Chapitre 9 :
Glissant le long du flan du dragon, le trio retrouva la terre ferme, mais glacée. Au même instant arriva Ysher en courant.
« Nous nous demandions où Bert avait pu aller… »
Le Docteur s'approcha de lui tandis que les filles restaient auprès de leur ami chauffeur. Rose lui tendit l'œuf qu'il attrapa délicatement entre ses dents et déposa au centre du nid déneigé. Elle le regarda tendrement faire alors que Jenny, serrant son petit contre elle, observait le Docteur discuter avec Ysher. Le regard dérouté et étonné du maire laissait présager du contenu des paroles du Docteur. Elle s'approcha discrètement, non pas pour en savoir davantage à leurs insu, mais pour ne pas perturber Ysher qui semblait déjà suffisamment désorienté par ce que le Docteur venait de lui annoncer.
« Vous êtes certains de cela… ? » entendit Jenny alors qu'elle s'approchait encore un peu plus.
« Oh oui, et pas seulement certain, c'est ce qui s'est vraiment passé… Je suis navré Monsieur le maire »
« Et qu'allons-nous faire ? »
« Si vous alliez chercher les rescapés, Ysher. » proposa le Docteur en posant sa main sur l'épaule du maire. « Je vais tout vous expliquer »
« Mais elle ne fonctionne pas… » protesta l'autre.
« Ne vous en faites pas pour ça ! »
Ysher rejoignit la mairie et Jenny s'approcha du Docteur.
« Doc ? Qu'y-a-t-il ? »
Il attendit que Rose les rejoignent et, leur faisant signe de rentrer, commença à leur expliquer ce qu'il en était : « Les dragons ne sont pas le problème de cette planète, ils sont la solution. Sur les murs de la salle d'incubation, tout était expliqué, clairement, très clairement. »
« Explique-toi… s'il te plait ! »
« Ils sont le contrôle atmosphérique de la planète. Ils sont le régulateur de son cycle saisonnier. Les dragons de froid éclosent lorsque la planète atteint une certaine température. Ils la refroidissent suffisamment, lui offrant une période de sommeil nécessaire à son équilibre. Et quand la planète arrive de nouveau à une nouvelle limite, basse cette fois-ci, la physiologie des dragons de froid changent et ils se mettent à pondre des œufs de feu. Les dragons de chaleur font ce qu'ils ont à faire, à savoir réchauffer la planète et le cycle de la vie recommence. Et l'amour brille sous les étoiles d'une étrange lumière. La terre entière, en parfaite harmonie, vit un moment royal. » souffla le Docteur avec émerveillement.
« Mais qu'avez-vous avec le Roi Lion ? Je pensais que vous étiez plus du type 'How to train your dragon' en ce moment ? » blagua Rose.
Il lui jeta un regard coupable avant de se reprendre.
« Bref… Mais les colons ont décidé de changer ce cycle qui ne leur convenait pas. Je ne sais comment ils ont trouvé un œuf de glace… mais l'œuf de chaleur était apparemment en surface. Ils ont vite compris qu'ils pouvaient en tirer quelque chose de très intéressant… et modeler la planète à leur convenance. Or, les œufs de dragons n'auraient jamais dû se rencontrer… leur cycle ne permet pas ce… »
« Paradoxe ! » coupèrent les filles en cœur.
Le Docteur leur répondit d'un sourire.
« Le fait est que le cycle de la planète est perturbé, et les dragons aussi. Et que les dragons de chaleurs doivent se multiplier pour que la planète retrouve son rythme. Et le problème est que la planète ne sera plus très agréable pour les humains. »
« Ils doivent quitter la planète. Mais comment ? »
« Il y a un moyen. Mais ce n'est pas tout, il y a quelque chose de bizarre, je pense que… »
La foule arriva subitement autour de nos trois amis, ne laissant pas au Docteur le loisir de finir. Les filles buvaient ses paroles et furent déçues de cette interruption.
Un des membres de l'assemblée, emmitouflé jusqu'aux yeux et presque noyé au cœur de cette marée humaine calfeutrée ne laissant apercevoir que son pompon bleu, s'adressa directement au Docteur : « Il paraît que vous pouvez nous aider ! On aimerait bien savoir comment, monsieur… monsieur… »
« Juste le Docteur. » s'exclama Tenth. « Et oui, je sais comment vous aider. »
« Ah oui ? On aimerait bien savoir comment… » reprit monsieur Pompon.
« Ce n'est pas bien compliqué et je pourrai vous l'expliquer, si vous me laissez continuer. Je dois commencer par vous informer que les dragons ne sont pas le problème de cette planète mais sa solution. Je ne vais pas plonger dans de trop longues explications à propos du fait qu'ils sont une sorte de soupape thermique pour Tropica et qu'ils sont le moyen biothermophysiologique du contrôle que cette terre a trouvé pour s'autoréguler du fait de leurs capacités expectorantes particulières, bien qu'un peu extrêmes, permettent une production bien alternée de glace et de vapeur… »
« Docteur. » murmura Rose en lui donnant un coup de coude discret.
« Euh… oui… euh, donc, bref, les dragons sont la solution nécessaire à planète. Le seul petit soucis, c'est que cette solution n'est pas vraiment compatible avec la vie humaine, en particulier, pour des touristes. Les premiers colons ont réussi à s'acclimater, étant arrivés à la période chaude, mais la période froide est particulièrement peu propice et peu agréable, il faut bien le reconnaitre. Je suis donc malheureusement obligé de vous annoncer que vous allez devoir quitter cette planète. »
Alors qu'il continuait ses explications, le maire Ysher se faufila parmi la foule est se posta au premier rang, ne perdant pas une miette des paroles du Docteur.
« Quoi ? Mais…mais… »
Monsieur bonnet bleu recommença. Les filles s'exclamèrent de concert : « Oh, mais taisez-vous et laissez le continuer… »
« Merci. » sourit le Docteur. « En fait, ce n'est pas bien compliqué. Il suffit d'utiliser la balise cachée dans votre circuit informatique. »
La foule s'agita sous cette promesse creuse : s'il y avait eu un moyen de partir de la planète, il y a longtemps qu'ils l'auraient trouvé ! La solution de cet étrange homme en complet bleu ne valait rien !
Le Docteur, du coin de l'œil observa les réactions des membres présents. Comme il s'y attendait, l'un deux réagit différemment à la mention de cette balise. Un sourire éclaira son visage, mais il garda le silence, voyant que le « traitre » se reprenait, gardant l'anonymat, pour tout le monde, sauf pour le regard perçant du Docteur.
Monsieur Pompon reprit la parole, mais une lueur d'espoir éclaira ses yeux, seule partie visible de son anatomie.
« Nous allons vraiment pouvoir quitter cette planète infernale ? »
« Oui, je vous l'assure. Je sais comment réactiver les satellites, un vrai jeu d'enfant. Et ceux-ci me permettons d'envoyer un message via cette balise fantôme et en contrôler la diffusion pour qu'on vienne vous chercher. »
« Vous êtes notre sauveur Monsieur… euh, pardon, Docteur. »
Une fois de plus, le Docteur répondit d'un sourire et s'engagea au cœur de la foule pour rejoindre le poste informatique. Suivit de près par les filles et Ysher, il se mit à courir, la foule s'écartant à son approche et se mettant à applaudir. Rapidement, il rejoignit la salle de contrôle et, sortant son sonique, il lança un clin d'œil aux trois personnes présentes dans la pièce. Ysher se posta près de lui.
« Vous êtes certain d'arriver à contacter notre planète Docteur ? »
« Sûr et certain. Les satellites sont déjà en état de fonctionnement… ajouta-t-il en continuant d'appliquer ses rayons soniques sur la machine ronronnante. Je n'ai plus qu'à appuyer sur ce bouton et parler dans ce micro… Facile. Évident. Molto bene ! »
S'éloignant d'un pas, le visage d'Ysher changea.
Les filles remarquèrent ce changement, mais ne le comprirent pas.
« Je ne peux pas vous laisser faire ça. »
« Auriez-vous vraiment accepté de mourir ici pour cacher cette terrible erreur, monsieur le maire ? » demanda doucement le Docteur.
« Oh que non… ne croyez pas ça. Ils allaient venir me chercher. Je ne peux pas vous laisser faire ça. » répéta Ysher.
« Et comment pensez-vous m'en empêcher ? Je vous l'ai dit, je n'ai plus que ce bouton à pousser. »
Son doigt était en suspension au-dessus d'un bouton bleu clignotant.
Le Docteur fut heurté de plein fouet par Ysher. Ses phrases interminables à l'effet d'habitude quasi hypnotisant n'avaient pas eu, semble-t-il, l'effet attendu. Etrangement, le Docteur ne réagit pas à cette agression éclair. En moins d'une seconde, les deux hommes se retrouvèrent au sol. Le tournevis quitta sa main et roula sur le sol. Les filles bondirent sur le dos de l'agresseur. Celui-ci refusait de lâcher prise, prise qui s'avéra être le cou du Docteur. Répugnant ce qu'elle allait faire, mais bien obligée d'en arriver là pour sauver son Docteur, Jenny agrippa le clavier posé à proximité et frappa le maire à la tête de toutes ses forces. Rose toujours sur le dos de l'homme, tentant toujours de le repousser de Ten, s'écarta juste au bon moment. Un coup, deux coups… il était coriace. Le troisième fut le bon. Il s'effondra sur le côté entraînant Rose avec lui.
