a/n: Ayyyyy j'ai trois bacs blancs la semaine prochaine et deux sorties pour des forums de métier et j'arrête pas de me plaindre à Sarabeka à propos de mon espagnol. Sinon, j'ai un peu fiqué mais eu le temps de rien d'autre.

Merci pour tous vos gentils commentaires :) Il ne se passe rien dans ce chapitre, mais j'espère quand même qu'il fera la lumière sur la direction que va prendre cette histoire. Quoique ! MdA est tellement compliqué maintenant, et ça va aller dans tous les sens, de quoi détraquer un GPS !

Note : Gris est un UTAU très méconnu.

*Paru Café


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Mécanique des Anges

Perte

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Miku ouvrit les yeux. Un masque à oxygène pressait contre ses joues.

Elle était dans un lit d'hôpital, bien enfoncée dans les couettes rêches, avec l'habileté des infirmières qui bordaient les patients, c'est-à-dire les mains ramenées le long du corps et les jambes bien droites. Perplexe, elle jeta un œil autour d'elle à nouveau. Un boîtier avec un bouton pendouillait depuis le haut de son lit. Une machine comptait ses battements de cœur. Une chaise trônait vide à côté de son lit. Depuis la fenêtre, elle vit le ciel gris clair, des tours venant chatouiller des nuages imprudents.

Les murs avaient été peints d'une couleur avoisinant le vert pistache, et Miku en était reconnaissante : elle détestait le blanc sans vraie raison. Pour elle il s'agissait d'une couleur annonçant le deuil et la salissure. Elle étouffait presque dans un endroit stérilisé, comme à l'hospice de son île où, enfant, elle avait vu son grand-père mourir en silence, un masque à oxygène au visage.

Elle fit le parallèle entre la situation de son grand-père et la sienne, et paniqua. Elle retira le masque en décoinçant l'une de ses mains depuis les draps. Elle contempla encore un instant la chambre, se ressassa les évènements de la veille, essayant de se rappeler de la nuit dernière. Un brouillard lui embrumait l'esprit. Rien ne lui venait en tête. Miku se rappelait avoir marché sous la pluie avec Gumi, et pris le raccourci...

Son ventre gargouilla. La jeune fille poussa un soupir et tendit la main vers le boitier pour sonner l'infirmière. Elle allait appuyer sur le bouton quand l'envie terrible de se lever toute seule la prit. Elle repoussa un peu le drap et tenta de se lever.

Son mouvement n'entraîna que le haut de son corps. Ses jambes ne bougèrent pas d'un pouce. Miku fronça les sourcils et tapa sur sa cuisse. Elle avait l'impression de taper dans du steak cru tant ses muscles semblaient relâchés. La jeune fille réessaya.

En vain.

Deux barrières de chaque côté de son long l'empêchaient de tomber. Elle agrippa les barres de fer et se concentra. Rien qu'un mouvement. Bouge, petit orteil.

Cause toujours, sembla lui répondre le petit orteil.

Ses sourcils bien froncés, elle serra les dents et empoigna plus fort ses appuis. En y mettant de toute sa force, elle se força à bouger son genou. Sa paupière tremblait. Elle lâcha un cri d'effort, sans que sa jambe n'ait bougé d'un centimètre.

Elle retomba sur le dos, hors d'haleine.

- Qu'est-ce que... marmonna-t-elle.

Sa voix, pas utilisée depuis quelques jours, lui apparut cassée et chuintante. Elle grinça des dents et ferma les yeux.

Ils avaient du lui administrer quelque chose pour l'empêcher de bouger. Peut-être qu'elle tombait de son lit. Miku se rappelait de ce garçon qui était resté au port et qui s'était endormi dans une cachette. La puissante corne d'un des bateaux l'avait rendu sourd. Le lendemain, quand il s'était réveillé, il n'arrêtait pas de tomber, même quand il était allongé il réussissait à s'écraser au sol. On lui avait réappris à se tenir debout, mais depuis il marchait étrangement et ses yeux calculaient chaque distance avec anxiété.

Cela expliquerait aussi les barrières aux côtés de son lit et la douleur qu'elle ressentait aux côtes. Une veine battait à sa tempe, aussi porta-t-elle les doigts à son front, pour aller caresser des mèches. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle ne ressentit qu'un mince duvet !

Miku ouvrit grand les yeux. Ils lui avaient coupé les cheveux ! De la colère gronda en elle. Elle avait mis tellement de temps à les faire pousser ! Elle se rappelait encore de la fois où ses couettes avaient servi d'écharpe à Rin et Len, un jour d'hiver.

Se souvenant brutalement de ses deux meilleurs amis, Miku se relaxa presque immédiatement. Des deux jumeaux, c'était Rin la plus colérique et son visage se colorait parfois d'une teinte carminée qui indiquait sa rage. En général sa colère s'estompait dès que la jeune fille partait s'allonger et prendre de grandes inspirations. Essayant de calmer sa frustration, elle inspira, expira, et compta jusqu'à dix, comme le lui avait enseigné Rin.

Elle ouvrit soudainement les yeux et regarda sous les couettes puis glapit.

Ce n'était pas ce à quoi elle s'attendait.

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Elle flottait.

Miku lévitait.

Il y avait clairement un grand espace entre le matelas et son arrière-train. Presque un bras.

Elle reposait dans l'air. La couverture pendait sur ses jambes inertes.

Miku ouvrit de grands yeux et agita les bras.

Comme elle flottait, un simple tremblotement indiqua qu'elle bougeait vers la gauche. Sinon, ses jambes ne firent pas le moindre mouvement. Au prix d'un grand effort, elle parvint à bouger en l'air pour ramener ses jambes sous son corps, comme si elle était debout sur ses genoux, mais en l'air.

Que se passait-il ? Elle ne comprenait plus rien.

C'était un rêve. Voilà. Il n'y avait que dans les rêves que l'on pouvait voler.

Miku se mordillait la lèvre. Elle regarda à droite et à gauche. Environ à trente centimètres du lit, elle tergiversa un peu avant de se décider à profiter de son rêve. En balançant un peu ses hanches, elle parvint à se déplacer comme si son arrière-train lui servait de gouvernail. En s'accrochant aux barrières de son lit, elle poussa sur ses avant-bras et put se diriger en rebondissant. Elle gloussa de plaisir. La situation était cocasse, et elle savait que jamais ça n'aurait pu arriver dans la vraie vie : son rêve était décidément très intéressant.

On aurait dit que la gravité de la pièce s'était complètement retournée. Miku était en apesanteur, car elle pouvait pousser sur des objets pour se propulser en l'air. Elle était certaine que si les médecins ne lui avaient pas rasé la tête, ses cheveux auraient flotté derrière elle. Ce qui lui faisait se demander si ses cheveux étaient vraiment coupés, ce n'était qu'un rêve après tout...

Elle fit quelques cabrioles en l'air avec un rire ravi. Quelle joie de pouvoir sentir l'air glisser sur sa peau ! C'était tellement intéressant de pouvoir trouver des points stables pour se propulser ! Elle sentait également une sorte d'aigreur monter en elle, à la base de ses omoplates qui brûlaient. Elle avait presque l'impression de retrouver les sensations lorsqu'elle courait.

Miku était tellement plongée dans son petit monde qu'elle n'entendit pas la porte s'ouvrir.

- Ah, fit une infirmière, la main sur la poignée.

Miku écarquilla les yeux.

Elle regarda l'infirmière.

L'infirmière la regarda.

Elle regarda l'infirmière.

L'infirmière la regarda.

Et Miku flottait toujours.

- C'est pas commun, ça, lâcha l'infirmière.

Et Miku de retomber brusquement sur le lit.

Elle cligna des yeux comme si elle sortait d'un long rêve.

- Oh... ! murmura Miku, déçue. J'ai arrêté de flotter. Ce n'était qu'un rêve, mais quel dommage !

- Un rêve ? dit l'infirmière en contournant le lit pour aller vérifier quelques graphiques sur une machine. Non, tu ne rêves pas, je crois, je te vois bien réveillée, moi !

- Vous faisiez partie de mon rêve, vous n'existez pas.

- Comment je n'existe pas ! s'exclama l'infirmière. Bah. Les patients...

Elle lui jeta un coup d'oeil intrigué.

- Quelque chose ne va pas ?

- Je n'arrive pas à me relever, expliqua doucement Miku.

L'expression de l'infirmière devint impénétrable.

- Ah, oui. A propos de ça... Le Docteur Lundy va venir te voir. Tiens-toi tranquille, en attendant, Miku.

- Ca ne risque pas ! soupira Miku en tapant dans ses cuisses. Le truc que vous m'avez administré, c'est fou ce que c'est fort ! Vous utilisez ça sur les femmes en plein labeur ou quoi ?

L'infirmière lui tourna le dos, semblant brusquement s'intéresser au mur pistache derrière elle. Miku retint son souffle.

Du dos de l'infirmière dépassait deux ailes.

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Miku les voyait très clairement. Dans la lumière que reflétaient les nuages blancs, ses ailes étincelaient.

Elle n'aurait pu dire si les ailes étaient recouvertes d'un duvet ou de jeunes et larges plumes. De couleur blanches, elles descendaient jusqu'aux genoux de l'infirmière, et deux trous dans l'uniforme de l'hôpital, juste entre les omoplates, laissaient légèrement deviner une peau pêche.

- Que... balbutia Miku.

On lui faisait une farce, ou alors c'était encore un rêve ! Un rêve dans un autre rêve ! La vache qui rit ! Allait-elle jamais se réveiller ?!

A peine s'était-elle posée la question qu'elle ouvrit grand les yeux. Elle avait recommencé à flotter ! De quelques centimètres cette fois, mais juste assez pour laisser un espace de dix centimètres. Et l'infirmière qui se tournait vers elle en fronçant les sourcils, comme si tout était normal !

- Je t'ai dit de te tenir tranquille, veux-tu ?! gronda-t-elle.

- Mais... je... que... bredouilla Miku en pointant un doigt tremblant vers les ailes qui dépassaient de son dos.

L'infirmière replaça une mèche de cheveux marron sous son chapeau et fit fit battre ses ailes légèrement, comme si elle était agacée.

- Je sais, soupira-t-elle. Elles ne sont pas brunes, comme mes cheveux. Je les ai teintes.

En voyant l'air toujours aussi ahuri de Miku, elle poussa un soupir énervé.

- Je t'ai dit d'arrêter de flotter ! Reste immobile ! C'est très mauvais après ta chute !

- M'arrêter de flotter ? murmura la jeune fille. Et je suis censée faire comment ?

L'aide-médicale pencha la tête sur le côté, perplexe, avant d'attraper une planchette à graphiques, avant d'ouvrir la bouche toute ronde.

- Je suis désolée, je ne savais pas que... Enfin, dit-elle, le docteur t'expliquera mieux que moi.

Miku acquiesça, trop choquée pour dire quoi que ce soit. L'infirmière sortit en fermant doucement la porte, comme pour ne pas la déranger.

- C'est réel, souffla Miku en observant ses paumes. Ce n'est pas un rêve.

Pour être sûre, elle se pinça. Et rien ne changea. Une vague de panique l'envahit et rapidement, elle essayait à nouveau de se lever, prête à crier sur n'importe qui à proximité. Seulement, elle n'arrivait même pas à bouger dans son lit, ses jambes ne répondant toujours pas. Miku sentit une frustration pure lui agripper la gorge, et quelque chose se débloquer dans son dos.

L'instant d'après elle flottait.

Miku soupira. Rester en apesanteur de cette manière, pour de vrai... Si c'était réel et pas un rêve, alors quelqu'un lui faisait une farce ! Mais pourquoi lui faire une telle blague alors qu'elle sortait d'une opération ? Perdue, Miku caressa son duvet sur sa tête et se mordit la lèvre. Tout arrivait trop vite et elle ne comprenait plus rien. Elle s'était réveillée dans cette salle, découvert que ses cheveux avaient disparu, avait commencé à flotter, une infirmière avait des ailes... Et maintenant, elle était sûre et certaine de passer une batterie d'examens pour cette étrangeté - cette bizarrerie, parce que les gens normaux ne flottent pas. Et que les gens normaux n'ont pas d'ailes.


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Le docteur aussi avait des ailes.

C'était un médecin noir, au crâne rasé, aux yeux perspicaces et à la démarche traînante. Son équipe - une femme et deux hommes - aussi avait des ailes, dont une des ailes de libellule. Miku l'avait longtemps dévisagée, longtemps observée, avant que le Dr Lundy ne s'assoie à côté d'elle. Il lui avait posé des questions de base, comment elle se sentait, ce à quoi Miku répondait "désorientée" et qu'elle "regrettait ses cheveux".

- Je suis navré qu'on ait dû te les couper, Miku, s'excusa le Dr Lundy. Malheureusement, tu es tombée tête la première et on a repéré une importante hémorragie quand tu es passée sous le scanner en urgence... Nous avons dû t'opérer le plus vite possible.

- Avez-vous récupéré mon portable ? demanda Miku, se sentant un peu bête.

Elle pouvait lui poser mille questions, pourquoi tout le monde avait des ailes, mais il fallait qu'elle s'inquiète pour ce portable qui avait failli lui coûter la vie.

- Oui, les ambulanciers se sont chargés de le remettre à tes parents, fit une femme de l'équipe. Tu n'as pas à t'en faire.

- D'autres questions ? demanda un autre homme.

Miku découvrit soudainement sur le visage de l'équipe, de la tension, de la fatigue, de l'appréhension. Tout ça à la fois. Elle fronça les sourcils et sa main vint distraitement brosser son genou. Elle ne ressentit rien.

- Mes jambes, lâcha-t-elle finalement.

Les épaules de Lundy s'étaient raidies. Miku déglutit.

- Qu'est-ce qu'il se passe avec mes jambes ? croassa-t-elle, craignant la réponse.

L'équipe échangea un regard.

- Miku, commença la femme... Tes jambes...

Celui qui était resté silencieux jusqu'alors, c'est-à-dire celui qui avait des lunettes prit la parole :

- Elles sont mortes, Miku. Tes jambes ne marchent plus.

Les deux autres le foudroyèrent du regard. Il se tassa sur lui-même et jeta un coup d'œil aigu vers la jeune fille. Lundy poussa un soupir.

- Ce qu'il veut dire, Miku, c'est que tu ne pourras plus jamais marcher.

Il leva les yeux juste à temps pour voir l'expression livide de sa patiente. Elle triturait nerveusement ses manches et semblait avoir de difficultés à respirer.

- Pourquoi ? marmonna-t-elle. Je suis tombée sur la tête. Pas les jambes.

Le plus taciturne de l'équipe s'approcha. Il remonta ses lunettes sur son nez et souffla.

- Tu es d'abord tombée sur la tête. Ce qui t'a fait t'évanouir. Et ensuite, ton dos a heurté la surface dure du sol, probablement un rocher. Ca a failli te briser la colonne vertébrale et tu aurais pu être tétraplégique. Heureusement, les nerfs touchés n'ont fait que tu n'es que paraplégique.

- Que paraplégique ? explosa Miku. Juste paraplégique ?! Je viens de perdre mes jambes, espèce d'enfoiré !

- Miku, fit précipitamment la femme. Il manque de tact, pardonne-le...

- Je ne peux pas - je ne peux plus courir ! Je ne peux même plus me déplacer pour aller aux toilettes ! Et lui... haleta-t-elle, il peut ! Moi non ! Je ne suis que paraplégique ! Ce qui veut dire que je resterai en fauteuil roulant toute ma vie, pas vrai ?! Mais je ne suis QUE PARAPLÉGIQUE !

Un silence accueillit ses paroles. Les yeux de Miku brûlait, mais elle ne voulait pas pleurer en face du binoclard. Lundy était apaisant, mais son assistant l'irritait. Elle voulait qu'il quitte la salle. Maintenant, tout de suite. Sauf que celui-ci lui jeta un regard embrumé par l'hésitation.

- Tu peux quand même te déplacer-

- En fauteuil roulant ?!

- Mais non, tu peux flotter !

Miku resta bouche bée.

- Flotter ? Dites pas n'importe quoi. Vous me faites une blague !

- Mais on t'a vue ! L'infirmière t'a vue. Tu sais flotter, Miku, tu n'es pas à terre ! Certes, tu ne peux plus poser tes pieds sur le sol, mais tu sais flotter ! Tu n'as pas d'ailes, mais tu sais flotter !

- Gris, ferme-là, siffla la femme. On va te laisser te... reposer, Miku.

Miku leur jeta à tous un regard noir. Ils s'éclipsèrent en entraînant Gris, le binoclard, avec eux, laissant le Dr Lundy, assis sur chaise. Il baissait les yeux vers ses graphiques, mais sans pour autant éviter de voir Miku le dévisager.

- Miku, soupira Lundy. Je suis désolé que tu aies à l'apprendre de la bouche de ce crétin. Mais c'est vrai, tu sais flotter. Il te suffira peut-être d'un peu de rééducation, et ce sera comme si tu n'avais jamais eu besoin de tes jambes !

- Mais j'ai toujours eu besoin de mes jambes, dit Miku. J'en ai besoin pour courir, pour tout et pour rien, mais surtout pour courir. Et... Vous, c'est facile de dire ça, vous me faites une sale blague, je sais. Les ailes, ça n'existe pas. Pas chez les humains. Les oiseaux et les petites bêtes, certes.

- Tu es sûre que tout va bien ? Nous pouvons faire une batterie d'examens pour vérifier que tu n'as pas une petite perte de mémoire. C'est fréquent, tu sais.

- Arrêtez, je ne suis pas idiote. Le rêve de l'Homme d'avoir des ailes n'a pas pu être exaucé en une nuit. C'est impossible.

Le docteur Lundy l'observa un long moment, les yeux pensifs. Il semblait emboîter des pièces ensemble.

- "Le rêve de l'Homme", dis-tu. Intéressant.

Il se leva et défroissa son pantalon.

- Écoute, je t'assure, tu peux voler. Tu en es capable, l'infirmière avec qui tu as parlé m'a fait un compte-rendu très détaillé; la rééducation commence demain. Tes parents ne vont pas tarder à venir te rendre visite et te donner quelques affaires.

- Mais...!

- Manque de chance, tu vas devoir rester ici presque un mois. Tu vas devoir passer Noël et le Nouvel An dans ta chambre, fit-il avec un sourire d'excuse. Tu n'as pas d'amoureux ?

- Non, balbutia Miku, perdue.

Le docteur niait-il tout en bloc ce qu'elle s'évertuait à lui dire ? Pourtant, ses yeux brillants démontraient du contraire. Il avait une idée derrière la tête mais il se refusait à le lui dire maintenant.

Elle verrait plus tard.

Il sortit sans un seul mot, laissant Miku seule avec ses pensées écrasantes et ce mur pistache que, tout compte fait, elle détestait autant que le blanc.


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Les quelques heures qui suivirent furent éprouvantes. Elle avait la télévision dans sa chambre. Miku, coincée dans son lit, décida de sonner une infirmière pour lui demander la télécommande, ce à quoi ladite infirmière lui répondait par un soupir exaspéré : on pouvait bien lire sur ses dossiers qu'elle pouvait se déplacer. "Mobile en vol", disait son affichette. L'infirmière devait sûrement la trouver paresseuse ou juste en train de profiter de la situation et de gaspiller son temps.

Ses parents arrivèrent, sa mère presque en pleurs. Elle serra sa fille avec assez de force pour faire un German Suplex à un grizzly et lui embrassa les joues avec force. Ils ne pourraient pas passer la nuit avec Miku à l'hôpital, mais passeraient la voir tous les jours. Son père semblait ravi qu'elle puisse flotter.

Eux n'avaient pas d'ailes et se déplaçaient sur leurs jambes. Ils expliquèrent brièvement (du moins, Miku le comprit) que tous trois, son père, sa mère et leur fille, étaient nés sans pouvoir voler. Et ils louangeaient le fait qu'un mécanisme se soit déclenché pour qu'elle n'ait pas à rester dans un fauteuil roulant pour le restant de sa vie.

- C'était sûrement caché en toi, fit son père, triomphant. Je t'avais dit qu'elle pouvait voler ! Il fallait que ça soit stimulé !

- Perdre mes jambes, rétorqua amèrement Miku, tu appelles ça une stimulation ?

La discussion était close et ils ne furent pas longs à déguerpir, milles autres recommandations en stock. Miku sentit une bile amère lui remonter le long de la gorge, mais elle se retint.

Quelques minutes à peine après leur départ, quelqu'un d'autre vint s'enquérir de son état; Miku était complètement hors-service, avec la tête gonflée et trop d'informations à diriger. Et la personne qui arriva, elle ne voulait pas la voir avant d'être sortie d'hôpital.

Gumi. Gumi Nakajima, avec un énorme bouquet de fleurs, les yeux rouges et le visage pâle de nervosité. Miku sentit son propre visage s'empourprer de fureur réprimée. Elle dicta, d'une voix glaciale :

- Sors.

- Miku, je-

- J'ai dit, sors. Je ne veux pas te voir.

En voyant la face de Gumi se décomposer, Miku ajouta, plus doucement :

- Pas maintenant. Je suis désolée.

- Tu ne devrais pas, c'est de ma faute si...

Son amie aux cheveux verts indiqua ses jambes dissimulées par le drap.

- Je ne veux pas te voir, Gumi, pas maintenant, pas aujourd'hui, pas avant que je te réclame. Je suis navrée. J'ai peur de moi-même, de ce que je risque de te dire, j'ai peur que ça brise notre amitié. Alors va-t-en, tu auras moins mal.

- J'ai déjà mal ! s'écria Gumi en fendant l'air de son bouquet. Ca fait trois jours que je me torture. Tout ça parce que j'ai choisi un stupide raccourci ! Miku, j'ai ruiné ta vie. Je sais à quel point tu aimais courir-

- Je. T'ai. Dit. De partir.

Gumi baissa la tête, ses fines mèches autour de son visage lui masquant les yeux, et Miku vit sa lèvre trembler. Avec un pincement au coeur, elle se tourna sur le côté, regrettant déjà d'être en colère. Elle détestait voir Gumi pleurer : Gumi était tellement joyeuse d'ordinaire. Elle soupira et entendit des bruits de pas. Le temps qu'elle se retourne et ne s'excuse, Gumi était déjà partie et avait laissé son bouquet sur un tabouret. L'odeur embauma la chambre, et Miku, la gorge serrée, se tassa dans son lit en maudissant ses jambes.

Elle serait partie. Elle aurait couru après son amie et se serait excusée.

Mais elle ne pouvait plus marcher.


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Le soir tombait déjà, une ligne magenta embrassant des nuages bleus depuis la fenêtre que Miku fixait avec une expression oscillant entre flegme et colère. Il suffisait d'un rien pour la ramener dans des humeurs noires.

La télé afficha un énième spot publicitaire et Miku poussa un soupir exaspéré. Elle haïssait ce produit, elle haïssait cette chambre stupide, ce crétin de Gris qui était venu pour consulter ces graphiques, le docteur Lundy qui ne faisait que glisser dans les couloirs sans lui laisser quelque chose de concret, elle haïssait ses parents, Gumi, elle-même, la Terre entière. Et plus que tout elle haïssait ne pas avoir d'autonomie.

Leurs mensonges... Elle ne volait pas, c'était ridicule.

Alors ça allait être ça ? Sa vie.

Des mensonges, des fous. Une vie de paraplégique.

- Ca, je ne le rêve pas, murmura Miku.

Elle se recroquevilla dans son lit et s'enroula dans les couvertures. Trop de choses occupaient son esprit. Elle verrait une prochaine fois.

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petite review ? ou pas, c'est vous qui voyez :)