Une petite partie, mais plutôt intense... A partir de celui-ci, je n'ai plus de chapitre d'avance, donc l'attente entre chaque risque d'être légerement plus longue, je m'en excuse d'avance. J'espère que vous ne vous perdrez pas en route ^^ Dernière précision, c'est après le 4x15 (Erica Flynn) que m'est venue cette Fic, donc je pense qu'il faudra se remettre un peu dans le contexte ;)
Flo: Merci, les réponses à la plupart des questions se trouvent dans ce chapitre ^^ Je prie pour ne pas m'être mélanger les pinceaux, avec tout ce que j'avais à faire dire à Lisbon...
Jae-J: Comme tu as les même questions que Flo, je te répondrais bien la même chose ^^ Mais merci de ta Review, j'aime beaucoup les review, je les chéris énormément xD
«You'll follow me back, bedshaped... You'll knock on my door and up we'll go, in white light, I don't think so [...] I know you think I'm holding you down, and I've fallen by the wayside now." Bedshaped - Keane.
...
Teresa remontait la rue qui menait à son nouveau « chez-soi », des paquets de courses dans les bras.
Elle n'avait atterrit à Washington qu'en début d'après-midi, il faisait alors un temps magnifique et elle s'était dit que c'était un bon départ. Quand le taxi l'avait déposé à l'angle de Colombia Heights et de la rue Fairmont, devant cette maison victorienne en briques rosées, la brunette était restée de longues minutes sur le trottoir avec ses valises à admirer sa nouvelle maison. Cette dernière, s'élevant sur deux étages, était si grande qu'elle avait été séparée en plusieurs appartements. Mis à part les nombreux avantages que vantaient l'annonce, comme le loyer raisonnable et la proximité du centre-ville, c'est l'architecture en elle-même qui avait attiré son attention. Le porche, longeant le contour des murs, sous lequel elle pourrait restée lire par jour de beau temps, ou finir de la paperasse plus probablement, et la fenêtre en baie dans sa chambre, comme lorsqu'elle était enfant, à une époque où sa famille était encore réunis…
Le temps que l'agent n'installe ses affaires, ce qui avait pris tout l'après-midi, puis partent acheter le stricte nécessaire à la superette du coin, le ciel avait viré au gris, la pluie menaçant de tomber sous peu. C'est pourquoi Lisbon, chargée de ses deux sacs, accéléra le pas en remontant son allée. Une fois à l'abri sous le porche et ses courses posées au sol, elle salua le prêtre qui lui faisait signe du seuil de son Eglise, située de l'autre côté de la rue. Ils s'étaient rencontrés un peu plus tôt alors qu'elle sortait déposer des cartons dans la benne et, en apercevant la croix autour du cou de Teresa, il avait de suite vu en elle une de ses futures paroissiennes. Bien qu'elle lui ait fait part de son peu de temps libre, le vieil homme ne semblait pas s'être résigné pour autant.
En enfonçant sa clé dans la serrure, l'agent remarqua que celle-ci n'était plus verrouillée. L'insouciance provoquée par son nouveau départ à DC s'envola net. Se faire cambrioler le jour de son arrivé, on avait vu mieux comme comité de bienvenue…
Elle posa ses courses sur le perron et, par réflexe, porta la main à sa hanche. Geste qu'elle comprit inutile lorsqu'elle réalisa, qu'étant en civile, elle avait laissé son arme à l'intérieur. « Et merde… » jura intérieurement la brunette. Elle fouilla aussi silencieusement que possible dans un de ses sacs, à la recherche d'une arme potentielle.
Une fois armée de sa boîte de petits pois en conserve, elle poussa doucement la porte qui émit un grincement strident. L'intérieur de la pièce était sombre, l'effet de contre-jour n'arrangeant pas sa visibilité, Teresa ne discernait que le contour de ses quelques meubles. Alors qu'elle vérifiait que personne ne se cachait derrière la porte, elle entendit des bruits de pas, qui semblaient provenir de la cuisine, se rapprocher d'elle. Enfin, elle aperçue une silhouette se planter en face d'elle, en plein milieu du salon.
- Vous ! Ne bougez plus, les mains en l'air ! s'écria-t-elle en brandissant son arme improvisée.
- Calmez-vous, c'est moi ! lui répondit une voix familière, dont la silhouette levait néanmoins les bras en l'air.
La jeune femme plissa les yeux, et reconnut son intru.
- Jane ?
Toujours les mains levées, celui-ci la dévisagea avec un air circonspect.
- Est-ce que c'est avec une boîte de petits pois que vous êtes en train de me menacer ?
- Euh… je… bégaya-t-elle en regardant son projectile.
- Vous comptiez faire quoi avec ? Me cuisiner en filet mignon ? plaisanta-t-il en baissant ses bras le long de son corps.
Le ton provoquant du consultant la sortit de son état de stupeur provoqué par sa présence surprise.
- Je peux encore vous la lancer en pleine figure, vous savez ? grommela-t-elle.
- Et c'est comme ça que vous m'accueillez ? Après avoir traversé le pays rien que pour vous voir, j'aurai pensé que…
- Vous n'aviez qu'à pas venir sans prévenir, rétorqua-t-elle sans réfléchir.
- Vous n'aviez qu'à pas partir sans prévenir, répondit-il froidement.
Lisbon soupira. Elle ne s'était pas préparée à cette confrontation, elle n'avait pas voulu y penser même si elle la savait inévitable. Maintenant il se tenait là, au milieu de son nouveau salon, la prenant au dépourvue et elle ne savait absolument pas ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire.
Elle reprit ses courses posées sur le perron et pénétra à l'intérieur de l'habitacle, refermant la porte d'un léger coup de pied.
- Je ne vous attendais pas aussi tôt, c'est tout… finit-elle par soupirer.
Il la suivit dans la cuisine qui juxtaposait au salon, une pièce tout en longueur dont les murs étaient peints en un mélange gris/vert, les placards et autres meubles en bois sombre faisaient ressortir le style victorien de la façade extérieure. Une seule fenêtre, au fond de la pièce, participait à l'éclairage naturel de celle-ci et, comme le temps était couvert au-dehors, il y faisait plutôt sombre. Pourtant, Teresa n'alluma pas la lumière, et elle s'afféra à ranger ses affaires en silence. Patrick en conclut qu'elle ne semblait pas décidée à lancer la conversation.
Alors qu'elle revenait vers le plan de travail, l'ancien medium jeta un sachet en papier, à moitié froissé, devant elle. Cette dernière se figea, son regard passant du sachet à son visiteur.
- C'était censé être votre petit déjeuner de ce matin… commença-t-il.
Elle se mordilla la lèvre inférieure, coupable.
- Je vous ai attendu, et puis je crois qu'ils n'ont pas très bien supportés les 5h de vols, continua-t-ils en désignant le sachet de beignets. Mais je les ai pris pour vous, et comme apparemment ce seront les derniers que j'aurais l'occasion de vous offrir, je tenais à ce que vous les ayez.
La jeune femme releva les yeux vers lui, laissant un court silence avant de répondre, comme si elle choisissait entre les différentes réponses qui s'offraient à elle. Attaquer tout de suite ou gagner encore un peu de temps…
- Donc, vous êtes venu jusqu'ici seulement pour m'offrir des beignets rassis ? finit-elle par demander.
Jane se pinça les lèvres et serra le poing jusqu'à en avoir mal. Cette femme allait le rendre fou. Depuis qu'elle était rentrée, il faisait de son mieux afin de ne pas lui poser la question qui lui brûlait les lèvres, de ne pas la secouer par les épaules en lui hurlant dessus. A la place, il essayait de garder son masque impassible, d'adopter un ton léger, d'amener le sujet en douceur pour ne pas la braquer et garder ses chances de la persuader de rentrer avec lui. Mais Lisbon mettait sa patience à rude épreuve, il sentait la colère monté en lui et son masque de maîtrise tomber petit à petit.
- Non, vous vous doutez bien que je ne suis pas venu pour ça.
- Alors pourquoi ? demanda-t-elle innocemment.
La mâchoire de Jane se crispa.
- Arrêtez de jouer ce petit jeu, Lisbon, siffla-t-il entre ses dents. Vous êtes… il inspira profondément afin de maîtriser les tremblements de sa voix. Vous êtes partit vivre à l'autre bout du pays sans prévenir personne, pourquoi ?
La brunette esquissa un sourire, sans joie.
- C'était si difficile de poser la question clairement ?
Elle passa devant Jane afin de retourner au salon, la cuisine étant trop exiguë pour ce qui allait surement suivre. Lisbon ne se sentait pas capable de rester aussi proche de son consultant. Ancien-consultant.
- C'est frustrant quand on refuse de répondre à vos questions, n'est-ce pas ? lança-t-elle en se dirigeant vers le canapé.
- Bon sang, Lisbon ! cria-t-il derrière son dos.
Elle se retourna sous la surprise de son haussement de ton. Le visage crispé, il avançait droit vers elle d'une façon menaçante.
- On ne parle pas d'enquêtes là, mais de vous ! Vous, partant à 4000km comme une lâche au beau milieu de la nuit, abandonnant tout derrière-vous du jour au lendemain ! Cela mérite une explication, non ? Vous me devez bien ça !
Teresa fit un pas en arrière en le dévisageant.
- Parce que, moi, je vous suis redevable ? elle émit un rire nerveux. C'est plutôt vous qui me devriez quelque chose, avec tout ce que j'ai fait pour vous ces dernières années ! Mais bien sûr, ca, vous vous en moquez bien. Vous vous fichez bien de moi ou de ce que je peux penser de toute façon… finit-elle en marmonnant.
- Vous savez que c'est faux…
- Et comment je le saurais ? Vous ne faites rien pour me le montrer, je dois me contenter d'y croire aveuglément. Ca a suffi jusque-là mais, il y eu cette histoire avec Erica Flynn et…
Le mentaliste la coupa.
- Attendez, vous n'êtes pas partit à cause d'elle quand même ? rit-il.
- Cette femme a le don de m'agacer, mais pas au point de me faire tout abandonner… répondit-elle sceptiquement.
- Alors pourquoi ? Je ne vois pas où vous voulez en venir, je ne comprends rien… avoua-t-il, perdu.
Elle soupira.
- Ce jours-là, dans l'affaire avec Erica, lorsque vous avez dit avoir besoin d'elle… Cela m'a fait réfléchir, vous savez ? Toutes ces années, je croyais qu'on était devenu… des amis, que l'on comptait pour vous.
En utilisant le « on », Patrick savait que l'agent parlait d'elle en particulier.
- Mais en faites, reprit la jeune femme, je me demande si nous ne sommes pas que de simples cartes dans votre jeu contre John le Rouge. Vous avez besoin de nous après tout, non ? Et vous nous avez déjà montré que vous êtes prêt à tout pour l'attraper. Si c'est le cas, alors je me sentirais vraiment idiote parce que je vous aurais fait confiance. J'ai risqué ma vie pour vous, mis ma carrière en danger, entachée ma réputation…
Elle repensa aux derniers mots de l'adjoint au Procureur, « C'est vous le problème… ». Jane s'apprêtait à intervenir, mais elle l'en empêcha.
- Quand on tient à une personne, on est prête à tout pour elle. Ce qui m'a incitée à partir, ce ne sont pas vos plans foireux ou votre incapacité à vous attacher, ce n'est même pas votre faute, mais la mienne. J'aurais fait n'importe quoi pour vous et, en faites, j'ai fait n'importe quoi. J'ai monté une opération dans le dos de mes supérieurs, vous ait indirectement aidé à tuer un homme, dissimuler des faits importants à mon équipe et à mes supérieurs à propos de John le Rouge, ait laissé couler le fait que vous ayez tué un homme de sang-froid en plein centre commercial, et Panzer bon sang !
Elle se passa une main sur le front en fermant les paupières un instant, comme si prononcer les faits à voix haute les rendaient encore plus impensables.
- Cette femme-là, ce n'est pas moi, je ne me reconnais même plus… Le pire dans tout ça, c'est que je ne l'avais même pas réalisé. Ces petits changements qui se font progressivement, si légers au départ qu'on n'y fait pas attention, et puis des années plus tard, on finit par se rendre compte qu'on n'est plus du tout la même personne. Par exemple, je ne vous aurais jamais cru capable d'assassiner quelqu'un avant, même quand vous clamiez le contraire. Puis il vous a frappé aux bons endroits, aux bons moments, et vous avez finit par devenir de plus en plus sombre, jusqu'à tuer sans ressentir de culpabilité.
La brunette planta son regard dans celui du mentaliste, et ils restèrent ainsi à s'accuser silencieusement l'un l'autre pendant de longues secondes.
- Aujourd'hui, je n'ai plus aucun doute sur ce que vous lui ferez lorsque vous le retrouverez… finit-elle par rajouter, sur un ton où se mélangeait déception et colère. Vous mettrez en place un de vos tours, je vous aiderais bien sûr, c'est ce que je fais toujours, puis une fois que vous aurez John le Rouge en face de vous, vous le tuerez. A moins qu'il ne vous tue d'abord. Dans les deux cas, qu'est-ce qu'il restera de moi, hein ? Je me ferais sûrement virer, pour vous avoir aidé ou ne pas avoir su vous gérer, je vous aurais perdu, vous et mon boulot. Je devrais vivre avec le fait de vous avoir aidé à vous envoyer en prison ou à vous faire descendre pour le restant de mes jours, à me demander ce que j'aurais pu faire pour vous en empêcher, ou si seulement j'avais suffisamment comptée…
Les yeux émeraude en face de lui se mirent à briller dans la pénombre, rendu pétillants par les larmes qui s'y accumulaient sans vouloir couler pour autant.
- Je ne veux pas finir comme ça, Jane… murmura-t-elle, sa voix se brisant sur le dernier mot.
Patrick déglutit, lentement, glacé d'effroi. Comment n'avait-il pas remarqué l'état de souffrance dans lequel son amie se trouvait ? Un état dont il était l'origine… Etait-il devenu si mauvais, au point de même faire du mal à Teresa Lisbon ? Jamais il n'avait ressenti un tel dégoût de lui-même qu'à cet instant…
Il voulut prononcer quelque chose, lui dire qu'elle se trompait, qu'il était désolé ou n'importe quoi d'autre, mais aucun son ne put sortir. Trop de pensées, trop de sentiments contradictoires se bousculaient... Alors il se contenta de baisser les yeux et, lentement, tourna les talons afin de se diriger vers la porte d'entrée et franchir le seuil sans même se retourner.
La porte claqua derrière lui, et Teresa se retrouva seule dans son nouvel appartement, plantée au milieu du salon où, finalement, la volonté ne fut plus assez forte pour retenir les larmes de couler.
Si elle détestait dire au revoir, ce n'était pas sans raisons.
TBC...
