Au bureau, Olivia a du avouer que l'« ami » en question est en fait Dean. Eliott n'en revenait pas ! Non seulement elle a accepté d'aider cet enfoiré comme si de rien n'était ! Mais en plus elle lui a menti pendant des mois ! N'est-il pas son ami et partenaire ? Dégoûté, il ne fait rien pour la comprendre et encore moins la soutenir (quand la petite est malade…)
- Ce salaud est finalement bien le plus malin, c'est sûr !
- Qu'est ce que tu insinue, Eliott ?
- C'est évident ! Il obtient ce qu'il a toujours voulu ! Et il se sert de sa fille comme d'un appât, quel pourri
- N'importe quoi ! Et c'est quoi, d'après toi « ce qu'il a toujours voulu » ?
- Que tu lui tombe dans les bras ! C'était bien joué, y a pas à dire ! Il te confie la gosse pendant des mois, sous un faux prétexte. Parce que, excuse-moi, mais cette histoire de mafia, tu n'en a aucune preuve ! Forcément tu t'attache, c'était évident, et il comptait dessus. Puis « généreusement » il te laisse l'élever, mais avec lui ! Chapeau bas !
- On n'est pas ensemble, lui et moi !
- Oh, ça va venir ! Et il compte bien là-dessus, crois-moi ! Tu lui téléphone tous les jours, le vois presque autant… Tu finiras dans son lit, tôt ou tard
- Comment oses-tu ?
- Il s'est servi de sa gosse comme d'un appât ! C'est un pourri de la pire espèce. Ça, on le savait déjà, mais tu as l'air de l'avoir oublié ! Crois-moi, quand il aura eu ce qu'il voulait, il va disparaître à jamais. Certainement en emmenant la môme. Eh, elle pourra re-servir, pour la même arnaque avec une autre idiote. Il ne te laissera que tes yeux pour pleurer. Tu le sais bien qu'il en a rien à foutre de tes sentiments, il l'a déjà prouvé, non ? Tu as oublié ?
- Ferme-la Stabler !
- Me taire ne changera rien à l'affaire. Tu ne pourras pas dire que je t'ai pas avertie
Le soir chez Dean
Il était prévu qu'elle lui amène la petite.
Après les salutations d'usage, qu'Olivia a accomplies d'une voix faussement aimable, Dean envoie la petite dans sa chambre. Quelque chose ne va pas chez Olivia, il le voit bien. Inquiet pour elle, il veut la faire se confier, mais loin de l'enfant. Il sait qu'Olivia peut très vite s'énerver, il ne veut pas qu'Émilia en soit témoin.
- La journée a été difficile au bureau ? - - demande-t-il gentiment
- Non ça va
- Ça n'a pas l'air pourtant
- De quoi je me mêle ?
- Oh là ! Du calme ! Je t'ai pas volé ta soupe, que je sache !
Elle se retourne d'un bloc vers lui, le regard accusateur :
- T'es-tu servi d'Émilia pour m'obtenir ?
- Pardon ?
- Ne joue pas l'indigné, ça ne te va pas au teint ! Je répète, et tu as intérêt à être honnête, si tu sais encore ce que cela veut dire : t'es-tu servi d'elle comme appât pour que je te tombe dans les bras, en remerciements ?
- Mais tu es folle ? D'où te viennent des idées pareilles ?
- Réponds !
- Heinn… je devine de quel cerveau est sortie cette accusation de génie ! Il fallait s'en douter, qu'il essaierait tôt ou tard de me faire passer pour le diable
- REPONDS !
- A quoi ? Si je me sers de ma fille ou si je veux coucher avec toi ?
Ils se défient tous les deux du regard.
- Tiens, tu veux pas aller chercher un détecteur de mensonge tant que tu y es ? Mais ok, je vais jouer à ton petit jeu, je ne vais même pas chercher à te mentir.
Alors, non, je ne me suis pas servi de ma fille comme d'un appât ! Ce n'était pas un plan ou une machination crée par le Grand Manipulateur que tu crois que je suis.
Mais oui, je veux coucher avec toi ! Depuis des années, parce que je t'aime, malgré tous les regards de suspicions que tu me lance, toutes les imbécilités que ton connard de partenaire te fout dans le crâne contre moi !
Ok je t'ai menti autrefois, et oui, on peut sans équivoque dire que je t'ai manipulé mais c'était le boulot. J'avais des obligations, et j'ai menti à l'Inspecteur Benson, comme aux autres. Je n'ai pas manipulé la Femme, je n'ai pas menti à Olivia. Ce qui est, entre parenthèse, loin d'être ton cas ! Le rencard bidon pour pirater mon téléphone, c'était un geste amical, peut être ?
- Je te parle pas de ça !
- Et bien moi si ! Parce que c'est toi qui mélange tout ! Tu mélange le boulot et le privé ! Et je suis pas plus manipulateur que tu peux l'être avec tes suspects dans ta salle d'interrogatoire ! La différence, c'est que jamais je ne me suis servi de tes sentiments contre toi ! Je ne t'ai pas invité dans un dîner soi-disant « amical », pour ne pas dire romantique, pour te piéger !
Si je t'ai confié Émi, c'est que j'avais pas le choix ! Je l'ai fait pour sa sécurité ! J'ai mis mon ego de côté en venant te voir après que tu m'aies craché en pleine gueule que tu voulais plus jamais me croiser ! Parce que contrairement à ce que vous pensez toi et ton abruti d'équipier, mon amour-propre et mes petits désirs passent bien après la vie de ma fille
- Dean … - - Elle voulait parler mais il était parti dans son élan et sa colère
- Alors bien sûr, tu peux toujours répliquer que ce sont des mots en l'air ! Est-ce que je t'ai menti quand je t'ai promis la garde partagée ? N'ai-je pas fait aussitôt les papiers légalement ? Maintenant, je n'ai aucun droit de plus que toi sur elle ! Je n'ai plus le droit de te séparer d'elle, bien qu'elle soit de mon sang et pas du tien !
Et j'aurais fait tout ça pour quoi ? Redis-le-moi ? Le sexe ? J'aurais dû te faire du chantage alors, ça aurait été plus payant !
Il se calme un peu et se laisse tomber sur son canapé.
- Ça fait plusieurs mois maintenant. Ai-je essayé, rien qu'une fois, de prétexter une visite pour la petite, pour te draguer ? T'inviter à sortir avec moi ? Ou pire, te tripoter ou t'embrasser ? Ai-je essayé ?
- Non. - - Elle répond gênée
- Je te remercie de le reconnaître !
- Tu as pourtant tout à l'heure admis que…
- Que j'avais des sentiments amoureux pour toi ? C'est pas un scoop ! Je l'ai jamais caché, Olivia. Alors oui, mon cœur frémit quand tu passe la porte, quand tu me frôle ou que tu pose une main sur moi. Mais je me contente de ça parce que j'ai bien compris que tu ne voudras jamais de moi, c'est bien assimilé merci !
Il prend sa tête dans sa main, ses doigts frottant son front, pour se calmer et pour tenter de cacher la tristesse de ses yeux.
Elle ne sait pas trop quoi dire à tout ça. Elle se sent bête d'avoir laissé Eliott lui monter la tête, triste de voir cet homme, qui malgré tout compte pour elle, dans cette situation désespérante. Quelle ironie, se dit-elle, j'ai tant voulu une histoire, un homme capable de m'aimer et le jour où l'un se présente, je le repousse, en l'accusant de choses immorales ! Suis-je devenue si idiote, si aveugle, si manipulable par les autres ? N'ai-je donc rien appris ?
Elle s'assoit par terre devant lui. Elle prend ses mains dans les siennes :
- Dean ! Pardonne-moi, je suis une idiote. Y a des jours, j'ai tellement peur d'être trahie que…
Il pose ses yeux noirs et tristes sur elle.
- Je ne te trahirai jamais. Je ne me servirai jamais de toi pour mes intérêts personnels. Je me moque de mes désirs, seuls comptent les tiens. Mes sentiments n'ont pas d'importance. Seul en a ton bonheur, et celui d'Émi. Je préfère même de voir heureuse dans les bras d'un autre que t'entendre pleurer dans les miens. Et je préfère me tirer une balle dans la tête que de te faire souffrir !
- Arrête ! Ne dis pas ça !
- J'm'en veux tellement de t'avoir déjà fait souffrir ! Je ne voulais pas ça, je te jure que je ne voulais pas ça ! J'ai cru mourir quand tu m'as dit … que tu ne voulais plus me revoir. J'ai essayé de renoncer à toi, j'ai essayé. Si Émi n'était pas arrivée dans ma vie, je …
- Dean, non, arrête, je t'en prie. - - Elle se sentait elle aussi contaminée par sa tristesse.
Il obéit et se tut. Il ferma les yeux pour essayer de recomposer sa maîtrise perdue.
Elle le regarda : jamais elle n'aurait imaginé une telle douleur en lui : il venait de lui ouvrir son cœur, à elle qui l'accusait de ne pas en avoir. Les plus solides en apparence sont les plus tendres à l'intérieur. Lui qui semblait imperturbable, strict et toujours égal, en réalité ne fait que cacher son secret, ne fait que se sacrifier pour elle, il est un homme qui l'aime d'un amour absolu, comme bien peu de personne savent aimer.
Si seulement elle était capable de l'aimer en retour ! Quel bonheur ils auraient tous les trois. Est-ce donc elle qui gâche tout ? Qu'est ce qui va pas chez elle ? Pourquoi elle n'arrive pas à prendre le bonheur quand il est là devant elle ?
Toujours assise par terre devant lui, elle pose sa tête sur ses genoux. Il ouvre les yeux et caresse doucement ses cheveux. Elle lui parle sans bouger :
- On oublie tout ça, ok ?
- Ok
- Pour notre fille, notre famille, tu veux ?
- Oui, notre famille
Ils sourient tous les deux en même temps. Après tout, n'ont-ils pas chacun ce qu'ils désirent ?
Pour lui, vivre auprès des deux femmes qu'il aime, être là pour elles et les voir heureuses. Un peu grâce à lui, ce qui flatte ce qu'il reste de son ego. Pour elle, un homme qui l'aime, un enfant à élever, tout en gardant sa liberté d'action et de vivre. Après tout, pourquoi vivre comme tout le monde ? Faut-il forcement se marier ou coucher ensemble pour fonder une famille ? Ils sont en train de prouver le contraire.
Et peut être qu'un jour, elle sera prête pour lui. Non pas sexuellement, car elle sait qu'il ne lui faudrait pas grand-chose pour coucher avec lui, elle l'a déjà plus d'une fois désiré mais pour l'aimer sincèrement. Puisqu'il est un homme patient et compréhensif, elle se promet à elle-même qu'un jour, elle l'aimera.
Il lui a déjà tout donné. Elle lui donnera aussi, un jour.
Voila c'est fini, un peu spécial, mais bon faut varier les plaisirs, en espérant vous avoir divertis un instant
