D'un grand coup de pied rageur, Charlie fit voler une pierre à une dizaine de mètre de lui. Fou. Il était en train de devenir fou. Rien de moins. À cran, il revint vers Manu. L'obscurité l'empêchait de voir son visage mais il sentait de la nervosité dans sa posture. Son ami semblait appréhender la colère du rouquin. Il faut dire qu'elle était célèbre pour ressembler de très près à celle de Molly Weasley.
« Combien de temps encore ? L'apostropha le rouquin en grognant.
- Une dizaine de minutes environs.
- Putain ! »
Encore dix minutes ? Dix minutes à attendre sans rien faire alors que sa famille se battait depuis maintenant plus de deux heures ? Manu sembla prévoir l'explosion de Charlie car il plaça ses mains devant lui dans un mouvement d'apaisement.
« Du calme Charlie ! Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ce qu'il se passe ? Tu-Sais-Qui est à Poudlard Manu ! En ce moment même ! Et tout le monde se bat contre lui là-bas ! Tous mes amis, ma famille, les professeurs, les dernières années ! Tout le monde ! Voilà ce qu'il se passe ! »
Son camarade blêmit violemment, fit trois pas en avant et bégaya :
« Tu-Sais-Qui est à Poudlard ? Mon petit frère aussi ! Depuis quand il y est ? Je croyais que c'était l'endroit le plus sûre d'Angleterre !
- Plus maintenant ! Il est en quelle classe ton frère ?
- Deuxième année à Serdaigle.
- Il a dut être évacué. Je pense qu'il ne risque rien pour l'instant. »
Cela sembla rassurer grandement Manu car il reprit un peu de couleur et souffla longuement pour se calmer. Mais Charlie lui, était bien trop inquiet pour y parvenir.
« Combien de temps ? Redemanda-t-il d'une voix tendue.
- Cinq minutes. J'espère qu'il n'y aura pas trop de morts… »
Instinctivement, la gorge du rouquin se serra et le goût amer de la bile se répandit dans sa bouche. Manu parût se rendre compte de sa bêtise car il baissa la tête, honteux.
«Excuse-moi… Je ne voulais pas…
- Je pense, répondit lentement Charlie pour gérer son angoisse, qu'on a une chance sur trois de mourir en participant à cette bataille. Et pratiquement toute ma famille est là-bas. Soit mes parents, ma sœur et quatre de mes frères. »
En gros, il y avait très peu de chance pour que sa famille s'en sorte indemne. Manu resta silencieux, respectant l'angoisse de son ami qui, à chaque minute qui passait, se sentait sombrer un peu plus dans une inquiétude sans fond.
Ginny ne devait pas avoir eu l'autorisation de se battre. Mais la connaissant, elle était sans doute passée outre. La colère gronda dans le cœur de Charlie à la même puissance que son angoisse. S'il lui arrivait quoi que ce soit, son agresseur allait regretter d'être né ! Et si elle n'avait rien, c'est elle qui allait regretter de s'être mise en danger.
Est-ce que Ron était à Poudlard ? Sans doute. Après des mois de fuite pour faire une mission dont personne ne connaissait l'objet, le benjamin Weasley n'allait sûrement pas rater la bataille décisive. La dernière fois que le rouquin avait eue de ses nouvelles remontait à plus de deux semaines et cela faisait presque un an que Ron était en cavale. Un an que Charlie n'avait pas vu son petit frère.
Les jumeaux et Bill aussi devaient se battre. Mais pas Percy. Pour la première fois depuis deux ans, le rouquin fut content que son cadet les ait trahit. Au moins il était en sécurité. Traître ou pas, Percy restait tout de même son frère.
De nouveau, Charlie sentit l'impuissance l'envahir. Que faisait-il ici alors que tout le monde était en train de se battre ? Et ce portauloin qui n'arrivait pas !
« Combien de temps encore ? Questionna-t-il pour la troisième fois, au bord de l'hystérie.
- Il aurait dut arriver il y a deux minutes !
- Quoi ? Rugit le rouquin. Il est en retard en plus ?
- Charlie ! »
Du coin de l'œil, le jeune homme vit accourir Camille.
« Charlie ! s'écria-t-elle. La ponte de la magyar à pointes se présente mal ! Le boss veut que tu y aille ! Tout de suite ! »
Le sang du rouquin ne fit qu'un tour. Ce boss lui tapait sur le système depuis plus de trois ans maintenant et le jeune homme trouva là une échappatoire à sa colère.
« Qu'il aille se faire voir ! Hurla-t-il. Ma famille se bat contre Tu-Sais-Qui depuis plus de deux heures et je ne sais même pas s'ils vont bien ! Alors si la ponte se présente mal, qu'il y aille lui-même ! Ou qu'il change de métier ! Je devrais être à Poudlard depuis longtemps déjà ! Et vous aussi ! Ce sont les élèves de septième année qui se battent et meurent en ce moment pour notre avenir ! Vous trouvez ça normal ? »
Les hurlements du rouquin avaient attiré l'attention de presque tout le camp et les travailleurs le regardaient à présent d'un air gêné. Après un long silence pesant, trois archéologues se détachèrent du groupe et s'avancèrent vers lui.
« Ma petite dernière est à Poudlrad, commença le premier. Tu as raison. Moi aussi je veux me battre pour qu'on puisse vivre en paix.
- Les mangemorts ont tués la famille de ma meilleur amie, renchérit sa voisine d'un air triste. On ne peut pas continuer comme ça. Il faut faire quelque chose. »
Le troisième ne dit rien mais hocha la tête gravement. Vu son jeune âge, Charlie songea qu'il devait être de la promotion des jumeaux, maximum.
Manu s'avança à son tour au côté du rouquin :
« Le portauloin est là. Je viens avec vous. »
Charlie ferma les yeux pour ne pas voir les regards honteux que se jetaient les autres. Ils n'étaient que cinq, pas un de plus, à vouloir se battre pour sauver leurs vies à tous.
Il se détourna, dégoûté, et posa sa main sur le vieux carton qui était apparu. Ses quatre camarades firent de même et le portauloin s'activa.
Ils atterrirent sur le chemin de traverse et un frisson désagréable courut sur le dos du rouquin. La ruelle était vide. Totalement vide. Presque toutes les boutiques étaient fermées, et les rares qui ne l'étaient pas étaient saccagées. Voir cette rue d'habitude si animée avec ce triste visage n'améliora pas vraiment le moral du rouquin.
Ses compagnons transplanèrent aussitôt pour Près-au-lard. Cependant, Charlie préféra passer par la boutique des jumeaux, voir s'il n'y avait vraiment personne. Mais la boutique était fermée, comme toutes les autres. Charlie se trouva stupide d'avoir pensé un instant que Fred et George auraient pu ne pas aller se battre et transplana à son tour.
Comme pour le chemin de traverse, le petit village de Prés-au-lard ou il allait autre fois faire ses courses lors des sorties autorisées de Poudlard était vide. Vide et silencieux. Charlie trouva étrange de ne pas entendre de bruits de bataille.
Son cœur se serra à l'idée qu'il était peut-être trop tard. Que Voldemort avait peut-être déjà gagné. Que tout le monde était peut-être déjà mort.
Il accéléra le pas et arriva dans le parc du château. Le jour était en train de se lever, mais les rayons du soleil ne rendaient que plus macabre la scène sous ses yeux.
Tout était silencieux, immobile. Par-ci par-là, des cadavres étaient disséminés. À chaque corps, Charlie vérifiait que ce n'était pas quelqu'un qu'il connaissait. Mais non. Il fût étonné de ne trouver que des cadavres de mangemorts, d'araignées géantes, de centaures, et même d'un véritable géant, mais pas de cadavres d'élèves.
Le jeune homme fronça les sourcils et se dirigea vers le château. On s'était battu ici. Mais s'était finit. Plus aucuns sons ne résonnaient dans le parc.
Il entra dans le grand Hall et entendit enfin quelque chose. Ça venait de la Grande Salle. Il poussa la porte et entra. Une dizaine de têtes se tournèrent vers lui, mais sinon, personne ne le remarqua.
Le tableau qui se peignait devant lui était saisissant. Charlie ne savait pas si les gens riaient ou pleuraient. S'était impossible à définir sur leurs visages. De longues séries de corps étaient allongés par terre, les uns à côtés des autres. Les cadavres des élèves que Charlie n'avait pas vus dans le parc. La bataille était donc finie. Harry avait gagné.
« Charlie ! »
À son nom, le rouquin fit volte-face. Juste à temps pour recevoir sa petite sœur dans ses bras. Il la serra très fort contre lui, sans lui crier dessus comme il se l'était promis, trop heureux de la voir en bonne santé. Il lui fallut un peu de temps pour s'apercevoir qu'elle pleurait.
« Ginny ! Qu'est-ce qu'il y a ?
- Il est mort… Charlie, il est mort ! C'est finit… »
Supposant qu'elle parlait de Voldemort, le rouquin lui fit un grand sourire et la serra plus fort.
« Oui, il est mort. On en est enfin débarrassé.
- Non ! Charlie ! Il est mort ! »
Voyant les pleures de sa jeune sœur redoubler, le jeune homme fronça les sourcils. Elle n'avait pas l'air heureux. Pas du tout.
« Ginny… Qu'est-ce qu'il se passe ? »
À présent, il avait peur de comprendre. Il refusait de comprendre. Quant à sa sœur, elle continuait de se serrer contre lui en sanglotant. Il lui saisit les épaules et l'écarta.
Vainement, il chercha son regard mais les yeux remplit de larmes de la rouquine se fermaient convulsivement sous l'effet de la tristesse. Charlie commençait à paniquer.
« Ginny ! Qui est mort ? Répond moi ! Dit moi ! Qui est mort ? »
La rouquine secoua la tête et se dégagea de son emprise. Vacillante, elle s'éloigna et il la suivit. Ils se dirigèrent vers le fond de la salle et Charlie sentait son cœur exploser d'angoisse à chaque fois qu'un nouveau corps entrait dans son champ de vision.
Soudain, dans un coin, il aperçut un attroupement à la chevelure rousse. Ils se tenaient en cercle, la tête baissée et le dos voûté.
Sans même sans apercevoir, Charlie doubla sa sœur et se mit à courir. Qui était mort ? Qui avait été assez stupide pour mourir ?
Quand il arriva à leur hauteur, il écarta sans ménagement les deux personnes qu'il identifia comme Bill et Ron et regarda le cadavre qui se tenait à ses pieds.
Ses jambes se dérobèrent alors sous lui. Il tomba à genoux, dans la même position que le jumeau restant en face de lui. Il sentit les bras de sa mère se resserrer sur son cou mais n'entendit rien de ce qu'elle lui disait. Pour lui, il n'y avait que ce visage. Ce visage si pâle qui, habituellement, s'ornait toujours d'un sourire narquois, rieur, mesquin, blagueur, et qui là, sans ce sourire semblait si… si… si anormalement calme !
À quatre pattes, Charlie se pencha au-dessus du corps de son petit frère et lui passa la main dans les cheveux. Là, sous sa paume, il sentit une oreille. Il releva la tête vers George qui regardait son jumeau d'un œil vide, le visage inexpressif. C'est ce visage qui fit craquer Charlie. Il sentit son cœur éclater et les larmes dévalèrent ses joues pour finir en cascade sur le visage de Fred. Il posa son front sur le torse immobile de son petit frère et hurla.
Il hurla car ce jour-là, ce n'était pas un, mais deux de ses frères qui étaient partis. Les jumeaux étaient morts. Définitivement. Il avait perdus deux frères.
Deux petits frères pour le prix d'un.
