5. Le vrai jeu
Toujours un grand merci à ceux qui laissent des reviews ! Dans ce chapitre, l'horreur absolue commence. Je ne sais pas pourquoi mes fics finissent toujours par avoir un côté macabre. Ca doit être mon éducation. Bref, si ça vous intéresse, pour visualiser un peu la scène, voici l'organisation autour de la table : A partir de Sherlock (qui est dos au mur et en face du salon). A sa gauche, Jim, puis Sebastian, Mycroft et Irène. A sa droite, John, Greg, Molly, Anderson puis Donovan. Ainsi, Irène et Donovan sont en face de lui. Bonne lecture !
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« Que la voyante se réveille. Qu'elle me désigne une carte… »
Mais Sherlock n'écoutait plus depuis un moment. Les paroles de Jim résonnaient dans ses oreilles à répétition, comme le refrain d'une chanson sombre. Qu'est-ce qu'il pouvait bien penser à ce moment-là ? Steven n'est qu'un homme normal, c'est-à-dire ennuyeux et idiot, même s'il est sûr qu'il l'est moins qu'Anderson. Les expressions qu'il utilise sont étranges, et si Sherlock avait écouté son instinct plutôt que ses déductions scientifiques la première fois qu'il l'avait vu il l'aurait trouvé suspect, mais qui ne l'était pas à cette table ?
Puis il se souvint de la réaction de Jim, il y a environ une demi-heure plus tôt :
« On se connait, non ? Vous m'avez demandé de tuer un type, une fois. »
Il avait cru que le génie plaisantait. Ca n'aurait pas été la première fois.
« Que les loups-garous se réveillent. »
Sherlock essaya de retrouver la silhouette du maitre dans le noir. Il était là, à deux ou trois mètres derrière la table, debout comme il l'était depuis le début, son visage caché par les ténèbres. Parfaitement immobile. Un peu trop, en fait.
Sherlock se rendit compte c'était sûrement cette position que Steven avait prit quand il avait commandé un meurtre pour Moriarty.
En parlant de Jim….
Le détective se tourna sans un bruit vers le criminel. Malgré son ton calme de toute à l'heure, sa respiration était saccadée, une goutte de sueur coulait de son front et il ne bougeait pas, mais ce n'était pas comme Steven, il était pétrifié.
Et si Jim Moriarty paniquait, c'était qu'ils finiraient tous probablement morts ce soir.
« Que les loups-garous me désignent leur victime. » Ordonna Steven.
Non. Non. Non, il fallait garder son calme. Ca n'était pas si grave. Pour l'instant, rien ne s'était passé. La première chose à faire, c'était de demander de l'aide par l'extérieur. Tant qu'il serait sous la surveillance de Steven, et qu'il ne comprenait pas la nature exacte de la menace, il ne pouvait rien faire. Mais ceux qui ne jouaient plus pouvaient servir. Pas ces deux idiots de Scotland Yard, mais Jim, s'il était libéré du jeu, pourrait trouver quelque chose.
Il montra du doigt le criminel consultant. Irène cacha son étonnement et le suivit.
« Leur choix a été entendu. Que les loups-garous se rendorment. Que la sorcière se réveille. Je lui montre la victime. »
Voilà, Jim. Je te libère du jeu, pensa le détective.
« Veut-elle la ressusciter ? »
…
« D'accord. Si elle veut tuer quelqu'un, qu'elle me la désigne. D'accord. La sorcière peut se rendormir. »
Steven éclaira la pièce. Sherlock en profita pour le re-détailler. Mais rien à faire : à part ce qu'il avait deviné, le reste demeurait mystère. Seuls les yeux du maitre lui jetèrent un froid : car malgré son sourire de papy gentil, il examinait chaque joueur présent, les jaugeant comme un tigre jaugeant des morceaux de viande fraîche.
« Cette nuit » déclara-t-il avec la délectation de quelqu'un qui a adoré les derniers retournements de situation, « il n'y a eu aucun mort. »
QUOI ? Sherlock observa Jim : ce dernier n'avait pas l'air, pas du tout, du tout bien. Il fallait lui parler. En privé. Maintenant. Et pour cela, il fallait créer une diversion.
« Hey, Mycroft, tu savais qu'Irène et moi sommes plus proches que tu le penses ? » Lança-t-il.
Puis :
« John, Donovan est un loup. »
Ensuite :
« Sebastian, Mycroft a longtemps torturé Jim. »
Enfin, alors que les premières exclamations fusaient :
« Lestrade, Donovan a failli tuer John cette nuit. »
Et voilà, un capharnaüm de cris, d'appels, de protestations, de questions virulentes. Mycroft, Sebastian et Irène s'entretuaient pratiquement, John, Lestrade et Donovan s'engueulant comme pas possible. Sherlock s'estimait une minute de tranquillité. Dans le brouhaha infernal il se pencha vers Jim et lui demanda très vite, murmurant chaque mot :
« Qu'est-ce qu'il se passe Jim ? Pourquoi tu ne t'es pas laissé faire tuer ?»
« Tu croyais m'aider, c'est ça ? » Jim aussi parlait très vite, et ses yeux reflétaient beaucoup plus qu'une simple frayeur. « Sherlock, si on meurt dans la partie, on meurt vraiment ! »
Le choc fit éclater de rire le détective, mais ses échos furent perdus dans le bruit de dispute.
« Tu es sérieux là ? »
« Il y a plusieurs années que Steven (je ne connais pas son nom de famille) m'a demandé mon aide. Le but pour lui était de tuer quelqu'un mais mon contrat n'était pas d'assassiner mais de capturer l'autre type. Sherlock, j'ai réussi à foutre sa cible dans une putain de cellule capitonnée ! J'ai laissé Steven seulement de cinq minutes là-dedans, en tête à tête avec l'autre. Et quand il en est sorti le prisonnier n'était plus là ! »
Cette fois, pensa Sherlock, Jim a vraiment débloqué.
« LE PREMIER QUI TOUCHE A MON FRERE JE LE DEBOITE ! » Hurla Mycroft à pleins poumons.
Une seconde de silence, puis…
« Espèce de pervers ! »
« Vous voulez votre frère pour vous tout seul, hein ? »
« Calmez-vous ! » Criait Steven, en vain.
« Sherlock, je te supplie de me croire ! » Jim avait attrapé le bras de Sherlock et le serrait très fort, mais le lâcha juste après. « Sebastian a examiné la salle de fond en comble, il n'y avait pas de sang ni rien d'autre, et Steven était parti sans explications, je ne l'ai jamais retrouvé, tu imagines le choc quand je l'ai revu ?»
« Jim, je fais tout pour essayer de te croire, mais j'ai du mal là… »
« Ha oui, et selon toi où sont passés Molly et Anderson ? »
Sherlock releva la tête. Il n'y avait personne dans la salle à part le maitre du jeu et les joueurs à table. Le canapé était désespérément, complètement, vide.
« Ils sont peut-être dans une autre pièce. » bredouilla-t-il, maintenant encore plus anxieux.
« Sans prévenir personne ? Votre appartement n'est pas si grand. »
« Ils seraient repartis… »
« Chez eux ? Il y a une dizaine de snipers qui visent le rez-de-chaussée et au moins trois militaires armés près de la porte, je ne bluffais pas, tout à l'heure, le premier qui descend sans que je renvois mes hommes se fait fusillé et une fausse voiture de police arrivera de la rue opposée pour m'évacuer Sherlock je t'en prie Steven les a fait disparaitre ! »
« ARRETEZ OU JE TUE TOUT LE MONDE ! » Brailla Steven.
Tout le monde se tut immédiatement. Sherlock, qui allait dire à Jim qu'il y avait forcément une explication logique, pivota très lentement vers Steven, ce dernier le fixant avec un sourire mauvais aux lèvres.
« Moriarty, Holmes, tout le monde a voté contre Donovan pour que, je cite, elle « cesse de beugler ses opinions de flic de bas-étage à tous vents », vous faites quoi ? »
« Il faut arrêter le jeu » balbutia Jim.
« Boss, qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda Sebastian, très inquiet.
Même Mycroft paraissait abasourdi par l'air effrayé de Jim.
« Ca reviendrait à tous vous éliminer, non, ce n'est pas drôle » répondit Steven en secouant la tête. « Et puis, ça défoule bien non ? »
« Pour sûr on continue ! » S'exclama Irène. « Je veux gagner ! »
« On veut tous gagner ! » renchérit Lestrade.
« Je vote contre Donovan » ajouta Sherlock, malgré l'air effaré de Jim. Le détective était décidé : Steven était louche, d'accord, mais pas au point d'avoir des pouvoirs surnaturels, ça n'existe pas ce genre de chose, et il était bien placé pour le savoir. Jim avait juste fumé avant de venir, c'était la seule explication.
« Bon, Moriarty c'est sûrement la même chose, donc Donovan était… une villageoise. »
« Ho, merde, » souffla Greg.
« Comme vous dites » répliqua Donovan.
Elle se leva et parti en trombe de la table, furieuse d'avoir perdu à ce moment du jeu.
Sherlock et Jim ne la quittaient pas des yeux.
Les autres se demandaient entre eux quels étaient les loups restant. Ils ne prêtaient plus attention à la jeune femme.
Donovan tourna sur elle-même : elle ne trouvait pas ses amis.
« Que le village s'endorme » ordonna Steven en se rapprochant de l'interrupteur.
Et ça se passa juste avant qu'il refasse sombre.
Sherlock vit Donovan se retourner, sûrement pour leur demander s'ils avaient vu Molly et Anderson. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Puis, alors que les autres avaient déjà fermés les yeux, alors que Jim et Sherlock la regardaient encore, ils virent une marque noir apparaitre au cou de Donovan, sans raison ni cause apparente, ils virent Donovan, sans un bruit, levant les bras en signe d'appel à l'aide, devenir violacée, ils la virent, les yeux exorbités, mourir d'asphyxie et disparaitre dans le salon, comme un fantôme qui se téléporterait d'une pièce à une autre sans que personne ne le remarque.
…
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Sherlock avait fermé les yeux, mais c'était pour éviter de regarder Steven et pour se remettre de ce qu'il venait de voir.
Il était figé de peur. Il était tellement terrifié qu'il semblait que son cœur allait exploser. Il tremblait de tous ses membres, et s'il n'avait pas fait noir, Steven aurait compris que Sherlock savait.
Sherlock savait que Steven venait de tuer trois policiers de Scotland Yard en s'amusant à les assassiner de façon identique à celle que le jeu décrivait. Il savait que si on meurt dans le jeu on meurt vraiment.
Ca ne pouvait pas être le jeu en lui-même. John avait déjà fait d'autres parties auparavant et il ne lui avait pas rapporté que les victimes des loups-garous se retrouvaient les entrailles à l'air.
Et puis Steven s'était retourné voir Donovan mourir. Il n'avait fait que secouer la tête pendant la femme en face de lui étouffait. Ca avait duré deux secondes, ensuite il avait éteint les lumières.
Sherlock croyait devenir fou.
Mais il ne l'était pas. Jim avait compris avant lui, il avait sûrement vu Molly finir comme Donovan. Cette dernière et Sherlock ne s'étaient jamais entendus, mais Molly est…était une de ses amies. Et le chagrin qui allait emporter Sherlock ne se déferlait pas car la peur prenait le dessus.
Il fallait arrêter le jeu. Avant qu'ils y passent à leur tour.
Mais Steven avait dit qu'abandonner revenait à tous les éliminer. Donc toutes les personnes présentes, s'il se rebellait publiquement, allaient disparaitre, et lui aussi. La perspective de mourir ne lui avait jamais semblé aussi proche. Et il ne voulait pas. Il avait tant de choses à faire encore sur cette putain de terre. Les enquêtes. Sauver la vie de John. Inviter Jim à diner.
Il devait stopper Steven.
Toute son âme, lui hurlait d'aller prendre un revolver et de tirer sur lui. Une seule chose le retenait : Jim. Pourquoi n'avait-il pas ordonné à Sebastian, qui avait toujours au moins quatre armes, deux à feu et deux blanches sur lui, d'abattre le maitre ? S'il ne l'avait pas fait c'était qu'il avait une raison, très bonne, de le laisser en vie, sinon son cadavre serait déjà à terre.
Mais cette raison, Sherlock ne la connaissait pas et c'était son tour.
En ouvrant les yeux, un détail qu'il remarqua lui fit un choc : les bougies des trois victimes étaient éteintes. Un gouffre noir s'étendait en face de lui.
Il observa les personnes restantes : John, une main sur la table, une main dessous, sûrement dans celle de Greg, grelottant à cause des courants d'air, Sebastian, tendu comme toujours, les sourcils froncés, qui crevait d'envie de demander quel était le problème de son patron. Son frère, calme. Malgré son génie, il ne se rendait pas compte de ce qu'il se passait. Pour une fois qu'il pouvait servir à quelque chose, il ne comprenait rien à la situation ! Sherlock aurait voulu l'avertir, mais il savait que c'était vain. Son frère ne lui faisait pas une once de confiance. Et il le prendrait pour un fou. Ce qui était compréhensible. Lui-même se prendrait pour un dingue s'il n'avait pas vu Donovan disparaitre de ses yeux.
Puis Irène lui fit signe de la main pour attirer son attention.
Qu'est-ce qu'elle voulait ? Elle non plus ne comprenait rien ! Pensa Sherlock avec colère. Ils allaient tous crever et seuls Jim et lui étaient au courant, et le pire c'était qu'ils ne pouvaient prévenir personne. Et les autres qui continuaient le jeu sans se douter de rien…
Irène insistait.
« Quoi ? » demanda-t-il silencieusement.
« Qui est-ce qu'on tue ? » articula-t-elle.
Le visage de Sherlock se décomposa alors pour ne former d'un masque de terreur absolue.
