-Tendres myrtilles.
La grande gargouille fit place à l'escalier en colimaçon. Lily se sentait tiraillée entre la curiosité et la crainte. Qu'allait lui dévoiler Dumbledore ? Peut-être n'était-ce qu'une formalité. Après tout, elle était Préfète-en-Chef cette année. L'escalier de pierre s'immobilisa, forçant Lily à sortir de ses pensées. Elle saisit le heurtoir de cuivre et frappa trois coups.
-Entrez, autorisa la voix du Directeur derrière la porte.
Lily s'exécuta, offrant à son hôte un large sourire. Dumbledore se trouvait devant son Phénix à le contempler. S'avançant à leur rencontre, Lily se rappela :
-Lors de ma première nuit à Poudlard, je n'avais pas pu trouvé le sommeil tant l'excitation me faisait palpiter. J'avais regardé par la fenêtre de longues heures durant, réfléchissant à tout ce qui m'était arrivé depuis le matin, onze heures. A mon réveil, je me demandais si ce somptueux oiseau que j'avais aperçu voler appartenait à mes rêves ou si ce monde sorcier recelait bien de merveilles inexplorées. La réponse ne m'est venue que l'année suivante !
Le rire de Dumbledore accompagna sa main qu'il posa sur l'épaule de Lily.
-La magie est belle Miss Evans. Les sorciers eux-même ne le voient pas. C'est une sottise humaine que de porter le noir lorsque les rayons oranges fondent encore sur la terre.
Lily pensa à Potter. De nouveau, un méchant pincement la prit au cœur. Serrant les dents, elle s'efforça de repousser son regret et prit la place assise que lui désignait le Directeur. Il soupira. D'ordinaire, Lily avait l'impression que la sagesse lui permettait d'avoir toujours un tour d'avance. Par là-même, il ne paraissait jamais surpris, toujours calme et attentif. Aujourd'hui, il semblait un peu las. Non, songea Lily, plutôt résolu.
-En raison de certains évènements dont vous avez été témoin et que je n'ai fait que deviner, je me dois de prendre des mesures avec Mr Potter.
Lily se sentit coupable. Aurait-elle du lui avouer ? Elle avait contribué à le protéger alors qu'il aurait mérité une sanction. Seulement, les faits ne se bornaient plus au seul Règlement de Poudlard... mais étaient orchestrés par la Guerre au dehors.
-Je ne vous jugerai pas, soyez tranquille, ajouta Dumbledore. Votre silence vous fait honneur.
-Loin de moi cette idée, affirma Lily, tout de même soulagée. Je suis un peu confuse. Cette incartade possède des proportions considérables dans lesquelles je n'interfère pas.
-C'est là que vous vous trompez, la contredit Dumbledore. La Guerre concerne tous les élèves de Poudlard qui auront un camp à choisir ainsi qu'un rôle à endosser.
Lily tenta sans succès de réprimer un frisson. Elle se sentait parfois seule à être effrayée par l'avenir trouble. Comment des sorciers aussi immatures que des enfants pourraient dans un an à peine mettre leur vie en péril pour des valeurs de bien ?
-La Guerre nous transforme, répondit Dumbledore à ses songes. Elle nous aveugle. Je vous ai fait venir pour vous demander une faveur.
Il la fixa de ses yeux bleus intenses et parut observer son âme. Sa barbe argentée se redressa sous l'esquisse d'un sourire rassurant.
-Veillez à ce qu'aucune haine indicible ne forge le cœur des bons sorciers en pierre sèche.
Pop.
-Son sang... Son sang...
Ses gracieuses pommettes roses formaient une angoissante antinomie avec ses yeux blancs injectés de sang. Il se mit à rire, autant glacial qu'amusé.
-Son sang pour m'humecter les lèvres...
Yulard Potter se réveilla en sursaut. Assis dans un fauteuil de l'hôpital, il tremblait de peur et de colère. Son corps pétrifié respirait la sueur. Sa femme était allongée dans le lit central de la pièce. Elle le regardait d'ailleurs, souriante.
-J'ai fait un cauchemar, s'excusa-t-il.
-Hum, hum, c'est pour cela que j'ai l'impression de dormir dans une volière.
Il allait protester quand il se rendit compte qu'elle plaisantait. Il était légèrement à cran ces derniers temps.
-Je suis désolé, sanglota Mr Potter. C'est... de ma faute... Plus vigilent... conscience du danger...
Gloria tendit son bras pour attraper la main de son mari. Lorsqu'ils s'étaient rencontrés, à Poudlard, c'était le plus téméraire des hommes. Fier d'être à Gryffondor, il affrontait les dangers, robuste et courageux. Même quand la Guerre avait commencé, il avait repris du service en tant qu'auror. Il estimait naturel de contribuer à la sécurité de la Communauté Magique. Mais Gloria savait qu'il se faisait âgé. Le soucis le rongeait depuis que le Mage Noir avait menacé leur fils. C'était sans compter sur son propre enlèvement qui avait pour le coup dérobé tout sommeil à Yulard.
-Tous mes repas me sont servis au lit, répondit Gloria sur un ton léger. Aucun mari pour me prendre la couette. Le Ministre de la Magie en personne est même venu me serrer la main. Quel bel homme ! Et tu te sens coupable ?
Yulard esquissa un faible sourire.
-Le Professeur Dumbledore a demandé à ce que les cours de Défense Contre les Forces du Mal soient renforcés. Deux aurors seront envoyés à Poudlard pour affermir le niveau des élèves et leur capacité à se défendre.
-J'ai appris, confirma Yulard Potter.
-Tu pourrais te présenter ?
Yulard regarda sa femme comme s'il venait d'avaler un strangulot de travers.
-C'est aberrant ! s'insurgea-t-il. Te laisser seule, blessée !
-Koxy s'occupera de moi. Tu seras mieux là-bas voyons.
-Ainsi, tu m'estimes trop gâteux pour assurer la mission d'auror.
Gloria se mit à rire, ce qui vexa Yulard. Sa colère et son ressentiment ne se voulaient être drôles.
-Le service des papis perclus, c'est pas à cet étage mon pauvre.
Le fameux pauvre papi soupira.
-Tu serais plus en sécurité là-bas, repris plus sérieusement sa femme. Et former des jeunes à se défendre, leur donner exemple de loyauté et de courage est tout aussi important que d'être sur le terrain. C'est une autre forme de combat. Effectivement, moins dangereuse. Mais que je ne te la suggère nullement en doutant de tes forces. Comme tu l'as souligné, sans toi, je me retrouve seule et vulnérable. Alors cesse de prendre des risques et deviens raisonnable.
Yulard sursauta presque au ton suppliant de sa femme.
-Et puis, tu meurs d'envie de la rencontrer... cette petite sorcière.
Pour la première fois depuis des semaines, Yulard eut un réel sourire. Il embrassa le front de sa femme, lui promit de lui ramener une photo et sortit précipitamment de la chambre. Lorsqu'un médicomage rentra en pestant contre ces sorciers pressés et irrespectueux, Gloria murmurait qu'il la ramènerait bien en mariage, s'il était aussi obstiné que l'avait été son père...
Pop.
-Vous savez que nous affrontons les Serpentard en Novembre, déclara James plein d'assurance. Nous avons intérêt à les laminer ces faces de goules ! Nous allons devoir donner le meilleur de nous même, avoir les jambes en cotons, les mains endolories et les joues crasseuses après le match ! La performance n'est pas une question de talent, ni de passion. Elle s'acquiert durement au cours des entraînements réguliers pendant lesquels vous devez être concentrés et rigoureux. Fixez-vous des objectifs. ALLEZ TOUS A VOS BALAIS !
Alice observait les joueurs se mettre en place sur le terrain. Même depuis les gradins, elle avait entendu le discours de James. Il n'y avait que le Quidditch pour lui donner cet air sérieux et exigent qu'il ne sortait jamais ailleurs... Même pendant les examens, il trouvait le moyen de faire le pitre.
-C'est toujours impressionnant, un Potter sérieux, n'est-ce pas ?
Alice se retourna pour faire face à Jane Rainbow, une jeune Gryffondor de son année. Elle avait de longs cheveux blonds qui lui tombaient en bas des hanches où Alice avait déjà vu un tatouage de dragon. Sa taille élancée s'accordait avec sa personnalité discrète. Jane donnait toujours l'impression d'être émerveillée de tout, contente d'un rien. Un grain de beauté en forme d'étoile demeurait à quelques centimètres de son œil droit. Jane sourit, dévoilant une fossette au menton.
-Il faut le voir pour le croire ! renchérit Alice.
Du coin de l'œil, elle aperçut Arthur dans un gradin, ruminant ses sombres pensées. Les joueurs sur leur balais effectuaient de petits tours du terrain. Sur chacun de leur visage, on lisait le plaisir du vol longtemps attendu et enfin assouvi. James se posa au sol, donna quelques brèves instructions et ouvrit la grosse malle. A son soudain étonnement, aucune balle n'en sortit. Une grande beuglante dormait là, prête à se réveiller. L'expression de surprise se mua en grimace horrifiée. Il recula de quelques pas, tentant de boucher l'oreille droite contre son épaule, le balai encombrant sa main.
-JAMES POTTER, retentit une voix manifestement chargée d'aucune autre émotion que celle de la niaise affection. TU ES MON MERLIN, MON ADAM. SIGNE EVE QUI T'AIME INFINIMENT.
A cet instant précis tous les balais des joueurs se transformèrent en anges blancs munis de grandes ailes immaculées. Un poteau de Quidditch poussa même en pommier.
-Qu'est-ce que c'est que cette foire de tapis volants ? cria James dont les joues pouvaient se confondre avec le gazon.
Alors qu'il estimait la rage avoir atteint son paroxysme, une espèce de furie amoureuse traversa le terrain. Trois feuilles d'érables visiblement élargies par un sortilège trônaient sur son corps nu, dissimulant ses membres intimes. Lorsqu'elle passa devant James, elle lui claqua prestement un baiser sur le front et continua son chemin. Un pancarte couvrait ses fesses : TON EVE ADOREE.
-TRUMAN ! hurla James, visiblement hésitant à qualifier cela d'un stupide acte de fumisterie ou un scandaleux sabotage.
Les balais étant redevenus des balais et les poteaux des poteaux, il finit par se calmer, donna tout de même un coup de pied dans la malle pour faire bon effet et libéra les balles. Cependant, les joueurs, pris d'une terrible et démentielle crise de rire prirent quelques minutes de pause pour se concentrer à nouveau.
Alicia, hilare, jeta un regard à Arthur. Celui-ci secouait la tête d'une manière qui signifiait « Vous les ferez vraiment toutes... » mais riait de bon cœur tout de même.
Pop.
Lily avait laissé Rémus à ses travaux depuis bien une demi heure. Rémus pourtant ne s'était pas remis au travail, voguant dans ses souvenirs...
-Je m'ennuie, glapit Sirius.
Rémus redoutait énormément cette phrase. Pire que des farces inopinées, il advenait alors de réels massacres calculés afin de dompter leur ennui et de le faire rugir bruyamment. Pourtant, il n'était pas commun que les maraudeurs trouvent le temps long à Pré-Au-Lard, surtout pendant une sortie légitime. Ils avaient rendu visite à la sensuelle Rosmerta, dégusté un jus d'œillet pour Peter, deux whisky pur feu pour James et Sirius et une Bièraubeurre pour Rémus. Ils avaient acheté des Bonbons à hoquet ainsi que du Fard à pilosité chez Zonko. Même malgré les protestations de Peter qui avait mal aux pieds, ils avaient été jusqu'au Salon de Madame Pieddodu pour lancer des sortilèges de pustules instantanées aux amoureuses maquillées. Mais ô Malheur ! Sirius s'ennuyait encore. Il avait surtout envie de frapper fort avant de regagner le Château et son concierge maudit.
Scrutant Avery et Macnair revenant de la Cabane Hurlante, James sourit à Sirius. Sirius sourit alors à James qui se cacha sous la cape. Rémus, Peter et Sirius s'approchèrent des deux Serpentard.
-C'est jamais trop bon de s'approcher trop de cette maison, lança Sirius.
Les deux autres ricanèrent.
-Y'a que les Gryffon-D'Porc pour s'effrayer d'un murmure, rétorqua William Avery, un sourire redoutable sur son visage gelé.
Peter qui portait encore une griffure de la dernière pleine lune releva sa manche et brandit sa plaie.
-Il a été trop curieux, un soir..., souffla Rémus sur un ton mystifiant.
-Il a poussé la barrière et nous est revenu tremblant et abîmé ! tonna Sirius.
Avery gloussa grassement pendant que Macnair levait ses bras, mimant un fantôme.
-Des histoires de Cracmols, cracha Avery, méprisant.
Ils voulurent tous deux reprendre leur chemin quand une force invisible leur tira les pieds. Seuls Sirius remarqua qu'ils étaient désormais attachés aux énormes pattes musclées d'un Sombral. Le Cheval Ailé se mit à courir, transportant son chargement involontaire dans la neige. Les deux Serpentard commencèrent à crier mais ce n'était rien comparé aux hurlements qu'ils poussèrent une fois le Sombral envolé. Contents et repus, les maraudeurs prirent le chemin du retour. James à nouveau visible grimpa sur le dos de Rémus en criant « Olé Lunard ! » mais finit par atterrir dans la neige avec sa monture.
James les avait ce jour là expédiés dans l'enceinte de Ste Mangouste où ils durent toutefois restés quelques heures en raison de gelures aux pieds et des excréments du Sombral qui avaient manqué de les étouffer.
Pop.
Jane était à la table des Poufsouffle. Elle partageait le repas avec son cousin, Dave Goujon qui avait faillit perdre un œil il y a quelques années à l'époque où la renommée allait de paire avec le record du temps passé à éviter les branches du Saule Cogneur. A la table des Gryffondor, Sirius racontait à Rémus l'incident du matin. James ne cessait de regarder furieusement Alice, certain qu'elle avait joué son rôle dans cette affaire.
-Ce sont des métamorphoses que la vieille McGo aurait aimées ! s'exclama Alice.
-C'est celle de la disparition de ses habits que j'ai aimée, taquina Sirius.
Bonnie choisit ce moment pour entrer dans la Grande Salle. James entoura sa bouche de ses mains et annonça :
-BONNIE TRUMAN, VELANE INCONTESTEE ET MASCOTTE DE L'EQUIPE DE GRYFFONDOR.
L'équipe des Lions ainsi que les spectateurs de la matinée se répandirent en applaudissements et sifflements. Bonnie, satisfaite, exécuta plusieurs révérences avant de s'installer près des maraudeurs.
-Cré bêle pêrfôrmânche, s'étouffa Peter en postillonnant sur Alice.
-Qui sont Adam et Eve ? interrogea Sirius qui le regretta amèrement par la suite.
En effet, Rémus se mit à conter toute l'histoire des personnages avec moult détails et références à la religion moldue. James affichait un profond ennui tandis que Peter faisait des bulles dans sa soupe au potiron. Voyant que la conversation s'affaissait, Bonnie prit les devants :
-Du calme Romulus ! Si ces messieurs désirent des renseignements sur Adam et Ève, nous pourrons reconstituer la scène lors du prochain match de Quidditch !
