Bonjour à tous !

Les chapitres qui suivent se situent à la fin de la série (saison 3) et ne font donc référence à aucun épisode.

Bonne lecture.

Kingaaa.


Fragments 8

Il s'est habitué à la chaleur insupportable de ces journées, au bruit perpétuel véhiculé dans les rues, à ces conversations dans une langue qui lui était totalement inconnue il y a à peine quelques mois de ça, aux croyances qui n'étaient celles avec lesquelles il avait toujours vécues, à tous ces gens, à tout cet univers…

Bien entendu, un temps d'adaptation avait été nécessaire. Le fait qu'il soit Anglais n'aidait pas à Acre, en Terre Sainte où la paix n'était pas vraiment annoncée. Et le fait qu'il aime une Sarrasine ne lui rendait pas la vie toujours facile. Le regard des gens pouvait se montrer bien cruel, mais il s'y était accoutumé et prouvait chaque jour que la couleur de peau, le dieu que l'on priait, le conflit de deux nations, tout cela était éphémère lorsque Djaq et lui étaient réunis et ne faisaient qu'un.

Les talents du jeune Scarlett avaient été utiles pour reconstruire de nombreuses habitations dans cette ville, mais aussi aux alentours. Djaq, quant à elle, s'occupait toujours des blessés et ses connaissances n'étaient plus contestées par quiconque. A eux deux, ils prouvaient qu'une entente entre Sarrasins et Anglais était possible et même bénéfique. Ensembles, ils montraient au monde entier que la paix était réalisable. Ils symbolisaient cette harmonie qui aurait dû apparaître depuis bien longtemps en ces lieux et ces cœurs.

Will arpente les couloirs de la maison de Bassam où il habite avec Djaq depuis le sauvetage du roi Richard. Il apprécie cet endroit qui lui a donné la possibilité d'en apprendre plus sur sa bien-aimée, et notamment sur la raison qui la poussait à aimer ces oiseaux, pigeons voyageurs et porteurs d'espoir. Lorsque ses yeux se posent sur ces petites bêtes qui peuvent faire tant de kilomètres par amour, le garçon se sent étrangement apaisé lui aussi, il doit l'avouer. Il se sent plein d'espoir en ressentant leur fidélité et leur liberté.

Arrivé au salon, il s'étonne à peine qu'il soit vide. Bassam est sorti, très certainement et Djaq doit être dans sa chambre. Il est sur le point de la rejoindre, mais un murmure attire tout de même son attention. Un son presque étouffé et s'il n'avait pas pris l'habitude d'écouter chaque chuchotement avec autant d'attention, il ne s'en serait même pas rendu compte. Entrainé dans la forêt de Sherwood, son ouïe s'est développée sans qu'il ne s'y force. Son pas se dirige de suite vers la source du bruit qu'il ne reconnaît pas encore.

Son cœur rate un battement lorsqu'il remarque la silhouette de Djaq derrière une colonne, assise par terre… en larmes. Son geste est instinctif et il s'empresse de la rejoindre. Djaq en train de pleurer de cette manière ? Dévastée et incapable de sentir sa présence à cause de son chagrin ? Cette vision lui parait d'un coup si inquiétante qu'il ne peut empêcher son cœur d'accélérer ses pulsations. Il se met face à la jeune femme et l'examine de ses yeux emplis d'une angoisse extrême.

« Djaq ! »

La Sarrasine relève la tête en entendant ce timbre de voix aimé et alarmé. Son regard noyé dans ses larmes regarde Will sans trop savoir quoi faire. Les sanglots bloquent sa voix et elle a du mal à trouver les mots pour lui expliquer. Sa peine est immense et elle a la sensation qu'à cause d'elle, elle sera incapable de lui transmettre son message. Pourtant, elle sait qu'elle doit le rassurer, l'apaiser, mais…sa voix est bien trop étranglée par la tristesse pour l'instant.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? Dis-moi, Djaq… »

Plusieurs idées s'insinuent dans l'esprit du jeune Scarlett. Se pourrait-il que la jeune femme ait été attaquée ? Cette ville n'était pas toujours très sûre et de nombreuses personnes étaient en désaccord avec leur relation, mais ils avaient toujours tout encaissé. Ils étaient forts. Ils ont défié la mort un nombre incalculable de fois et ce ne sont pas les mauvaises langues qui les empêcheraient de vivre. Il inspecta le corps tremblant, sanglotant en cherchant une trace d'une quelconque blessure.

Non, ce n'était pas ça…Sa bien-aimée n'aurait jamais pu être dans un tel état pour ce genre de choses. C'était Djaq, après tout. Ses épaules étaient solides malgré leur frêle apparence. C'était une combattante hors pair et un médecin expérimenté. C'était une femme féroce au cœur compatissant et courageux. Elle possédait une force que même lui ne saurait vaincre.

« Djaq, qu'est-ce qui se passe ? Je t'en prie ! Je déteste te voir dans cet état. »

Will tente de faire réagir la jeune femme en lui secouant quelque peu les épaules. Il constate qu'elle remue les lèvres, mais n'arrive pas à prononcer de paroles compréhensibles. Les pupilles du menuisier se figent dans ses yeux imbibés de pleurs et sa salive passe difficilement dans sa gorge à cette vue. Il ne sait pas trop quoi faire face à cette situation. Il a horreur d'être si impuissant face à la détresse de quelqu'un, de la femme qu'il considère comme sienne en particulier…

« C'est…Robin… »

Et tout à coup, la souffrance de Djaq, ses sanglots interminables, son incapacité à lui dire les raisons de son attitude, tout…tout s'éclaircit…Will Scarlett met ses mains sur les joues de la jeune femme et la contemple gravement en l'incitant à continuer.

« Will…Robin est… »

Deux larmes chaudes s'échappent alors de ses yeux éteints sans qu'il ne les sente déferler.

Quelque chose vient de mourir à cet instant dans son cœur.

«…mort. »

Les larmes lui viennent toutes seules à présent.

Car la mort d'une légende signe une fin.

L'agonie de l'espoir lui-même.


Djaq est tombée à terre dans un moment de détresse, au moment où un rêve lointain s'est vu mourir. La nouvelle de la mort de Robin l'a totalement dévastée, lui a brisé son cœur qui lui semblait pourtant si résistant… Bassam a reçu cette information terrible en entendant des soldats en parler. Les échos de ce tragique évènement se sont répandus dans l'Angleterre toute entière et bien au-delà…Le roi Richard est-il au courant que son vieil ami, l'être en lequel il avait le plus confiance vient de rendre l'âme ? Ce roi qu'on avait capturé et pour lequel on demandait à présent une rançon colossale…

La jeune médecin étouffe un sanglot et serre les dents pour tenter de retenir les larmes qui veulent affluer. Que s'est-il passé à Nottigham ? Comment Robin est-il mort exactement ? Est-il meurt heureux ? A-t-il beaucoup… souffert ? Tant de questions lui viennent à l'esprit et il n'y a personne pour lui répondre. Elle contemple alors la silhouette défaite de Will qui n'a pas bougé depuis son annonce. Elle sent son cœur se tordre de douleur en le voyant ainsi.

« Will…il faut réagir. »

Ces mots, bien qu'entrecoupés par des sanglots, atteignent le cœur du garçon qui la regarde à présent avec plus d'intérêt. Bien que Djaq souffre, pleure, elle ne perd pas de vue sa mission, ses objectifs, ses rêves de paix. C'est une femme d'action qui a encaissé énormément de choses et qui est apte à en encaisser encore d'autres. Parfois, il a honte de ne pas avoir sa capacité à gérer sa propre souffrance et à la transformer en une force.

« Les autres…Ils doivent être dans un pire état que nous. »

Will lui met sa main affectueusement sur la joue et lui sourit entre ses larmes. Djaq pense encore aux autres, elle s'inquiète de leur sort et a toujours cette foi inébranlable qu'ils sont encore vivants malgré la mort de leur chef et ami. La certitude que Robin des Bois est. Et sera.

« Allan…Petit Jean…et… »

Le menuisier voit ses gestes de panique et de désarroi et essaie d'un geste affectueux de lui montrer qu'il est là, avec elle, toujours. Qu'il partage sa souffrance si semblable à la sienne. Qu'il partage ses doutes et ses craintes.

« Et Much…Much…Il doit être… »

Elle est incapable de finir sa phrase tellement sa conclusion est déchirante. Will la force alors à le regarder droit dans les yeux et à reprendre le contrôle de ses émotions. La combattante se tranquillise alors en visionnant le visage pâle et malheureux de l'homme qu'elle aime. Elle doit reprendre pied, doit se relever et aider Will à gérer sa propre douleur, car elle sait parfaitement qu'il est autant affecté qu'elle, mais qu'il s'évertue à rester digne et fort pour ne pas la décevoir.

« Will, on ne peut pas les laisser tomber. »

Ils sont à deux, ils fonctionnent à deux.

C'est ce qu'ils ont toujours fait.

« On doit retourner à Sherwood. »

Et c'est ce qu'ils feront toujours.