Lily se réveilla plus tôt que d'habitude ce matin là. Les maraudeurs n'avaient pas soumis la salle commune au chaos, ainsi, elle avait pu terminer efficacement ses devoirs. Elle s'étira avec la sensation d'avoir agréablement bien dormi. Elle but une gorgée d'eau en jetant un regard circulaire à la pièce. Ses amies dormaient encore. Alice avait même garder ses lunettes sur le nez. Lily les lui retira avant de descendre l'escalier. Elle monta celui menant au dortoir des garçons. Le lit de Lupin était vide et les trois autres maraudeurs dormaient profondément, tous encore habillés. Lily passa devant leur lit. Elle se cogna contre la malle de Potter qui dépassait et retint une exclamation de douleur. Elle se mordit la lèvre inférieure en fermant les yeux, attendant que son orteil ne cesse de la lancer. Elle voulut jeter à la silhouette endormie un regard accusateur mais lorsqu'elle vit son corps recroquevillé en fœtus, la culpabilité l'assaillit à nouveau. L'image de sa mère, faible sur son lit d'hôpital lui vint instantanément. Elle s'approcha doucement de lui et s'accroupit vers le lit. Le souffle lent de Potter faisait vibrer ses mèches rousses. Lily caressa sa joue, espérant qu'il ne souffrirait pas trop de la guerre à venir. A ce moment, la porte de la salle de bains s'ouvrit, faisant sursauter Lily. Honteuse, elle recula rapidement. Quand Arthur l'aperçut, il prononça silencieusement « Qu'est-ce que tu fais là ? ». Il paraissait étonné et une odeur de savon parvenait à Lily depuis ses cheveux mouillés. Elle lui sourit amicalement et lui désigna son lit.

-J'ai entendu Avery et Macnair discuter, chuchota Lily. Le visage d'Arthur se décomposa. Il remua sur le lit, visiblement mal à l'aise. Je peux t'aider, tu...

-Tu ne peux rien faire Lily, la coupa-t-il aussitôt. Voyant qu'elle s 'apprêtait à protester, il poursuivit : Ce n'est pas un devoir rendu en retard ou une retenue avec Rusard. C'est grave et dangereux.

-C'est pour cela que tu auras encore plus besoin de tes amis, argumenta Lily.

-Reste en dehors de ça Lily.

C'était un ordre, Arthur paraissait terrifié à présent.

-Arhur, supplia Lily. Parle-moi. Tu n'as pas à affronter ça tout seul.

Arthur gardait la tête baissée. Lily ne pouvait croiser son regard mais il ne répliquait pas, alors elle demanda :

-Pourquoi veulent-ils te marier à cette fille ?

Un silence passa un instant, puis lentement Arthur releva la tête.

-Rares sont les sorciers que fréquentent encore mes parents, expliqua-t-il. Je ne vois plus Franck qu'à Poudlard depuis que nous avons sept ans.

-Disons que mes parents ne s'y abaissent plus, cracha Arthur.

-Ils croient à ces histoires de Sang-pur ?

-Oh, ils en sont convaincus. Il y a quelques années, ma mère avait organisé un dîner pour mon anniversaire. Tard dans la soirée, nos parents en sont venus à discuter de l'évolution du monde magique. Augusta, la mère d'Arthur, émettait la possibilité que les sorciers puissent sortir de la clandestinité dans quelques siècles. Elle disait qu'avec tous les enfants de moldus qui étudiaient à Poudlard où ailleurs, le monde des Moldus serait peut-être plus enclin à nous accepter, quand l'idée aurait fait son chemin. Du haut de mes sept ans, tout frais, je trouvais cette idée fantastique.

Il se tut et regarda Lily avec un sourire triste.

-Tes parents contestaient cela, n'est-ce pas ?

-C'est une femme fière Augusta, elle peut se montrer très orgueilleuse en évoquant sa famille mais simplement pour leurs capacités, et non parce qu'ils ont un soi disant rang supérieur. J'ai ne jamais connu pire anniversaire à cause de la dispute qui a suivi. Nos parents se sont échangés des paroles horribles, et tu sais comme c'est dans les vieilles familles. Il y a toujours des rancunes que l'on tait, des secrets que l'on porte. Mais ce désaccord a semblé soudainement délié les langues. Franck et moi étions désemparés, on essayait de calmer le jeu jusqu'à...

La voix d'Arthur se brisa et il étouffa un sanglot. Lily ne l'avait jamais vu s'ouvrir à ce point et elle prit des mesures à la hauteur de la tristesse de son ami. Avec une douce fermeté, elle saisit le bras d'Arthur pour l'obliger à se rapprocher d'elle. Il résista faiblement puis se laissa happer par son étreinte. Lily le sentit remuer un peu, il avait enfoui sa tête dans son cou, sous sa chevelure rousse. Lily ne dit rien. Elle savait par expérience qu'Arthur se sentait vulnérable, tant et si bien que ses paroles le mettrait en colère ou le répugnerait. Elle devait jouer de prudence et de finesse, afin qu'il ne se rende compte de rien, qu'il ne sente pas à quel point il s'était livré.

Comme elle s'y attendait, quelques minutes plus tard, Arthur se dégagea de son étreinte. Ce moment était délicat, si Lily posait une question trop profonde sur sa situation, il serait effrayé. Si elle gardait le silence, il serait peut-être gêné... Elle choisit une alternative et fit apparaître des papillons avec sa baguette. Arthur la contempla. Lily parvenait toujours à rendre l'humeur légère. En sa présence, qui pouvait bien se soucier de quoi que ce soit ? Mais aujourd'hui, elle pourrait faire beaucoup, ce poids ne s'effacerait pas...

-Je ne veux pas que vous m'aidiez, répliqua-t-il. Mes parents sont dans la magie noire jusqu'au cou.

Le regard de Lily glissa sur le lit de Sirius. Elle songea à sa difficile période l'an dernier. Elle avait été capable de lui venir en aide. Arthur suivit son regard et hocha la tête en signe de dénégation.

-C'est différent, contra-t-il. Je n'ai pas le flegme dont Black fait preuve. Et puis...

A l'autre bout de la pièce, Jim s'étira avec grand fracas. Notamment lorsqu'il s'empêtra dans les rideaux de son lit, qui se déchirèrent et qu'il tomba sur le sol froid.

-C'est l'heure, coupa Arthur. Bonnie et Alice doivent te chercher partout, je vous rejoins avec Jim dans la Grande Salle.

Ce n'était pas une rebuffade mais le ton de sa voix n'admettait aucune réplique. Elle se glissa doucement en bas du lit, adressa un dernier sourire à Arthur et sortit de la pièce.

Et puis... songea Arthur, mieux vaut ne pas remuer les horreurs du passé.

-Tu as une mine affreuse ! s'exclama Jim en voyant Arthur.

-Bonjour Jim, maugréa Arthur.

-C'est agréable de vivre avec Jim n'est-ce pas ? rétorqua Franck qui s'étirait sur son lit. Fin, subtil, agréable, tu as tout d'un gentleman.

-Les gentleman sont des menteurs, fit Jim, amusé.

-Tu paieras le prix de ta sincérité par mon humeur maussade, grogna Arthur. Et toute la journée !

Jim éclata de rire :

-Tu parles ! T'es un vrai St-Bernard ! Dans une heure, on pourra plus décoller ton sourire.

Arthur offrit une grimace à son compagnon avant de s'apercevoir que James, Peter et Sirius dormaient encore. Sa montre indiquait sept heures quinze.

-Les maraudeurs ont encore loupé le trotteur, informa-t-il. On les réveille ?

-Cette fois tu es témoin Franck, affirma Jim. Ton cousin fait des rimes ! Depuis le temps que je te dis que c'est un poète maudit.

-Hé Jim Morrison! Lequel des deux est maudit ! protesta Arthur.

Jim ouvrit la bouche pour répliquer mais un grognement rauque suivi d'un cri de peur le fit taire. Franck était suspendu par la cheville au fond de la pièce. Jim éclata encore une fois de rire en le faisant descendre.

-Ça fait maintenant sept ans qu'on vit avec eux, rit Arthur. Tu n'as donc rien appris ? Ne jamais réveiller Sirius.

-C'est toi qui l'a suggéré, bougonna son cousin en se frottant le crâne.

-Je pensais plutôt mettre un réveil afin de leur laisser le choix, répondit Arthur. Mais il me semble désormais que le message est clair !

Pop.

Depuis la première fois qu'elle l'avait rencontrée, jamais Lily ne lui avait porté grande attention. D'ailleurs, si elle réfléchissait, la seule chose qu'elle savait d'elle demeurait qu'elle était à Serpentard.

Elle releva la tête de son assiette pour l'observer à nouveau, à la table opposée. Pénéloppe Avery paraissait être au premier abord une jeune femme séduisante. Si l'on regardait de plus près, on s'apercevait qu'elle avait hérité de son père, tout comme son frère, les yeux emplis de ténèbres. Si vous y plongiez, la sournoiserie et la malice ne tarderait pas à vous noyer. Son nez en trompette relevait ce regard malveillant et lorsqu'elle souriait des frissons vous parcouraient l'échine. Pénéloppe concentrait autour d'elle la gravitation perpétuelle des mauvaises âmes de Serpentard. Son statut de Préfète-en-Chef et de fourbe confirmée la faisait jouir d'une certaine admiration auprès des jeunes filles de Serpentard. Lily eut une soudaine envie de vomir en l'observant, fière et dominatrice du haut de ses malheureux dix-sept ans. Elle voulut chasser une atroce pensée mais ne le parvînt pas, alors secrètement, tout au fond de sa tête, Lily pria pour que Pénéloppe Avery soit tuée la première dans cette guerre, bien avant que de nombreux miséreux aient pu périr sous le joug de sa férocité.

Bonnie lança un regard entendu à Alice. Celle-ci hocha la tête. Leur amie était d'une transparence telle qu'Alice se sentait souvent soulagée de la savoir bien entourée.

-Lily... murmura Bonnie en rentrant la tête dans les épaules qu'elle affaissait d'un même mouvement.

La Gryffondor tourna un regard vide vers son interlocutrice.

-C'est toujours pareil, soupira Bonnie en se relevant.

Lily fronça les sourcils.

-Quand t'as les yeux tout noirs, j'ai toujours peur qu'en te retournant tu me lances le même regard qu'à... Bonnie se retourna... qu'au Moine Gras. Merlin merci, il est déjà mort.

-Je ne regardais pas le Moine Gras ! protesta mollement Lily.

-N'aies plus peur Bonnie, dit Alice en gratifiant Lily d'une moue qu'on affiche au chevet d'un ami souffrant, lorsque notre pauvre amie revient à nous, elle a toujours le regard aussi vide et pâle qu'un type venant de subir le baiser du détraqueur.

-N'importe quoi, dit Lily en riant.

-Non, c'est très sérieux, renchérit Bonnie. J'ai failli voir ton âme s'envol...

Elle s'interrompit en regardant en l'air.

-Elle est là ! dit elle en pointant se fourchette vers le ciel magique. Attends, je te la rattrape !

Bonnie se leva d'un bond. Debout sur sa chaise, elle faisait de grands mouvements du bras, sa fourchette battant l'air.

Alice se tordait de rire, tandis que Lily se cachait le visage, rouge de honte pour son amie qui n'en avait jamais aucune.

Quand elle consentit enfin à se rassoir normalement, Bonnie lui tendit sa fouchette avec un sourire triomphant. En voyant l'expression de Lily, elle s'empressa de dire :

-Oui, bon je suis désolée, je l'ai trouée avec la pointe de mon couvert, mais tu as encore le tour. Avec un peu de chance, tu retrouveras même tes souvenirs avec un certain Mark Faucett...

Alice se tenait les côtes pour éviter de tomber de sa chaise, tandis que Lily répondait par une grimace au sourire plein de sous-entendus de Bonnie.

-Il ne s'est jamais rien passé de mémorable avec Faucett, rétorqua Lily. Si ce n'est peut-être le temps considérable que tu as passé avec son meilleur ami lorsque nous nous fréquentions...

Bonnie redevînt sérieuse.

-Ludo est un batteur de qualité, chuchota-t-elle. J'espionnais la maison adverse de Poufsouffle pour le compte de Gryffondor !

Lily soupira, elle avait été naïve de penser que sa remarque aurait pu rendre son sérieux à Bonnie.

-Ton histoire me rappelle vaguement quelque chose au sujet de femmes françaises extorquant des informations aux soldats allemands, rit Lily.

-Vrai ! confirma Alice. Mais elles ne se contentaient pas de leur offrir une promenade dans le parc...

-Je n'aurais jamais dû vous dévoiler tout cela, coupa Bonnie. Potter m'avait pourtant dit que c'était top secret !

-Lily, t'es d'accord avec moi, elle s'enfonce ?

James, Peter et Sirius firent leur apparition dans la Grande Salle. Leurs cernes essayaient de toucher leur lèvre et leur regard était plus éteint que jamais. Alice se leva subitement, obligeant ses amies à la suivre.

-T'as avalé un Dragon ? s'étonna Lily en courant presque pour rester à la hauteur d'Alice.

-Tu devrais rire plus souvent, rétorqua Bonnie, ça te donne une pêche d'enfer.

Bonnie sautillait autour d'Alice qui referma les portes de la Grande Salle. Elle consentit alors à ralentir le pas.

-La dernière fois que les maraudeurs sont venus manger dans cet état pitoyable, Peter n'a pas arrêté de me postillonner dessus, s'expliqua-t-elle avec un sourire d'excuse.

Bonnie entoura les épaules de son amie avec son bras droit en signe de soutien. Lily voulut lui lancer un regard de dissuasion mais de toute façon, avec Bonnie, c'était peine perdue. Elle demanda donc sur un ton qui se voulait innocent :

-Ce n'est pas ce même jour où Franck s'est assis à côté de toi, t'a salué avant de remarquer que tu avais des morceaux de toasts dans les cheveux et sur le visage ?

Alice s'arrêta soudainement pour lancer un regard noir à Bonnie.

-C'est pas loyal ce que tu fais là ! J'étais anéantie..., se lamenta-t-elle.

Bonnie ricana gentiment.

-Tu t'y prends mal. Les hommes, il faut leur faire croire que tu es trop bien pour eux. Et lorsqu'ils commencent à se décourager, leur montrer de l'intérêt. Tu manques d'assurance !

Lily observa Alice qui s'était remise à marcher. Elle lui demanda en pointant Bonnie du doigt :

-Elle est toujours à côté de la plaque de la sorte ?

-J'en ai bien peur...

Bonnie émit un cri de protestation.

-Et puis d'abord maintenant que j'y pense, reprit-elle, depuis quand tu appelles Mark par son nom de famille ?

Les joues de Lily rosirent mais elle accéléra le pas pour que ses amies ne le remarque pas...

Pop.

L'histoire de la magie était du point de vue de tous la matière la plus ennuyeuse de toutes. Une fois que l'on avait cessé d'être impressionné par l'entrée du professeur Binns, le cours perdait tout intérêt. Notamment parce qu'il était récité d'une voix monocorde par un fantôme qui de toute évidence ignorait que des élèves l'écoutaient. Cela rendait inévitablement ce cours propice aux bavardages. Bonnie rendait cependant grâce à cette matière, qu'elle trouvait fascinante. Lily et Bonnie s'étaient connues en histoire de la magie. Cette dernière avait griffoné sur son parchemin le dessin du vieux troll qui avait sauvé la vie à un sorcier en lui éternuant dessus. Le professeur Binns leur décrivait mollement cet événement grâce auquel Phillibert Méable avait découvert l'étonnante faculté de protection contenue dans la salive des trolls. Depuis sept ans, Bonnie avait perfectionné ses dessins, avait appris à les rendre magiques, les faire bouger et était passée maître dans ce domaine. Tant et si bien qu'elle avait reçu il y a peu une proposition d'emploi par le magasine « Le Quidditch à la Loupe » pour y dessiner chaque semaines plusieurs caricatures de sportifs célèbres. Cette lettre avait suscité beaucoup d'admiration de la part de l'équipe de Quidditch de Gryffondor. Lily revoyait la mine maussade d'Alice quand Franck avait chaleureusement félicité Bonnie.

Lily observa son amie qui se caressait la nuque de sa plume, le regard rêveur, signe de réflexion à un futur dessin. Elle sourit intérieurement. Pour Lily, les cours d'histoire de la magie lui permettait une évasion totale et sereine. Bercée par la voix du fantôme, elle imaginait les scènes qu'il décrivait durant les premières minutes, puis s'égarait dans un monde plus proche et certainement plus doux que toutes ces bagarres sanglantes de gobelins. Elle songea pour la centième fois depuis le matin même au visage de Potter endormi. Elle se rappela avoir lutté pour ne pas se retourner en sortant du dortoir. Lily soupira soudainement de dédain. Qui aimerait un homme aussi prétentieux et stupidement égoïste que Potter ? Une pimbêche comme cette Eleonor Husson qui s'était moquée de Lily en première année certainement.

C'est vrai, Lily devait l'admettre, elle l'avait trouvé remarquablement attirant ce matin. Il n'y a pas de quoi être fier Potter, songea amèrement Lily, si le moment où tu es le plus est agréable est quand tu dors ! Elle voulut lui jeter un coup d'œil furtif mais elle ne parvînt plus à détacher son regard. Justement, James Potter dormait. La joue contre sa table, la bouche légèrement entrouverte. Il serrait un petit objet sphérique dans sa main droite et semblait plongé dans un sommeil profond.

« -Veillez à ce qu'aucune haine indicible ne forge le cœur des bons sorciers en pierre sèche. ». Lily avait échoué, le cœur de Severus avait séché depuis longtemps. Elle n'avait pas su le délivrer de ses peines les plus profondes. Et si aujourd'hui, elle répétait son erreur ? Si son aversion pour Potter la menait sur le même chemin que son dégoût pour la magie noire auparavant ? En proie à une troublante réflexion, Lily sursauta quand la cloche retentit.

-Regarde à droite, j'ai fait une caricature d'Alice et de Franck, dit Bonnie en lui tendant un papier.

Lily tourna le regard vers le fond de la classe.

-L'autre droite, Lily...

Mais elle ne lui accorda pas un instant, elle bondit de sa chaise sans ramasser ses affaires et fila hors de la salle. Lily parcourut en hâte la foule qui se traînait dans les couloirs. Elle poussa désespérément un groupe de cinquième année. Qu'est-ce qu'ils étaient lents ! Enfin, elle aperçut une tignasse désordonnée au bout du couloir. Il rentrait dans la Salle des Trophées. Lily pressa le pas mais arriva tout de même trop tard. La porte se referma quand elle parvînt à sa hauteur. Un doute prit naissance en elle. Après tout, elle n'allait pas suivre James Potter pour lui faire des excuses ? Lily eut un rire nerveux, cette situation paraissait loufoque. Elle se posait aussi trop de questions. Après avoir pris une petite inspiration, elle saisit la poignée ronde.

Potter lui tournait le dos, fixant le lustre. Lily fit un pas vers lui puis aperçut Sirius et Pettigrow, tout aussi immobiles que Potter. De loufoque, la situation passa à inquiétante. Lily saisit le bras de Potter pour lui demander une explication mais elle étouffa un cri de stupeur. Sa main s'était refermée sur de l'air. Le corps de Potter grésilla puis sa silhouette disparut. Les yeux exorbités, Lily recula d'un pas. Puis, dans un même grésillement, les deux autres maraudeurs s'évanouirent également. La cloche retentit à nouveau, marquant la fin de la pause.

Pop.

-Alice ! Joyeuse fête !

Bonnie souriait, une petite lueur de malice dans les yeux. Cela sentait plutôt mauvais, pour diverses raisons. Alice n'aimait pas ça.

-La St-Alice est le seize décembre, Bonnie, soupira-t-elle.

Arthur qui les avait rejointes, regardait avec curiosité le papier que Bonnie tendait devant elle. Il y a longtemps qu'il l'aurait attrapé, songea-t-il en admirant les vertus de patience dont Alice savait faire preuve.

-Tu connais ces évènements dérisoires moldus ? s'étonna-t-il. Alors que tu es de famille sorcière !

-Ce n'est pas surprenant quand on sait que l'an dernier, pour célébrer ma fête, Bonnie m'a pieusement offert un donnuts qui m'a fait ressembler à un chameau pendant deux heures !

-C'était un dromadaire ! rectifia Bonnie, fière.

-Tu as toujours été mauvaise en métamorphose, souligna Arthur.

Bonnie l'ignora, tendant avec insistance sa main droite vers Alice. Celle-ci voulut s'emparer du parchemin. Mais quelqu'un l'avait devancé. Bonnie, Alice et Arthur firent volte face. Loïs se tenait devant eux, le regard sournois. Devant l'air apeuré de Bonnie, il ricana.

-Y aurait-il quelque chose de spécial sur ce parchemin ? Quelque chose que je ne dois pas découvrir ?

Il gloussa de plus belle. En réalité, il s'étrangla. Puis, plus un son ne sortit de sa bouche qui se figea. Bonnie croisa le regard stupéfait d'Arthur. Un grand boum leur indiquât que Loïs venait de tomber à terre.

-Ils n'ont aucun plomb dans la cervelle, mais qu'est-ce qu'ils sont lourds ces Serpentard !

Jim se tenait derrière Loïs, la baguette levée. Il eut un air de dégoût lorsqu'il retira le parchemin du corps inerte de sa malheureuse victime qu'il tendit ensuite à Bonnie.

-Cette fois-ci ouvre le plus rapidement Alice ! Je te l'offre maintenant, tu sais bien que je n'ai aucune patience ! Le seize Décembre ! Et puis quoi encore ?

Jim s'essuyait discrètement les mains sur la robe d'Arthur pendant qu'Alice dépliait son cadeau.

-Ha ha ! s'exclama-t-elle d'un rire sans joie. Tout ce suspens pour ce griffonnage ! C'est moi !

-Attends ! C'est un dessin magique.

Arthur repoussa Jim lorsque la cloche retentit, marquant la fin de la pause. Le bruit de la sonnerie avait couvert les insultes qu'Alice lançait à Bonnie. L'arrivée de Lily mit cours à leur tendre affrontement.

-Je ne te ferai plus de cadeau, si tu me remercies de la sorte ! rit Bonnie.

Jim passa son bras autour des épaules de Bonnie. Il exerça quelques tapotements de réconfort.

-Oublie cette cruelle déception ! lui assura-t-il théâtralement. Nous devons tous deux rejoindre la lisière de la Forêt Interdite pour notre prochain cours. Oh ! Mais que vois-je ? Il pleut dehors ! Et quelle fraîcheur, une fois ce château quitté ! Je te laisserai rassure-toi te blottir contre moi.

Bonnie lui assena un coup de poing dans l'épaule en se dégageant de son étreinte.

-Tu es aussi bon dragueur que comédien...

Jim la remercia. Arthur entendit Bonnie lui rétorquer que ce n'était pas un compliment avant qu'ils ne soient hors de portée de voix.

-Nous devrions également nous remuer ! Nous avons cours dans dix minutes, dit Alice en consultant sa montre.

Ils se mirent en chemin.

-Lily ? interrogea Alice.

-Hum, fit-elle pensive.

-Tu n'as plus cours de Métamorphose depuis deux ans !

Il arriva alors à Lily, un éclair de pensée qui se traduisit physiquement par un énorme frisson. Elle se mit à sautiller et partit en courant dans la direction contraire en criant :

-Désolée ! J'avais oublié !

Arthur et Alice se concertèrent du regard.

-Elle a de la chance ! Je n'ai jamais réussi à oublier que j'avais une pause de deux heures avant le déjeuner...