A J., cette artiste qui a su se conduire en Gryffondor à une époque où le froid et la misère étaient ses seuls amis. A J., à qui nous devons de pouvoir nous évader, inventer, modeler, rire, sursauter, écrire et échanger par le biais d'une aventure fantastique et de personnages attachants. Le mérite de tout ce que vous lirez lui revient.

Merci à tous les lecteurs, silencieux ou reconnaissants, en espérant que cette fic continuera à vous plaire, et même qu'elle incitera certains lecteurs à sortir de l'ombre, qui sait ?

Pop.

Sirius eut l'impression qu'on lui avait donné un coup de balai sur la tête. Il se réveilla en sursaut, constatant que Lily n'était plus là. Il scruta la pièce, le regard vide, une haleine de strangulot pour seule compagne. Il sursauta en voyant James sortir de sa cape, tout souriant, un balai dans les mains.

-J'aime pas me faire réveiller par les elfes de maisons, grogna-t-il.

-Heureuse chance, ce n'est pas le cas aujourd'hui, répliqua James immédiatement. Entraînement de Quidditch mon vieux !

Le visage de Sirius s'illumina.

-Yeeeeeahh ! hurla-t-il.

-Patmol ! Geignit James. Les puces, passe encore, mais l'haleine du matin, non merci !

-Tu es un excellent capitaine Cornedrue ! On ne t'avait jamais dit que tu savais motiver tes troupes ?

Sirius et James quittèrent la Salle Commune pour rejoindre la Grande Salle. Dans l'escalier conduisant au sixième étage, ils entendirent le rire de Lupin.

-Alors Pet, on ne change pas les bonnes habitudes ! Se moqua Sirius.

Peter avait le pied pris dans une marche de l'escalier. Le tableau du Dresseur de Dragon s'esclaffait.

-Pour une fois, haleta-t-il, je n'y suis pour rien !

Il lança un regard de reproches à Rémus.

-J'ai toujours pensé que vous aviez une mauvaise influence sur moi, s'excusa Lupin en regardant Sirius et James.

-Mais bien-sûr la Boule de Poils ! S'exclama Sirius. On ne t'a pas aidé à jeté Queudver au cinquième étage !

-Question poils, tu peux parler Patmol ! Le rembarra James. Il n'y a que moi qui ait un pelage véritablement soyeux et élégant...

-Mais c'est qu'il ramène ses sabots le cervidé ! Répliqua Sirius.

-Vas te gratter le museau sale cabot !

-Euh... les gars, appela Peter. J'adore le panorama mais j'aimerais bien aller manger...

-L'appel du ventre ! S'écria James.

-Pas de problèmes Peter ! On te ramène quelque chose, dirent Sirius et James en s'éloignant.

Peter émit un cri étranglé pendant que le Dresseur de Dragons se tordait de rire. James agita sa baguette silencieusement et Peter regagna le sol. Il courut remercier ses amis de sa démarche gauche. Lupin soupira de bonheur.

-Bonjour Rémus ! Tu assistes à l'entraînement ?

C'était Bonnie. Sa cape de sorcier portait des couleurs flamboyantes qui s'associaient avec son écharpe rouge et or. Elle avait de la laine dans ses cheveux et des vifs d'or miniature en guise de boucles d'oreilles. Mobiles, les vifs d'or.

-Je ne pense pas, répondit Rémus. A force de les regarder, ils vont finir par croire qu'ils sont bons !

Bonnie rit de bon cœur.

-Ils le savent déjà, murmura-t-elle à son oreille.

Dans la Grande Salle, Bonnie et Rémus se séparèrent pour aller manger. Rémus s'assit en face de Sirius mais quelque chose lui titilla le regard à la table des Serpentards. Il eut un sursaut de terreur.

-Oh Merlin !

-Appelle moi Sirius, restons modeste...

Rémus ne réagit pas, scrutant le visage de Dolohov.

-Sang de Licorne et petits gnomes James ! S'écria Rémus. Dis-moi que tu n'y es pour rien !

-Ma mère m'a interdit de mentir, répliqua froidement James.

-On sait qui est le coupable ? S'inquiéta Peter.

-Evans, a vu Dolohov s'enfuir, avant de me trouver, répondit James. Dumbledore doit se douter, mais il ne dira rien.

Rémus demeurait le regard figé sur le visage tuméfié du Serpentard que traversait une longue cicatrice rouge. Il se rassura en pensant que James n'aurait jamais pu utiliser la magie noire. En se tournant vers son ami, un doute effleura tout de même son esprit. Devinant ses pensées, James affirma :

-Combat moldu. Point.

-La haine est mauvaise, raisonna Rémus.

-L'amour ne vaut guère mieux, supputa amèrement James en regardant au bout de la table.

-Tu viens nous encourager ? Demanda Sirius pour éviter les tensions.

-Non, je dois finir le Devoir de Métamorphose, s'excusa Rémus.

Plus loin, Bonnie ouvrit la Gazette et lut :

-Gloria Potter se rétablie toujours à l'hôpital Ste Mangouste. Les Médicomages sont optimistes en ce qui concerne son état de guérison. « Elle est encore sous le choc, mais son rétablissement est en bonne voie ». Le Ministre de la magie réfute les rumeurs qui circulent. Il nous déclare : « La communauté magique est ébranlée par cette atroce affaire, mais elle doit se raisonner. Mme Potter, l'épouse du brillant auror Richard Potter, a uniquement été victime d'une créature magique pour l'instant encore indéfinie. Les soupçons portés par certains sorciers concernant l'implication de membres du Ministère sont scandaleux puisqu'ils ont été démentis. ». Nous n'en savons pas plus, mais la parole de M. Abott, Ministre de la Magie semble tendre vers la vérité. Bien-sûr ! Et le Choixpeau entretient une liaison avec McGonagall ! Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! Dumbledore n'est pas devenu fou ! Il tente d'avertir le Ministère, mais il refuse d'entendre ! Je suis sûre que la Gazette a été soudoyée !

-Je suis ravi que vous soyez lucide Miss Truman, mais le Professeur McGonagall, je pense, le serait moins !

Lily et Bonnie se retournèrent pour faire face au sourire confiant que protégeait un nez aquilin.

-Miss Evans, auriez-vous un moment à m'accorder dans la journée ?

-Bien-sûr Professeur, assura la concernée.

-Les myrtilles sont tendres aujourd'hui vous ne trouvez pas ? Dit-il en s'éloignant.

-Mon jugement concernant sa folie a peut-être été prématuré..., s'inquiéta Bonnie.

Lily sourit en avalant une poignée de myrtilles. Elle avait hâte de savoir ce qu'il avait à lui dire, bien qu'elle avait l'impression qu'il lisait clairement en elle de ses yeux profonds et inquisiteurs. Alice débarqua, les cheveux en pagaille. Elle chercha quelqu'un des yeux. James parlait à son équipe, plein d'entrain. Lily suivit son regard et sourit.

-Il ne va pas s'envoler ton joueur, la taquina-t-elle. Enfin, pas tout de suite.

Alice se tourna vers elle, vexée d'avoir été démasquée.

-Tu as de la myrtille dans les dents, Lily, dit Alice avant de jeter un coup d'œil au batteur, assis plus loin.

-Je vais à la bibliothèque, on se retrouve à midi.

Lily partit en hâte de la Grande Salle.

-Elle ne lui a pas parlé depuis qu'elle a appris ? Questionna Alice.

-Elle l'évite, répondit Bonnie. Elle a été très dure avec lui.

-Elle ne savait pas, la défendit Alice.

-Les regrets qu'infligent un jugement erroné ne sont pas doux, Alice.

Un silence plana avant qu'Alice affiche un sourire malicieusement cruel. Bonnie la scruta :

-Je sens que ça ne va pas me plaire...

-Arthur sera à l'entraînement, il a bien besoin de rire !

-A mes dépends ? S'indigna Bonnie. Hors de question !

-C'est à ton tour de jouer, lui rappela Alice.

-Faux ! Contesta son amie. Tu n'as toujours pas rempli ton pari !

Elle reçut un coup de genou dans les jambes et se retourna. Alice agita les doigts de sa main avant de les laisser caresser ses cheveux. Plus loin, le Serpentard lui rendit un signe obscène de désir.

-Répugnant ! Commenta Bonnie. Les Serpentards ne connaissent-ils pas la définition du mot « Grâce » ?

Daisy Shakowl, une élève de sixième année replète et maladroite vînt s'asseoir à la table des Serpentard. Elle lorgna la Grande Salle de son regard haineux avant d'attaquer férocement une cuisse de poulet.

-Ils l'écrivent plutôt avec deux « s ».

-Grâsse ? Rit Bonnie. Alors, quel est ton pari ?

Pop.

Antonin Dolohov serrait les dents. Sa haine était une force qui lui permettait de rester debout. A chaque pas, son genou gauche manquait de s'effondrer. Il vérifia qu'il était seul dans le couloir des Sous-sols avant de s'appuyer contre un mur pour se masser le genou.

-Sale traite à ton sang, siffla-t-il. Tu me le payeras...

Il rentra dans la Salle Commune des Serpentards. L'humidité qui y régnait ne le fit pas frissonner cette fois, son corps était trop tendu pour traduire des sensations aussi infimes. La douleur, elle, régnait avec intensité. Les couleurs froides décorant leur Salle lui offraient une atmosphère sinistre, tout comme sa ressemblance avec un cachot. Dolohov s'y sentait à l'aise. Pour une fois, il avait l'impression que le décor s'alliait harmonieusement avec son état d'esprit. Il avait toujours rejeté la joie et les couleurs vives. Quel soulagement lorsqu'il y a sept ans, il avait découvert cette pièce qui serait son refuge. Il le savait aujourd'hui, il l'avait toujours su, il était né pour tuer. Il voulait mettre sa froide énergie au service d'idées d'autrui, car lui n'avait aucune idées propres. A quoi cela servirait-il de réfléchir tant qu'il pouvait laisser s'exprimer sa hargne et sa folie au grand jour ? Il émit un léger grognement pour se redonner du courage et grimper les escaliers jusqu'à sa chambre. Il partit prendre une douche froide dans l'espoir de calmer la lancinante brûlure qui sévissait dans son dos. Il retira son t-shirt et gagna la douche sans accorder de regard à la glace. Inutile de contempler ses plaies, les ignorer les rendait moins présentes. Son dos n'était plus qu'un vaste champ d'un rouge vif. Sa peau, par endroit, s'arrachait d'elle-même. Quelques cloques de la taille d'un marron étaient éparpillées ça et là. Dolohov rit amèrement. Il avait ri aussi lorsque James avait sorti un appareil étrange qu'utilisent les moldus pour fabriquer du feu. Oui, il avait ri, avant d'hurler. Mais jamais, il n'avait supplié. Il appliqua une pommade volée à l'infirmerie sur ses cloques qui commençaient à disparaître. Son dos, il le savait, resterait ainsi marqué tant que Potter serait en vie. Aucune forme de magie n'avait été utilisée par son bourreau, mais la haine de celui-ci avait suffi à ensorceler ses plaies. Une haine comme Antonin n'en avait encore jamais vu, la haine de l'impuissance. Celle que l'on ressent lorsqu'on a laissé ses proches souffrir. La haine de la vengeance. « Regardez ce qu'aimer peut vous pousser à ressentir. » Dolohov éprouva un mépris incroyable pour ces êtres qui aimaient démesurément. Aimer. Aimer ? Un rire rauque et glacial s'évada de sa gorge. Un rire de folie...

Pop.

Lily s'assit à côté de Rémus qu'elle trouva silencieux et concentré à la Bibliothèque. Mme Pince gardait les yeux rivés et sévères sur deux élèves de Poufsouffle dont l'attitude semblait à deux crins de licorne de menacer la sérénité de la Bibliothèque.

-Métamorphose ? Interrogea Lily.

Sourire et hochement de tête. Lily ouvrit un livre intitulé « Les Aurors et leur sinueux combat contre le mal » écrit par un certain Keane Apeaupeur. Dix minutes s'étaient écoulées lorsque Rémus brisa doucement le silence :

-Je suis désolé de te déranger, chuchota-t-il, mais...

-Pas de problème, le coupa-t-elle sur le même ton, un sourire aux lèvres.

Rémus le lui rendit en montrant son parchemin truffé de ratures.

-J'ai beaucoup de difficultés à saisir la subtilité des sortilèges à humeur...

-Sais-tu faire apparaître un Patronus corporel ? Lui répondit Lily.

-Euh, oui, balbutia Rémus, troublé.

-C'est le même principe !

Lily sortit discrètement sa baguette qu'elle cacha sous la table. Elle l'agita sans rien prononcer. Rémus étouffa un cri de surprise.

-Quelle est l'humeur ? Sourit Lily.

Rémus scruta le chignon jaune canari de Mme Pince.

-Joyeuse...

-Exact, confirma Lily en maniant à nouveau sa baguette.

Lorsqu'une chopine de Bièraubeurre apparu sur le crâne encore jaune de Mme Pince, les deux élèves que celles-ci guettaient explosèrent de rire. Ils furent sortis immédiatement par la bibliothécaire à grand renfort de cris. Rémus crut entendre « Les cheveux jaunes mais bien-sûr ! Et pourquoi pas un panier à desserts sur le crâne ? ». Elle revînt à sa place, aussi droite et rêche que ses étagères. Un spéculos vînt se tremper dans sa chopine dont le contenu avait quelque peu été déversé dans les environs. Elle lança un regard accusateur en direction de Lily et Rémus avant de repartir. En effet, Lily se mordait l'intérieur des joues, rouge tomate, pour éviter de rire. Rémus, lui, avait les yeux ronds comme des souaffles, les sourcils cherchant à caresser ses cheveux.

-Humeur Chaudron-Baveuse ? Risqua-t-il.

Lily ne put confirmer, occupée à fournir maints efforts pour rester assise sur sa chaise. Lorsque son fou rire s'atténua, Rémus avait déjà rendu son apparence habituelle à la victime ignorante. Ils passèrent la matinée à s'entraîner, puis à rédiger le devoir de Rémus. Un souvenir précis hantait les pensées de celui-ci. Une après-midi à Pré-Au-Lard où les maraudeurs s'ennuyaient un peu...