April, 1912 est à Haley Cullen

CHAPITRE 20

Agonie

Mon esprit est complètement embrumé. Je peux entendre les voix autour de moi, mais je suis trop désorientée pour répondre quoi que ce soit.

Je suis consciente des bras froids qui me tiennent, étroitement, et me bercent d'avant en arrière. Dans ma brume, je peux juste discerner des sanglots sans larme, saccadés. Mais je ne peux pas trouver d'énergie pour bouger. Je suis aussi consciente de quelqu'un donne de petits coups à mon estomac. Ça me fait terriblement mal bien que le toucher soit doux. Mon corps se tend sous la sensation. Mais il semble que je dorme toujours.

"Carlisle," demande une magnifique voix calme. "Qu'est-ce qui ne va avec elle? Pourquoi a-t-elle si mal?"

J'entends un soupir et les mains se retirent de mon estomac. "Ça n'est pas bon," dit une autre voix familière. Elle est pleine de remords et de tristesse. "Elle est restée dans l'eau trop longtemps," continue-t-elle. " Elle a développé des gelures sur certaines parties de son corps. Ses doigts et ses orteils je peux les sauver et les guérir. Mais les gelures autour de son torse prennent plus de temps à guérir. Lorsqu'une personne développe des gelures, c'est sont comme si la glace étaient dans les cellules. Finalement elles éclatent et le tissu est endommagé. Mais si on réchauffe trop vite, les cellules ne peuvent pas être sauvées. Mais ça peut aussi causer une sévère infection.

Sa peau guérit assez rapidement mais comme des cellules meurent ça laisse un passage beaucoup plus facile dans son corps affaiblit. Il semblerait que pendant qu'elle guérisse elle développe une infection de la peau et des poumons à cause de l'air froid."

Il y a des sanglots inquiets au-dessus de moi et j'en aurais presque pleuré, ils ressemblaient plus à des halètements de panique maintenant. "N'y a-t-il rien que tu puisses faire?" demande la voix de velours fébrilement. Le silence dure quelque secondes avant que je sois serrée dans des bras forts.

"Je suis désolé Edward," dit la voix calme, "Je ferai tout ce que je pourrais, mais ses chances de survie sont extrêmement faibles. La médecine n'est pas encore assez avancée. Mais je vais voir ce que je peux faire." Des pas quittent la pièce.

Le balancement reprend et mes paupières s'entrouvrent légèrement. "Edward," j'essaie de dire mais c'est inaudible et étouffé, mes lèvres ne peuvent presque pas bouger. Je sens une main froide sur ma joue. "Bella?" la voix m'appelle doucement.

Finalement mes yeux s'ouvrent. Je vois le visage d'Edward penché sur moi et je suis couchée sur ses genoux. Il sourit tendrement en me voyant éveillée. Je lève ma main difficilement pour recouvrir la sienne sur ma joue et j'essaie de la maintenir là. Il sourit bien que je voie sa lèvre inférieure trembler. Je fronce les sourcils de désapprobation, les anges ne doivent pas pleurer.

"Edward," dis-je difficilement. "J'ai mal." Ma voix sort comme un murmure rauque. Son souffle est fragile et il me rapproche de lui. Il me berce comme un enfant et dégage mon visage de mes cheveux pendant que ma main retombe, je suis épuisée.

"Je sais mon amour, je sais," dit-il. "Je suis tellement désolé. Si j'avais su ce qui allait arriver, j'aurais essayé de te faire monter dans les canots de sauvetage. Mais si j'avais pensé que tu devrais rester dans l'eau aussi longtemps…" Sa voix faiblit et s'éteint. Il baisse sa tête, "Oh Bella, je suis tellement désolé."

Je soulève ma main tremblante et la pose sur sa joue. Ses yeux se ferment et ses lèvres s'ouvrent à mon toucher. Ses sourcils se froncent alors qu'il essaie de cacher son désespoir. J'essaie de redresser son visage pour qu'il me regarde mais il ne bouge pas. "Edward," je lui ordonne doucement, "Regarde-moi."

Il inspire profondément avant que ses yeux tourmentés rencontrent les miens. Je pousse ses mèches couleur bronze de devant ses yeux. Je lui donne le plus grand sourire que je peux. "Edward tu m'as sauvée. Si ce n'avait pas été toi je serais déjà morte. Tu m'as sauvée beaucoup plus de fois que tu ne le réalises. C'était la seule solution. Je t'aime."

Il se penche et appuie son front contre le mien. J'entends encore ses sanglots. "Bon Dieu, Bella je ne peux pas te perdre." Je le calme doucement et dirige mes mains dans ses cheveux alors qu'il s'écroule. Je soulève ma tête et très doucement je place mes lèvres sur les siennes. Une de ses mains vient caresser ma joue pendant que nous nous embrassons. Je peux dire en sentant sa tension qu'il veut me montrer combien il m'aime et la douleur qu'il éprouve.

C'est moi qui romps le baiser cette fois-ci et je souris faiblement. Aussitôt après, une vive douleur transperce mon estomac, comme si une lame chaude me traversait de part en part.

Je crie d'agonie et je m'accroche désespérément à Edward. "Bella!" s'écrit-il, impuissant. Mes muscles tremblent alors que j'essaie de dépasser ma douleur. Edward me tient fermement contre sa poitrine, son visage enfoui dans mes cheveux. "Bella, tout va bien, je suis là ; j'y suis et j'y serai toujours. S'il te plait Bella, bats toi. Tu ne vas pas me laisser." Sa voix est remplie d'une nouvelle détermination pendant que sa main frotte mon dos pour me rassurer.

Je mords ma lèvre pour essayer de retenir mes cris, mais je ne peux pas arrêter les petits gémissements qui m'échappent. Le seul réconfort que j'aie c'est de savoir qu'Edward est avec moi pendant que je traverse ça. Je sens un filet de sang couler le long de mon menton alors que mes dents relâchent ma lèvre mais je l'ignore. Finalement la douleur s'atténue.

Je reste là, entre les bras d'Edward, j'halète frénétiquement pour que l'air puisse passer entre mes dents et je tremble. Edward fait courir sa main sur mon visage essayant de me consoler comme il peut. Il se sert de son autre main pour essuyer le sang qui s'échappe de ma lèvre ouverte.

J'ouvre les yeux de nouveau et regarde Edward qui commence à me laver le visage avec un linge humide. La sensation est céleste sur ma peau brûlante. Il murmure sans arrêt des mots de réconfort et d'affection à mon oreille. Je ferme les yeux de contentement pendant que la douleur s'éloigne. Je me détends contre lui et chacun de mes muscles se relâche sous sa tendre caresse. Sa main libre soulève ma chemise et caresse mon ventre endolori en cercles apaisants. Je souris malgré moi.

Ma tête se laisse aller contre sa poitrine et je l'écoute expirer.

Une fois qu'il a fini, il me recouche contre les oreillers en laissant sa main sur mon ventre et il continue à me masser doucement. Il pose sa tête contre ma poitrine et il écoute mon cœur battre. Je pose mes mains tremblantes sur sa tête et mes doigts courent dans ses cheveux une fois encore. Je sais combien il aime ça. Il soupire de contentement.

Je suis mal physiquement mais lui l'est beaucoup plus émotionnellement. Il a essayé tellement fort de me garder saine et sauve, mais il y a quelque chose dont il n'a pu me protéger. Je peux voir combien il se sent impuissant. Il est tellement désespéré mais il n'y a rien qu'il puisse faire, ni lui ni personne. Mon cœur se brise alors qu'un sanglot lui échappe après quelques minutes.

Quand un épisode de douleur me frappe, il m'embrasse pour aider à étouffer mes cris. C'est beaucoup mieux que de faire saigner mes lèvres à nouveau. L'une de ses mains continue à apaiser mon ventre alors que l'autre enlace mes doigts qui sont à côté de ma tête. Chaque fois que la crise se termine je retombe à bout de souffle, il se remet dans sa position précédente en fredonnant ma berceuse.

Je me penche pour embrasser le dessus de sa tête, et je ne cesse jamais de faire courir mes doigts dans ses cheveux couleur bronze. C'est devenu mon point d'ancrage une fois que la douleur est passée. Je voudrais tellement lui dire que je vais bien et que je l'aime tellemrnt mais ma voix me trahirait.

Ça fait si mal. Lorsque la crise me frappe mes cris semblent me déchirer. Son toucher réconfortant me fait du bien. Mais parfois il reste silencieux, comme s'il pensait très intensément à quelque chose.

De temps en temps Carlisle rentre dans la chambre. Edward se sépare de moi à contrecœur pour que Carlisle puisse m'ausculter. Je ne peux même pas me rendre compte si on est le jour ou la nuit. Et je ne suis même pas capable de me nourrir toute seule à mon grand embarras.

Je reste silencieuse, tout le temps. Incapable de parler.

Plus le temps passe et plus je sais que je m'affaiblis. Et j'espère au-delà de l'espoir qu'il y a une autre solution.


Triste chapitre, encore! Je sais…