Encore une fois, je remercie tout ceux qui prennent le temps de me laisser une petite (ou grande) Review, ca joue beaucoup dans ma motivation (et ca fait surtout plaisir ^^). Donc merci à vous, The lyly, Flo, caro94, sharon0701 et Mrs Elisabeth Darcy31 !
Flo: Ca faisait tellement longtemps que j'espère une telle scène, où Lisbon déballerait tout ce qu'elle a à dire, que ca a sûrement jouer dans le réalisme ^^ Je l'ai tellement imaginée... C'est un plaisir de lire tes commentaires à chaque fois, j'espère que cette suite te plairas ;)
III - « If you walk away, everyday it will rain… » It Will Rain - Bruno Mars
Eclairé par le halo des lampadaires le long des trottoirs, Jane errait dans les rues de Washington. Il avait perdu la notion du temps depuis qu'il était sorti de chez Lisbon , se repassant le film de leur dernière conversation en boucle, espérant y trouver quelque chose qui lui indiquerait quoi faire. C'est à peine s'il entendait l'orage gronder au loin.
Au bout d'un certain temps, il finit par se rendre compte que la nuit était tombée, et un premier élan de lucidité le gagna. Le consultant devait trouver un endroit où se réfugier pour continuer ses réflexions. Il ne connaissait pas la ville et s'il continuait à dériver de cette façon sans faire attention où il allait, il finirait par se perdre au milieu de la nuit, si ce n'était pas déjà fait.
Il tourna sur lui-même, essayant de se repérer au milieu de ces allées bordées de maisons immenses. Il lui semblait avoir continué tout droit depuis chez Lisbon, mais rien n'était moins sûr. Soudain, une lueur verte, qui se reflétait dans une vitrine en face de lui, attira son attention. Il avança de quelques pas afin d'identifier sa source, c'est ainsi qu'il trouva ce qu'il cherchait inconsciemment.
L'enseigne en néon verte désignait l'endroit comme étant le « Lou's City Bar », un bar de quartier qui conviendrait parfaitement à la situation. Il traversa la rue en trottinant et s'arrêta juste à temps pour tenir la porte à un couple qui sortait en riant. Il leur sourit, comme si leur bonheur le touchait aussi, mais à peine eût-il pénétré dans la pièce tamisée que son visage était redevenu aussi lisse qu'une toile vierge.
Il y avait peu de monde pour un samedi soir, quelques tables au fond de la salle étaient encore libres et le consultant s'y dirigea. La décoration se voulait sobre et moderne, sans doute inspirée de celles des bars-restaurants de grands hôtels. Une serveuse s'approcha de lui, sourire aux lèvres, afin qu'il passe sa commande.
- Un whisky, sans glace, lança froidement le faux médium.
- Je vous apporte ça tout de suite, répondit la jeune femme sans se départir de son sourire.
Tout en s'asseyant à sa table, il regarda la jeune rousse, sûrement une étudiante, slalomer gracieusement entre les tables et regagner le comptoir. Puis ses yeux se perdirent dans la contemplation de la table, revoyant le regard torturé de Lisbon se fondre dans l'orangé de la nappe.
« Si seulement j'avais suffisamment comptée… suffisamment comptée… »
Bonne question… Elle comptait énormément, c'était certain, mais… suffisamment ? Est-elle assez importante pour remettre ses idées de vengeances en question ? Il y a encore trois ans, cette question n'aurait pas suscité un tel débat intérieur mais, après toutes les épreuves qu'ils avaient vécu ensembles dernièrement, tout était bien plus compliqué.
Un bruit sourd juste devant lui le fit sortir de ses pensées. La serveuse venait de déposer un verre sous ses yeux, et le regardait à présent avec inquiétude. Lui avait-elle parlé ?
- Excusez-moi, vous disiez ?
- Je vous demandais si vous désiriez l'addition tout de suite ou si vous aviez l'intention de commander autre chose ? répéta-t-elle.
Cette façon détournée de savoir s'il comptait se saouler ou non ce soir, amusa Jane. D'ailleurs, est-ce ce qu'il voulait faire ? La situation l'aurait méritée, mais ce n'était pas vraiment le lieu, errer ivre dans la capitale à quelques rues de chez Lisbon, ce n'était pas très avisé.
- Je me contenterais de celui-ci, dit-il en levant son verre.
- Bien, dans ce cas je vous confie ceci, sourit-elle en lui tendant la note.
Elle le dévisagea une dernière fois puis, rassurée, repartit à l'autre bout de la salle. Pauvre petite, se dit le mentaliste en sortant un billet de son portefeuille, encore une dont le père lui avait volé sa jeunesse avec ses penchants pour l'alcool.
Il contempla le poison remué au fond de son verre, hypnotisé par les reflets ambrés du liquide dansant sous ses yeux.
Oui, tout était si compliqué maintenant…
Il porta le verre à ses lèvres et but rageusement une longue gorgée de whisky. Le liquide lui brûla d'abord le palais, avant de dégager une chaleur plaisante en s'écoulant le long de son œsophage. Jane ferma les yeux et savoura cette douce sensation.
Pourquoi avait-il fallut qu'elle soit si honnête, si généreuse, si gentille ? Pourquoi cherchait-elle toujours à le protéger alors qu'il ne le méritait pas ? Pourquoi n'était-elle pas partit dès le début ? Il aurait pu tomber sur n'importe quel flic en entrant au CBI, mais il avait fallu que ce soit Teresa Lisbon.
Il but une autre longue gorgée, salvatrice.
Le consultant s'était servi de ses méthodes, plus ou moins illégales, au nom du CBI afin de réaliser ses rêves de vengeance, ou d'attraper un meurtrier de façon divertissante, sans se soucier des conséquences pendant des années. Mais les conséquences de ses actes avaient une fâcheuse tendance à se répercuter sur son amie, et c'est un fait qu'il supportait de moins en moins. Il ne pouvait plus élaborer ses plans extravagants sans prendre en compte les risques qu'ils impliquaient pour la jeune femme, il ne pouvait plus s'empêcher d'éprouver un sentiment de culpabilité à chaque fois qu'il traquait John le Rouge. Il n'était plus aussi libre de ses mouvements qu'avant, et cela pour une raison qui le frappa au visage : Il avait de nouveau quelque chose à perdre, l'amitié de Lisbon. C'était peut être chose faite d'ailleurs…
D'une traite, il vida le reste de son verre. Les effets de l'alcool commèrent à se manifester, et Jane se sentit gagner d'un léger étourdissement qui ne lui était pas désagréable.
« Je deviens faible, par sa faute… » constata-t-il. « Et Lisbon qui pense que je moque d'elle, qu'elle n'a aucune espèce importance… » rit le blondinet amèrement, sentant une vague de colère monter en lui. « Elle ne comprend vraiment rien… Comment peut-elle être si aveugle ? Pourquoi dois-je toujours être obligé de lui expliquer ? Elle est si… »
Patrick sentait la pression augmenter à l'intérieur de son crâne, comme si l'étau se resserrait un peu plus à chaque pensée, le sang battant ses tempes dans un bruit assourdissant. Par réflexe, ses mains se refermèrent autour du verre vide.
« Stupide… »
Il resserra un peu plus l'étreinte autour du récipient, cherchant à compenser le flot d'émotions qui étouffait son cerveau.
« Stupide flic ! »
Les jointures de ses doigts blanchirent sous l'effort.
« Stupide… femme… »
Le verre se brisa dans un bruit sourd entre ses mains, mais c'est à peine si le mentaliste sentit les morceaux entailler sa chaire ou les dizaines de regards se vriller sur lui. Cependant, cela provoqua en lui un changement d'état d'esprit. Il se maudit immédiatement d'avoir osé penser de telles choses à propos de l'agent, s'il y en avait un de stupide entre elle et lui, c'était bien lui. Elle au moins avait osée dire ce qu'elle ressentait, lui n'avait même pas été capable de répondre, préférant fuir et se réfugier dans un bar, et boire.
« Je ne peux pas tomber plus bas… »
- Monsieur ? Monsieur, est-ce que ça va ?
Cette voix inquiète le ramena à la réalité et, après avoir repris conscience de ce qui l'entourait, remarqua la serveuse en face de lui qui le regardait avec des yeux ronds, une serviette à la main.
- Monsieur, est-ce que ça va ? répéta-t-elle.
- Très bien, oui, je… ça va… bafouilla-t-il.
- Vous êtes sûr ? Votre main, vous saignez ! Vous devriez soigner ça, dit-elle en lui tendant la serviette.
- Ca n'a pas d'importance… Je dois y aller.
Patrick se leva, mais en passant devant la jeune femme, celle-ci l'arrêta.
- Attendez, vous ne devriez pas…
- Ca va aller, la coupa-t-il en lui adressant un regard reconnaissant. Je dois retrouver quelqu'un, ça ira.
Il lui fit un sourire rassurant puis lui tourna le dos avant de traverser rapidement la pièce et quitter l'établissement, sans même une hésitation alors qu'il pleuvait des cordes dehors.
La jeune rousse interrogea son patron du regard et, de derrière son comptoir, il se contenta d'un hochement de tête négatif. « Laisse tomber, Kara ».
C'est donc ce qu'elle fit, soupirant alors qu'elle ramassait les débris de verres sur la nappe ensanglantée. Silencieusement, elle pria afin que ce pauvre homme arrive sain et sauf auprès de son quelqu'un.
…
Il était déjà bien tard. Teresa, qui avait abandonnée l'idée de pouvoir dormir depuis quelques temps déjà, était allongée sur son canapé, regardant les programmes télévisés défiler sous ses yeux sans y prêter beaucoup d'attention. Elle soupira en tombant sur une énième émission de cuisine.
« Joyeuse pendaison de crémaillère… » marmonna-t-elle tristement.
Puis on sonna à la porte, coupant la brunette dans ses sombres pensées. Qui pouvait venir sonner à cette heure ? Evidemment, elle pensa à Jane, ça ne pouvait être que lui. Pour autant, elle ne bougea pas d'un pouce, redoutant une seconde confrontation avec son ancien consultant.
Au bout de longues secondes de silence, on finit par frapper plusieurs coups timides à la porte. Lisbon ferma brièvement les yeux, puis repoussa le plaide étalé par-dessus ses jambes et se leva pour aller ouvrir. Une main sur la poignée, elle marqua un temps d'hésitation, revêtant une expression neutre, puis tira lentement la porte vers elle.
Jane se tenait debout devant elle, sous son porche, haletant et trempé de la tête aux pieds. Ses cheveux frisottaient dans tous les sens, indiquant qu'il s'était probablement passé la main dans les cheveux de nombreuses fois, de l'eau ruisselait encore sur son visage et son costume, imbibé, dégoulinait sur son perron. La marre formée à ses pied laissait entendre qu'il attendait ici depuis un bout de temps déjà. Le masque que c'était forgé la jeune femme avant d'ouvrir la porte disparut à l'instant où son regard se posa sur la main ensanglantée du blondinet.
- Mon Dieu, Jane… Mais qu'est-ce qui vous…
- Revenez ! lâcha-t-il désespérément.
Elle se recula imperceptiblement, surprise de la détresse perçue dans sa voix.
- Qu- quoi ?
- Je ne peux pas retourner à Sacramento sans vous, Lisbon. J'ai bien essayé de m'imaginer au CBI, effectuer une enquête, faire comme si rien n'avait changé, mais je n'y arrive pas ! Je n'y arrive pas, Teresa !
D'un pas, il se rapprocha de l'agent. Il voulait qu'elle voie son vrai visage, qu'elle constate par elle-même qu'il était sincère pour chacun des mots qu'il prononcerait.
- Vous comptez pour moi. Vous êtes la seule, qui compte vraiment.
Lisbon sentit son cœur se serrer à l'entente de ces mots, ceux qu'elle s'était résolue à ne jamais attendre de sa part.
- Vous êtes la dernière chose de bien qu'il me reste, reprit-il, la dernière personne qui m'incite à rester quelqu'un de bien. Si je vous perds vous aussi… Il baissa les yeux, peu habitué à se montrer aussi vulnérable. J'ai peur de sombrer définitivement… peur de celui que je pourrais finir par devenir.
Le mentaliste osa replonger son regard dans celui de son amie, elle ne riait pas, n'était pas soupçonneuse… Non, elle le croyait, ça ne faisait aucun doute. Pourtant, elle semblait en plein débat intérieur. Il nota l'émotion dans ses prunelles, la façon dont elle s'était penchée en avant comme pour le prendre dans ses bras, et sa main qui s'accrochait désespérément au cadre de la porte, se retenant d'avancer plus encore.
- Je sais ce que vous pensez, rajouta-t-il nerveusement, si je vous aimais autant que je le prétends, alors je vous laisserais commencer cette nouvelle vie loin de moi, pour votre bien. Mais je suis égoïste, vous l'avez dit vous-même et, je ne pourrais jamais me pardonner si je ne tentais pas, par tous les moyens, de vous convaincre de rentrer…
Après un court silence où il se ressaisit, Patrick reprit une dernière fois.
- Donc je vous le redemande, Teresa. Revenez, s'il vous plaît…
De longues minutes de silence s'écoulèrent, la pluie continuant de tomber autour d'eux, heurtant avec fracas le toit au-dessus de leur tête. Alors qu'il appréhendait encore la réponse de la jeune femme, cette dernière s'effaça dans l'entrée, l'invitant à entrer. Comme il ne bougeait pas, elle relança l'invitation à voix haute.
- Il faut soigner votre main, venez, dit-elle doucement.
Pour la première fois de la soirée, Jane prit enfin conscience de la douleur qui lui irradiait la main. Il grimaça, et la suivit docilement à l'intérieur de l'appartement.
- Vous n'êtes pas la première à me le dire ce soir, marmonna-t-il.
- Mais la première que vous écoutez, mmh ? sourit-elle en se retournant.
Il lui rendit son sourire. Oui ils étaient fort pour ça, avoir une discussion sérieuse et, la minute d'après, agir comme si de rien était. Leurs vies respectives étant constituées de sujets sensibles, c'était une habitude qu'ils comprenaient et maîtrisaient très bien. C'est aussi sûrement ce qui expliquait leur étrange amitié.
Après lui avoir retirée sa veste trempée et demandée à ce qu'il enlève ses chaussures, elle le conduisit jusqu'au canapé où elle le fit assoir.
- Je vais chercher la trousse à pharmacie et de quoi vous sécher, ne bougez pas.
Elle disparue en haut de l'escalier, à sa droite, et il l'entendit farfouiller dans ce qui semblait être des cartons. Quelques minutes plus tard, elle redescendait chargée d'une serviette, d'une trousse rouge et d'une assiette.
- Dites, vous ne comptez pas me manger la main j'espère ? demanda-t-il en désignant l'assiette du doigt.
- Il me fallait justement quelque chose pour accompagner les petits pois, répondit-elle avec un sourire carnassier.
Jane rit, se remémorant l'accueil de l'agent avec sa boîte de conserve un peu plus tôt. Elle vint le rejoindre sur le canapé, posa l'assiette sur la table du salon devant eux et lui tendit la serviette. Pendant qu'il se séchait les cheveux à l'aide de sa main valide, Teresa sortait désinfectant, coton et pince à épiler de sa trousse rouge.
- L'assiette, c'est pour y mettre les bouts de verre, expliqua-t-elle. J'ai cru en voir qui étaient restés incrustés dans vos plaies…
Le regard du blondinet fit des allez-retours entre sa main et la pince à épiler. Il grimaça.
- Je vous le confirme, Jane, ça ne va pas être une partie de plaisir. Enfin, pour vous… rajouta-t-elle en souriant.
- Faites-vous plaisir, torturez-moi, dit-il en lui tendant sa main. Je dois bien le mériter…
Il vit la mâchoire de la brunette se crisper alors qu'elle se penchait pour prendre la bouteille de désinfectant sur la table. Elle garda le silence et, sans hésitations, souleva délicatement la main blessée de l'ancien medium afin de l'asperger de produit. Il grogna en sentant les picotements douloureux enflammer ses coupures.
- Je peux savoir comment c'est arrivé ? demanda-t-elle en s'asseyant en tailleur face à Jane, sur le canapé.
Armée de sa pince à épiler, l'assiette coincée entre ses jambes, elle fit glisser sa main sur le dos de celle du consultant et la retourna afin de voir sa paume. Ses doigts étaient chauds, comparé à sa peau encore frigorifiée de sa course sous la pluie. Il nota la légère accélération de son rythme cardiaque à ce contact, sans pour autant en expliquer la cause.
- J'ai fait un bras de fer avec un verre, dit-il avec nonchalance. J'ai gagné mais il s'est défendu jusqu'au bout ce salopard…
Comme elle était penchée au-dessus de sa paume et que ses longs cheveux bruns retombaient en cascade le long de son visage, il ne put que l'entendre rire. Il se surprit à rire en retour, et cette fois, il sut pourquoi. Ici même, à cet instant, alors même que Lisbon lui retirait des débris de verres incrustés dans sa chaire, il se sentait bien.
- J'ai un instrument de torture plongée dans une de vos coupures, vous devriez éviter de me faire rire ! lui conseilla-t-elle, amusée.
- Pour une fois, je vais suivre vos conseils…
- Mmh… Vous auriez dû vous couper plus souvent, plaisanta la brunette.
Ils gardèrent donc le silence pendant qu'elle retirait la totalité des bouts de verre, un silence confortable seulement interrompu par le tintement du verre tombant dans l'assiette. Une fois cette partie douloureuse terminée, sans quitter la main de Jane, elle posa le récipient sur la table et se pencha un peu plus en avant afin de prendre le rouleau de pansement. Alors qu'elle glissait dangereusement vers le sol, le mentaliste la rattrapa de justesse de sa main valide et l'aida à se remettre droite sur le canapé.
- Merci, marmotta-t-elle embarrassée.
- Je serais toujours là pour vous rattraper, vous vous souvenez ?
Teresa sourit. Oui, elle se souvenait…
Toujours aussi doucement, elle commença à enrouler le pansement autour de la main de Jane, ses gestes étant probablement un peu plus lents que nécessaire.
- On dirait que vous avez fait ça toute votre vie, souffla le blondinet.
- Ma mère était infirmière, répondit-elle en levant brièvement les yeux vers lui.
Cette confession fut suivit d'un nouveau silence, mais plus court car Lisbon, toujours absorbée par le pansage du blessé, voulut se justifier.
- Ca… commença-t-elle.
- Oui ? l'encouragea-t-il.
- Ca n'a pas été facile pour moi, vous savez ? De partir, je veux dire…
Elle arrêta un instant ses gestes afin de le regarder et s'assurer qu'il la croyait. Une fois rassurée, ses doigts recommencèrent à glisser sur sa paume, caressant sa peau d'une manière attentionnée.
- C'est pour ça que je n'ai rien dis à personne. VanPelt m'aurait prise dans ses bras, Rigsby aussi peut être, et Cho… Enfin, je n'aurais pas eu le courage de partir après …
- Et moi, alors ? Qu'aurais-je fais ? demanda Jane, amusé.
- Vous, vous auriez sûrement manigancé derrière mon dos afin que ma demande de mutation soit refusée, puis après vous auriez fait comme si vous n'y étiez pour rien.
- Ca me ressemble assez, en effet, et vous l'avez dit sans même une once de réflexion… soupira-t-il. Je suis vraiment un con d'égoïste, n'est-ce pas ?
- Ca oui… confirma-t-elle.
La brunette releva ses prunelles émeraude vers lui, et sourit.
- Mais heureusement, vous n'êtes pas que ça…
Il sourit à son tour et, pendant un instant, le temps sembla s'être arrêté autour d'eux. Teresa s'était figée, tenant toujours la main de Jane et, assis l'un en face de l'autre, ils se dévisagèrent longuement, comme si une conversation muette avait lieu. Alors qu'il se sentait perdre pied, Patrick prit conscience de la dangereuse tournure que prenait la situation. Une tournure à laquelle il ne s'était pas attendu et qui rendait la décision de Lisbon encore plus douloureuse.
- Teresa, je dois savoir… Est-ce qu'il y a la moindre chance pour que vous décidiez de…
- Non, le coupa-t-elle. Je ne reviendrais pas au CBI, ce n'est pas possible.
- Pourquoi ?
- J'ai déjà pris des engagements ici, je ne peux pas me rétracter d'un claquement de doigt !
- Ce genre de détails peut facilement s'arranger, je pourrais…
- Non, vous ne comprenez pas, Jane ! Je ne PEUX PAS remettre les pieds à Sacramento ! s'écria-t-elle.
En une fraction de seconde, la brunette avait pâlit et une peur panique avait déformée ses traits. Avant que le mentaliste n'ait pu dire quoi que ce soit, elle s'était reconstitué un visage serein.
- Je veux dire, je ne peux pas et ne veux pas revenir, expliqua-t-elle posément. Washington, le FBI… J'ai besoin de ce changement, c'est ce qu'il me faut.
- Mmh… acquiesça le blondinet, peu convaincu.
Il avait bien vue l'expression de terreur traverser le visage de l'agent, mais son intuition lui souffla de ne pas insister, elle ne dirait rien. D'autant qu'elle ne reviendrait pas sur sa décision, elle ne rentrerait pas avec lui, et c'est tout qu'il y avait à retenir au final.
Ses épaules s'affaissèrent, déçu de ne pas avoir réussi à la convaincre. Consciente de ce qu'il devait éprouver, Lisbon reprit distraitement ses soins, le laissant vaquer à ses pensées.
- Je pourrais rester ici… murmura-t-il, si bas qu'elle crut l'avoir imaginé.
Lorsqu'elle releva les yeux vers lui, un sourire illuminait les traits du consultant.
- Oui, je pourrais rester ici, à Washington ! s'exclama-t-il à voix haute cette fois.
- Mais bien sûr, rit la jeune femme.
- Quoi ? Pourquoi ça vous fait rire ?
- Vous dites ça comme si vous comptiez vraiment le faire, quitter le CBI, l'affaire John le Rouge… Nous savons tous les deux que ça n'arrivera jamais, rit elle à nouveau, comme si c'était la meilleure blague entendue depuis longtemps.
- Je suis sérieux, Lisbon.
Et en effet, Teresa cessa de rire à l'instant même où elle vit l'air sincère de l'ancien medium.
- Qu-quoi ? bafouilla-t-elle.
- Ecoutez, quand j'ai compris que vous ne reviendrez vraiment pas, cela m'est apparu comme une évidence ! Je vous ai dit que je ne m'imaginais pas rentrer sans vous, je ne vois pas d'autres solutions…
- Mais… vous… elle prit une profonde inspiration afin de se remettre les idées en place. Et John le Rouge ?
- Le FBI est aussi mêlé à l'affaire maintenant, donc je pourrais toujours…
L'agent regarda ses genoux, croulant sous le poids des désillusions. Puis elle sentit quelque chose lui caresser le poignet, et des doigts s'entremêlèrent aux siens.
- ne rien faire… soupira-t-il. Honnêtement, Lisbon, ce n'est pas ce qui m'importe en ce moment…
- En ce moment, oui bien sûr… répéta-t-elle sceptiquement. Mais qu'en sera-t-il lorsqu'il frappera à nouveau, hein ? Moi je vais vous le dire : vous replongerez dans le même cycle infernal qui m'a poussé à partir, et vous retournerez à Sacramento en courant. Vous n'abandonnerez jamais votre quête de vengeance, mais moi, oui…
Patrick se pencha vers elle et exerça une légère pression autour de ses doigts fins.
- Vous avez tort.
- Non, Jane, arrêtez de…
- John le Rouge, la coupa-t-il, m'a pris ma famille et a volé neuf années de ma vie. Je crois qu'il est temps…d'arrêter les frais. Je ne veux pas aussi vous perdre à cause de lui…
Il fallut un moment à Teresa pour encaisser les paroles de son ancien consultant et, même après ces longues secondes de silence, elle ne parvenait pas à réaliser ce qu'il se passait.
- Vous… vous renonceriez à poursuivre l'homme qui a assassiné votre femme et votre fille, celui que vous traquez depuis neuf ans… pour moi ? balbutia-t-elle, sa voix à moitié étranglée.
Il planta son regard bleu azur dans celui, émeraude et étonnement brillant, de l'agent, répondant avec une sincérité dont il n'avait encore jamais fait preuve auparavant.
- Oui.
Une larme coula le long de sa joue, et elle dû fermer les paupières un instant. Elle prit alors conscience des caresses que Jane effectuait instinctivement sur le dos de sa main. Maintenant qu'elle y repensait, il faisait ça depuis déjà plusieurs minutes, mais aucuns des deux ne semblait l'avoir remarqué.
Elle retira sa main et se leva précipitamment du canapé, manquant de trébucher contre l'accoudoir.
- Je-je peux pas…. Je suis désolé, c'est…
La fin de sa phrase mourut dans un sanglot et, sous le regard pétrifié du mentaliste, tourna les talons pour disparaître en haut des marches, où une porte claqua, l'écho résonnant sinistrement à travers l'appartement.
TBC...
Je suis ouverte à toutes critiques, si c'est fluffy, ne m'épargnez pas s'il vous plaît ^^
