April, 1912 appartient à Haley Cullen
CHAPITRE 19
Complications
Mes yeux s'entrouvrent. La première chose que je vois c'est les étoiles. Entourées de ténèbres. Je respire l'air gelé. Je grelotte.
Mes yeux bougent, il n'y a qu'eux qui peuvent encore le faire. Je regarde autour de moi et la première chose que je vois c'est du bois. Je réalise que je suis enveloppée dans une couverture des pieds à la tête, couchée sur un autre tas de couverturee dans un petit canot de sauvetage. Ma respiration se reprend et avec la petite dose d'énergie qu'il me reste je déplace mon corps en essayant de voir autour de moi. Je sens immédiatement une main sur mon épaule qui me maintient couchée.
Je regarde au-dessus de moi encore une fois pour voir le visage de Carlisle. Je sanglote piteusement en le voyant. Je ne pense pas pouvoir être plus épuisée émotionnellement. Je veux seulement, j'ai besoin d'être réconfortée. Mes larmes coulent finalement et je sanglote. Je tends les bras vers lui comme un petit enfant et il me prend dans ses bras. Il me berce en chuchotant des mots de réconfort tout le temps.
J'enfouis mon visage contre son torse et laisse les larmes couler sur sa veste trempée. Attend? Pourquoi est-il mouillé? Bientôt je peux faire des phrases cohérentes jusqu'à ce que je puisse contenir mes pleurs. "Que s'est-il passé? Où allons-nous? Où est Edward?"
Carlisle me caresse les cheveux doucement. "Esmée et moi vous avons attendus Edward et toi sur le pont. Nous n'allions pas monter dans les canots. Pourquoi prendre leur place quand tant d'innocents pouvaient les utiliser pour survivre alors que nous n'en avons pas besoin? Esmée et moi avons quitté le navire lorsqu'il a commencé à se relever avant de couler. Nous avons supposé qu'Edward et toi ne pourriez plus nous retrouver et qu'il t'avait mise dans un canot en attendant que le bateau coule. Nous avons attendu quelques minutes après le naufrage avant d'aller nager vers les bateaux comme deux survivants chanceux de ce naufrage."
J'écoute en silence pendant qu'il continue de raconter. D'une certaine façon, la peur froide a commencé à durcir mon estomac mais je garde le silence alors qu'il continue. "Ensuite quelques bateaux ont fait demi-tour pour aller chercher des survivants. J'ai pensé que comme j'étais médecin je pourrais aider. Nous avons sauvé cinq personnes et nous allions faire demi-tour lorsque nous avons entendu un sifflet pas très loin derrière nous. Nous sommes repartis et nous t'avons trouvée."
Les larmes recommencèrent à couler de nouveau. "Et Edward?" ai-je lâché. Carlisle secoue la tête, "J'espérais que tu pourrais me le dire."
Je pleure d'angoisse. Comment ne l'ont-ils pas trouvé? Il faut qu'il revienne, il doit revenir. Je commence à crier en pleurant. "Non! Non! Pourquoi nous éloignons-nous? Nous devons revenir en arrière! Il est toujours là. Probablement très inquiet. S'il vous plait nous devons nous arrêter. Il est toujours là!"
Je commence à lutter mais Carlisle me tient serrée contre lui. "Non! Edward!" Je crie le plus fort que je peux. Après un moment, la force me quitte et je me laisse aller contre lui, sanglotant d'angoisse. "Non!" je crie encore. Carlisle comprend en m'entendant qu'il s'est passé quelque chose de mauvais, et que probablement il ne reviendra jamais.
Il me tient jusqu'a ce que je sois trop fatiguée pour pleurer. Je murmure dans mon état à demi-éveillé. "Je suis désolée, Je suis tellement désolée, c'est entièrement ma faute. Je ne voulais pas aller dans ce canot. Je me suis enfuie puis nous avons été attaqués par un autre. Mon Dieu, non!"
Mes yeux s'ouvrent tous seuls alors que je continue à gémir pathétiquement. J'ouvre les yeux une dernière fois. La dernière chose que je vois avant de tomber inconsciente c'est ma bague de fiançailles. Ensuite je tombe dans l'oubli.
La chose suivante c'est que je suis couchée dans un petit lit blanc. Je remarque qu'il fait chaud et que je suis sèche. Je regarde et vois que je suis vêtue d'une robe blanche d'hôpital. Je lève les yeux vers la fenêtre. C'est un petit hublot, je peux voir de l'eau et de la glace dehors et la lumière du jour. Au moins je suis enfin sur un navire. Je reste là, figée.
"Bella?" je tourne ma tête et je vois Renée assisse sur une chaise à côté de moi. Je me tourne pour la regarder, mais je n'en ressens aucune émotion. Je suis sûre que mes yeux ne montrent rien. Ma mère me dévisage pendant un long moment, je n'essaie pas de briser le silence. Les yeux de Renée se remplissent de larmes. Elle jette un coup d'œil à ma main et je sais qu'elle cherche la bague que je porte encore à mon doigt.
"Bella," dit-elle en larmes, "Je suis tellement désolée. Je n'avais pas compris avant. Je n'avais pas réalisé combien tu l'aimais et après tout ça - " Je me tourne dans l'autre sens. Je n'ai pas envie d'entendre quoi que ce soit maintenant. Je veux juste être seule.
Renée laisse échapper un petit sanglot à cause de mon rejet mais comprend le message et s'en va.
Une petite partie de moi est heureuse qu'elle puisse un peu comprendre la peine que je ressens. Je suis liée à Edward de toutes les façons possibles. Mon amour, mon seul véritable amour. Mais il est parti. Malgré ça je refuse encore d'y croire. Je voudrais porter cette bague jusqu'à ce que je le retrouve. Je n'aimerais jamais un autre homme de toute ma vie. Paris ne peut pas prendre la place de Roméo. Il ne sera jamais lui, même si là-bas quelque part il y a quelqu'un d'autre qui m'attend.
Je remonte le drap jusqu'à mes épaules. Je remarque que j'ai des bandages sur mes doigts et mes orteils. Ils ont sûrement soufferts du froid. Mais ça n'a pas d'importance maintenant.
Je suis vaguement consciente que Charlie et Esmée entrent pour voir comment je vais. Je ne leur parle pas. La seule personne qui parait comprendre est Carlisle. Il vient de temps en temps pour vérifier comment je vais. Il ne me dit jamais rien ni ne me met la pression. Il pose sa main sur mon épaule pendant un moment avant de me quitter. Je me sens coupable de lui avoir enlevé son fils unique.
Quelques heures plus tard une fois que la dépression est passée c'est la colère qui s'est mise en place. Si Charlie et Renée avaient compris que j'étais amoureuse j'aurais pu aller dans ce canot. Et Edward n'aurait pas eu à lutter pour me protéger. Il aurait pu partir avec Carlisle et Esmée et nous serions ensemble maintenant.
Si je lui avais fait confiance nous aurions pu trouver une façon d'être ensemble mais il fallait juste que je monte dans ce canot et alors il serait ici maintenant.
Je craque et pleure en silence dans mon oreiller en tapant du poing contre le matelas encore et encore. Mon Dieu pourquoi ne suis-je pas morte à sa place? Pourquoi?"
Après la colère, pendant un moment je pleure sur mon triste sort avant de tomber dans un engourdissement complet. Je ne peux pas pleurer, ni crier, ni bouger. Je ne me sens pas fatiguée ni affamée. Je ne suis pas triste, je ne suis plus en colère. Je me sens engourdie, creuse et vide. Et je supporte ça comme je peux. C'est mon seul réconfort le seul que je puisse trouver. J'utilise cet état comme un bouclier et je m'enferme dedans comme au fond d'une petite coquille.
Je ne bouge pas un seul muscle. Je ne peux même pas cligner des yeux et je regarde le même endroit sur le mur pendant que les gens vont et viennent. Je ne les reconnais pas. Je ne veux pas guérir. La seule personne qui peut me guérir n'est pas là. Je n'ai rien de lui. Rien, pas une image. Seulement cette bague et le fait de simplement la voir me brise le cœur bien que je ne puisse même pas l'enlever.
Finalement après des heures, le ciel dehors commence à devenir sombre. Je suis malade d'être réveillée. Peut-être que je trouverais un certain réconfort dans le sommeil. Je ferme les yeux et me laisse emporter.
J'ouvre les yeux. Il fait sombre, je ne peux voir que des ombres. J'essaie de m'étirer quand je réalise que deux bras serrent ma taille. J'ouvre les yeux et me tourne. Je halète et mes yeux s'agrandissent. "Edward", je respire alors que mon ange me regarde.
"Je suis là, mon amour. Je suis là," murmure-t-il en me regardant dans les yeux. Au début, je ne réponds pas et le fixe. "C'est un rêve? " Je murmure.
Je souris tristement, alors que dans ses yeux c'est la joie qui se reflète. Il laisse son front reposer contre le mien. "Non mon amour, je suis ici réellement. Tout va bien, je suis là maintenant. Je t'aime tellement, mon ange," fredonne-t-il en enroulant ses bras encore plus fort autour de moi, son corps recouvrant le mien.
Les larmes remplissent mes yeux et je lève ma main au-dessus de moi et la pose sur sa joue. J'ai besoin de constater qu'il est vraiment là. Je veux être sûre que je ne deviens pas folle et que je suis vraiment ici et dans ses bras. Ma main touche enfin son visage. Il sourit et se penche vers moi pour profiter de mon toucher. Un sourire se forme sur mes lèvres et j'étrangle un sanglot. "Oh Edward!" je pleure et je jette mes bras autour de son cou en pleurant dans son épaule. Il me serre fort et nous berce alors que je pleure de bonheur. "Oh mon amour. Je suis ici. Je ne pourrais jamais te laisser. Je suis désolé. Je t'aime."
Je lui demande désespérément : "Que s'est-il passé?"
Ses bras se resserrent encore. Il me fait rouler sur le dos. Il passe ses mains dans mes cheveux et pose mon front contre le sien de nouveau.
"James m'a tiré vers le fond," commence-t-il. "D'abord je n'ai pas compris ce qu'il se passait. J'étais avec toi et un instant après j'étais englouti dans l'obscurité. J'ai attendu de retrouver tous mes sens avant de sentir quelque chose s'écraser sur moi. Je me suis retourné et j'ai vu James. Il s'est précipité sur moi mais je l'ai esquivé. C'était difficile pour moi de me battre dans l'eau. James avait le dessus et je ne m'en sortais pas. "
"Ses pensées alimentaient ma colère bien au-delà de ce que je croyais possible. Il continuait de penser à toi et ce qu'il allait te faire une fois qu'il serait près de toi. Je ne pouvais pas le supporter. Je me suis précipité sur lui une dernière fois et je l'ai attrapé. J'ai commencé à le démembrer. Mais il m'a frappé assez violemment avant que je sois en mesure de terminer. J'ai été blessé et ne pouvais plus me déplacer facilement."
"James aussi était très mal en point et il a commencé à couler. Je ne pouvais plus rester sans bouger dans l'eau. Il fallait que je retrouve de l'énergie pour pouvoir guérir et être en mesure de revenir vers toi."
"Quand j'ai été assez bien pour remonter à la surface, tu n'étais plus là. J'ai nagé derrière le bateau et j'ai retrouvé Carlisle. Il m'a dit qu'il fallait que j'attende. Un autre survivant ne pouvait simplement se manifester n'importe quand comme ça, c'était impossible. J'ai dû attendre pour pouvoir te voir jusqu'à ce que personne ne s'en aperçoive.
Je l'ai attrapé par le cou et l'ai tiré contre moi. Je murmure : "Je t'aime." Il sourit avant de poser ses lèvres sur les miennes. Il m'embrasse violemment ; je suis pratiquement rentrée dans le matelas. Je lui rends son baiser de la même façon. Je ne veux plus qu'il parte.
Les mains d'Edward caressent mes flancs et mon ventre. Je gémis légèrement à son contact. Cependant il s'éloigne trop tôt mais je ne suis pas déçue.
Sa tête se pose entre mes seins et il écoute les battements de mon cœur. Il ferme les yeux de contentement. Je souris et passe une main dans ses cheveux. Nous sommes ensemble de nouveau, je suis plus heureuse que je ne l'ai jamais été.
Je me penche et embrasse le sommet de sa tête doucement. Mais ce qu'il se passe ensuite je ne m'y attendais pas.
Une douleur brutale et intense traverse mon corps tout entier et je pleure de douleur. Edward se met au-dessus de moi instantanément alors que je continue à crier. "Bella? Bella! Bébé dis-moi ce qui ne va pas!" crie-t-il frénétiquement. Ma tête retombe sur l'oreiller et je me sens plonger dans l'inconscience. Je sens les mains d'Edward me secouer désespérément alors qu'il appelle Carlisle. Mais tout ce qui suit s'évanouit dans l'obscurité.
