Chapitre 14 : « Elles grimpèrent avec avidité les quelques marches qui les séparaient de l'étage… il resta en bas, attendant leur réaction… » Enfin pas tout à fait…

Elles étaient toutes les trois parties dans la chambre avec le sourire aux lèvres. Il avait fait mine de rester à siroter son thé en attendant leur réaction. Mais dès qu'elles eurent quitté le salon, les entendant grimper les escaliers, il se précipita dans la rue et mit en route le TARDIS. Il devait vérifier et préparer certaines choses. Si Stella avait certains secrets, il en avait lui aussi. Beaucoup d'éléments avaient pris sens ces derniers jours. Si une certaine partie de son périple en solitaire allait permettre à ses amies de vivre la soirée qu'elles avaient tant rêvée, une autre lui permettrait tout simplement d'être là pour vivre cette soirée à leurs côtés.

Le TARDIS l'accueillit avec des cliquetis joyeux. Elle savait qu'il allait provoquer un paradoxe, et elle n'était habituellement pas très d'accord avec ça. Mais cette provocation du destin n'avait d'autre but que de de permettre à ce destin de se produire.

Pour commencer, il se fit un devoir d'aller vérifier où en était l'évacuation de Tropica II. Sans se faire remarquer, il se posa à distance du complexe de la mairie. Une navette était en train de se poser à proximité lorsque, accroupi derrière un buisson fondant lentement, il s'installa pour observer ce qui allait se passer. Apparemment, ce n'était pas le premier voyage de la navette. En orbite autour de la planète, un vaisseau majeur attendait pour récupérer tous les survivants. Il repéra alors Ysher, toujours menotté. Ah ! Ses menottes, elles allaient lui manquer. Trois hommes étaient en train de le tirer à bord. Il était plus que réticent à rejoindre le vaisseau. Il savait ce qui allait lui arriver. Ainsi qu'à tous ceux qui avaient caché cette erreur de jugement. Ils avaient empiré leur erreur en risquant la vie de milliers de personnes. La justice allait faire son devoir…

Tranquille à propos de cette planète, il rejoint sa chère boite bleue. Et s'arrêta le jour même du départ de Jenny pour Tropica. Sur le chemin, alors qu'ils étaient en train de revenir au TARDIS, l'un de ses derniers souvenirs clairs était la volonté de la jeune fille d'acheter une robe précise pour aller au théâtre. Et maintenant que la soirée était belle et bien prévue, il allait aller lui acheter, cette petite robe bleue, légère et estivale dont elle rêvait. Dans la boutique, il trouva deux autres robes, l'une rose, et il savait à qui elle allait être destinée, et l'autre verte olive, qui irait parfaitement au médecin qui lui avait sauvé la vie. Elle n'était pourtant pas rousse… et lui non plus pensa-t-il en riant…

De retour dans le TARDIS, il calcula avec précision la destination suivante. Elle se devait d'être précise. Il ne devait vraiment pas se tromper. Il savait quand et comment une rencontre précise devait se passer. Et de cette rencontre dépendait sa vie tout autant que le produit possédait Stella. Le paradoxe ! Il allait provoquer les évènements tels qu'ils devaient se passer.

La boite bleue se posa dans le plus grand silence (pour une fois) dans le jardin londonien. La porte s'ouvrit sans un bruit. Dans sa poche, un trousseau de clé cligna. Portant les trois robes sur un bras, il le sortit et inséra la petite clé dans la serrure. L'obscurité lui fit rater la fente à deux reprises. Il se mordit les lèvres. Quelqu'un allait l'entendre… mais personne ne bougea. Attendant quelques secondes, il tourna finalement la clé et ouvrit la porte qui glissa dans un souffle. Grimpant l'escalier, il évita soigneusement la cinquième marche qui avait la mauvaise habitude de grincer. Arrivé en haut, dans le noir absolu, il ouvrit lentement la porte. Mais tomba sur un petit débarra. Un escabeau, une étagère avec un carton d'ampoules et un autre carton marqué « Fragile ». Haussant les épaules et le sourcil, il referma la porte et fit pivoter la suivante, tombant enfin sur la chambre de Jenny.

Il entra précautionneusement dans chambre, la porte l'aidant en ne faisant aucun bruit. L'espace d'un instant, il regarda la jeune fille dormir. Un rayon de lune éclairait son visage détendu. Il l'avait rarement vu aussi paisible. Se mordant la lèvre en sachant qu'il allait lui faire subir des heures terribles, il s'approcha d'elle. Mais, se souvenant qu'il portait les robes, il recula. Regardant autour de lui, il se demanda où il pouvait les déposer sans que Jenny ne les voit. Remarquant qu'il y avait deux armoires dans la chambre, il regarda dans les deux. Jenny n'avait déposé ses affaires que dans l'une d'entre elle. La seconde ferait bon accueil aux trois robes avant que les filles ne les découvrent dans quelques jours. Toujours sans un bruit, il accrocha les cintres. Qui cliquetèrent en touchant la barre de métal. Mais rien ne semblait perturber le sommeil de sa protégée.

Puis il s'approcha à nouveau de Jenny et s'assit sur le rebord du lit. Durant plusieurs secondes, il la regarda dormir. Ses cheveux éparpillés sur l'oreiller, sa façon de tenir le bout de sa couette comme un doudou d'enfant… il sourit, désolé à l'idée de devoir la réveiller. Il tendit alors sa main et lui caressa doucement la joue :

« Jenny… réveille-toi… réveille-toi… »

La jeune fille semblait réticente à quitter son rêve. Mais il insista, toujours en douceur… jusqu'à ce qu'elle ouvre les yeux. Elle se redressa d'un bond dans son lit, passant la main dans ses cheveux pour se recoiffer.

« Docteur, mais…que fais-tu ici ? Comment es-tu entré ? C'est encore un rêve ? »

« Non Jenny, c'est bien moi. Dis-voir, ça te dirait, un petit tour en TARDIS ? »

La lune reflétait dans ses yeux à moitié réveillés. Il sourit. Son regard innocent et plein de bonheur à la vue de son Docteur comblait ses cœurs d'une joie immense. Joie qui fut brisée à l'idée qu'il allait emplir ces yeux larmes dans peu de temps. Mais il ne lui montra pas. Il savait qu'il était obligé. Pour le bien de l'humanité. Et son bien à elle d'une certaine façon. Elle l'avait rencontré dans son futur, et ce futur avait fait d'elle qui elle était. Il ne devait changer ça.

« Heu quoi… » demanda-elle de sa voix encore endormie.

Elle n'avait pas bien écouté ce qu'il lui avait dit. Le sommeil avait encore raison de ses sens. Devait-il ne pas répéter ce qu'il venait de lui dire ? Non, il devait le faire…

« Une escapade, toi, moi et Rose… dans le TARDIS… » reprit-il dans un sourire qui se voulait chaleureux, cachant sa tristesse. Il se doutait que Jenny, dans son demi-sommeil, ne la repérerait pas. Mais c'était une vraie torture pour son âme de Time Lord.

« Tu sais bien que je ne dis jamais non à une balade spatio-temporelle, répondit Jenny dans un bâillement. On part maintenant… »

« Non, non…tu peux te rendormir…mais tu pourras nous retrouver demain matin, à 11h42 à proximité de la boutique de crème glacée…celle que tu connais… »

Elle ne remarqua pas l'émotion dans sa voix. Et ce sourire qui savait si bien cacher ses émotions profondes. Et si elle lui avait demandé ce qui 'il avait, si il allait bien, il lui aurait simplement répondu « Oui, tout va bien, je vais toujours bien… ». Cette phrase voulant toujours dire l'inverse de ce que sa bouche exprimait.

« Bien Docteur, à demain dans ce cas… » répondit Jenny et s'allongeant à nouveau.

Il s'approcha de sa joue et y déposa un baiser. Elle avait déjà les yeux fermés. Dans un souffle endormi, elle ajouta :

« Bonne nuit Docteur »

« A demain, ma Jenny… repose toi bien… ». Mais elle dormait déjà.

La regardant s'endormir, sans aucune idée de ce qui allait se passer, il sentit les larmes monter, mais les refoula d'un reniflement. Passant une dernière fois sa main dans les cheveux de son amie, il quitta la chambre sur la pointe des pieds, posant une dernière fois son regard sur elle.

S'adossant à la porte, il souffla un coup, se disant que de toute manière, il allait la retrouver, et que de toute manière, elle allait se remettre de tout ce qui s'était passé. Qu'elle se remettait toujours de tout.

Sans Jenny à bord du TARDIS, ils n'auraient jamais pu revenir sur Terre. Elle seule était capable de piloter le vaisseau

Rejoignant le TARDIS sans oublier d'avoir fermé la porte d'entrée, il mit en marche la boite bleue qui se reposa exactement au même endroit… mais plusieurs mois plus tôt.

Il lui restait une chose à faire… et non des moindres. Si personne n'avait été étonné de la dextérité de Stella à comprendre les données que lui montrait le TARDIS dans l'infirmerie, il n'en restait pas moins qu'elle les avait compris. Il se dirigea donc vers la maison de Stella, mais bien avant que tout cela n'arrive. Elle avait l'habitude des visites surprises de son Docteur. Mais s'étonna tout de même de le trouver seul. Il lui proposa une visite guidée de sa boite bleue et plus précisément du complexe médical, prétextant que ça lui serait utile dans son travail. Elle ne voyait pas bien comment. Il ne pouvait lui dire les vraies raisons… mais ne lui mentait pas, ça lui serait utile dans son travail, dans exactement 7 mois, 5 jours et 10 heures. Il proposa de servir de cobaye pour lui montrer les extraordinaires capacités de sa chère boite bleue adorée. Tout était inscrit dans sa langue maternelle, rien de plus simple. Et si elle fut quelque peu étonnée par les constantes du Docteur, comme par exemple sa température corporelle, elle approuva le fait que tout cela était vraiment clair et pratique. Après plusieurs heures, et deux tasse de thé, il rejoignit le TARDIS un peu plus souriant que lorsqu'il avait quitté Jenny. Entrant dans le vaisseau, il le fit se dématérialiser… pour se remartérialiser exactement au même endroit, mais 7 mois, 8 jours et 5 heures plus tard. Il sortit de sa chère boite bleue et rejoignit la maison.

Dans la seconde, il s'était retrouvé à la table, la tasse de thé encore chaude dans la main. Rose, Stella et Jenny étaient redescendues de la chambre, des étoiles dans les yeux.