Jeudi 7 janvier 1943

Qu'est-ce que le temps était long. Hermione était allongée dans ce lit, incapable de bouger depuis quelques jours seulement et pourtant elle sentait déjà sa santé mentale se détériorer fortement. Elle ne pouvait même pas fermer les yeux, se gratter le nez ou bailler quand l'envie lui en prenait. Elle aurait voulu dormir mais c'était impossible. La fatigue ne venait que rarement et s'endormir les yeux ouverts s'avérait être une tâche particulièrement difficile.

Vendredi 15 janvier 1943

Cela ne faisait même pas un mois et pourtant des années semblaient s'être écoulées. L'infirmerie avait été particulièrement calme. Personne ne lui avait rendu visite. Hormis quelques deuxièmes années au visage étrange -le résultat d'un sortilège de métamorphose mal exécuté- rien de bien intéressant ne s'était produit. Elle passait ses journées à regarder Rowena s'ennuyer. L'infirmière passait le plus clair de son temps assise à son bureau à lire des livres ou à regarder par la fenêtre. Il n'y avait pas de quoi la blâmer : sans patient, elle n'avait pas vraiment de travail.

Aux alentours de six heures du soir, la porte de l'infirmerie s'ouvrit lentement et une tête aux cheveux auburn apparut dans la pièce. Isaac s'approcha et s'assit sur le rebord du lit. Hermione pouvait distinguer son visage à droite de son champ de vision. Il se mordit les lèvres avant de prendre la parole.

-Bonjour Hermione. C'est moi, Isaac. Tu m'entends ?

Il leva les yeux au ciel puis les ferma. Il ne supportait pas de la voir dans cet état. Son corps immobile lui donnait l'impression d'un cadavre.

-Non, bien sûr que tu ne m'entends pas. Quoi que... Ce qui est sûr, c'est que tu ne peux pas me répondre... Es-tu au moins capable de me voir ? Je ne pense pas. Je déteste te voir comme ça. Je te déteste en ce moment. Es-tu au moins consciente d'à quel point je suis inquiet pour toi ? Pourquoi t'étais là bas hein ? Tu pouvais pas être dans la salle commune comme tout le monde ? Non, il a fallu que tu penses aux autres plutôt qu'à toi. Encore une fois tu as laissé ta curiosité te dicter tes choix. Pourquoi t'as fait ça hein ? Si seulement tu pouvais être un peu plus réfléchie parfois. On est à Serdaigle. On réfléchit toujours avant d'agir, on pèse le pour et le contre, on étudie toutes les possibilités. Mais non, toi tu ne l'as pas fait. Tu écoutes tes impulsions. Elles sont souvent mauvaises tu sais. Si tu l'avais fait, tu ne serais pas dans cet état. Si tu l'avais fait, tu ne serais pas à moitié morte.

Il serra la mâchoire. Ses yeux lançaient des éclairs. Mais il se radoucit rapidement et s'éloigna. Hermione l'entendit parler à Rowena.

-Comment va-t-elle ? Des nouvelles ? Est-ce que vous avez trouvé un moyen pour...

-Non. Je suis désolée. J'ai essayé toutes les formules que je connaissais. Tant qu'on ne sait pas ce qui lui est arrivé, on ne peut rien faire. Tenter d'autres choses pourrait être dangereux pour elle. On cherche toujours qui lui a fait ça.

-Ou quoi.

-Oui, ou la chose qui lui a fait ça. Mais pour l'instant, on ne peut rien faire à part la garder en vie.

Quelques secondes après, il se penchait au-dessus d'elle et lui attrapait la main. Quelques larmes coulaient sur ses joues. Il passa ses doigts dans ses cheveux et finit par attraper une couverture dans la table de chevet et l'étala sur la jeune fille. Le poids du tissu sur son corps la rassura. C'était idiot mais cela lui fit du bien. C'était comme une sorte de nouvelle interaction avec le monde extérieur. Le contact la ramenait sur terre. Elle était encore là, à Poudlard, avec ses amis. Harry et Ron n'étaient pas là, mais Isaac l'était. Et il la rassurait. Elle l'appréciait vraiment.

-Tu as l'air frigorifiée. Tu es si froide… Je ne comprends pas comment on peut être si froid et encore en vie… Mais bon, c'est apparemment possible, et heureusement. Je n'aurais pas supporté de te savoir morte. J'aimerais tellement savoir si tu es encore là, si tu peux m'entendre ou me voir. Si seulement tu pouvais me répondre, me faire un signe. J'aurais la preuve que tu es vivante. Je suis désolé de ne pas être venu te voir avant. Je ne voulais pas te voir comme ça. Pareil pour Filius et Sasha. On en discute tous les jours, personne n'ose. Je suis finalement venu. Il fallait bien commencer par quelqu'un. Je viendrai plus souvent à l'avenir. Je te promets.

Elle mourrait d'envie de sourire et de pleurer à la fois. Mais elle ne pouvait pas. Même son système lacrymal ne semblait pas être en état de marche. Ses yeux ne piquaient pas, elle ne sentait pas cette boule dans la gorge si désagréable habituellement.

-Tu sais, l'ambiance est bizarre depuis la rentrée. Tout le monde est au courant. Les rumeurs circulent vite dans les couloirs. On a tous peur. On ne rit pas autant, on n'est plus aussi insouciants. On se regarde tous bizarrement, on se demande qui a bien pu te faire ça. Tant qu'on ne connaîtra pas le coupable, tant qu'il sera encore en liberté, à vagabonder dans le château comme si de rien n'était… Tu sais, Sasha a beau dire qu'elle a vu Jedusor dans la serre avec tous les autres élèves, qu'elle l'a vu rentrer, j'ai toujours des doutes. C'est lui qui t'a fait ça... J'en suis presque sûr. Et quand tu te réveilleras, tu pourras le dire. Tu pourras dire que tu l'as vu te regarder dans les yeux et te jeter ce maléfice. Et il sera enfin renvoyé de Poudlard. Peut-être qu'il ira à Azkaban. Tu crois qu'ils envoient des gens aussi jeunes à Azkaban ? J'aimerais bien parfois. Surtout maintenant. Comme ça il ira pourrir là-bas. Il est mauvais, c'en est certain.

Elle ne pourrait pas le dire. Car elle n'a pas vu Tom la regarder dans les yeux. Et puis, ce n'était pas réellement sa faute. Ce n'était pas lui qui avait ordonné au basilic de l'attaquer elle en particulier. Il chassait seulement les nés-moldus du château. Elle en était une. Ce n'était pas réellement sa faute qu'elle soit la victime. Pas en particulier. Elle ne pourrait pas dire en se réveillant, si elle se réveillait, qu'il lui avait fait ça. Elle ne pouvait pas. Ce n'était pas de cette façon qu'elle le sauverait. Qu'elle le veuille ou non, elle devait le sauver. Et non pas l'envoyer croupir à Azkaban. De plus, elle était persuadée qu'il trouverait un moyen de s'échapper. Il était intelligent, puissant. Il trouverait le moyen de s'en échapper. Sirius l'avait fait. Jedusor le pourrait aussi. Le garçon n'était peut-être pas un animagus, mais il avait sûrement d'autres cordes à son arc.

-Les professeurs essaient de ne pas trop en parler, à part quand on pose des questions évidemment. Ils essaient de continuer les cours comme avant, mais rien n'est plus pareil. Il y a un vide. Il y a un vide sans toi Hermione. Tu me manques.

Jeudi 11 février 1943

Tous les jours, quelqu'un venait la voir. Tous les jours, quelqu'un lui parlait pendant des heures, lui racontait des broutilles, discutait de tout et de rien. Parfois même, Isaac, Filius et Sasha venaient faire leurs devoirs à côté d'elle, ne lui parlaient pas, mais interagissaient autour d'elle. Cela lui permettait de tenir le coup. On lui lisait les leçons à haute voix, lui posait des questions auxquelles elle ne pouvait pas répondre et auxquelles elle connaissait la réponse. Mais ils continuaient, encore et encore. Ils espéraient qu'elle les entende. Ils avaient raison d'espérer. Elle les entendait et elle les aimait pour ça.

Sirius passait la voir tous les soirs et lui donnait des nouvelles sur Tom, sur la chambre. Il ne s'était plus rien passé depuis la rentrée. Tout était calme, Jedusor était parfait, comme d'habitude. Rien d'étrange ne semblait se tramer dans les toilettes des filles du deuxième étage.

Pourtant, en début de soirée, elle entendit des pas et des murmures dans le couloir. Quelques minutes après, la porte s'ouvrit et Rowena débarqua dans l'infirmerie, rapidement suivi par quatre autres professeurs. Sirius était présent mais Hermione ne le remarqua pas. Que se passait-il ? 'Venez plus près. Allez approchez-vous. Je peux voir. Je veux vous voir. Je veux savoir. Allez.'

-Installez-le au fond, à côté de la fenêtre.

Elle aperçut des silhouettes passer devant elle, ainsi qu'une sorte d'ombre flotter derrière eux. La brune comprit de suite. Cette scène lui était trop familière. C'était encore arrivé. Il avait recommencé, il l'avait de nouveau ouverte. Elle soupira intérieurement. Elle voulait bouger les yeux. Mais elle n'y arrivait pas. Encore et toujours le même champ de vision. C'était insupportable. Qui était-ce ? Le connaissait-elle ?

-De qui s'agit-il cette fois-ci Armando ?, demanda Rowena.

-Ulysse Douglas. Troisième année. Poufsouffle.

-Où l'avez-vous trouvé ?

-Dans les vestiaires du terrain de quidditch. Un de ses co-équipiers l'a retrouvé dans cet état après l'entrainement. Il a débarqué dans mon bureau complètement paniqué. Je ne sais pas quoi faire. Il faut absolument trouver le coupable.

-Vous n'avez aucune idée de qui a pu commettre ces actes ? D'abord Miss Jones, puis lui. Il n'y a aucun sens à ces attaques.

-Nous avions quelques pistes, mais aucune d'elle n'a été corroborée. On ne sait plus Rowena…

-Mais je ne peux rien faire tant qu'on ne sait pas ce qui leur a fait ça.

-Armando ?, interpela soudainement Sirius. Justement, je crois avoir remarqué certaines choses à propos de ces attaques.

-Qu'est-ce ?

-Et bien… Je crois avoir remarqué que Miss Jones ainsi que Monsieur Douglas sont tous les deux… Nés-moldus.

-Oh… Je vois.

Dippet soupira.

-De plus, continua Sirius. J'étais sur le point de me rendre à votre bureau quand vous êtes venu me chercher. J'ai fait des recherches et je crois avoir trouvé. Je crois qu'ils ont été pétrifiés par un basilic.

-Excusez-moi ?

-Un basilic. Il est aussi appelé le roi des serpents. C'est une créature qui...

-Je sais parfaitement bien ce qu'est un basilic, merci, l'interrompit Dippet. Mais les basilics n'ont pas été vus en Grande Bretagne depuis des siècles. C'est tout bonnement impossible. Et leur regard tue, il ne paralyse pas.

-Mais si on ne le regarde pas directement dans les yeux, il ne fait que pétrifier. Miss Jones a dû le voir se refléter dans la glace de la Grande Salle. Et Monsieur Douglas dans une flaque d'eau alors qu'il prenait sa douche.

-Non... C'est...

Dumbledore leva la main comme pour demander au professeur Dippet de prendre la parole mais n'attendit pas avant de parler. Il s'approcha et se mit du côté de Sirius.

-Excusez-moi Armando. Mais il faudrait écouter Sirius. Je crois que cela pourrait être possible. De plus, c'est la seule piste que nous ayons jusqu'à présent.

-Et comment un basilic aurait-il pu atterrir dans notre école ? Quelqu'un a dû l'emmener. Et le dompter, lui donner des ordres. Très peu de sorciers sont capables de commander des basilics. Il doit être puissant.

-Ou être fourchelang, proposa Sirius. Enfin Armando, c'est la seule piste que nous ayons ! Quelqu'un dans ce château a sous ses ordres un basilic, et il veut faire peur aux élèves. Leur faire du mal. Peut-être même qu'il veut les tuer ! Il a déjà fait deux victimes. Nous pouvons nous estimer heureux que celles-ci ne soient pas mortes et seulement paralysées ! Nous devons faire pousser des mandragores sur le champ pour préparer un philtre pour les réanimer.

Dippet soupira et s'assit sur une chaise non loin de là. Hermione était toujours aux aguets. Elle était concentrée, écoutait avec attention toute la conversation. Elle avait envie de pleurer. Il se rapprochait de plus en plus de la vérité. Sirius la connaissait, ainsi que Dumbledore apparemment. Et ils les aidaient à s'en rapprocher. Ils les aidaient à se rapprocher de Tom. Elle ne pouvait pas les laisser faire. Mais comment ? Elle ne pouvait même pas parler. Elle ne pouvait qu'espérer que Sirius lui laisse encore un peu de temps. Il savait qu'il ne pouvait pas laisser Tom se faire attraper. Il ne les laisserait pas faire… N'est-ce pas ? Il voulait seulement les faire avancer. Il voulait seulement la sauver. Cela devait être ça.

-Quelqu'un dans ce château... murmura Dippet. Comment quelqu'un peut-il faire ça ? Nous devons trouver qui. Et où peut-il bien cacher ce basilic. Cela devrait être facile. Une aussi grande créature ne peut pas être cachée n'importe où.

-Vous voulez bien croire à cette théorie ?, tenta Sirius.

-Comme vous le dites, c'est la meilleure solution que nous ayons.

Samedi 20 février 1943

Les allers-retours se faisaient de plus en plus nombreux dans l'infirmerie. Beaucoup de personnes venaient visiter Douglas, remplissant la pièce de larmes et de quelques éclats de rire. Cela faisait trois jours que personne n'était venue la voir. Sasha l'avait prévenue. Les cours de transplanage commenceraient en ce début de semaine et ils n'auraient pas le temps pour la visiter. Elle les comprenait... Et puis, ils ne savaient pas qu'elle les voyait et les entendait. Ses journées étaient donc ponctuées de conversations de jeunes de treize ans sur leurs amourettes de cours d'école ou sur les cours d'astronomie.

A l'heure du repas, alors que l'infirmerie était vide, deux personnes entrèrent. Hermione ne put voir leur visage que lorsqu'elles se penchèrent sur le lit. C'était Malfoy et Avery. Ils l'observaient étrangement. Progressivement, des rictus de dégout se dessinèrent sur leur visage. Le blondinet s'assit sur une chaise tandis que l'autre se retourna et grogna, la main dans les cheveux.

-C'est donc lui qui lui a fait ça... murmura-t-il.

-Et à l'autre Douglas aussi, pesta Malfoy. Est-ce que tu te rends compte ? Tu sais ce que ça veut dire ?

-Quoi donc ?

-On a quelque chose sur lui Robert ! On a quelque chose sur lui. On peut s'en servir pour enfin se débarrasser de lui.

-Quoi ? T'es malade ou quoi ? Tu veux qu'on le dénonce ? Personne ne te croira. On n'arrivera pas à se débarrasser de lui. Et quand il le saura, ça sera encore pire, affirma Avery

-Si on est deux, on peut y arriver. Ils nous croiront. On leur dira tout, tout ce qu'il nous a fait, tout ce qu'il fait aux autres, tout ce qu'il nous a obligé à faire. On est les pauvres victimes. Tout le monde croit les pauvres victimes. On leur dira qu'après ce qui s'est passé avec le basilic on a eu trop peur, qu'on a pris confiance et qu'on s'est enfin rebellés. Rien ne nous arrivera. On est les victimes nous aussi. Et au pire, notre famille sera là pour nous protéger. Lui n'a personne pour se protéger.

-J'peux pas te suivre là-dedans Abraxas. J'peux pas. Il exagère peut-être sur certains points, s'énerve un peu trop mais... Tu sais qu'il fait ça pour nous tous. Je lui fais confiance sur ça. Et tu sais ce qu'il pourrait nous faire… C'est pire que le doloris.

Il jeta un dernier regard à Hermione.

-Et puis... De toute façon, elle méritait ce qui lui est arrivé tu ne crois pas ? Une sang-de-bourbe. Ils souillent la population de sorciers. Ils nous font honte. On se fiche de ce qui lui est arrivé.

-Je ne dis pas le contraire. Tu sais très bien que c'est ce que je pense aussi. C'est pas pour eux que je veux le dénoncer. Comme tu le dis, c'est pour nous.

-Je serai contre toi si tu fais ça... Je sais que tu le hais, surtout après ce qu'il t'a fait subir... Mais il ne m'a toujours rien fait à moi. Et je compte faire en sorte que cela n'arrive jamais. Et puis, qu'est ce qui t'es arrivé ? Pourquoi tu le hais à ce point depuis quelques mois ? Tu étais à ses pieds jusqu'à présent.

-Je ne sais pas... Quelque chose a changé ces derniers temps. J'ai remarqué certaines choses. J'ai réfléchi.

-Laisse-lui encore une chance Abraxas. Je t'assure que c'est le mieux pour nous. Pour toi. Je veux ce qu'il y a de mieux pour nous. Pour toi.

Mercredi 7 avril 1943 - Matin

-Hermione ! J'ai une bonne nouvelle pour toi, sourit Sirius.

Il était assis sur une chaise à côté du lit et lui caressait les cheveux de l'autre. Il semblait aimant, comme un père au chevet de sa fille.

-Les mandragores vont bien. Elles grandissent doucement mais sûrement. Elles devraient bientôt arriver à maturité. Dans quelques mois d'après le professeur Beery. Il s'occupe bien d'elles mais elles prennent beaucoup de temps à pousser. Il se sent très concerné par ce qui t'es arrivé. Il se sent coupable, il croit que c'est sa faute. On sait tous les deux que non, mais il ne vaut mieux pas le dire hein. J'espère que tu ne m'en voudras pas quand tu te réveilleras de les avoir guidés sur la trace du basilic. Mais sans ça, tu serais restée encore un moment dans cet état. Et comme ça, Hagrid ne sera pas arrêté. Il mérite tellement de continuer les cours et de se perfectionner en tant que sorcier. Il ne se fera pas renvoyer de Poudlard, et tu te réveilleras bientôt.

-Sirius ! Vous voilà ! Cela fait longtemps que je ne vous ai pas vu, s'exclama l'infirmière.

Hermione pouvait entendre son sourire s'étaler sur le visage. L'animagus se détacha de la jeune fille et posa son regard sur Miss Blathnat.

-Oh Rowena ! Je suis content de vous voir. C'est vrai, j'ai beaucoup de travail en ce moment. Vous savez, les devoirs à corriger, les cours à préparer. Tout s'accélère et je n'ai presque plus de temps pour moi-même.

-Je suis tout de même heureuse de voir que vous passiez toujours la voir. Vous avez l'air d'être quelqu'un de très attentionné. Vous tenez beaucoup à vos élèves. Mais vous devriez tout de même penser à vous reposer. Je ne voudrais pas vous voir tomber de fatigue.

Hermione s'imagina qu'elle s'était alors mise à rougir. C'était le cas.

-J'ai connu pire, affirma Sirius.

-Vous savez, j'ai entendu dire que ce samedi, le Chaudron Baveur fête ses quatre-cents ans d'ouverture. Des sorciers des quatre coins du monde viendront, et ils organisent même un petit spectacle. Cela doit être très agréable.

La jeune sorcière voulut rouler des yeux en souriant. Il était vrai qu'à cette époque, il était socialement étrange, voire inadmissible, pour une femme d'inviter un homme mais rien ne leur empêchait de lui guider sur le chemin. Secrètement, elle espérait que Sirius l'invite à y aller. Rowena débordait de joie de vivre et elle était peut-être celle qui pourrait enfin raviver les yeux de l'animagus.

-C'est vrai. Vous voudriez y aller avec moi ? Je pense que je pourrais me libérer.

Mercredi 7 avril 1943 – Après-midi

Deux visites en une journée ! Elle était gâtée aujourd'hui. Mais ce n'était pas la visite qu'elle avait espérée. Quand elle l'avait entendu entrer, quand elle avait vu son visage au-dessus du sien, son cœur s'était arrêté quelques secondes. Ses yeux marron, impassibles, se posèrent sur elle et il s'assit sur son lit, puis s'allongea à côté d'elle. Sa bouche était contre son oreille. Il était étrangement chaud et son souffle contre sa peau lui faisait un bien fou. Elle n'avait pas eu de présence humaine si proche depuis bien longtemps. Voir des visages, sentir leur peau contre ses mains, entendre leur voix... Ce n'était pas suffisant. Sentir leur respiration, entendre leur rythme cardiaque, c'était différent. C'était mieux. Sentir la respiration de Tom, c'était mieux. Elle se détestait de penser ça, mais c'était mieux. Il était Lord Voldemort ! Elle ne devrait pas se sentir ainsi ! Il avait beau avoir une apparence différente, n'avait l'air que d'un simple adolescent -particulièrement séduisant-, il n'en restait pas moins que le futur plus grand mage noir du monde magique. Un monstre qui allait briser des milliers de vie, qui allait détruire la famille de son meilleur ami, lui gâchant sa vie irrémédiablement.

-Bonjour Hermione. Comment vas-tu aujourd'hui ? Je ne sais pas si tu m'entends... Je vais supposer que oui. Quelqu'un me l'a dit, susurra-t-il dans son oreille. Cela me convient parfaitement.

Il posa sa main sur ses cheveux et les caressa doucement. Il souriait étrangement, ses yeux semblaient légèrement écarquillés. Il avait l'air fasciné par le corps inanimé de la jeune fille. Allongé ainsi à côté d'elle, elle ne pouvait pas le voir, mais elle pouvait le sentir, elle pouvait l'entendre. Sa respiration et son rythme cardiaque étaient d'une parfaite régularité. Comment faisait-il ça ? Comment arrivait-il à toujours rester parfaitement calme ? Même dans l'excitation, il se contrôlait.

-J'ai une bonne nouvelle pour toi. J'ai entendu dire que les mandragores seraient prêtes dans quelques mois. Tu te réveilleras bientôt. Tu devrais être contente. Je le suis moi aussi. On va pouvoir recommencer nos petites rencontres, dans la Salle-sur-demande par exemple.

'Quoi ? Non, il... il se souvient ?'

-Oh oui. J'ai oublié de te dire. Je me souviens de tout. Je savais que quelque chose m'était arrivé. Cette chute dans les escaliers, c'était bizarre. Ma baguette qui avait disparu et que tu retrouves étrangement rapidement. J'ai fait quelques recherches sur les sortilèges d'amnésie. J'ai appris que quand il est lancé par une sorcière inexpérimentée dans ce genre de choses, il peut être facilement brisé par quelques incantations d'une facilité déconcertante pour certains sorciers. Comme moi par exemple. Et devine quoi ? Ça a marché. Je me souviens de tout. Malheureusement, je ne sais toujours pas qui tu es.

'Non... Non... Non... Tu ne peux pas savoir... Non. Décidemment, tu n'as pas de chance Hermione.'

-A ce qu'il paraît, c'est un basilic qui t'a fait ça... Je me demande vraiment qui a bien pu en apporter un ici. Et comment ils l'ont su. Je me doute que le coupable a été exceptionnellement prudent. Et pourtant... Quelqu'un devait être au courant. Mais il l'a laissé faire... Il doit savoir qui c'est, mais ne l'arrête pas. C'est étrange... Ne t'inquiète, je découvrirai qui c'est et il sera puni. Seulement pour toi. Puis tu te réveilleras. Et tu me diras tout.

Il était bien décidé à accuser quelqu'un. Cela serait Hagrid. Il trouverait bien le moyen de faire croire qu'il sait parler le fourchelang, de faire croire qu'il a apporté le basilic dans l'école, de faire croire qu'il lui avait ordonné d'attaquer tous les né-moldus du château. Si quelqu'un devait arriver à faire ça, ce serait bien lui.

Elle avait peur. Horriblement peur. Même si elle savait qu'il ne lui ferait rien ici, elle avait peur. Mais elle avait eu le temps de réfléchir. Depuis plus d'un mois, seule dans son lit, elle avait eu le temps de réfléchir.

Elle en était arrivée à une conclusion. Elle ne le détestait pas. Elle haïssait ce qu'il allait devenir, mais elle ne haïssait pas encore ce garçon. Non, d'une certaine et étrange façon, elle tenait à lui. Il était sous sa protection, et elle ne tenait pas bien son rôle. Elle avait de plus en plus de mal à l'imaginer devenir l'un des plus grands mages noirs que le monde ait jamais porté, malgré la chambre, malgré le basilic, malgré ses sbires.

-J'ai déjà des idées. Il me suffit juste de le prendre sur le fait. Sais-tu à qui je pense ? A ce gros balourd d'Hagrid. Il est en troisième année à Gryffondor, je le surprends souvent à fréquenter d'étranges créatures toutes plus infectes les unes que les autres. Il me semble être un très bon coupable. Ou peut-être Malfoy. Il y a quelque chose d'étrange à propos de lui, je ne lui fais pas autant confiance. Et puis, il faut parler fourchelang pour diriger un basilic. Toute sa famille a été répartie à Serpentard depuis des siècles. Cela peut être un signe. Non bien sûr, il n'est pas le descendant de Salazar. Il n'a rien qui puisse venir de ce grand sorcier. Il n'est pas puissant, il n'est pas particulièrement intelligent. Il est ordinaire. Mais cela pourrait être lui. Tu ne crois pas ?

Mais oui bien sûr. Jamais il n'arriverait à faire croire que c'était Hagrid. Dans le passé, personne n'avait su que c'était un basilic, voilà pourquoi il avait aussi facilement réussi à faire accuser Hagrid et Aragog. Cette fois, ce serait Malfoy… Si c'était le cas, l'avenir de Drago serait-il menacé ? Hermione avait été envoyée ici pour sauver des vies, par pour mettre fin à d'autres. Etait-ce pour le plus grand bien ?

Il se releva rapidement.

-Bon je te laisse Hermione. Du travail m'attend. A une prochaine fois peut-être.

Dimanche 2 mai 1943

Dans la salle commune de Serpentard, Tom était assis sur son fauteuil devant la cheminée. C'était bien son fauteuil. A vrai dire, personne n'osait s'y asseoir, sachant que Tom en avait fait sa propriété. Sans même qu'il ne dise un mot, une rumeur étrange s'était propagée comme une trainée de poudre parmi les serpentards. Personne ne devait s'assoir sur ce fauteuil, même quand il était libre. Le sorcier avait un livre ouvert posé sur les genoux mais il ne lisait pas. Son regard impénétrable était fixé sur les flammes crépitantes alors qu'il réfléchissait.

Il avait récemment entendu des murmures dans les couloirs du château. Rien ne se gardait bien longtemps secret à Poudlard alors une nouvelle aussi importante s'était faite savoir dans la matinée après sa révélation. Les mandragores seraient prêtes dans un mois et les élèves pétrifiés se réveilleront bientôt. Tom ne s'était pas vraiment réjoui à l'entente de ça. Depuis, l'ambiance tendue, froide qui s'était abattue sur le château depuis la rentrée était retombée. Les élèves n'avaient plus vraiment peur.

Un antidote serait bientôt prêt ! Ce monstre n'était plus un signe de mort. On guérissait de son attaque. Il referma violemment son livre en pensant au fait que son petit manège n'avait plus l'effet escompté. Le sorcier avait tenu l'école d'une main de fer pendant quelques mois. Lui seul décidait qui se faisait pétrifier, quand un nouveau malheur allait s'abattre sur le château. Il avait aimé cette sensation de pouvoir coulant dans ses veines. Oh bien sûr il contrôlait toujours ses petits camarades de Serpentard, mais ces idiots n'étaient rien comparés à l'ensemble des habitants de l'école. De cette école qu'il adorait, qui lui offrait une échappatoire à sa misérable vie d'orphelin, où il pouvait enfin montrer tout son pouvoir, son charisme et son importance. C'était un fantasme qu'il avait enfin réussi à vivre.

Mais tout s'était évaporé en une fraction de secondes. Envoyé un nouvel élève à l'infirmerie ne servirait à rien cette fois-ci. Il devait frapper plus fort, il devait leur faire comprendre que leur petite plante était bien inutile. Il pourrait brûler la serre, et ainsi anéantir des mois de travail pour faire pousser ces infectes bestioles toutes plus laides les unes que les autres. Néanmoins, il craignait que cela ne soit pas la bonne solution. Cet incompétent de Dippet partirait à la chasse à l'homme et Tom ne voulait pas que son plan tombe à l'eau. Il y aurait extrêmement peu de chances qu'il l'accuse, lui, la perfection personnifiée, mais il ne fallait pas prendre de risques. De plus, il ne voulait pas vraiment laisser tous ces élèves dans cet état. Ce n'était pas son but.

En réalité, il s'agissait surtout de Jones, trop de mystères planaient encore autour d'elle, et il comptait bien découvrir tous ses secrets. Les autres, il s'en fichait. Non, une toute autre solution vint dans la tête du sorcier alors que ses lèvres s'étirèrent en un sourire mauvais. Ensuite, il ferait accuser Malfoy. Ce petit bâtard pensait vraiment pouvoir lui échapper ? Il n'avait pas besoin d'un traître et d'un tel idiot dans ses rangs. Il était le coupable parfait.

Dimanche 13 juin 1943

Plusieurs fois, Hermione avait cru lâcher prise, avait cru oublier son prénom, avait cru ne plus savoir pourquoi elle était là. Mais il y a quelques jours, on lui avait annoncé que les filtres de mandragore allaient bientôt leur être administrés, à elle et à toutes les victimes. Seulement une personne avait rejoint l'infirmerie depuis deux mois. Quelques jours après la seule et unique visite de Tom. C'était un serpentard de septième année. Sûrement pour brouiller les pistes. Des victimes dans chaque maison.

Soudain, elle sentit son corps tomber. Ses muscles semblèrent s'affaisser alors qu'elle était encore pétrifiée. Ses yeux se fermèrent, sa bouche s'ouvrit comme dans un cri. Mais aucun son ne semblait en sortir. En réalité, elle n'avait toujours pas bougé. Pourtant, tout semblait si réel. Elle finit par rouvrir les yeux. Elle se trouvait encore dans cette pièce immense au plafond infini. Janus se tenait devant elle.

Quand elle fit mine de s'avancer, elle crut crier de soulagement. Elle pouvait bouger ! Elle porta ses bras devant elle et s'étira de tout son corps. Finalement, elle porta enfin son attention sur Janus.

-Ah ! La voilà enfin qui se réveille. Je commençais à m'impatienter, s'exalta Us.

-Fais pas semblant Us, s'apitoya Jan, t'as tout l'avenir devant toi je te rappelle !, finit-il avec un clin d'œil à l'égard d'Hermione. Elle était bonne hein ? T'as vu, Us est dirigé vers le futur, donc il l'a tout l'avenir devant lui.

-Tu l'as fait à chaque fois et c'est toujours aussi nul !, ironisa Us. Même après des millénaires, tu ne t'améliores pas. Pourquoi je dois toujours rester collé à toi hein ? Si seulement je pouvais enfin me détacher de toi ! Je garde encore espoir que peut-être dans quelques siècles tu me feras enfin rire. Ça sera l'apocalypse quand ça arrivera !

-Oh c'est bon laisse-moi tranquille Us. Si tu te relaxais un peu, tu rirais un peu plus.

-Gamin.

-Rabat joie.

Hermione s'éclaircît la gorge et le dieu sembla enfin se rappeler sa présence. Il tourna sur lui-même pour que Jan, puis Us puisse la regarder. Il se mit à nouveau de profil.

-Ah oui, nous avions oublié que tu étais là. Désolé pour cette scène, s'excusa Janus.

-Bien sûr, je m'excuse moi-même de ne pas avoir fait preuve de ma présence, affirma Hermione.

-Toujours aussi polie malgré ces quelques mois difficiles. J'aurais eu envie de hurler. Enfin, nous t'avons contacté pour une raison Hermione. Nous voulons te parler et en échange pour t'avoir fait subir ce calvaire, nous répondrons à quelques-unes de tes questions. Tu peux commencer.

-Vraiment ? Je... Je n'y ai pas vraiment réfléchi. Ce... ce devoir que j'ai fait. Il parlait de vous... Etait-ce vrai ? Parlait-elle de Voldemort et... de moi ?

-Tu parles de la prophétie ? Bien sûr qu'elle est vraie. Parlait-elle de toi ? Oui et non. Elle parlait d'une jeune fille. Est-ce vraiment toi ? Le passé a su nous montrer que personne n'a encore pu prendre ce rôle, l'avenir nous dira s'il agit de toi. Nous l'espérons, nous avons déjà essayé plusieurs fois. Celle-ci sera-t-elle la bonne ? Tu n'es, pour l'instant, pas sur la bonne voie...

-Comment ça ? Je... Je ne suis pas la première ?

-Des années durant, depuis la naissance de Voldemort jusqu'à tes années, de multiples filles ont été envoyées à la même date, toutes avec une identité, un caractère, un physique, des pouvoirs différents. Personne n'y est encore arrivé, des futurs tous différents se créant, jamais ne réussissant à le changer pour de bon. Toi, ton présent et ton monde sont le produit de la dernière tentative.

-Pourquoi dites-vous que je ne suis pas sur la bonne voie ? Comment le savez-vous ?

-Je peux ouvrir cette porte autant que je veux, continua Us. Je regarde ses changements, en bon comme en mauvais.

-Et comment est-il actuellement ? Pire ? Meilleur ?

-Différent. Pire ou meilleur ? Je ne saurais dire... Je ne saurais vraiment pas dire...

-Elles sont toutes arrivées à ton stade Hermione, elles ont toutes fini par faire évoluer Tom, jamais en meilleur, jamais en pire, mais de différentes façons. Le futur ne s'améliorait pas, nous les laissions donc repartir, estimions qu'elles n'étaient pas celles dont la prophétie parlait. Peut-être ne leur laissions-nous pas assez de temps, peut-être qu'il aurait fallu être plus patient... Comme nous l'avons dit, nous espérons que tu es enfin celle que nous attendons, car notre espoir commence à s'essouffler. C'est aussi pour cela que Sirius Black est avec toi. Elles étaient toutes venues seules, tu aurais dû être seule. Mais il est également passé à travers le voile alors nous avons décidé de l'envoyer avec toi. Peut-être va-t-il t'aider, ou peut-être pas. Nous n'avons jamais essayé d'envoyer quelqu'un avec une des filles. Mais il est là pour te protéger, pour te remettre sur le droit chemin. Nous ne savons pas si vous allez y arriver, rien n'est moins sûr. Nous te laissons donc le choix comme nous l'avons dit. Tu peux repartir ou rester.

-Je... Je... Je ne sais pas quoi dire. Mon futur sera-t-il le même ?

-Non.

-Mes parents, Harry, Ron, Ginny... Seront-ils tous là ? Et Sirius ?

-Tes parents seront là bien sûr, sinon Hermione Granger n'existerait pas. Mais le monde sorcier et le monde moldu s'influençant, la vie risque d'être bien différente, ainsi que les personnes et leur caractère. Mais nous t'accordons une vie, peu importe où tu décides de la passer. Pour les autres, je ne sais pas, et ils ne doivent pas t'influencer dans ton choix. Ont-ils eu l'occasion de naître dans ton futur ? Peut-être bien, ou non. Tu ne dois pas retourner dans ton présent pour être à leur côté, mais pour être dans ton temps. Seulement pour ça. Ou tu peux rester, et continuer d'essayer.

-Je suis la seule à qui vous donnez le choix ?

-L'unique, sourit Janus.

Hermione baissa la tête. Son temps... Appartenait-elle à son temps ? N'était-elle pas bien en 1943 ? Elle appréciait certaines mœurs de cette époque, même si d'autres la dégoutaient au plus haut point. Elle appréciait toute cette politesse et toute cette classe des années quarante, mais détestait ces coutumes racistes et sexistes existant autant dans le monde sorcier que dans le monde moldu.

Elle aimait Isaac, Filius et Sacha. Son temps l'attendait-elle ? Serait-elle à sa place ? Se sentait-elle prête à adosser de nouveau le rôle d'Hermione Granger ? Pourrait-elle tenir le coup en voyant le physique de ses parents devant elle, mais ne les reconnaissant pas dans leur caractère ? Elle remua la tête. La jeune fille s'habituait doucement à cette vie, et elle aimait cette sensation d'utilité.

-Je veux rester. Je continuerai d'essayer, encore et toujours. Je veux être cette fille de la prophétie.

-Nous n'attendions pas moins de toi Hermione Granger.

Hermione s'apprêta à parler mais elle se tut rapidement, feignit d'esquisser un mouvement mais elle se stoppa immédiatement.

-Parle Hermione. Nous t'écoutons, l'encouragea Janus.

-Toute cette magie... Comment ? Je veux dire... Vous avez inculqué tous ces souvenirs à tant de personnes. Personne ne peut lire en moi. Ce voile magique est tellement puissant. Je n'ai jamais rien lu de tel dans les livres... Qu'est-ce ?

-Nous sommes beaucoup plus vieux que les livres Hermione Granger. Notre magie est plus ancienne que celle des sorciers. Nous existions bien avant eux, et continuerons bien après leur extinction. Notre magie a donné naissance à la vôtre, et elle y mettra terme quand il sera l'heure à votre ère de s'arrêter.

-Comment s'appelle-t-elle ?

-Elle n'a pas de nom. Elle n'a pas de formules. Elle est imprononçable, elle est intemporelle, elle est perdue à travers le temps et l'espace. Elle vit en chacun de vous comme elle n'appartient à personne. Nous l'avons fait grandir en toi. Tu n'en as pas conscience, tu ne peux encore la maitriser et peut-être ne la maîtrisera jamais. Mais elle est là. Elle te protège. Elle te guide, elle t'entoure, elle t'enserre, tu t'y engouffres. Grâce à elle, ta simple présence est impénétrable, tu créées toi-même ces souvenirs d'une vie que tu aurais voulu avoir.

-Je n'ai jamais voulu d'une telle vie...

-Tu as toujours voulu être respectée, être admirée pour ton talent et ton intelligence. Tu n'as pas voulu de cette vie évidemment, mais de cette sensation. Cette vie, celle de Hermione Jones, provoque cette sensation.

-Je crois que pour la vie sans soucis, j'aurais pu faire mieux... Et pourquoi cela ne marche pas sur les fantômes ?

-Cette magie n'a pas le pouvoir de passer à travers les choses immatérielles. Elle est matière et n'influe que sur la matière.

-Je vois... Vous avez dit que je pourrais vous contacter n'importe quand. Comment ?

-Dans les moments les plus difficiles, tu voudras nous contacter. Nous viendrons à toi. Maintenant, repars. Reprends cette porte, elle est toute à toi.

-Je ne veux pas retourner dans ce corps immobile...

-Il ne le sera plus.

Hermione hocha la tête et respira profondément avant de passer le pas de la porte.

OOO

-Hermione ? Tu m'entends ? Hermione, réponds-moi, parle si tu peux, bouge ne serait-ce qu'un doigt.

C'était la voix de Sacha, un mélange de soulagement et d'inquiétude. Elle avait ses manis sur les épaules de la jeune fille qui avait du mal à ouvrir les yeux. Hermione grimaça quand une main se mit à caresser gentiment ses cheveux.

-Qu'est-ce que..., demanda-t-elle doucement. Je suis... Je... Je suis réveillée.

-Hermione tu es enfin là ! Ça a marché ! Miss Blathnat ! Elle se réveille !

L'infirmière se précipita sur elle et lui prie toutes ses constantes. La jeune fille avait l'impression d'étouffer, entourée par Sasha, Rowena, et Isaac et Filius qui venaient d'arriver. Ils la regardaient tous avec un immense sourire et se chuchotaient des choses inaudibles.

-Comment vous sentez-vous Miss Jones ? Vous devriez vous reposer. Vous souvenez-vous de ce qu'il s'est passé ?

-Je... Je vais bien. Et non, je ne suis pas fatiguée... Je viens de passer je-ne-sais combien de temps allongée sur un lit... Je vais bien, je veux juste me lever, bouger, parler... Et oui je... Je me souviens avoir vu un regard effrayant dans la glace de la Grande Salle et puis... plus rien. Enfin, je crois. Je ne me rappelle plus très bien à vrai dire… Quel jour sommes-nous ?

-Le 13 juin, l'informa Sacha. Tu es restée paralysée pendant six mois Hermione... C'est presque la fin de l'année.

La jeune fille feignit la surprise. Bien sûr qu'elle le savait, elle se souvenait d'absolument tout ce qui c'était passé, de tout ce qu'on lui avait dit. Mais elle pensait qu'il valait mieux qu'elle ne le sache pas... Elle aurait ainsi une longueur d'avance sur Tom. Personne ne devait le savoir, même pas Isaac ou Filius. Tout finissait par se savoir dans ce château. Elle regarda par la fenêtre. Le soleil se couchait. Soudain, elle se rendit compte du jour. C'était la mort de Mimi !

-Ma baguette ? Où est ma baguette ?, paniqua-t-elle.

Isaac la lui tendit. Hermione l'attrapa brusquement et essaya de se lever. Elle fut immédiatement prise de vertiges, vacilla mais se rattrapa à Mme Blathnat. Celle-ci essaya de le faire rassoir, lui ordonna de rester allongée. La jeune fille se dégagea brutalement et fit quelques pas devant elle, s'éloignant le plus possible de cet attroupement étouffant.

-Non ! Je ne peux pas... Je dois sortir. Je dois prendre l'air. Je veux rester seule. Je vais bien je vous jure.

Elle se précipita hors de l'infirmerie, luttant pour ne pas tomber. Le monde semblait tourner autour d'elle. Elle s'adossa au mur, ferma les yeux quelques secondes. Elle n'avait pas le temps, elle devait continuer. Peut-être Mimi était-elle déjà morte, ou peut-être avait-elle encore la chance de la sauver. Peut-être pouvait-elle encore empêcher Tom de la tuer. Elle prit une grande inspiration et se remit à marcher. Lentement mais sûrement, elle finit par arriver aux toilettes du deuxième étage.

Oserait-elle y entrer ? Elle pouvait mourir, ou pire encore, se retrouver à nouveau paralysée. Elle refusait de se retrouver à nouveau piégée dans ce corps. Son esprit avait voulu vagabonder, mais il était resté coincé dans cette prison de chair et de peau. Elle n'en était pourtant pas à sa première expérience. Elle avait déjà vécu ce calvaire lors de sa deuxième année, mais jamais -ô grand jamais- elle ne s'était préparée à le revivre.

Se ressaisissant, elle posa sa main sur la poignée et respira profondément quand elle entendit un sanglot. Soudain, elle se souvint « Je sortais des toilettes, après avoir passé toute la journée à pleurer. Quand j'ai aperçu deux grands yeux jaunes à la place du robinet. ». Sans réfléchir, elle déboula dans la pièce, prenant soin d'éviter de regarder l'évier.

-Mimi ! Retourne dans les toilettes !, hurla Hermione.

Elle se jeta sur elle, et s'enferma à double tour avec elle. Cette situation aurait pu paraître ridiculement grotesque mais elle n'y fit pas attention. Son sang affluait à toute vitesse à ses oreilles, son cœur battait à toute vitesse. Mimi la regardait avec appréhension, le visage sombre, voilé par un mélange d'incompréhension, de colère et de tristesse. Son visage tournait lentement au rouge, ses yeux déjà humidifiés par les larmes qu'elle avait faites couler toute la journée. Ses lèvres se déformèrent en une grimace de dégoût quand elle s'apprêta à prendre la parole mais Hermione, rassemblant toute l'autorité dont elle pouvait faire preuve, lui fit signe de se taire. Elle écoutait. Un vent glacial, comme venu d'outre-tombe siffla et Hermione ne put retenir un frisson. Elle tressaillit quand un bruit sourd, comme un éboulement de pierre se fit entendre, puis un silence assourdissant s'abattit tout autour d'elle. La voie était-elle vraiment sauve ? Tout avait été beaucoup trop facile.

Mimi était toujours là. Son visage s'était radouci et elle semblait plutôt inquiète.

-C'était quoi ce bruit ?, bredouilla-t-elle. Comment tu savais ça, que j'étais ici ? Pourquoi t'étais-là ?

-Je ne sais pas, articula-t-elle lentement, prenant le temps de peser chacun de ses mots pour réfléchir à sa prochaine phrase. Je passais par là. Une intuition.

-Mais... Tu n'étais pas une de celle paralysée ?

-J'ai été réveillée ce matin... Je retournais à mon dortoir.

Elle pria pour que Mimi arrête son interrogatoire. Elle mentait comme un arracheur de dent et c'en était presque évident. Les toilettes du deuxième étage n'était pas du tout sur le chemin de retour de l'infirmerie à la salle commune des Serdaigles. Mais la fille, beaucoup trop crédule pensa Hermione avec soulagement, ne cilla pas derrière ses lunettes rondes et acquiesça doucement. Doucement, la jeune fille ouvrit la porte en bois qui grinça légèrement. Elle ferma les yeux, respira doucement avant de s'aventurer à jeter un coup d'œil aux éviers. Elle crut crier de soulagement. Jamais de sa vie elle n'avait été aussi heureuse de voir ces robinets rouillés et plutôt sales. Elle sentit la présence de Mimi derrière et se retourna, ses lèvres retroussées en un sourire rassurant.

-Tout va bien. La voie est libre.

Ne voulant pas plus s'attarder, et sentant sa tête se remettre à tourner, elle s'apprêta à franchir la porte mais se retourna « Ne parle à personne de cet incident Mimi. Je pense que c'est pour le mieux... »


Et voilà ! J'espère que ce nouveau chapitre vous aura plu. Il est plus long que d'habitude. J'ai voulu donner un style légèrement différent à ce chapitre j'espère que ça va. Je voulais aussi dire que je n'ai plus de bêta reader, donc si l'une de vous voudrait bien endosser ce rôle, j'en serais heureuse !

En tout cas merci aux deux reviews de luffynette et hely sappho. Merci pour cet avis super précis Hely ! J'espère ne pas te décevoir et réussir à te faire digérer plus facilement ce petit couple que j'adore sans rentrer dans le OOC ce que je ne veux surtout pas.

En tout cas j'adore lire vos avis alors n'hésitez pas ! :D

Au prochain chapitre un meeting entre Tom et ses sbires et une sérieuse discussion entre Sirius et Hermione.

Au plaisir de me faire lire par vous, à la prochaine !

Lacey Oke