le monde veut être La Fille, celle que toutes les filles veulent être et avec qui tous les garçons veulent sortir. Pourquoi est-ce que, toi tu refuses ? Qu'est ce qui te prend ? Tu préfères être toute seule ? Même Allan te préfère Cressida maintenant … Mais tu pourrais changer cela en un tournemain.
On pouvait entendre les majuscules dans sa voix. Ce respect factice et illégitime répugnait Lily. Ce n'était pas en lui faisant miroiter ces victoires pyrrhique qu'elle la rallierait à sa cause.
- Il y a des choses beaucoup plus importantes que ces jeux de popularité Belinda. Et pour accomplir ces choses, des amis hypocrites et faux tels que toi ne sont que des fardeaux. Je me fiche d'être toute seule si ça veut dire que je peux être qui je suis, sans compromis aucun avec qui vous vouliez que je sois.
- Bien sur, Mlle Perfection se sent tellement au-dessus de tout le monde avec ses grandes idées. Tout le monde se fiche de qui tu es, ce qui compte réellement c'est comment on te perçoit. Tu crois vraiment que tes grandes idées vont te tenir chaud la nuit ? Quand tu seras seule dans ton lit alors que la fête continuera sans toi ?
Son visage arborait maintenant une expression méchante. Elle croyait encore avoir une chance, si seulement elle pouvait habilement souffler le chaud, puis souffler le froid au visage de Lily. Belinda croyait sincèrement que son ancienne « amie » pouvait encore céder.
- Non Belinda, c'est ça que tu ne comprends pas. S'il y a bien quelqu'un qui se sent en dessous de tout en ce moment c'est moi. Mais je ne veux plus de ça. Etre populaire, croire qu'on a des amis, se faire poignarder, se retrouver seule… Je n'ai plus d'énergie à gaspiller dans vos histoires. J'étais sincère, je ne savais pas que ce n'était qu'un jeu pour vous. Vous m'avez blessée !
Pour la première fois un sentiment transperçait dans sa tirade. Belinda, qui avait ardemment espéré une réaction, ne s'attendait à ça de la part de Lily, mais sa dernière phrase la fit trembler. Lily Evans, l'inatteignable et parfaite reine des glaces de la tour de Gryffondor était plus qu'une belle image à adorer. Pis encore, elle était en colère, elle semblait cependant encore pouvoir la maitriser, mais combien de temps encore allait-elle tenir ?
- Mais Lily, comprend nous ! Nous étions jalouses de toi. Tu avais tout. Tu étais tellement parfaite !
Le barrage céda.
- Non, coupa la rousse, non il n'y a pas de raison valable à ça. Tu sais ce que ça fait de savoir que tout le monde parle de toi dans ton dos ? Que ton nom est écrit dans les toilettes pour que les garçons qui disent avoir couché avec toi puissent marquer le leur en dessous ? Ne plus être invitée nulle part, être insultée par des gens qui ne te connaissent même pas. Tu voudrais que je passe la journée derrière toi en te murmurant des insultes à l'oreille ? ET JE NE SUIS PAS PARFAITE !
Belinda recula. Elle s'était attendue à ce que Lily soit en colère mais pas à une telle réaction. Lily irradiait de la colère pure. Elle voyait presque ses cheveux danser dans le vent de son propre pouvoir.
- Mais…
- Non tu ne sais pas. Peut être qu'un jour ça viendra, peut être qu'un jour tu réaliseras que tout ce que tu es en train de construire n'est qu'un château de sable, mais en attendant laisse moi tranquille avec tes manigances de première année.
Et sur ce, elle sortit des toilettes.
Belinda était en train de se remettre de la confrontation, les deux mains accrochées au lavabo. Elle se regarda, elle avait les yeux terrifiés, les griffures que lui avait infligées Cressida n'étaient désormais rien par rapport à la peur que Lily venait de lui faire. Elle avait eu tort de penser que Cressida était la plus effrayante des deux.
Perdue dans ses pensées comme elle l'était, elle n'entendit pas Rita sortir des toilettes serrant contre elle une sphère mémorielle. Elle n'aurait probablement pas pu la différencier d'un Rapeltout, et se serait réjouit de l'absence de la plume à papote de la Serdaigle… Et elle aurait eu tort car la sphère mémorielle était beaucoup plus dangereuse. En effet lors de l'échange entre les deux jeunes filles il avait suffit à Rita de poser la sphère sur le miroir pour enregistrer toute la scène. Rita pouvait maintenant la contempler en boucle dans la sphère ou au contraire la poser sur le sol, prononcer la formule adéquate et la voir se rejouer. Ce qu'elle ne fit pas car on ne pouvait accélérer, reculer ou même stopper l'image quand on décidait de la rejouer en grandeur nature. Le cas échéant, on devait subir les conditions du directe. Même la magie et ses limites.
Et c'est avec la certitude d'un scandale dans un avenir proche qu'elle se dirigea vers son cours de sortilège en commun avec les rouge et or.
La salle était déjà pleine. Lily était assise non loin des Maraudeurs au dernier rang, dans la partie la plus haute de la classe. Elle vit Rita rentrer dans la salle, remarqua la sphère dans ses mains, et se sentit profondément désolée pour ses anciennes amies, elle ne voulait pas de ce genre d'esclandre.
- Lily ?
Remus la regardait avec des yeux pleins d'inquiétude, il avait perçu le changement dans son attitude. Elle essaya de lui sourire, mais il n'était pas dupe. Il posa une grande main chaude qui se voulait rassurante sur le bras de Lily. Elle sursauta, elle était en passe de perdre l'habitude du contact humain. Elle releva les yeux vers lui, et posa sa main sur la sienne, la serrant brièvement pour le rassurer aussi sur son état.
- Aujourd'hui, nous allons étudier le changement d'état, fit le Professeur Flitwick avant de faire apparaitre d'un mouvement de baguette un bol devant chacun de ses élèves. Voici des bols, je vous demande de les remplir d'eau et de vous appliquer ensuite à la changer en glace. Tout est au tableau !
- Oh Mon Dieu !
- Ssssh…
- Fais passer.
- Non ! Je ne peux pas y croire …
- Et pourtant si …
Le cours de Sortilège avait toujours été le plus bruyant, le climat idéal pour propager les rumeurs. Et Rita en bonne Serdaigle avait su profiter de l'occasion. La petite sphère de verre évoluait désormais dans la classe, passant de mains en mains, diffusant la scène des toilettes pour tous les élèves présents et intéressés par de tels commérages. Jusqu'au moment où :
- Oh ! Monsieur Wheatley ! Quel remarquable exemple de magie vous avez là !
Klaus leva les yeux vers le minuscule professeur. L'eau de son bol était toujours à l'état liquide, il n'avait pas eu le temps de faire quoi que se soit trop occupé qu'il était à dévisager l'image de Lily emprisonnée dans la sphère.
- Puis-je ?
Et sans attendre la permission du jeune homme, une petite main saisie la boule de verre.
- Ceci, les enfants, est une sphère mémorielle. Elle a à peu près les mêmes propriétés qu'une pensine. Au détail près que si l'utilisation d'une pensine est réservée aux sorciers expérimentés, tout le monde peu à priori se servir d'une de ces sphères. Monsieur Wheatley cela vous dérangerez si je montrais au reste de la classe le souvenir enregistré ? L'enregistrement ne devrait pas être très long.
La voix de Klaus était coincée dans sa gorge. Le professeur prit son silence pour un acquiescement. Il posa la sphère sur le sol et murmura :
- Video.
Et la scène des toilettes se rejoua. Personne hormis Rita, Klaus et trois ou quatre élève du premier rang ne savait ce qui allait leur exploser au visage. La Serdaigle jubilait, cela dépassait toutes ses espérances.
Lily se figea sur place. Non, on ne pouvait pas diffuser ça, il fallait faire quelque chose. Mais elle savait, tout comme le professeur Flitwick, qu'une fois lancée, la scène se déroulerait jusqu'au bout. Aussi aucun des deux ne bougea. En réalité, personne ne bougea dans la salle, et dans chaque regard on pouvait voir le reflet de la scène.
A la fin, Flitwick alla se poser devant son bureau, légèrement désorienté.
- Ah…Hem… Merci, Monsieur Wheatley. Le cours est fini… Vous pouvez sortir. Et essayez de pratiquez le changement d'état, je m'attends à ce que ce sort soit maitrisé d'ici le prochain cours. Mlle Throllope ? Voudriez vous portez ce mot à votre directrice de maison ?
Tous les élèves sortirent de la salle. Les mêmes mots étaient sur toutes les lèvres.
- Mais tu as vu comme elle a gardé la tête haute face à Belinda.
- Face à toute l'école ! Et franchement tu as vu ses « amies » !
Lily essaya d'éviter la foule des élèves. Mais c'était sans compter Sirius.
- Lily …
Même le plus bavard des Maraudeurs était à court de mots. C'était mauvais signe. Lily regarda ses mains.
- Ce n'est pas important, je veux dire tout le monde sait que le premier cours de botanique n'était pas un accident… Rien n'était un accident…
Elle regardait toujours ses mains, des mains toutes petites, toutes fines qui commencèrent à trembler. Elle ne comprit pas qu'elle était en train de pleurer jusqu'à ce que sa vision se trouble et qu'elle sente de l'eau couler sur ces mêmes mains. Alors elle s'en couvrit le visage et se laissa glisser le long du mur.
Le garçon se laissa tomber au sol à coté d'elle. Sirius passa ses bras autour du corps frêle de la Gryffondor. Ses doigts fins s'accrochèrent à sa chemise.
- Sssh Lily.
Elle se calmait doucement contre lui. Elle ne comprenait pas vraiment les mots qu'il chuchotait à son oreille, elle n'en avait pas besoin.
- Tu sais ce que c'est le pire ? Murmura-elle dans son cou. C'est que je sais que Cressida se détruira seule. Elle a toujours était comme ça. Et sans personne pour l'arrêter, elle se dirige droit vers le suicide social. Je n'ai même pas besoin de me compromettre. Mais j'ai l'impression que de le savoir, et de ne rien faire est pire. Je me sens monstrueuse… Et il y a cette colère. Je la sens bouillir en moi, c'est si fort. Parfois j'en oublierai tout le reste.
- Lily, tu ne peux pas aimer tout le monde. Et c'est humain. Tu as le droit de ressentir des émotions négatives, au contraire même ! Cette colère fait partie de toi, et ils l'ont provoqué…
- Je sais. Mais, Sirius …
-Tu ne peux pas non plus sauver tout le monde. D'ailleurs elle n'a pas envie d'être sauvée. Tu ne pourrais rien faire.
- Mais je suis si en colère… Pour le moment je n'ai pas eu à me salir les mains … Je ne sais pas combien de temps encore cela va durer, je ne sais même pas si je veux que ça dure ! J'ai peur.
Sirius la serra un peu plus fort contre lui. Il n'y avait rien à dire. Il connaissait cette colère sourde qui grondait dans les veines de Lily. Il savait que tôt ou tard elle s'exprimerait, peut importe que Lily soit la personne la plus douce à jamais avoir foulé le sol de Poudlard, elle était aussi un être de chaire et de sang, passionnée. La violence de ses émotions était le revers de cette médaille. Il faudrait l'accepter.
Sans prévenir, elle se redressa. La journée aller être longue, cela ne servait à rien d'être en retard en potion. Elle lui adressa un sourire fragile et tenta d'essuyer ses larmes du dos de sa main. Puis, elle eu une réaction très féminine, la sincérité se lisait dans ses grands yeux encore humides et elle se tourna vers Sirius pour lui demander :
- Est ce que ça se voit que j'ai pleuré ?
Il faillit rire devant la normalité de sa phrase. Il lui répondit que Slughorn tomberait quand même à la renverse, elle haussa les épaules et cote à cote ils se dirigèrent vers les donjons pour assister à leur cours de potions.
Tout le monde était déjà assis.
- Miss Evans ! Monsieur Black ! Nous avons bien failli commencer sans vous !
Il ne restait plus que deux places de libres, adressant un sourire désolé à Lily Sirius se dirigea vers James. Elle s'assit à côté de son partenaire sans le regarder. Puis, décidant qu'elle n'était plus à une épreuve près ce matin, elle redressa la tête et chercha le regard noir de Severus.
Aucun d'eux ne tenait particulièrement à communiquer avec l'autre à ce stade, au du moins c'était ce dont Lily avait réussi à se persuader. Le cours se passa sans difficulté. L'élixir de Pasiphaé pouvait avoir des effets désastreux mais était relativement simple à préparer, ils s'en tinrent donc aux questions techniques uniquement. L'opération était un succès du point de vu de Lily : ils avaient fini leur potion en avance et se tenaient chacun d'un coté du bureau, ils regardaient même dans des directions opposées.
- J'aime voir mes meilleurs élèves travailler ensemble !
C'était Slughorn. Il y avait un soupçon de reproche dans sa voix, comme pour leur dire qu'il voudrait que cela arrive plus souvent. Severus inclina la tête et fixa le maitre de potions pour lui prouver qu'il avait son attention. Lily lui décocha un sourire qui ne remontait pas tout à fait jusqu'à ses yeux. Puis leur professeur se perdit en compliments sur leur travaille. Quand enfin il sembla retourner à son point de départ, combien il était agréable pour lui de réunir ses meilleurs élèves Lily cru pouvoir relâcher son attention. C'était sans compter sur son vieux professeur qui aimait créer un effet de surprise.
- J'aimerais tant que ce soit plus souvent le cas ! J'aime être en présence de mes élèves les plus prometteurs ! D'ailleurs je compte sur votre présence à tout deux à la petite soirée que j'organise le 31 octobre !
Par pure reflexe, Lily et Severus se tournèrent l'un vers l'autre. Le Club de Slug, encore. Ils avaient longtemps assisté ensemble à ces réunions, c'était leur domaine, une des rares occasions où ils pouvaient s'affranchir des stigmates consécutifs à l'appartenance à leur maison respectives. Ils étaient alors simplement les élèves préférés de leur vieux professeur de potion et deux étudiants en quête de légèreté coincés dans une soirée pompeuse. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'ils avaient tout deux développé un certain sens du sarcasme. Mais cette époque était finie, aussi vite que ces souvenirs s'étaient imposés à eux, ils se reprirent et ils se détournèrent, se concentrant sur Slughorn.
- Bien sur professeur, finalement Lily en inclinant la tête.
- Severus se contenta d'hocher la tête en gardant le silence.
Slughorn parut satisfait de leur réponse et repris son inspection du reste de la classe. Avant de partir, il lâcha tout de même, gloussant presque de son bon mot :
- Je vous attends sur votre 31 !
Ca ne servait plus à rien d'acquiescer et de sourire, il était parti. Lily se laissa retomber sur son siège, relâcha ses zygomatiques et soupira presque inaudiblement. Avec un peu moins de retenu elle se serait prise la tête dans les mains et aurait grogné. Une pure soirée du Club de Slug, exactement ce dont mon nouveau moi asocial a besoin. Il y avait un monde entre accepter la main tendue de Sirius, avoir la force de tenir tête à ceux qui venaient se frotter à elle et se frotter réellement à la vie, a fortiori un échantillon conséquent et snob de la scène mondaine sorcière. Peut être le grognement n'aurait il pas été de trop en fait.
Le cours était bientôt fini, ensuite ce serait la pause, une classe, le diner, la ronde et après ça serait fini pour aujourd'hui. Seulement tout ça à faire. Elle devait se concentrer sur ça, un jour après l'autre. Soudain sa concentration fut brisée par la voix de son partenaire :
- Tu vas t'y rendre avec Black ?
Même si sa voix essayait d'être neutre, Lily le connaissait trop bien pour qu'il lui dissimule l'inquiétude, la menace et le désir de savoir dans ces mots. La journée n'était pas finie, comme elle venait de s'en rendre compte, mais elle était déjà trop fatiguée pour jouer à ça avec lui.
- Je ne crois pas mais, même si c'était le cas, je ne vois pas en quoi cela te concerne.
- C'est de la mauvaise graine, il ressemble trop à Bellatrix. Tu ne devrais pas …
- Ce que je dois faire n'est pas te ton ressort Severus. Et si c'est vraiment sa ressemblance avec Bellatrix Black qui te pose problème, je ne vois pas pourquoi puisqu'apparemment tu la comptes désormais parmi tes fréquentions. Serait tu en train de regretter tes choix passés Severus ?
Elle était lasse et désabusée. Il cherchait en elle un vague espoir de rédemption pour lui, quelque chose sur lequel il aurait pu jouer pour la faire céder. Mais la Lily qui lui faisait face ne lui laisserait aucune prise à laquelle s'accrocher. Il connaissait ce visage, c'était celui qu'elle avait tourné vers Potter, celui qu'elle lui avait offert quand elle lui avait conseillé de laver ses calçons : la partie dure et froide où son âme s'était endurcie pour supporter les vexations.
Il tenta quand même de lui saisir le bras. Elle roula son épaule pour se défaire de son emprise.
- Laisse moi choisir mes batailles Severus. Laisse moi partir.
Le cours touchait à sa fin, les élèves commençaient déjà à quitter la salle et ils avaient tout deux rangé leurs affaires depuis longtemps. Slughorn avait déjà annoncé qu'ils avaient un rouleau de parchemin à rendre sur la potion sur laquelle ils venaient de travailler. Lily attrapa son sac et sortie de la classe.
Elle passa le reste de la journée dans une sorte de bulle. Elle se repassait les évènements en boucle. Elle ne faisait presque plus confiance à ses propres reflexes.
Toutefois quelques bribes du monde extérieur lui parvenaient encore. En quelques heures la nouvelle de la soirée de Sulghorn avait fait le tour de l'école. Qui serait invité ? Que porter ? Comment se faire inviter ? Avec qui y aller ?
Assaillies par toutes ces interrogations qui s'accumulaient aux siennes elle traversa la fin d'après midi jusqu'à l'heure de sa ronde en pilote automatique. Elle soupira lorsqu'elle réalisa qu'elle aurait tout le loisir de se torturer l'esprit lors de sa ronde. En effet il existait désormais un accord tacite entre James et elle : ils patrouillaient chacun de leur coté, l'un s'occupait des étages au dessus de leur appartement l'autre de ceux au dessous puis ils inversaient.
C'était un soir de semaine, les couloirs étaient désert et silencieux si l'on excluait l'écho de ses pas. Heureusement. En effet, elle n'était pas véritablement concentrée, trop de choses se passaient en elle sans qu'elle pu mettre un nom sur la plupart d'entre elles. La journée avait été trop riche en émotions et évènements contradictoires. Elle tourna à la fin du couloir sans véritablement faire attention à la direction qu'elle prenait. Elle était dans le couloir de l'aile ouest dans lequel se situait l'accès à la salle commune des Serdaigles. Le lieu exact de sa déchéance. C'en est trop pour aujourd'hui. Elle allait rebroussé chemin quand elle aperçu une silhouette au loin, quelqu'un qui semblait l'attendre.
- L'heure du couvre feu est passé, retourne dans ta salle commune.
Voilà qui devrait suffire. Elle n'avait aucune envie de se rapprocher de la salle commune des bleu et bronze et cela ne servait à rien de réprimander un élève à deux mètres de sa salle commune. Pour ce qu'elle en savait il n'avait simplement pas pu répondre à l'énigme du heurtoir, et son impression était infondée.
- En réalité Lily chérie, je t'attendais.
Lily reconnu la voix, mais l'usage seul de ce surnom aurait suffit à lui signaler qu'elle était en présence d'Allan Davies. Elle était sortie avec lui l'année dernière, il avait été la touche finale de sa panoplie de fille populaire. Elle avait réalisé à temps qu'elle n'était pas faite pour cela, que le changement n'avait été que superficiel aussi, elle n'avait pas réellement eu le temps de trop s'investir émotionnellement dans leur relation. Une bonne partie des élèves avaient été dupe. Cressida, elle, avait senti la menace et réagit en conséquence, si Lily ne s'investissait pas réellement dans ce jeu elle avait beaucoup à perdre. Allan lui avait continué à jouer le jeu car, même s'ils avaient certains différents quant à ce qu'impliquait concrètement leur pseudo relation, jamais il ne se serait séparé volontairement d'une fille aussi populaire aux yeux du reste de l'école. Et, il y avait toujours une fille volontaire pour croire le temps d'un aller retour dans un placard à balais qu'elle était mieux que Lily Evans. Autant dire que la fin brutale que Cressida avait sans le savoir mis à leur arrangement ne lui allait pas du tout, mais que bien sur il tenait Lily pour responsable. Sa rancœur à son endroit avait surement plus avoir avace le fait que le blonde avait plus facilement succombé à ses charmes et accepté l'aller retour susmentionné mais Lily ne prêtait de toute façon aucune importance à ses sentiments ou à leur motivation.
- Trop lâche pour t'aventurer plus loin, c'est ça ?
Elle le vit hausser les épaules.
- Trop lâche pour te rapprocher ?
- Pas assez original pour trouver tes propres répliques ? lui rétorqua t elle en s'avançant dans sa direction.
- Regarde ce que l'originalité a fait de toi. Le conformisme me réussi beaucoup mieux. Mais les Gryffondors ne sont pas assez intelligents pour comprendre cela je suppose.
- Ou les Serdaigles manquent simplement du courage nécessaire pour oser être eux même.
Le ton de Lily avait quelque chose de définitif.
- Qu'est ce que tu me voulais exactement ? reprit elle.
- Je voulais savoir comment est ce que tu prenais la nouvelle. Ta meilleure amie et moi sortons ensemble comme tu le sais maintenant.
Manifestement il croyait que cela allait la blesser. Elle voulait presque rire devant la puérilité de sa remarque.
- Je te dirai seulement : bonne chance, puisque des félicitations semblent hors de propos. Après tout, vous n'être ni l'un ni l'autre connu pour être particulièrement difficile.
L'espace d'un instant il perdit de sa contenance, et elle crut voir la colère déformer ses traits réguliers. Mais, il se reprit.
- Tout le contraire de toi, n'est ce pas ? La parfaite Lily Evans que tout le monde adore. Alors, qu'est ce que ça fait de se savoir remplacer ?
Il ne l'aurait pas à l'usure. Même si ils étaient sortis ensemble elle ne le respectait plus assez pour accorder une quelconque valeur à son avis. Il voyait son indifférence, il voyait son plan se retourner contre lui une fois encore, et il ne pouvait le supporter. Allan avait cru qu'en offrant à Lily la possibilité de retrouver sa place en tant que reines des abeilles à ses cotés il aurait un moyen de pression suffisant pour la convaincre de revenir vers lui, c'était bien mal la connaître.
- Pas grand chose, mais comment aurais tu pu le deviner ? Tu n'as su jamais discerner mon manque d'intérêt…
Ce coup ci, il n'y avait plus de doute, les lignes droites de son visage étaient tordues par la fureur. Les sous entendus et les insultes à demi voilées qu'elle lui lançait au visage avaient fait mouche. Tel est pris qui croyait prendre. Il fit un pas de plus vers elle, et lui saisi violement le bras.
- Sale petite sang de …
C'en était trop. Il ne s'attendait pas à ce Lily envoie le bras qu'il tenait et par conséquent sa main contre le mur. La main du jeune homme absorba la plus grosse partie du choc et il la lacha. De l'autre, celle avec laquelle il tenait sa baguette il tenta de la neutraliser.
- Stup …
- Expelliarmus ! Le coupa Lily.
La baguette d'Allan lui échappa et Lily la saisi au vol. Elle ne savait pas s'il allait retenter sa chance et s'attaquer encore physiquement à elle. Mais, elle ne pouvait pas se permettre de compter indéfiniment sur l'adrénaline qui inondait ses veines. Il commençait à se remettre d'aplomb. Lily ne pris aucun risque.
- Petrificus Totalus.
Sa voix était détachée, froide et impersonnelle. Elle savait qu'elle franchissait une certaine limite en faisant cela. Il ne s'agissait plus de légitime défense nécessaire, spontanée et proportionnée. C'était, dans le meilleur des cas, de la violence légitime. Et elle cela lui avait fait du bien. Je ne 'ai même pas pensé à lui oter des points ou à le menacer de retenue. Elle secoua la tête posa la baguette d'Allan par terre devant lui, il la regarda faire impuissant. Puis elle tourna le dos, et se dirigea vers ses quartiers, emportant toute source de lumière avec elle.
Elle ne pourrait plus dire qu'elle ne s'était pas salit les mains dans cette histoire, elle ne pourrait surement même plus faire la morale à James de la même façon maintenant. Mais peu importait, cette attaque de trop avait été l'action nécessaire pour lui remettre les idées en place. La culpabilité était encore là mais elle ne la laisserait plus la paralyser.
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Pour ce chapitre j'ai choisi Keep on Walking de Gabrielle Aplin pour tellement de raison mais surtout parce que c'est une chanson qui donne envie d'avancer en laissant tout le mauvais derrière soi. Un peu ce que fait Lily ici quoi.
Ça n'intéresse surement personne mais je viens de réaliser qu'il pouvait exister une ambiguïté quant aux chansons utilisées pour les titres des chapitres donc pour clarifier :
as cruel as school children – album de gym class heroes (phrase de scandalous scholastics)
young folks – peter, bjorn & john
ready to start – arcade fire
play with fire – the rolling stones
keep on walking – gabrielle aplin
Et si tout ce passe comme prévu la prochaine fois ça sera : K.I.D.S. – Farah Loux !
N'hésitez pas à me communiquer vos pensées, vos avis, n'importe quoi ! Les reviews peuvent toujours apporter un nouvel éclairages sur l'histoire !
Et je remercie très chaleureusement les reviwers du pérecent chapitre et ceux qui ont ajouter cette histoire à leur favoris / alertes !
Bisous bisous
