April, 1912 est à Haley Cullen

CHAPITRE 21

La fin

Je suis réveillée à nouveau mais la douleur assaille mon corps. Elle m'envahit complètement, pas seulement mon ventre. Elle se propage à ma gorge, ma poitrine et commence à se répandre à travers mes membres. Je ne suis plus capable de crier ou de pleurer. Toute mon énergie a été utilisée lors de la première vague de spasmes. Tout ce dont je suis capable c'est de gémir de douleur à chaque nouvelle crise.

Edward est toujours là. Il me tient toujours dans ses bras, me serre contre lui, m'embrasse toujours quand de petites larmes s'échappent de mes yeux, me chuchotant des encouragements quand je suis prête à abandonner.

La peau de mon ventre commence à devenir verte là où l'infection a commencé. Et bien que je déteste y penser, ce renflement malade a commencé à grandir dans mon estomac où le tissu est gonflé et mourant.

"Combien de temps encore? "Je murmure au moment de la dernière accalmie. Bien que ma voix soit très faible, Edward peut encore m'entendre.

"Quelques heures encore. Une fois que nous serons à New York nous pourrons te soigner convenablement," dit-il d'un ton tendre. Il parle d'une voix monocorde et faible depuis que l'infection s'est propagée un jour plus tôt. Mais après il avait réalisé à quel point sa voix m'avait effrayée, il faisait toujours très attention à ce qu'elle soit douce pour me rappeler qu'il était toujours là, avec moi. Ça a brisé mon cœur quand au cours d'une attaque particulièrement brutale il se tenait au dessus de moi sanglotant sur mon épaule en chuchotant sans s'arrêter 'je suis tellement désolé'.

Heureusement Charlie et Renée étaient tenus à l'écart de la chambre. Carlisle leur avait dit que je n'étais pas encore remise de la perte d'Edward et que j'avais juste besoin de temps seule. J'étais heureuse de passer du temps avec Edward et Edward seulement. Plus tôt nous arriverions à New York mieux ce serait.

Je jette un regard à travers le hublot de l'autre côté de la pièce alors que les doigts d'Edward courent dans mes cheveux. Il commence à faire sombre de nouveau. Avant même que je m'en aperçoive je m'étais rendormie.

Une main douce me secoue. J'ouvre lentement les yeux et je vois le visage d'ange d'Edward au-dessus de moi. Il sourit doucement et me caresse la joue de sa main glacée. Je souris avant de grimacer à la douleur toujours présente dans mon corps.

"Il faut que nous partions," chuchote Edward. Puis avant que j'aie pu répondre, il me soulève dans ses bras. Il me porte comme si j'étais un enfant. Il m'enroule dans un manteau et puis dans une grande couverture en laine. Je ne peux même pas l'aider, le brusquement changement de position déclenche une nouvelle crise de douleur et je crie.

Immédiatement Edward arrête tout mouvement. Il embrasse mon front encore et encore. "Je suis désolé," murmure-t-il. Je mords ma lèvre pour étouffer la suite de mes cris alors que la douleur se calme progressivement. Il me tient serrée étroitement contre lui en s'assurant que la couverture est bien mise et me recouvre entièrement y compris mon visage, il commence à sortir de la chambre.

Je m'accroche à sa chemise et retiens mes gémissements mais Edward marche sans faire d'à coups. "Où allons-nous?" réussis-je à étouffer.

"Nous sommes presque à New-York. Il faut que nous te fassions soigner le plus vite possible," me rassure-t-il alors que nous sommes dans le couloir. Je sens de la sueur froide sur mon front et je ferme les yeux pour aider à arrêter la vague soudaine de nausées.

J'entends le bruit d'une porte qui s'ouvre et j'ouvre les yeux une fois de plus. Edward passe la porte et se retrouve sur le pont du navire. Il pleut fort et tout le monde autour de nous est trempé. Je relève ma tête et je vois Esmée, avec un parapluie qu'elle tient au-dessus de nous alors que nous nous approchons de la foule des gens.

Je regarde autour avant de me souvenir qu'il manque des personnes. "Carlisle?" je demande, "Charlie, Renée?"

Esmée pose une main réconfortante sur mon épaule. "Carlisle va bientôt être là. Il faut qu'il s'assure que tes parents soient retenus suffisamment longtemps pour que nous te mettions en lieu sûr." Je hoche la tête en comprenant. Je ferme les yeux et me laisse reposer contre le torse d'Edward. J'écoute la foule se déplacer. Je commence à me détendre quand une poussée soudaine de douleur me frappe à nouveau. Je souffle en état de choc et m'agrippe à la chemise d'Edward.

"Bella?" demande Edward anxieusement et je sens sa main froide essuyer doucement la sueur sur mon front.

"Ça va," je lâche. Mais mon emprise ne se desserre pas et mes dents sont serrées pour endurer la douleur. Edward presse ses lèvres fraiches dans mes cheveux. "Je t'aime tellement," murmure-t-il pour me consoler. "Tu es si courageuse. Attends encore un peu, Bella et tu vas aller bien."

Une fois que c'est terminé, je trouve assez de force pour ouvrir les yeux. Je suis accueillie par une petite lueur jaune et je vois la statue de la liberté. La couronne et la torche brillent dans la nuit comme un grand phare. Je regarde alors que nous dérivons. C'est la première fois que je la vois en treize ans. Elle est toujours aussi belle que dans mes souvenirs. C'est la dernière chose que je voie avant de sombrer à nouveau.

Je sens une main froide caresser ma joue, un pouce effleure mes lèvres. Elles s'entrouvrent et un petit sourire apparait involontairement sur mon visage. "Bella…" j'entends un doux murmure au-dessus de moi. Mes yeux s'ouvrent en petites fentes. Je ne peux presque plus les ouvrir, ça me fait mal.

Edward est penché au-dessus de moi, ses bras de chaque côté. Je peux dire en le voyant là, appuyé sur ses coudes qu'il est couché avec moi dans un lit. Il ne sourit pas comme moi mais ses yeux sont doux et remplis de tout l'amour qu'il me porte. Je lui souris de nouveau.

Je lui demande : "Où sommes-nous?"

"Nous sommes à l'hôpital mon amour. Finalement nous y sommes arrivés." Malgré son assurance il ne semble pas du tout soulagé. Son corps est tendu et concentré sur moi. Il ne faut pas être un génie pour comprendre que quelque chose ne va pas. Et quelque part je le sais. Il est trop tard.

Edward ne détourne pas le regard, il regarde à travers moi. L'une de ses mains se lève lentement et saisit une mèche de cheveux qui retombe sur mon visage et la fait passer derrière mon oreille. Il sourit très légèrement mais il est triste. Il pose son front contre le mien, ferme les yeux et inhale mon odeur. J'atteins ses mains et caresse ses deux joues avec mes paumes et effleure ses paupières closes avec mes pouces.

"Je t'aime," je murmure. Je voulais lui dire ça pour le réconforter mais ça ressemblait plus à quelque chose de définitif. Ses yeux s'ouvrent lentement et il me regarde dans les yeux de nouveau. Il m'embrasse doucement. "Je t'aime, aussi." Mais je peux entendre le désespoir dans sa voix et son immense tristesse. Mes peurs sont confirmées, je ne survivrai pas. Et même si je suis affligée à cette idée, un doux sourire s'étale sur mon visage. Peu importe ce qu'il va m'arriver, mon amour sera là avec moi et c'est assez pour me rendre heureuse. La seule chose que je regrette c'est de le laisser seul.

Edward tend sa main de nouveau. Le bout de ses doigts caresse doucement ma joue. "Ça va aller," murmure-t-il, bien que je pense qu'il dise ça plus pour se rassurer lui que moi. Je prends sa main et pose sa paume sur ma joue, l'embrassant et aspirant son odeur.

"Bella…" il soupire. Mes yeux se ferment et je me détends à son contact. "S'il te plait, mon amour, regarde-moi," dit-il à voix basse mais de façon désespérée. Mes yeux s'ouvrent doucement. Son expression triste a été remplacée par une autre plus adorative. J'attends, je ne parle pas.

Il avale. Je vois une lutte intense dans ses yeux ; de ce que je peux en dire. Ses yeux évitent les miens. Il ne veut pas me montrer avec quoi il se débat. Il bouge faisant en sorte que sa tête s'immobilise sur ma poitrine, il écoute les battements de mon cœur. Ses mains trouvent les miennes et il les tient fermement. Il porte chacune de mes mains à ses lèvres pour les embrasser de baisers papillons.

"Bella…" il essaie encore mais il semble ne pas pouvoir se forcer à prononcer les mots. Je ne l'oblige pas. J'enlève mes mains des siennes et les fait courir dans sa chevelure en désordre. Ses mains glissent derrière moi pour se poser dans mon dos et me tenir contre lui. Il ferme les yeux et embrasse ma peau chaude à plusieurs reprises, lentement et amoureusement.

"Il y a … peut-être, un moyen. De te sauver, je veux dire," dit-il avec précaution. Je me tends immédiatement mais je reste muette. "Nous," il s'arrête un moment rassemblant ses idées, "sommes immortels, comme je te l'ai dit. Nous ne pouvons pas être malades. Nous … ne mourons pas," se force-t-il à dire. Il enfouit son visage dans ma poitrine, comme si juste cette pensée lui faisait mal.

Je comprends immédiatement de quoi il parle. Il a peur de demander, il a peur de ce que je dirais. Les vampires de meurent pas. Si j'étais l'un des leur, je serais sauvée. Je serai avec lui pour toujours. Je veux être sauvée dans tous les sens.

Mais et Charlie et Renée? Je ne peux juste pas les laisser. Puis-je le faire? Mais je vais mourir de toute façon ; je ne peux pas y échapper. Ma vie d'humaine? Il n'y a plus de vie nulle part. Edward aurait été la seule chose que j'aurais laissée, mon avenir, le seul dont je puisse rêver, même l'amour. Ce serait juste. Mon amour pour lui est vrai c'est juste.

Je rapproche son visage du mien. Je sens de petites larmes tomber sur mes joues mais ma voix est déterminée. Je lui souris. "Oui." Je réponds à la question qu'il ne m'a pas encore posée.

Il me fixe mordillant sa lèvre et avalant sous le choc. Il pensait que j'allais lui dire non. Ses yeux se noient dans les miens. Puis un regard d'incrédulité traverse son visage. "Bella. Est-ce que tu veux vraiment cela? Tu devras tout abandonner, tous ceux que tu aimes. Il faudra que tu vives avec le désir du sang pour le reste de l'éternité. Tu seras un … monstre. Je ne te l'aurais jamais demandé." Il baisse la tête pour cacher le désespoir dans ses yeux.

Je renifle en basculant sa tête. "Je t'aime," dis-je avec un doux rire. "C'est tout ce dont j'ai besoin. Tu es ce dont j'ai besoin. Je sais comment ça va être, je ne suis pas naïve. Tant que tu seras à mes côtés pour l'éternité, je serais toujours heureuse."

Ses yeux changent et expriment l'amour. Je peux dire que s'il pouvait il serait en train de pleurer mais il hésite encore. Il baisse la tête et commence à embrasser mon cou. De chaque côté et ma gorge. "Ça va faire mal," me rappelle-t-il. Ses mots me ramènent au moment où il m'a aimée passionnément dans la soute du paquebot qui repose maintenant au fond de l'océan. J'embrasse le dessus de sa tête.

"Je sais," je chuchote, "Et ça m'est égal. Je n'ai pas peur."

Le visage d'Edward se tourne vers moi et il m'embrasse avec passion. Je souffle dans sa bouche pendant que ses mains parcourent mon corps, caressant et touchant les endroits sensibles.

Ses lèvres bougent sur mon cou pendant qu'il continue son exploration. Il respire mon odeur entre ses baisers. Ce n'est qu'au moment où je sens la piqure violente de ses dents déchirant ma peau que je réalise qu'il essaie de me distraire.

Ses mains se déplacent sous mon vêtement, me caressant doucement. Le plaisir est intense. Il essaie de me distraire de la douleur que ses dents provoquent, je le sais. Ses caresses douces deviennent plus rudes et je crie doucement alors que tout mon corps se cambre.

Je sens à peine la douleur dans mon cou. Je m'agrippe à ses épaules pendant que je me tords au-dessous de lui. C'est une sensation étrange, la façon dont mon corps réagit. Sa caresse me distrait mais je le sens sucer mon sang, le remplaçant par du venin. Il me caresse là entre les jambes tout en buvant mon sang. D'une façon ou d'une autre cela semble augmenter mon plaisir.

Je crie en jouissant, Edward enlève sa bouche de ma gorge et m'embrasse pour me faire tenir tranquille. Je peux goûter mon sang sur ses lèvres. Je halète dans sa bouche et je me laisse aller. Les mains d'Edward sont désormais apaisantes et elles courent plus tendrement de mes flancs vers mon ventre.

Puis la douleur commence.