« Tropica II, annonça le Docteur. L'an 600 721. Une excellente année : la saison des pluies est finie pour quarante-trois mois et le Festival de musique de Tropica commence demain. Idéal. »
Il tourna une molette.
« Quoi? »
- « Docteur »
- « Moins dix. Et en Celsius. Houla… Climat moins amical que dans mes souvenirs. »
- « Ce n'est pas supposé être une forêt tropicale? » s'étonna Jenny.
- « Les palmiers doivent avoir des mitaines. »
Rose eu une moue hilare.
- « Façon de parler, protesta le Docteur. Enfin, c'est bizarre. Mettez un manteau. »
Le Docteur se contenta de sa gabardine habituelle tandis que Rose trouvait un immense anorak avec un capuchon bordé de fourrure. Le Docteur la regarda bizarrement lorsqu'elle le rejoignit. Elle avait l'air perdue dans ce vêtement. Il n'était apparemment pas taillé pour elle. Mais ce fut Jenny qui s'esclaffa, reconnaissant l'anorak de Donna. Elle repensa à la montagne de valises que Donna avait emportée, au point que Ten s'était plaint de ne plus avoir suffisamment de place pour ses costumes rayés, et avait dû créer une salle rien que pour elles, et elle avait pourtant oublié l'anorak, élément indispensable des voyages temporels s'il en est.
- « En avant toute ! » finit par dire le Docteur.
Sa sortie plein d'allant s'interrompit lorsqu'il dérapa sur le sol glacé et se rattrapa au bosquet le plus proche qui explosa en une poudre de cristaux glacés. Il se retrouva le nez collé au sol. Rose étouffa un rire.
- « Ça va? »
- « Mouais. J'aurais dû penser à mettre des crampons. »
Il revint avec précaution vers le TARDIS et fourragea dans un casier sous la console principale. Il tendit finalement à Rose et Jenny une paire de semelles en caoutchouc et ajusta les lanières sur ses espadrilles.
- « Des antiglisses. Fonctionnent sur toute surface compacte se trouvant sous les trois degrés. »
- « Pratique », reconnu Rose en les enfilant.
La promenade fut plus aisée, mais surnaturelle. Il n'y avait pour ainsi dire pas de neige, mais tout était recouvert d'une épaisse couche de glace, comme si une tempête de verglas s'était abattue sur la zone. Et l'aspect des tables de pique-nique, des parasols, des plantes tropicales et des décorations de pailles était surprenant. De temps en temps, un craquement sinistre se faisait entendre : les huttes et tout ce qui était un peu trop fragile s'écroulaient sous le poids de la glace.
- « Ce n'est pas possible, dit le Docteur. Il doit y avoir un problème avec les satellites météo. J'irais bien jeter un coup d'œil. »
- « Les satellites? » demanda Rose.
- « Quatre satellites orbitant autour de la planète et régulant la météo. Ils empêchent entre autres une saison des pluies qui dureraient autrement près de 14 mois et une saison sèche qui s'étendrait sur près de 36. Ils font pleuvoir la nuit et créent une saison des pluies artificielles chaque année qui dure à peu près trois mois. »
- « Et s'ils arrêtaient complètement la saison des pluies? »
- « Les arbres mourraient. Et toutes les créatures qui dépendent des arbres. »
- « Mais cette glace… », s'exclama Jenny.
- « Ouais… Eh bien, ça ne leur fait certainement pas de bien non plus… Oh! »
Ils dépassèrent un bouquet de fleurs gelées et un petit papillon était attaché au rebord de la fleur. Il ne touchait pas à la fleur, mais la glace les liait. Le Docteur se pencha, lunettes sur le nez, et examina avec intérêt le petit insecte.
- « Vous savez ce que ça veut dire? »
- « Le papillon a été figé en plein vol ! » firent en chœur les deux jeunes femmes.
- « Donc que tout s'est passé en une fraction de seconde. Un instant, il vole et saute d'une fleur, l'autre instant, il est gelé et emprisonné. »
- « Comment peut-on arriver à ça? Une tempête… Non, une tempête n'aurait pas fait ça. Un dérèglement des satellites météo? » réfléchit Rose
- « Un dérèglement, peut-être… Mais ils sont bien protégés par des sauvegardes. Il pourrait trop pleuvoir. Ou ne pas pleuvoir du tout. Mais cette chute de température, ça, ce n'est pas explicable. Encore moins… l'absence des habitants, murmura-t-il songeur. »
Ils l'avaient en effet tous remarqué. À part le papillon et les plantes, il n'y avait pas d'êtres vivants.
- « Supposons qu'un avertissement ait été lancé et qu'ils aient pu se mettre à l'abri, où seraient-ils allés? Qu'est-ce qu'ils auraient fait? » demanda Jenny.
- « Je crois qu'il y a la mairie qui est construite en dur. Mais le reste, ce ne sont que des huttes. Rien n'est prévu pour résister à la glace ici. Allons par-là, » dit-il en pointant la gauche.
Ils avaient à peine fait quelques pas qu'un froissement les surprit, suivi d'un grondement.
- « Ce n'est pas votre estomac, Docteur? »
- « Non. »
Ils jetèrent un coup d'œil derrière eux.
Un dragon de près de quatre mètres de hauteur, d'un bleu intense avec des yeux jaunes à la pupille fendue s'apprêtait à cracher dans leur direction. Le Docteur prit la main de Rose et ils s'élancèrent dans la première ruelle venue.
Un jet de liquide transparent jaillit de la gueule de la créature et se transforma en deux secondes en une gerbe glacée.
- « Oh, c'est intéressant. »
- « Pas maintenant! Cours! » s'écria Jenny.
Jenny le poussa sous un écriteau qui se décrocha sous la force d'un nouveau jet de glace.
- « Je crois que j'aurais préféré des flammes », s'écria Rose.
- « Je vais y réfléchir, rétorqua le Docteur en continuant à courir. »
Le dragon envoya un nouveau jet qui atteignit le du bâtiment le plus proche et fit glisser une bonne partie du toit d'ardoises sur leur tête. L'averse de tuiles déconcerta un instant le dragon, ce qui fut suffisant pour que le Docteur remarque un panneau indicateur.
- « La mairie est par là! » fit Jenny au même instant.
- « Et si les murs ne peuvent pas nous protéger? »
- « Oooh! Restons positifs! »
Le dragon hurla et cracha à nouveau.
- « Enfin, quand nous y serons » ajouta le Docteur en courant à nouveau.
Ils débouchèrent sur une place avec une petite fontaine (gelée), des bacs à fleurs (congelés) et un large escalier verglacé menant vers un bâtiment dont les fenêtres étaient recouvertes de mousse synthétique. Le Docteur hésita, mais le dragon arrivait sur leurs talons.
