Printemps 2006. Quelle histoire ! Une virée à bord d'un vaisseau extraterrestre et une nouvelle vie en moins de vingt-quatre heures. Qui aurait pu imaginer une chose pareille ? Pas Stella en tout cas. Ses parents avaient toujours été très terre à terre, et l'avait conditionné à ne croire que ce qu'elle voyait. Et inconsciemment, elle avait suivi cette voie. Pourtant, quelque chose lui disait que l'univers était bien plus vaste que ce qu'elle avait toujours imaginé. Les rencontres avec des êtres venus d'autres mondes ces dernières années l'avaient conforté dans cette idée. Puis le Docteur était apparu et lui avait confirmé.
Elle était à présent confinée dans un monde qu'elle ne connaissait pas vraiment, un monde qui lui rappelait son enfance. Enfin, son enfance…façon de parler… elle ne l'avait pas passé à Londres. Elle avait vécu toute sa vie à New York avec ses parents venant d'une classe relativement aisée. Elle ne connaissait que cet univers chic et très très médical, ses deux parents étant tout comme elle aujourd'hui médecins. Pourtant, elle se sentait à son aise dans cette ville au cœur des années 2000.
Un ami -très proche- de Jackie lui avait trouvé une petite maison en seulement quelques jours. Elle était à présent agréablement installée et tentait de reprendre une vie normale, enfin, tout du moins, aussi normale que possible. Elle essayait de trouver un poste de médecin et, à sa grande surprise, semblait sur le point d'y arriver… devait-elle remercier quelqu'un pour cela ? Elle se doutait que oui.
Son premier jour de travail commença comme elle l'avait imaginé. Elle se leva, alla prendre sa douche et mangea son petit déjeuner. Rien de plus banal pour une vie qu'elle espérait être à nouveau banale. Une fois prête, elle ouvrit la porte.
Ce fut à ce moment qu'elle l'aperçu. Ce petit carton posé en haut des escaliers de pierre menant à sa porte d'entrée. Presque personne ne savait qu'elle vivait ici… et ces personnes n'aurait aucunement eut besoin de déposer un paquet sur le pas de sa porte. A moins que…
Elle l'attrapa et regarda autour d'elle. A part la jeune femme rousse qui attendait tranquillement le bus comme tous les matins depuis qu'elle avait emménagé ici et le joggeur plutôt séduisant qu'elle avait également remarqué depuis plusieurs jours, personne ne se trouvait à proximité de son habitation.
Pourtant, particulièrement titillée par la boite qu'elle avait à présent dans les mains, elle se décida à aller poser la question à la femme à l'arrêt de bus.
« Bonjour. Vous allez surement me prendre pour une illuminée, mais… auriez-vous vu quelqu'un poser ce colis près de chez moi ? »
« Oh, bonjour, répondit la jeune femme avec un grand sourire. Non, je suis absolument navrée, mais je n'ai vu personne, si ce n'est ce jeune joggeur plutôt séduisant que j'ai vu passé il y a pas deux minutes… »
« Oh… je vous remercie… excusez-moi de vous avoir dérangé… bonne journée»
« Vous ne m'avez absolument pas dérangé, bien au contraire » répondit la femme en souriant.
Stella s'éloignait déjà quand la jeune femme reprit :
« Mais vous savez… si ce paquet vous a été déposé de si bonne heure, si j'étais vous, je ne tarderais pas à l'ouvrir, il se peut qu'il contienne quelque chose de très important ! »
« Vous avez raison ! » simplement Stella sans quitter le colis des yeux.
« Bonne journée docteur… »
Ces derniers mots réveillèrent Stella bien mieux que sa douche quelques minutes plus tôt.
« Qu'avez-vous dit ? » demanda Stella, stupéfaite.
« Bonne journée… euh…docteur… pardon, vous êtes bien médecin… votre badge… »
Stella regarda son pull. Oui, effectivement, elle était bien médecin. Mais ce mot… Docteur… il avait raisonné d'une façon bien étrange dans son esprit. Comme si… Non… elle se faisait des idées. Le Docteur l'avait marqué à jamais. Se faire elle-même appeler docteur était étrange à présent. C'était pourtant ce qu'elle était. Et ce qu'elle serait toujours.
« Bonne journée ! » répondit Stella de façon plus enjouée, comme pour briser ce sort doctoresque qui venait de l'emporter.
Jetant encore une dernière fois un coup d'œil à la jeune femme attendant le bus, elle entra et s'assit dans le salon.
Posant le paquet sur ses genoux, elle le regarda un instant, sans bouger. Qui aurait pu lui déposer ça, à part… Lui.
Elle allait être en retard à son travail… et pourtant, elle s'en moquait. Ses mains posées sur le carton ne savaient si elles devaient l'ouvrir avec hâte ou s'en méfier.
Finalement, elle décolla un premier côté, tira sur le collant puis ouvrit la boite par le dessus. Le carton n'était pas bien grand, mais ce qui se trouvait à l'intérieur l'était encore beaucoup moins. Minuscule même. Un petit flacon bleu…bleu Tardis ? Pas sur… et une lettre… rien de plus. Elle attrapa la mignonette et l'inspecta sous tous les angles. Il y avait un liquide dedans. Elle pouvait le voir onduler à travers le verre et lui donner par endroits un aspect irisé. Elle le posa sur la table basse et ouvrit la lettre, déchirant l'enveloppe avec soin. Elle était pressée mais elle se disait qu'elle devait être respectueuse de tout ce qui se trouvait dans ce paquet.
Le papier de grande qualité était soigneusement plié en trois dans son enveloppe nacrée.
« Typiquement féminin » pensa-t-elle à haute voix.
Dépliant la missive, elle commença la lecture avec une certaine appréhension.
« Ma Chère Stella
Ça me fait tout bizarre de m'adresser à toi par ce biais. Je dois dire que je n'en ai pas l'habitude.
Bref…
Il est inutile que je te dise que ce paquet est extrêmement important. C'est une question de vie ou de mort. Et ce n'est pas seulement une façon de parler. Toi seule seras capable de savoir quand et comment utiliser ce que contient cette fiole. Et ne me demande pas ce qu'elle continent, je ne le sais pas moi-même… Mais je suis bête, tu ne peux pas me le demander…En tout cas, je ne peux te dire que trois mots : Jenny, mains et œuf.
Je sais exactement ce que tu es en train de penser : « Mais qu'est-ce que je vais pouvoir faire avec ça moi? » Et rassures toi, c'est tout à fait normal. C'est extrêmement décousu, mais sois tranquille, le moment venu, tu comprendras et tu agiras comme il le faudra.
Et, oui aussi, rassures toi, tu ne seras pas « vraiment » en retard à ton travail.
Profites bien de cette première journée dans ta nouvelle vie.
A un de ces jours, ma chère Stella.
XXX
Ta plus grande amie.
Oh, et PS : Le jour où tu utiliseras ce flacon, tu pourras être certaine que ton jugement sera juste. Tu pourras toujours avoir foi en tes intuitions, et encore plus cette fois-là.
Et PS bis : Ce joggeur était particulièrement séduisant. Tu aurais dû lui courir après… en tout cas, pour ma part, à présent, je suis à ses côtés… »
A la lecture de ces mots, Stella se précipita dehors. Bien entendu, elle avait disparu. Elle aurait dû s'en douter. Sa façon de dire « Docteur ». Son sourire entendu. Sa manière de lui suggérer l'importance sous-jacente de ce colis…
En tout cas, qui que soit cette femme, elle semblait la connaitre, et bien la connaitre. Et elle ne savait pas pourquoi… mais elle avait l'impression qu'elle pouvait lui faire confiance. Comme à une sœur. Une sœur très proche dont elle aurait ignoré la présence durant des années. Une sœur jumelle qui ne lui ressemblait pas ? Non, son cerveau était en train de s'embrouiller.
Ne pouvant plus rien faire à ce sujet, tout du moins pour l'instant, elle suivit les conseils de l'auteur de la lettre, et retournant chez elle, attrapa le flacon et, le glissa dans le carton avec la lettre, le rangea précieusement dans le placard à l'étage après avoir griffonné la mention « Fragile » sur le côté et quitta son domicile pour sa nouvelle vie.
Arrivée dans la salle de détente de l'hôpital, elle rencontra son nouveau patron.
« Bonjour Docteur Kelly. C'est très professionnel à vous de m'avoir prévenu de votre léger retard. Je vous en remercie, mais ce n'est absolument pas grave. »
« Quoi ? » s'étonna la jeune femme.
Mais son patron avait déjà quitté la salle.
« Alors ? » demanda le jeune homme en survêtement.
« C'est fait ! » répondit simplement la jeune femme.
« L'avenir est en route alors ! Et apparemment, on dirait qu'il est sur la bonne voie… »
« Il l'est, puisque tu es là ! » compléta la belle rousse en attrapant le jeune homme par la taille et plongeant son regard dans ses yeux verts.
Il leva un sourcil, faisant mine de ne pas comprendre, lui sourit et, explosant de rire, s'empressa de l'embrasser.
