Chapitre Cinq
Ma chambre était un véritable capharnaüm quand j'entendis des pas, deux personnes, se diriger vers ma porte. Avant qu'on ne toque, je me trouvais derrière la porte et ouvrais d'un seul coup.
Amélie et Démétri étaient derrière la porte. Le vrai petit couple parfait…. Je m'écartais pour les laisser entrer. Am' remarqua l'état pitoyable de ma chambre.
_ Tu as fait quoi au juste ici ?
_ Passé mes nerfs et cherché mes bagues et mes bijoux. Toi, tu ne saurais qui les as ici ?
_ J'ai un prénom, Démétri, et si on te les a retirés c'est pour que tu ne penses plus à ceux qui te les ont offerts…
_ Que je n'y pense plus ? Vous croyez que je n'ai plus de cœur ?
_ Et bien théoriquement …
_ Mon cœur ne bat plus mais il est toujours là ! J'ai des sentiments…
_ Nous aussi nous en avons, c'est pour ça que…
_ Stop ! ça suffit, j'en ai marre ! De toute façon je ne les ai pas retrouvés et je ne les retrouverai plus jamais je présume…
Un lourd silence s'installa. Les yeux de braise d'Am' se tournèrent vers mon sac qui était fait à nouveau et près à être emporté.
_ Tu comptes vraiment partir alors ?
_ A ton avis ?
_ Mais où comptes tu aller ? chez tes parents ?
_ Je n'en sais rien ! Oui, je veux retourner chez moi. Je veux une vie normale, je veux retrouver ma vie d'avant, passer mon bac, aller à la fac, étudier l'infographie, avoir un métier, un homme à moi, des enfants, vieillir auprès de lui et mourir avec lui ! Voilà ce que je veux !
_ Mais on ne peut plus avoir ça ! dans tout ce que tu as dis on ne peut avoir que nos études et encore, si on se contrôle, et notre homme, c'est tout !
_ Je sais ! Je le sais ! Mais ça ne m'empêche pas de le vouloir…
_ Si tu retournes auprès de ta famille, tu les verras mourir… et puis les femelles sont stériles chez nous…
Alors ça aussi on me l'avait pris… remarque, c'était logique… Comment une morte pourrait donner la vie ? La colère me prit aux tripes. Il m'avait poussée à bout.
Une douleur dans les dents et dans les oreilles m'assaillit. J'avais mal. Pourquoi je ressentais de la douleur ? Je relevais la tête. A voir leur tête, j'avais compris que quelque chose n'allait pas… Cela m'énervait au plus haut point.
_ Quoi ? Qu'est ce que j'ai ?
_ Euh… Vas te voir dans une glace…
Malgré tout, je faisais confiance à Am'. Je me dirigeais vers la glace. Ce que je vis m'y fais peur et me fit bondir en arrière et me coller contre le mur. Je partis me recroqueviller dans un coin sombre. J'étais donc dans un angle de la salle, me tenant la tête dans les bras et les genoux contre mon front.
_ Mais…. Comment…. Pourquoi ? Je….
L'odeur de menthe au chocolat me revint aux narines. Ça sentait bon, ça m'apaisait. Je me sentais mieux. Mais lorsque ma langue toucha mes canines, j'en fus à nouveau bouleversée….
Je touchais mes oreilles… Elles étaient pointues…
_ Mais qu'est ce que je suis ? Qu'est ce que je suis ?
_ Tu es douée… Tu as le don de faire croire aux légendes sur nous… me dit Démétri en s'approchant avec Amélie.
_ Tu parles d'un don ! C'est une monstruosité, pas un don…
_ Enfin, un don, une capacité, je ne pense pas que ton don soit celui-ci…
_ Et comment je fais pour redevenir moi-même ?
_ Essayes de te calmer. De te détendre…
Je pris une mèche et commençais à la tortiller.
_ Laissez moi seule. Et puis-je avoir des feuilles et des crayons gris si vous en avez ?
_ Euh, je vais te chercher ça… Am', tu restes avec elle entre temps ?
_ Ouais.
Démétri parti en coup de vent. J'étais donc seule avec Am'.
_ Je ne sais pas qui choisir… toi ou Démé….
_ C'est bon, je ne veux pas savoir. Soit tu restes et on se reverra je ne sais pas quand, soit tu pars avec moi et tu ne reverras pas Démétri avant un moment… Je ne pense pas revenir ici… Tu fais ce que tu veux. Tu es assez grande pour prendre tes décisions. Moi je pars ce soir.
_ … J'espère qu'on se verra bientôt alors…
_ Ouais… J'ai tout mon temps maintenant…
Deux heures plus tard.
A en juger par la clarté qui ressortait des volets, il faisait nuit maintenant et personne ne se trouvait dans les rues à cette heure… Je pris mon sac sur mon dos. Je pris la feuille que j'avais laissée sur le bureau la regardait une dernière fois pour la reposer. Au moment où je sorti, l'odeur de menthe se fit plus présente. Je voulais la suivre d'instinct mais mon cœur me disait de partir d'ici le plus rapidement possible. Je franchis donc le labyrinthe qui menait à aux chambres et atterrit dans la salle des conseils. Aro m'y attendait avec un manteau anthracite dans les mains.
_ Alors tu pars vraiment ?
_ Oui.
_ Tu reviendras ?
_ Je n'en sais rien.
_ Saches juste que tu laisses deux personnes qui tiennent à toi ici, bien plus que tu ne le penses…
Il me tendit le manteau, je repoussais sa main.
_ Merci mais je n'en ai pas besoin. Pour Am', elle a quelqu'un qui la soutiendra si elle en a besoin… L'autre, je ne sais pas qui c'est, et si c'est vous, très franchement, vous laisser seul ne me dérange pas tant que ça…
_ N'oublies jamais qui t'a donné l'immortalité…
_ Je n'oublie pas non plus qui m'a pris ma famille, ma vie… Mais, j'ai une requête qui vous paraîtra égoïste et totalement déplacée de ma part…
_ Dis toujours.
_ Pouvez vous dire à Amélie dès que vous la verrez de passer par la chambre où j'étais et de regarder dans le tiroir du bureau… elle y trouvera quelque chose pour elle.
_ Je le ferais. En contre parti, repasses nous voir au moins une fois par an… c'est tout ce que je te demande…
_ Ouais, je comptais le faire de toutes façons…
_ Merveilleux.
_ Hé la ! Je vous arrête tout de suite, c'est pas pour vous que je reviens… C'est uniquement pour Amélie…
_ La raison importe peu ma chère… Tu es sûre de ne pas vouloir ce manteau, il te servira les jours de grand soleil…
_ J'en trouverais un. Au revoir.
_ Oui, au revoir. Prends soin de toi, et pas de repas dans Volterra….
Pour toute réponse je franchis le seuil de la salle et disparut de sa vue.
Je ne croisais personne dans le long corridor. Une fois dehors, l'air frais m'apporta les fragrance de la journée. Une merveilleuse journée chargée de monde et d'activité pour les diurnes. Les odeurs de nourriture humaine embaumaient l'atmosphère et pourtant celles-ci ne m'attiraient plus. Soudain l'odeur de glace à la menthe revint à mes narines. Je me tournais vers le château que je venais de quitter et je fixais mon regard sur une des meurtrières. Un mouvement vif puis plus aucun geste. Je me retournais une dernière fois et avançais vers la fontaine juste en face. Cette fontaine qui avait fait notre perte à Am' et moi…
Je m'en approchais et m'assied sur le rebord. Du bout des doigts je frôlais la surface de l'eau qui me parut tiède. J'étais heureuse à cet instant. Et lorsque je levais la main, l'eau suivit le mouvement. Je m'en amusais, créant des filets d'eau de plus en plus gros. Puis je me sentis faible et le filet d'eau retomba au sol. C'est à cet instant que je me levais et quittais Volterra, la cité de la mort et de la perdition, après un dernier coup d'œil vers la meurtrière d'où venait l'odeur qui m'attirait tant.
Dans le château, Aro se tourna et déposa le manteau dans sa propre chambre. A cet instant, une fusée passa devant la porte de sa chambre. La fragrance de la jeune fille lui dit qui elle était.
_ Amélie, Tesoro (ma chérie), tu cherches la jeune Impulsiva ?
_ Ne me dites pas qu'elle est partie ?
_ Si. A l'instant…
_ Non, elle ne m'a même pas dit au revoir !
_ Elle reviendra l'année prochaine…
_ L'an prochain ? pas avant ?
_ J'ai l'impression que plus elle nous évite, mieux elle se portera…
_ Vous peut-être…
_ Elle m'a demandé de te dire quelque chose avant de partir…
_ Qui est ?
_ Vas dans sa chambre, dans le tiroir du bureau elle a laissé quelque chose pour toi….
La jeune femme parti en vitesse. Elle arriva devant la chambre de son amie là elle ouvrit le tiroir du bureau et vit un papier. Elle le prit. Il s'agissait d'une enveloppe. Elle l'ouvrit en faisant attention à ne pas déchirer le contenu. Elle en tira une photo.
Aro arriva de par derrière, la curiosité était incarnée en cet homme. Il regarda la photo.
Dessus il put voir trois jeunes filles en tenue de soirée décontractée. La plus grande au milieu avait un sourire de fou furieux et les yeux fermés, elle tenait par les épaules les deux plus petites, une bien brune avec un sourire tout aussi inquiétant et l'autre fille, châtain clair avec un chignon travaillé tirait la langue en louchant. Une image de pur bonheur.
Amélie tourna la photographie et y lu au dos : Am', Lou et Kimi le Huit avril Deux mille dix
Une lettre était jointe.
« Ne nous oublies pas quand même…
J'essayerai de te revoir… gardes ton numéro de portable, je te contacterai quand je le pourrais…
Bisous
Ta Ronchonnette préférée »
La jeune femme en aurait pleuré si elle pouvait encore…
_ Comment veut-elle que je l'oublies ?
Démétri arriva à son tour. Il la pris dans ses bras où elle se blottit tendrement. Il la porta jusqu'à leur nouvelle chambre où ils ''dormaient'' à présent…
Dans une autre chambre, un homme fixait un point dans la rue en face. Il porta une main à son cou. Là, une chaine avec deux anneaux d'argent était accrochée. Il les prit dans sa main et porta l'anneau que la jeune fille portait à sa main gauche à son arrivée à Volterra à sa bouche.
Mini flash back
L'homme venait d'arriver dans sa chambre où il pourrait La voir partir. Il scruta l'horizon et la vit sortir. Il porta sa main à son cou. La jeune fille huma l'air et se retourna en fixant la meurtrière qui donnait sur sa chambre. Il se colla contre le mur et se cacha d'elle pendant quelques instants puis il regarda à nouveau par la fenêtre. Elle était assise au bord de la fontaine qu'il avait tant de fois observée. Elle y plongea sa main et un filet d'eau suivit le mouvement qu'elle faisait. Ainsi donc son pouvoir était de contrôle de l'eau… puis elle joua avec celle-ci. Au bout de quelques minutes, le filet d'eau, assez important, retomba au sol. Elle se leva. L'homme crut que son cœur se déchirait à nouveau lorsqu'il vit son visage se tourner vers lui une dernière fois pour partir pour de bon cette fois ci.
Fin du mini flash back.
L'anneau toujours à la bouche et l'esprit toujours dans le vague, le vampire n'entendit pas Aro arriver par derrière.
_ Tu ne t'es pas montré à elle… mon frère ?
_ Et pourquoi l'aurais-je fais ?
_ Pour les même raisons qui t'ont poussé à prendre ses anneaux de ses doigts…
_ Je les ai pris parce que je pensais que…
_ Que ?
_ Que rien du tout….
_ Tu sais, les jeunes filles ne se marient plus aussi tôt qu'à nos époques…
_ Pourquoi me parles-tu de mariage ?
_ Parce que l'anneau que tu tiens est celui qu'elle portait à son annulaire gauche…
_ … Ce n'était pas conscient…
_ Et c'est ce qui révèle tes sentiments pour elle mon frère…
_ Tss, foutaises !
_ Pourquoi ne lui as-tu pas dit au revoir ?
_ Au revoir ?
_ Oui, au revoir et non adieu….
_ Elle compte revenir ?
_ Je le lui ai demandé…
_ Dis plutôt ordonné…
_ C'est un échange de bons procédés, rien de bien méchant….
_ Quand ? Quand reviendra-t-elle ?
_ L'an prochain, voire avant… Je n'en sais rien…
_ Un an ?
_ Oui…. C'est une bien courte période pour nous immortels…
_ Parles pour toi…
_ … Alala, l'amour inconditionnel des immortels est une bien mauvaise chose lorsqu'il n'est pas partagé…
_ …
_ Je te laisse à tes méditations mon frère.
_ …
Il songea alors à ce qu'il devait faire pour la prochaine fois qu'il la verrait. Puis il remarqua quelque chose… Si elle s'était tournée et qu'elle avait regardé vers Sa meurtrière, cela voulait dire qu'elle avait forcément noté son odeur et que celle-ci l'avait fait se retourner…
C'était plutôt bon signe pour lui ça…
Alors, dans cette nuit noire, l'ex guerrier Romain d'origine nordique de l'an deux cent se mit à espérer au prochain retour de celle qui avait fait rebattre son cœur, si on pouvait dire…
