a/n : je vous aime tous ! merci pour vos commentaires. y m'donnent la pêche même. avec les trop gentils reviews de ffnet, la vie c'est top la gaufrette ! purée, je sens que je vais me relire dans des années et avoir l'envie de me poignarder violemment dans l'estomac avec une flûte Maped. enfin, à l'heure où je fignole ce chapitre il est X heures du matin, une heure où les gens sains et normaux dorment normalement et je crois avoir écrit quelque part 'la racine des ailes' ou quelque chose comme ça et j'ai failli intégrer stéphane bern dans l'histoire. j'ai également et à plusieurs reprises mal écrit 'jambe' (encore une fois) en 'jampe'; apparemment, mon cerveau trouve ça très drôle à quatre heures du mat. bah oui, les jampes, quoi. c'est l'automne, transformez vos jorts and jantalons

bon

faut que j'arrête de dire des conneries dans mes a/n moi.

*paru café


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Mécanique des Anges

Purulent

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L'aube pointait à peine que le vacarme des infirmières se manifestait déjà. Non pas que cela dérange Miku. Elle était restée éveillée toute la nuit, allongée dans son lit à contempler le plafond et à ignorer l'infirmier qui venait prendre ses statistiques toutes les heures. Son visage effilé comme une amande plate manifestait le mécontentement dès qu'il voyait qu'elle ne dormait pas. Le Dr Lundy ne plaisantait plus sur la surveillance de Miku; l'incident d'il y avait quelques jours était encore frais dans les mémoires de l'équipe se chargeant de son cas.

Mais elle n'avait pas réussi à fermer l'œil pour de bon. Les minutes s'étaient égrenées à une lenteur affligeante. Trop fébrile pour dormir, trop épuisée pour se lever. Elle craignait le retour de l'insomnie. Sa joue intérieure saignait à force de l'avoir mordue.

Miku n'avait pas osé allumer la télévision. Elle pouvait sentir, entendre que l'hôpital avait été occupé toute la soirée. Les gyrophares des ambulances avaient clignoté et formé des ombres oranges et bleues à travers ses stores plus fréquemment que d'ordinaire. Que s'était-il passé ? Qu'est-ce que Neru avait décidé ? Y avait-il eu des descentes de police, des meurtres ? Ses parents étaient-ils en sécurité ? Gumi était-elle restée avec la clique des Non-Ailés ? Et Luka ? Comment connaissaient-elle Kaito ? Elle n'avait pas pu les joindre par téléphone. Plus elle y pensait, et plus ses tempes la vrillaient. Miku soupira. La journée n'avait même pas commencé qu'elle avait déjà des maux de tête. Une toilette lui ferait sûrement du bien.

La gorge enrouée, Miku tendit le bras en prenant appui sur les barres de sécurité, encadrant son lit pour attraper la chaise roulante. Elle s'y installa prudemment, balançant ses jambes inertes d'un mouvement de hanches tout sauf gracieux. Elle prenait plus de risques, mais elle préférait tomber par terre et faire son numéro de petite fille capricieuse plutôt que de demander l'aide à une aide-soignante par pure facilité.

Elle s'avança jusque dans sa petite salle de bain, où il faisait trop sombre pour voir distinctement. Le néon au-dessus du miroir du lavabo était cassé, plongeant ainsi l'endroit dans le noir complet si l'on fermait la porte. Miku avait essayé une fois; verrouillant la porte derrière elle et restant dans le silence et l'obscurité complète. L'expérience s'était révélée assez relaxante puis soudainement oppressante. Miku mit cela sur le compte d'une légende urbaine qu'elle avait lu sur internet où l'on invoquait un fantôme d'une femme borgne dans sa salle de bain, et était sortie très vite. Cette fois, elle avait laissé la porte ouverte, laissant filtrer un tout petit peu de lumière, juste assez pour que son reflet lui apparaisse gris. Elle s'approcha du miroir et tira sur ses joues, se donnant une apparence monstrueuse, amplifiée par la faible luminosité de la pièce. Elle se frotta les yeux tout en ouvrant le robinet.

Tandis qu'elle se brossait les dents, ses pensées vagabondaient d'un endroit à l'autre. La veille, Luka l'avait juste déposée à l'hôpital et était repartie précipitamment, sans lui jeter un regard en arrière. Miku avait passé le restant de la journée à se ronger les sangs. Elle avait bien croisé le regard de Ruko, entouré d'autres internes qu'elle reconnut comme étant ceux faisant la misère à Luka, mais ceullui-ci c'était immédiatement détourné. Elle sentait son énergie quitter son corps, aussi rapidement que s'épuise la batterie d'un ordinateur portable. Une sensation aigre naquit entre ses omoplates. Plus elle y pensait, et plus son mal de tête empirait. Le visage marbré de bleus de Luka lui apparut en esprit, et Miku sentit une violente douleur frapper à sa tempe.

Immédiatement, Miku fit tomber sa brosse à dents et porta ses mains à son crâne. Sous ses minuscules boucles, elle sentait sa tempe pulser, envoyant des décharges électriques douloureuses qui immobilisait son corps entier. Elle laissa échapper un glapissement. Pressant les paupières plus fort encore, elle vit une lumière rouge hésitante colorer sa vision.

(elle allait s'évanouir. les docteurs avaient raison, elle avait bien un retour d'hémorragie. ou quelque chose de grave qu'ils n'avaient pas remarqué et peut-être qu'elle allait mourir comme une chienne vu que c'était bien ce qu'elle méritait après tout, cette-)

Dans la cacophonie de ses pensées affolées, abruptement, absurdement, le sifflement d'un train à vapeur lui fit serrer des dents. Sa gorge lui brûlait. Son crâne picotait. Elle parcourut son front de ses doigts tremblants, qui rencontrèrent quelque chose de chaud et bombé. Une bosse ?

Lentement, elle ouvrit les yeux.

La douleur s'estompa, aussi rapidement qu'elle était survenue.

Le reflet de son miroir lui renvoya l'image d'une Miku blafarde, l'air souffrant, et une auréole tout autour de la tête.

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Elle écarquilla les yeux et toucha immédiatement le cercle de lumière. Pulsant sous ses doigts au rythme de son cœur, on aurait dit un tube néon, comme une enseigne de magasin, illuminant la pièce d'une lueur laiteuse... Incrédule, elle tenta de l'arracher. L'auréole était légère, tiède et douce au toucher. Mollement, elle lévita un peu plus haut du crâne de Miku, comme une soucoupe volante. Miku croyait que son cœur allait exploser. Elle se frotta les yeux plusieurs fois.

Une angoisse sourde pressa contre sa poitrine. Elle savait qu'il était impossible de distinguer hallucination et réalité. Mais là, ça devait être... c'était impossible, pas vrai ?

Pour en avoir le cœur net, elle toucha l'auréole avec des mains moites. Elle ne voyait aucune ombre de ses doigts sur ce tube - car ça avait une consistance solide comme du plastique, elle pouvait très bien le sentir - mais elle n'arrivait à voir complètement non plus. Même en plissant les yeux, l'auréole semblait éthérée - essayer de fixer la lumière procurait une sensation déplaisante, pas forcément la même que lorsqu'on regarde directement le soleil, mais plutôt un sentiment d'inachevé, un sentiment vide et affreux qui mettait des cailloux dans l'estomac de Miku.

Un curieux fourmillement naquit au creux de sa gorge, et elle s'approcha du miroir, pressant ses mains sur le lavabo pour plus d'appui. Elle scrutait son reflet pour chercher un indice, une signification, une explication - quelque chose de sensé depuis son réveil - mais ne vit rien que la faible lueur qu'émettait l'auréole, éclairant la petite pièce, ses courtes mèches turquoises et son dos.

Attendez, quoi ?

Pourquoi son dos était-il illuminé lui aussi ?

Elle plissa les yeux et ne vit rien, si ce n'était qu'une lueur fluette qui l'intriguait et qui l'irritait tout autant. Elle se tortilla pour voir mieux - mais rien, encore une fois. Miku passa la langue sur ses lèvres, réfléchissant à vive-allure. Elle se précipita vers un tiroir dans lequel sa mère avait entassé des mouchoirs, des serviettes hygiéniques, du maquillage, etc. Elle finit par trouver un minuscule miroir, rond comme une perle et pas plus grand qu'une sous-tasse de café. Elle avança à nouveau vers le miroir fixé au dessus du lavabo, se tortilla comme elle le pût pour qu'elle puisse voir le reflet du petit miroir dans celui en face d'elle. Miku ne vit pas grand-chose à part son dos nu, découvert parce qu'elle avait mal fixé sa robe d'hôpital. Mais elle pouvait le sentir - quelque chose brillait.

Ça la rendait dingue - c'était comme apercevoir un étincelle au coin des yeux et ne rien voir de concret en tournant la tête.

Elle sentait la colère monter et sa poigne sur le miroir de poche se durcit. Sept ans de malheur si elle le brisait, hein ?

Calme-toi, Miku, s'obligea-t-elle à penser. Elle songea à la voix de Luka quand elle lui dictait ses exercices de maîtrise de soi et de respiration. Inspire deux temps. Expire trois temps. Elle ferma les yeux, ramena ses mains sur ses cuisses et attendit que la tension de ses épaules ne s'affaisse.

Et quand elle rouvrit les yeux, elle flottait.

Miku faillit pousser un cri. Bien que ce genre de situation saugrenue soit parvenue auparavant, elle ne se ferait jamais à l'idée de pouvoir s'élever dans les airs en une demi-seconde. Ou juste flotter, en général.

Il n'y avait qu'un mince espace entre le siège du fauteuil roulant et son corps; Miku s'observa à nouveau dans le miroir. Un doute s'empara d'elle. Elle rouvrit le miroir de poche et le braqua sur son dos. Elle en eut le souffle coupé.

Des plumes.

Des plumes translucides, avec un léger contour turquoise, et une faible lumière qui prenait naissance dans le creux de ses omoplates. Elle formait la racine des ailes d'une alouette. Non pas que Miku était familière avec la morphologie des oiseaux de telle ou telle espèce. Mais il y avait des années de cela, une alouette blessée s'était installée sous la corniche près de sa fenêtre. Rin, Len et elle avait fait de leur mieux pour soigner l'oiseau. Après investigation, ils avaient tous trois découvert qu'un large morceau d'aiguille à tricoter s'était juché sous son aile. Les deux jumeaux, toujours méthodiques, avaient esquissé une demi-douzaine de croquis à l'aquarelle pour savoir quels muscles ne pas toucher. Ils étaient très bons dessinateurs, et Miku avait gardé les croquis, épinglés au mur de sa chambre en souvenir du moment où ils avaient vu l'alouette s'élancer dans les airs, libre.

C'était d'ailleurs en grande partie grâce à Rin et Len que Miku avait pu identifier les types d'ailes dépassant du dos des gens qu'elle croisait.

Elle cligna des yeux. Non, elle ne pouvait pas être triste maintenant - elle risquait de tout rater-

La porte de sa chambre s'ouvrit.

Plop ! Miku retomba sur la chaise roulante, qui recula très légèrement, mais juste assez pour la faire paniquer et tout lâcher. Le miroir de poche s'écrasa au sol, les éclats projetant des taches lumineuses sur le mur.

- Miku ?

C'était la voix de Luka - enrouée, emplie d'appréhension, mais toujours celle de son auxiliaire - qui s'approcha tout doucement de la salle de bain. Elle poussa la porte à demi-entrouverte, et passa la tête à travers la fente.

- Puis-je entrer ?

Miku songea d'abord à hausser les épaules, puis se raviser. Elle déglutit et hocha la tête. L'auréole ne bougea pas d'un iota.

- Il fait sombre ici. Laisse-moi allumer la lumière.

Luka appuya sur l'interrupteur, jaugea l'état de la pièce puis se pencha pour ramasser la brosse à dents de Miku et les petits morceaux de miroir, prudemment. Elle fronça les sourcils.

- Miku, tu n'utilises pas les éclats pour je ne sais quelle bêtise, pas vrai ?

- Non, répondit la jeune fille.

Comme d'habitude, son cœur se souleva en voyant les bleus qui zébraient le visage de Luka. Mais c'était surtout son expression sombre qui l'inquiéta. Luka était toujours quelqu'un de ridiculement stoïque. Une telle angoisse n'avait pas lieu d'être sur le visage de Luka.

Son auxiliaire sortit une pelle d'un placard et y déposa les morceaux de miroir. D'un mouvement nerveux du menton, Miku désigna le petit marchepied posé derrière la porte. Luka le tira en face de Miku et s'assit, posant les mains sur ses genoux, levant la tête vers Miku.

- Est-ce que tu remarques quoi que ce soit de spécial chez moi, Luka ? demanda Miku.

- Tes cheveux ont poussé, répondit Luka du tac-au-tac. Et puis, tu es plus docile. Mais tu as l'air plus épuisée que d'ordinaire. Tu as dormi, cette nuit, j'espère ?

Miku haussa les épaules.

- Alors, tu... Tu ne vois rien qui semblerait inhabituel, ou... différent ?

Luka plissa les yeux de suspicion.

- Pourquoi, je devrais ? Quelque chose est arrivé ?

Miku secoua la tête et se tritura les doigts. En levant les yeux furtivement, elle vit que la lueur de l'auréole faiblissait; on aurait même dit qu'elle devenait transparente.

Un silence s'installa entre les deux. Luka baissait la tête vers le sol. Elle fit rouler les cordons de son gilet à capuche entre ses doigts, seule expression de nervosité qu'elle s'accordait. Miku brûlait d'envie de lui poser des questions sur tout ce qui s'était passé, mais elle attendait que Luka le fasse d'elle-même.

- Je n'ai pas suivi les infos, tenta-t-elle. Donc je ne sais pas ce qui est arrivé hier soir.

Luka émit un petit rire sec.

- Tu n'aurais pas vu grand chose, de toute manière. On nous a accordé que quelques minutes d'antenne.

Sa jambe tressautait sur le sol. Elle lui parlait sans la regarder, fixant un point invisible derrière l'épaule de Miku.

- Ils ont juste dit qu'une énième révolte des Non-Ailés avait éclaté. Ça n'a pas vraiment d'importance à leurs yeux.

Elle baissa les yeux vers le sol à nouveau.

- Le problème c'est que beaucoup d'entre nous avons été identifiés par la milice anti-émeutes.

Miku, confuse, fronça les sourcils.

- En pleine nuit ? Dans un chaos pareil ?

Luka hocha la tête.

- Les Non-Ailés sont tous consignés dans un registre spécial. Il y a quelques années, j'ai passé trois nuits en garde-à-vous dans un commissariat alors les miliciens me repèrent facilement. Je ne cours pas très vite non plus.

- Vous portiez des masques quand même ?

- Je porte un faux masque à gaz.

Miku haussa un sourcil.

- Quoi ? Je trouve ça classe. Ne me juge pas.

- Je ne te juge pas, mentit Miku.

- Enfin, tout ça pour dire que...

Luka poussa les tessons de miroir du bout de ses baskets.

- Hier soir, le Dr Kamui s'est fait licencier.

- Hein ?!

- Il y avait beaucoup de raisons à cela, je suppose, continua Luka en haussant les épaules. Sa recherche était coûteuse et n'avait donné aucun résultat concluant; et il n'y a pas très longtemps, un mari très riche promettait une grosse somme à l'hôpital si l'on réussissait à sauver sa femme. Elle est morte sous les mains du Dr Kamui, alors tout le monde le traitait comme un paria, je crois.

Luka se tritura les mains.

- Et puis il a commencé à me prendre sous son aile. Hahaha.

- Luka, ce n'est pas drôle.

- Je sais.

Un nouveau silence.

- Ce n'était pas vu d'un très bon œil, poursuivit Luka. Je crois. Donc, puisqu'il n'est plus là...

Miku retint son souffle.

- Je n'ai plus la moindre protection, expliqua Luka. Je n'ai plus de supérieur. J'ai été irradiée du programme d'intégration. Je...

- ... Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Luka prit une grande inspiration.

- Miku, je suis venue t'annoncer mon départ en tant qu'auxiliaire, je ne peux plus travailler ici.


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Luka se leva. Elle épousseta son pantalon, prit la pelle et en déversa le contenu dans la corbeille au coin de la pièce, sans ajouter un mot de plus.

Dans l'esprit de Miku, tout était cotonneux. C'était comme quand elle avait compris que ses jambes ne bougeraient plus. C'était comme se tenir sur la pointe des pieds au bord d'un gouffre sans fond.

- Tu...

Sa voix lui paraissait minuscule, et les épaules de Luka qui lui tournait le dos, si grandes, si immenses.

- ...Tu n'es pas sérieuse ?

Luka actionna la poignée de la porte de la salle de bain et continua sa route dans la chambre. Miku tira sur les roues de la chaise roulante, avec le sentiment que des tonnes lui pesaient sur les bras.

- Luka ?

Son auxiliaire lisait les graphiques accrochés au lit, sortit un papier du dossier qu'elle avait posé sur la table de nuit ainsi qu'un stylo. Elle signa la décharge sans jeter un regard en arrière.

- Voilà. C'est officiel, reprit Luka en lui tendant le papier. A partir de maintenant, je ne suis plus ton auxiliaire.

Miku attrapa la décharge avec des doigts tremblants. Elle ne lut même pas le contenu; Luka n'était plus son auxiliaire.

(et c'était normal après tout, que luka la laisse tomber, parce que, elle avait été odieuse affreuse et capricieuse, méchante et têtue,)

Elle allait devoir à nouveau supporter une série d'examens psychologiques et, sûrement une ribambelle d'auxiliaires stagiaires viendrait étudier son cas et son amabilité, repartir de zéro, tirer un trait sur les thérapies particulières de Luka qui la rendait heureuse comme elle ne l'avait jamais été, autant elle n'avait jamais voulu l'avouer-

(mais elle l'avait mérité mérité mérité parce que luka était une bonne personne et qu'elle n'en était pas une, mais)

Miku leva les yeux vers Luka. Elle l'examina, la dévisagea, comme elle n'avait jamais osé le faire. C'était une jeune femme à la démarche un peu penchée sur le côté, au visage dont les bleus jaunis s'effaçaient tout doucement. Elle avait des sourcils noirs épais, des mèches roses qui lui irritaient le coin de ses yeux bleus brillants, des taches de rousseur sur sa peau basanée. Ses lèvres étaient roses et nacrées mais mordues à vif et fendues à certains endroits d'où caillait du sang séché.

Elle n'avait jamais osé le faire parce qu'elle avait toujours eu peur de regarder Luka en face, de la considérer comme une égale.

(elle avait besoin d'elle besoin d'elle tellement besoin d'elle parce que personne n'avait été là pour rattraper sa chute mais quand elle était tombée luka avait été là et elle lui avait chanté une chanson et personne ne lui avait chanté une chanson pour l'endormir et elle s'était sentie en sécurité et à sa place aussi difficile était-ce pour elle de l'admettre mais elle faisait entièrement confiance à luka)

Elle ne voulait pas que Luka la voit comme quelqu'un d'inférieur - et Luka ne l'avait jamais fait. Elle ne l'avait ni rabaissée, ni mise sur un piédestal. Dans ce monde, c'était la seule - même Gumi, sa meilleure amie, la voyait comme supérieure.

(luka l'avait aidée comme elle avait pu elle avait essayé parce que miku avait cette chose cette angoisse cette anxiété qui montait en elle à chaque moment de panique une voix qui n'était plus la sienne et qui prenait contrôle de sa raison entière et elle n'était pas sûre si c'était à cause du trop-plein et du manque de défoulement mais elle souffrait et cette chose ses pensées qui filaient à toute allure et bien elle savait que c'était un monstre purulent qui rampait sous sa peau et la rongeait de l'intérieur mais luka réussissait à l'endormir luka savait la calmer et luka faisait que miku était légère légère légère légère au point de voler-)

Elle ne comprenait plus rien à ce qu'elle voulait. Pourquoi elle voulait ceci et ressentait cela.

Mais elle voulait que Luka reste.

Mais Luka ne pouvait pas rester.

Alors il fallait que Miku reste avec Luka.

Miku se racla la tête à la recherche de quelque chose, n'importe quoi, qui puisse changer la donne.

Alors, de ses doigts tremblants, aux ongles rongés, elle déchira la feuille avec rage.

- Emmène-moi avec toi.

Elle éparpilla les morceaux de papier autour d'elle, et leva la tête. La lumière du matin donnait une tête presque verte aux yeux de Luka. Miku tendit la main vers elle, et agrippa la manche de Luka, un toucher aussi léger qu'une plume.

- Je t'en prie, prends-moi avec toi. Je sais où tu vas. Je... Je dois retrouver mes parents.

- ...

- ...

- ...

- ...

- ...Quoi ? lâcha Luka.

- Je... balbutia Miku, retirant sa main. Je veux faire partie de la Révolution, moi aussi, mentit-elle. Je ne suis pas en sécurité ici. Je suis une Non-Ailée, moi aussi. Mes parents sont des Non-Ailés. Je n'ai pas eu de nouvelles d'eux. Je... Gumi aussi. Je ne peux pas laisser Gumi non plus. Elle est impliquée elle aussi. J'ai... Je... Luka, je t'en supplie !

Elle avait relevé la tête avec des yeux brillants de colère.

- Ne me laissez pas sur le côté ! Je ne veux pas !

Luka cligna des yeux une fois. Deux fois.

Mollement, elle s'assit sur le lit, passant une main sur son visage. Ses épaules étaient tendues.

Depuis une fente entre ses doigts, elle fixa Miku.

- Tu es sûre ? demanda-t-elle d'une voix lugubre.

Miku hocha la tête.

- Oui. Je risque d'être un boulet, avec le fauteuil roulant, mais...

Luka se leva.

- Le fauteuil n'est pas un inconvénient, et tu n'es pas un boulet. Confirme-moi bien ta pensée. Tu es sûre. Sûre de vouloir rejoindre la Résistance, même en ces temps troubles ?

Miku soutint le regard de Luka. Elle hocha la tête une seconde fois.

Luka poussa un long soupir, le genre qui gonfle énormément les poumons et qu'on expire lentement par le nez.

- D'accord, dit-elle.

- C'est vrai ? s'écria Miku.

- Maintenant, il va falloir qu'on te fasse sortir illégalement de l'hôpital.

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Neru n'avait pas le choix.

Neru avait dix-sept ans.

Neru avait aimé des choses de tout son coeur. Haku, Dell, Luka, Akaito, la bibliothèque.

Neru n'avait pas le choix.

C'était ce que Neru se disait, tout en tirant l'écharpe tâchée de sang un peu plus fort autour de son cou. Les cris des manifestants avaient toujours l'air plus aigus une fois la nuit tombée. Mais peut-être qu'elle imaginait.

Peut-être que tout avait toujours été assourdissant, mais qu'elle, confinée dans les recoins feutrés de sa bibliothèque, n'avait jamais entendu à quel point la colère pouvait assourdir. Altérer chaque sens. N'être plus qu'un flot de refus et un tourbillon de sentiments refoulés, en peine; des damnés, voilà ce qu'ils étaient. Et la rue était un enfer, enflammée, bruyante, respirant au rythme saccadé des mouvements de foule.

- Jolie prose, commenta Meiko avec un sourire en coin, la tirant de sa rêverie.

Neru braqua sur elle des yeux ronds, injectés de sang.

- Tu parlais à voix haute, clarifia Meiko nonchalamment.

Elle se retourna à demi, révélant dans son dos des ailes de chauve-souris. Elle héla deux jeunes au passage et leur ordonna de se poster à l'entrée de la rue.

Neru baissa la tête. Elle posa la main sur la tôle ondulée qui protégeait un magasin.

- Tu vas y arriver, Neru ? demanda Meiko, sans la regarder. C'est un lourd fardeau pour une jeune fille si frêle.

Neru haussa des épaules.

Personne n'était dupe. Tout le monde savait que Neru voulait dormir durant des siècles, lovée dans l'écharpe du garçon qu'elle aimait, un garçon, mort si jeune, pour une raison si injuste.

Mais il n'y avait pas le choix.

- Il fallait que quelqu'un le fasse, répondit-elle, laconiquement.

Il fallait...

Il fallait que Lily se décide à entrer en scène.

Comme si Meiko avait compris son train de pensées, elle lui hocha la tête et lui adressa un petit sourire encourageant.

- Luka ne va pas tarder à aller la voir, dit-elle.

Neru ferma les yeux.

L'écharpe d'Akaito ne sentait plus que le sang et la poudre.

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un pti commentaire ? pour me dire si vous appréciez la tournure des événements ou mon "style" d'écriture un peu bizarre tout ça parce que bon ;o