Chapitre 13

Pour la première fois de sa vie, le Docteur avait perdu la notion de l'espace et du temps. Et si, bien vite, il avait reconnu son cher Tardis (une question de vibrations), il était complètement incapable de sentir depuis combien de temps il y était.. Il avait l'intuition que les choses avaient été graves, mais il en avait oublié la majorité. Une main était glissée dans la sienne : la chaleur de cette paume lui faisait du bien. Une couverture chatouillait son cou. Non, pas une couverture. C'était les cheveux de Rose, il reconnaissait leur parfum. Il se sentait en sécurité.

Les heures s'étaient écoulées et elle avait tenu bon, résistant à la pression du sommeil. Elle voulait être là lorsqu'il se réveillerait. Au fil des heures, l'état de son Docteur s'améliorait et la fatigue grugeait son énergie. Et le Tardis ne faisait rien pour l'aider. D'abord très éprouvée par l'état du Docteur, la boite bleue s'était retapée à mesure qu'il se rétablissait. Et pour aider les compagnes du Docteur à faire de même, doucement, elle avait commencé diminuer ses éclairages. Cela ne l'empêchait pas de tenter un effort quasi surhumain pour rester éveillée. Mais son corps de jeune humaine ne pouvait faire de miracle. Un miracle par jour, c'était déjà un miracle. Ne pouvant plus luter, sa tête se pencha de plus en plus jusqu'à toucher l'épaule du Docteur. Avant de s'en rendre compte, elle dormait.

Comment faire pour ne pas la réveiller ? Il venait de traverser des heures parmi les plus pénibles de sa vie et la seule chose qui lui importait en cet instant était d'éviter de réveiller son amie. Quelque chose en lui lui disait qu'elle n'avait pas du énormément se reposer depuis un bon bout de temps. Et que ce sommeil lui était réparateur. Tournant sa tête vers la nuée blonde qui s'éparpillait près de lui, il y déposa un baiser, léger comme une plume, tendre comme chaton.

Elle n'en croyait vraiment pas ses yeux. Tout c'était passé comme elle l'avait espéré. A présent que le Docteur était hors de danger, elle avait enfin pu reprendre ses esprits mais était encore tout de même chamboulée. Elle imposa à Jenny d'aller se coucher. Quoi qu'elle en dise, elle s'était tout de même évanouie, le choc avait été plus grand qu'elle ne le pensait… à moins que… Stella commençait à se poser des questions… mais les refoula, pour l'instant, dans un recoin de son esprit. Le Tardis avait déployé une autre couchette et Jenny s'y était allongée, s'endormant presque immédiatement.

Durant des heures, Stella resta éveillée auprès de Rose. Mais au bout d'un certain temps, le sommeil l'emporta. Lorsqu'elle se réveilla, elle découvrit une Rose à son tour endormie. Puisque tout le monde dormait et que tout le monde était sain et sauf, elle décida de prendre une pause thé. Mais avant toute chose, elle devait faire ce qu'elle avait à faire. Attrapant le flacon bleu, sans oublier la seringue, elle jeta un dernier coup d'œil à la pièce avant de quitter l'infirmerie sur la pointe des pieds. A l'extérieur, l'air était frais, mais agréablement vivifiant. Ressentant cette fois-ci les cailloux coupants de son allée, elle préféra passer dans l'herbe légèrement humide. Se retrouvant sur le pas de la porte, et avant de rejoindre sa petite cuisine, elle grimpa les escaliers, attrapa le colis, déposa ce qu'elle venait de prendre, posa une seconde ses mains sur le carton, se relava et ferma la porte. Jamais il ne devait savoir.

Elle retrouva sa petite cuisine, calme et silencieuse. Mais cette fois-ci, le silence était apaisant. Elle fit rapidement chauffer de l'eau. Alors qu'elle attendait que l'eau se mette à frissonner, elle sortit la lettre du fond de sa poche et la déplia. Les mots qui s'y trouvaient, elles les connaissaient par cœur, pour les avoir lu et relu des centaines de fois. Mais pour la première fois, ils prenaient un sens. Comment aurai-elle pu imaginer que...

Les dernières heures, il y avait à peine pensé, tellement prise par la pression, l'angoisse et finalement, l'épuisement. Mais à présent, d'un seul coup, tout devenait clair, évident, puissant, complétement inattendu et particulièrement éprouvant pour son esprit. Les yeux plongés dans le vide, elle ne cessait de penser à…

Sortit de ses réflexions par le sifflement de la bouilloire, elle rangea la lettre, comme encore hypnotisée par ce qu'elle avait bien pu penser. Mais finalement, elle prépara une théière, posa des tasses sur un plateau et emmena le tout à bord du Tardis.

A son retour, elle manqua de lâcher ce qu'elle portait : Il était réveillé et train d'embrasser tendrement sa compagne.

Il ne remarqua pas immédiatement la présence de Stella. Mais lorsqu'il la remarqua, elle semblait heureuse mais aussi un peu gênée. D'un sourire, encore un peu fatigué, et de son regard, à nouveau pétillant de vie, il lui fit comprendre que tout allait bien.

Elle l'avait senti, ou plus précisément ressentit. Il était réveillé. Mais son esprit embrumé par des heures éprouvantes ne s'en était pas encore rendu compte. Elle l'avait senti bougé ! Respirer ! L'embrasser ? Et son corps avait réagi à ces sensations. Le temps que son cerveau s'en rende compte, elle avait déjà commencé à bouger. Une main venait de se poser sur ses cheveux. Elle se redressa et croisa le regard vif de son Docteur. Après des heures d'angoisse, la tension retomba d'un coup et elle se jeta dans ses bras. Il l'accueilli avec un rire que résonna dans l'infirmerie, rendant sa joie au Tardis. Ses lumières se rallumèrent, suivit de cliquetis joyeux.

En une fraction de seconde, les sensations de Seigneur du Temps lui revinrent, en même temps que la mémoire de ses derniers instants de conscience. Il se rappela de la volonté sans faille de ses amies et de leur persévérance même et surtout lorsque tout semblait perdu. Il avait ressenti leur tendresse, leur amour aurait-il osé penser. Il mourait d'envie de les étreindre. Et ne tarderais pas à le faire.

Se redressant malgré le regard plein de réprobation amicale de son médecin, il s'assit sur le bord de la couchette, remarquant pour la première fois Jenny endormie. Il avait ressenti à quel point elle avait été ébranlée, et encore, le mot était faible. Il désirait plus que tout aller la rassurer. Il essaya de se lever, mais ses jambes semblèrent refuser de le porter. Son corps affaibli ressentait des effets similaires à une post régénération ayant eu des ratés, mais aux vues de la situation, il admit qu'il ne s'en sortait pas si mal. Ça prendrait un certain temps avant qu'il ne se remette entièrement. Mais, comme le hasard faisait parfois vraiment bien les choses, Stella apportait avec elle le meilleur des remèdes.

Avant toute chose, il s'enquit de l'état de Jenny.

« Comment va-t-elle ? » demanda-t-il d'une voix encore rauque et sèche.

« Très bien, ne vous en faites pas, elle dort, c'est tout… elle a été très secouée…par… » expliqua Stella en versant une tasse de thé chaud et la proposant au Docteur.

Il avait manqué de perdre la vie et pourtant, il pensait davantage à l'état de ses compagnons. Le Docteur leur était revenu, pleinement LUI. Rose, visiblement rassurée, s'assit à ses côtés sur le lit.

Il la prit la tasse que lui proposait Stella et, humant le parfum subtil de l'Earl Grey, l'avala à petites gorgées. Sa gorge se dénouant, il s'éclaircit la voix, tenta de se lever une seconde fois, et y arriva. Stella fronça les yeux, n'aimant pas son excès de confiance, mais d'un clin d'œil, il lui fit tout comprendre : il ferait ce qu'il a décidé et que de toute façon, il se sentait bien. Prenant la main de Rose, pour la rassurer, il s'approcha de Jenny.

Jenny semblait dormir paisiblement. Mais il savait qu'il n'en était rien. Il savait exactement qu'il était passé à un cheveu de… non, il ne prononcerait pas ce mot…il était trop tôt pour qu'il parte, il ne voulait pas partir… mais quoi qu'il en soit, il en était passé très près et il sentait que Jenny était particulièrement affectée par ce qui lui était arrivé. Déposant la tasse sur une table venant d'apparaitre près de la couchette, il lui caressa les cheveux et elle se réveilla.

A la première seconde de son éveil, elle refusa de croire ce qu'elle voyait. Il est était devant elle, souriant et elle sentait sa main sur ses cheveux. Après tout ce qui s'était passé, son cerveau n'arrivait pas à se concentrer sur une possible fin heureuse. Le temps que son esprit se remette à l'endroit, elle resta une seconde bouche bée.

L'instant d'après elle se jeta dans ses bras dans un cri de joie. Bientôt rejoint par Rose et Stella, en un câlin collectif comme il s'en produisait souvent.

Rien de mieux après une bonne tasse de thé qu'un câlin à quatre pour se remettre totalement.

Jenny s'assis sur le bord de la couchette comme le Docteur quelques secondes avant. Il s'installa à ses côtés et reprit tasse de thé. Il comprenait ce qui s'était passé et que Stella l'avait sauvé, mais pas comment. Son expression changea et Stella comprit qu'il était en train de réfléchir, de se poser des questions. Cela faisait des années qu'elle savait que ce jour arriverait. Et si ce n'est durant quelques minutes en cette soirée éprouvante, elle avait été persuadée que tout se passerait bien. Mais maintenant qu'elle avait eu à utiliser cette solution dorée, et que tout s'était bien passé, elle se rendit soudain compte qu'elle n'avait jamais réfléchit à la manière de répondre à ses questionnements.

Devait-elle prendre les devants et inventer une histoire expliquant le pourquoi du comment ?

Devait-elle lui dire la vérité et braver les instructions de la lettre alors qu'elle se l'était formellement interdit depuis des années ?

Mais elle fut étonnée.

Lorsque le Docteur, ouvrant le bouche, ne sortit rien d'autre qu'un : « Merci ! ». Les gens lui avaient si souvent exprimé sa reconnaissance sans avoir à lui demander comment il avait réglé les choses. Cette fois-ci, il sentait que c'était à son tour de s'en tenir à ce remerciement simple et sans complément.

« Il n'y a pas de quoi Docteur… »

« Le monde serait perdu sans vous… » compléta Rose.

« Nous serions perdu sans toi ! » ajouta Jenny.

Il leur répondit d'un sourire et replongea son nez dans sa tasse de thé.