Coucou
Voici la suite de Coha, j'espère que vous aimerez ce chapitre autant que moi ! Un petit commentaire après lecture plisss, cela serait gentil pour la personne qui l'a écrite.
Bonne lecture !
Ps : site de fanfiction sur stargate, adresse dans le profil.
12h15. Elizabeth suspendit le balancement du rocking-chair et observa l'ennemi. Il était toujours à califourchon sur sa chaise, l'œil fixe, les bras croisés. Une telle immobilité tenait du paranormal. C'était soit la preuve d'un pouvoir de concentration hors du commun, soit la manifestation d'un abrutissement non moins hors du commun.
La jeune femme opta spontanément pour la deuxième solution et se remit à se balancer. Ils se narguaient mutuellement depuis maintenant une heure et cinquante minutes. Mais quelque chose lui disait que le dénouement était proche. Quelque chose qui ressemblait à une crampe d'estomac. Elle mourait de faim ! Elle aurait donné n'importe quoi pour un steak accompagné d'une salade verte. Ah, le bruit du beurre qui grésille dans la poêle… le petit goût piquant de l'échalote qui craque sous la dent. Elle vit des kilomètres de saucisses grillées défiler devant ses yeux et se cramponna à sa fierté pour ne pas quémander une trêve. Rien qu'un quart d'heure. Le temps de filer à l'épicerie du coin et rapporter de quoi manger. MANGER…
Son regard pivota vers John. Rien, pas un mouvement, pas même un tressaillement. Un vrai moine tibétain. Il se serait mis à léviter dans la pièce qu'elle n'aurait pas été autrement étonnée. Elle accentua le mouvement du rocking-chair, le front plissé par une réflexion intense. Il fallait qu'elle mange. N'importe quoi, mais qu'elle mange ! Et puisqu'elle ne pouvait pas aller à la nourriture, il fallait que la nourriture vienne à elle. Simple, logique, imparable.
Ravie d'avoir résolu si intelligemment le problème, elle se leva, prit un bloc de papier à lettres dans son sac et s'installe à la table. Après avoir cherché quelques secondes l'inspiration au plafond, elle écrivit de sa plus belle plume :
« Locataire en péril cherche coursier au grand cœur qui lui rapportera : 1) une baguette pas trop cuite, 2) une bifteck dans la bavette, 3) une plaquette de beurre, 4) une laitue, 5) 2 ou 3 échalotes (facultatif). Les provisions sont à livrer de tout urgence au numéro 11, impasse du Lac, 2ème étage (accès par l'escalier de service derrière la maison). Merci, merci, merci ! »
Elizabeth plia la feuille, y épingla un billet de 50$ et lesta le tout avec une épingle à linge. Restait le plus difficile : trouver un coursier au grand cœur !
Elle passa devant le moine tibétain, ouvrit la fenêtre et se pencha au-dehors. Pas âme qui vive. A part un chat qui rôdait près de réverbère. Elle s'en remit à la providence, croisa les doigts et lança le message. Il atterrit sur le couvercle d'une poubelle avec un « toc » discret. Elizabeth tapa du pied. Personne n'irait le chercher là ! Pourquoi n'était-elle pas fichue de viser correctem…
Un tressaillement lui échappa. Un homme vêtu d'un long manteau gris et coiffé d'un chapeau défraîchi venait d'émerger de la rangée de poubelles. Il sa pencha pour regarder le message de près, puis leva les yeux vers le ciel, visiblement ébahi par ce prodige.
Elizabeth se rejeta vivement en arrière. Cette mine patibulaire… cette énorme barbe en broussaille… Son message était tombé dans les mains d'un clochard ! Elle pouvait dire adieu à son déjeuner et à son billet de 50$ !
- Ça mord ? Demanda le moine tibétain.
La jeune femme se retourna d'un bond. Il n'avait pas perdu une miette du spectacle et se tordait derrière elle.
- Je ne trouve pas ça drôle.
- Oh si, c'est drôle ! Vous savez que des clochards comme ça, on en fait plus. Une vraie pièce de musée. Et vous êtes tombée dessus du premier coup…
Elle pivota vers la fenêtre pour ne plus le voir rire stupidement. Une silhouette grise affublée d'un chapeau disparaissait d'un pas traînant au bout de l'impasse. Avec elle, tous ses espoirs… ainsi que sa bavette saignante et sa petite salade. Elle en aurait pleuré !
L'énergumène continuait à glousser comme un idiot dans son dos. Elle fit volte-face, le visage glacial.
- Vous avez fini ?
- Vous avez vraiment pensé que ça pouvait marcher ? Que quelqu'un allait ramasser votre liste et faire gentiment vos courses ?
- Je ne sais pas ce que j'ai pensé : j'ai faim ! Et quand j'ai faim, je ne pense pas !
Un sourire étira les lèvres du jeune homme.
- Pourquoi ne sortez-vous pas ? Songez à toutes les bonnes choses qui vous attendent dehors…
- Et vous livrer l'appartement ? Plutôt mourir d'inanition !
- Tss tss tss… Quelle créature bassement matérielle !
John s'esclaffa bruyamment, et se balança sur la chaise d'un air goguenard. Elizabeth se mordit la lèvre de dépit. Que faire ? Rappeler mademoiselle Smith et ramper à ses pieds pour qu'elle fasse transférer le monstre ailleurs ? Mais elle serait morte de faim avant qu'on s'occupe de son cas. Lancer un autre message par la fenêtre ?
12h45. Elle regarda dehors. L'impasse était déserte. Pas le moindre… Une silhouette apparut à l'angle de sa rue et se dirigea lentement vers la villa, un sac plastique dans une main, un morceau de papier blanc dans l'autre. Manteau gris, vieux chapeau… le miracle avait eu lieu : il était revenu !
Elizabeth vola jusqu'à la cuisine, sortit une poêle, un saladier et prépara fébrilement une vinaigrette.
- Vous n'allez quand même pas recevoir ce type ici ?
John observait les préparatifs depuis le seuil, les sourcils froncés.
- Si, pourquoi ?
- Mais parce que cet individu est louche !
- Possible, mais il m'apporte à manger.
Elle puisa une assiette, une verre et des couverts dans le placard.
- Vous êtes complètement inconsciente ! Une fois entré, il ne voudra plus sortir ! Il va s'incruster ici et…
- Comme c'est curieux… ça me rappelle quelqu'un , ironisa la jeune femme.
- Vous allez au devant d'ennuis, c'est moi qui vous le…
Une série de coups ébranla la porte. Elizabeth se retourna et se sentit pâlir. Le visage barbu qui venait d'apparaître derrière le carreau était tout simplement terrifiant. Un mélange de Landru et de Frankeinstein avec un zeste de Dracula.
- Vous n'ouvrez pas ? Ironisa John.
- Une minute…
Le nez grumeleux se colla au carreau, un œil fouilla l'intérieur de la pièce. Elizabeth se sentit défaillir et se réfugia d'un bond derrière John.
- Qu'est-ce qu'on fait ? Chuchota-elle.
- Hé, là-dedans ! Il y a quelqu'un ?
- C'est affreux, il va alerter tout le quartier, souffla Elizabeth.
- Il y a quelqu'un ?
- Qu'est-ce que vont penser les voisins…
- Vous, je vous retiens avec vos idées de génie ! Grommela John en ouvrant la porte.
- Pas bô ! Glapit Ramsès II en battant des ailes, la crête hérissée.
Pour une fois, Elizabeth lui donna raison. Son coursier au grand cœur n'était vraiment pas beau. Visage épais, sourcils touffus, et cette barbe… Un long manteau gris, d'une propreté douteuse, tombait jusqu'à ses chevilles. Une écharpe noire d'une propreté toute aussi douteuse, s'enroulait autour de son coup, et un chapeau en accordéon dissimulait à demi une tignasse hirsute.
Tignasse hirsute évalua le 1m85 de John avec perplexité, puis consulta le message d'Elizabeth, les sourcils froncés.
- C'est vous le locataire en péril ? Demanda-t-il d'une voix soupçonneuse ?
La tête d'Elizabeth apparut alors timidement derrière l'épaule de John.
- Non… c'est moi.
- Ah, bon.
Tignasse hirsute passa sans un regard pour John, porta deux doigts à couvre-chef et ouvrit le sac qu'il tenait à la main.
- Voilà patronne : j'ai trouvé le pain, les échalotes et le beurre. Pour ce qui est de la salade, j'ai pris une batavia parce que la laitue n'a pas de goût. Et puis j'ai remplacé la bavette par une entrecôte, parce que c'est moins nerveux.
- Merci beaucoup, murmura Elizabeth, un peu dépassée.
- Au total, il vous en a coûté 32$ parce que j'ai marchandé avec le boucher.
- Merci infiniment.
- Il y a autre chose pour votre service ?
- Euh… non. Vous pouvez disposer.
- Bien patronne !
Il rejeta son écharpe en arrière, fit demi-tour et se trouva nez à nez avec John.
- Hé, l'ami… Vous pourriez aller m'acheter 2 ou 3 bricoles ? Demanda ce dernier avec un sourire affable.
Tignasse hirsute se tourna vers Elizabeth.
- Dites, patronne, il veut me sous-louer : qu'est-ce que je fais ?
- Refusez, répondit-elle sans hésiter.
John sursauta et se dressa devant elle, vert de rage.
- Alors ça, c'est vraiment mesquin !
- C'est MON coursier.
- Vous pourriez me le prêter !
- Je pourrais,oui, acquiesça-elle avec un grand sourire. Mais je n'en ai pas envie.
- Sale petite vipère !
- Pourquoi ne sortez-vous pas ? Songez à toutes les bonnes choses qui vous attendent dehors !
John émit une sorte de grondement, puis pivota vers le clochard, qui les observait, incrédule.
- 20$ pour vous, si vous descendez m'acheter un sandwich.
- Hé, pour qui me prenez-vous ? Je ne suis pas à vendre !
- 50$ !
- C'est pas une question d'argent, c'est une question d'éthique.
- 100$ !
- Okay, patron. A quel parfum, le sandouich ?
Elizabeth croisa le regard narquois de John et pinça les lèvres. Match nul.
- Un peu plus à droite… un peu plus en haut… un peu plus bas… Ne bougez plus, c'est parfait !
Elizabeth observa avec satisfaction le carillon de sa grand-mère, que Tignasse hirsute venait d'accrocher au salon, à gauche de la cheminée. Cet homme était une perle. En l'espace d'un après-midi, il avait réussi à installer les étagères de la cuisine, à réparer la fenêtre du salon qui fermait mal et à régler le jet de la douche. Un miracle ! Il savait tout faire, même répondre au téléphone. Le secret de ce prodige ? Une débrouillardise à toute épreuve, un don inné pour le bricolage et un manteau digne du grand Houdini. Les ressources de ce vêtement informe ne cessaient pas de l'étonner. En l'espace de 3h, Tignasse hirsute - alias Raymond - en avait extirpé successivement : un ouvre-boîte, une clé à molette, un tournevis, un flacon de rhum, un manuel de jardinage, des kilomètres de corde à linge et un tube de moutarde. Bref, il avait si bien su se montrer indispensable qu'Elizabeth en arrivait à se demander comment elle avait pu vivre sans lui pendant toutes ces années…
- Raymond, vous êtes un ange, soupira-t-elle. Vous voulez une bonne bière bien fraîche ?
- C'est pas de refus.
Elle fila à la cuisine, tout sourire, et revint avec une cannette tiède, qu'elle lui présenta avec une grimace consternée.
- Désolée… j'avais oublié que le réfrigérateur n'est pas branché. L'employé de l'EDF doit passer avant ce soir, mais d'ici-là…
- C'est pas grave. Avec votre permission, je vais boire à la cuisine…
- Bien sûr. Oh, Raymond…
Il se retourna d'un air pataud.
- Oui ?
- Vous me donnerez votre manteau, tout à l'heure : il manque un bouton. Je vous le recoudrai.
Il rougit, hocha la tête et se dirigea vers la cuisine. Elizabeth le suivit des yeux avec un sourire attendri. Il était vraiment mignon avec ce chapeau ridicule et…
Un toussotement retentir dans son dos. Elle se retourna et fronça les sourcils. John la regardait, avec une expression enjôleuse qui la mit instantanément sur ses gardes.
- Je ne voudrais pas m'immiscer dans votre conversation, mais il manque un bouton à ma chemise et…
- Et alors ? Trancha-t-elle d'un ton hargneux.
- Eh bien, je me demandais si vous pourriez…
- Non !
- Mais vous venez de dire à Raymond…
- Raymond, c'est Raymond.
- Et moi alors, je ne compte pas ? S'indigna le jeune homme.
- Il est gentil, discret et bien élevé, LUI. Et puis, il a du cœur. Évidemment, c'est le genre de détail qui vous dépasse !
- Dites donc, je vous signale que votre saint homme m'a facturé 100$ un malheureux sandwich au pâté !
- Vous étiez bien content de l'avoir, votre sandwich au pâté !
- Oh, oui… D'autant que j'avais commandé un sandwich au saucisson !
- Vous n'êtes jamais content !
- A nous deux, ça fait une moyenne…
- Pardon ?
Raymond apparut sur le seuil de la cuisine, sa longue écharpe enroulée 6 fois autour du cou.
- Je m'en vais. J'ai rangé votre dîner dans le placard de la cuisine. Si vous avez besoin de moi vous savez où me trouver…
- Mais oui, mon vieux ! 3ème poubelle à gauche en sortant de l'ascenseur, grinça John.
Elizabeth le foudroya du regard et raccompagna Raymond jusqu'à la porte.
- Qu'est-ce que je lui ai fait ? Bougonna le bonhomme d'un air vexé.
- Rien du tout. C'est son humeur normale.
Raymond rajusta son chapeau avec un soupir et rejeta son écharpe en arrière.
- Amour, amour, quand tu nous tiens…
La porte se referma sur lui. Son pas décrut lentement dans l'escalier. Elizabeth resta rivée à sa place, les sourcils froncés. Qu'est-ce qu'il avait voulu dire par là ?
- Ça y est ? Gueule d'Amour a réintégré son palace ?
John ouvrit le réfrigérateur et en sortit une bière qu'il décapsula d'un geste brusque. Elizabeth le regarda durement, les bras sévèrement croisés.
- Vous l'avez froissé.
- Pensez-vous ! Ce genre de type est infroissable.
- Vous avez été odieux. S'il ne revient pas, ce sera de votre faute.
- Oh, il reviendra… pas si bête !
- Ça veut dire quoi, ça ?
- Ça veut dire qu'avec les œillades énamourées que vous lui avec lancées tout l'après-midi, il serait idiot de ne pas revenir tenter sa chance !
Il porta la bouteille à ses lèvres avec un ricanement. Son air sarcastique lui donna des envie de meurtres.
- Je lui ai lancé des œillades énamourées, moi ?
- J'en avais honte pour vous ! Mon petit Raymond par ci, mon petit Raymond par là… N'importe quel homme aurait tiré les conclusions qui s'imposent !
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