J'suis à fond en ce moment. Et en plus ça devient de plus en plus long.

Attention, scène explicite (quoique très courte) de sexe ici.

C'est mon premier écrit Angst sur ce fandom. Ça reste assez léger malgré tout, mais moi qui pensais que c'était carrément impossible de fabriquer du Angst avec One Piece...


C'était sporadique, au début.

La première fois, je ne m'en souviens pas. C'était trop confus, sans doute, trop irréaliste et trop éphémère. Animal. Je ne répondais plus vraiment de mes actes. J'ai juste eu foutrement envie de m'envoyer en l'air. Sans sentiments et sans fioritures.

Ça n'a pas été sans peine de t'avoir sous moi, nos corps échevelés par une lutte intense pour être celui qui aurait le dessus. J'ai eu ce que je voulais, probablement parce que j'avais l'initiative. Ou parce que tu devais avoir, toi aussi, trop longtemps attendu une telle opportunité pour résister éternellement. Je t'ai pris sans remords, sans vergogne.

Une fois notre plaisir consommé, j'ai classé cet épisode dans le rayon « ne s'est jamais produit » de ma mémoire. Nos rapports n'ont pas changé d'un iota après ça j'en ai déduit que comme moi, tu avais décidé, de manière tout à fait inconsciente, d'oublier cette nuit. Une nuit sans conséquence.

Il s'est écoulé plusieurs semaines… Non, plusieurs mois avant que ça ne se reproduise. Je ne m'attendais pas à ce qu'on recommence, pourtant. Je ne sais pas non plus si j'en avais envie. Je ne pense pas avoir souffert du manque, même s'il était bien là, latent, j'ai su faire avec. La perspective de réitérer l'expérience et que cette fois les rôles s'inversent, annihilait plus mon excitation qu'elle n'exacerbait mon impatience.


La deuxième fois, par contre, je m'en souviens très bien.

Ce n'est pas bien difficile de se croiser quand la nuit tombe et que je suis le dernier à sortir de la cuisine, après l'avoir nettoyée. C'est toi qui m'attendais. Ou qui ne m'attendais pas. En tout cas, tu étais planté derrière cette porte, le dos tourné, accoudé presque nonchalamment à la rambarde. Tu devais être de garde, pour traîner dans les parages au lieu d'aller t'enfoncer dans ton sommeil obstiné. Et moi, au lieu de t'esquiver sans te jeter un regard, je me suis figé sur place.

Tu n'as même pas sourcillé quand je t'ai provoqué en collant mon bassin au tien, sans t'enlacer. Pour seule réaction, j'ai senti un frisson courir sur ta nuque. Un frisson visible à l'œil nu. Ça m'a fasciné.

Par un croc-en-jambe, je nous ai fait tomber à terre, là où nous étions. Là non plus, tu n'as opposé aucune résistance. C'était si facile ! J'ai mordu ta chair entre le cou et l'épaule. Toujours ce même goût métallique, celui du sang des ennemis qui a fini par s'imprégner sur ta peau.

Puis je me suis vu ouvrir ton pantalon, baissé ton caleçon. Surveillant ton expression indéchiffrable du coin de l'œil, mes mains ont commencé un mouvement de va-et-vient doucereux sur ta verge. Ta respiration a fait un accroc. Et j'ai sucé. Fort.

Pas un gémissement ne t'a échappé. Tu contiens tes effusions à merveille. Mais ton visage te trahit, bien que tu caches tes yeux de ta main, il m'est facile d'observer la coloration chaude qu'ont pris tes joues. Très vite, je t'ai emmené au point de non retour, encouragé par ton souffle de plus en plus erratique et tes hanches qui se tordaient convulsivement. Tu as essayé de me repousser, faiblement, dans un dernier sursaut de protestation… Mais c'était peine perdue, tu es venu dans ma bouche, brusquement.

En m'essuyant celle-ci, j'ai constaté que tes traits étaient presque redevenus de marbre. Pourtant, pendant un bref instant, j'ai pu capturer ton image à la volée, cette seconde rare et curieusement précieuse où ton visage s'ouvre, t'éloigne du démon pour te rapprocher de l'homme. J'ai l'impression d'avoir la responsabilité de ne jamais communiquer cette intuition à quiconque. Ta langueur doit demeurer secrète.

Je n'avais toujours pas joui, et mon entrejambe était raidie par le désir de te prendre.

C'est là que, la respiration encore sifflante, tu as ouvert les genoux. Pas outrageusement, mais juste assez pour que ce soit significatif. Ton regard las, sans l'ombre d'un reste de volupté, m'a brièvement accroché avant de retomber au sol. C'était une invitation… Non, une offre. Tu t'es offert.

J'ai eu froid soudain, mais la fraîcheur nocturne n'y était pour rien.

Oh, je sais que tu n'éprouves rien à mon endroit. Même si c'était le cas, je n'aurais jamais pu me le figurer, j'ai déjà rejeté cette éventualité en bloc. Nous nous contentons de satisfaire nos désirs exacerbés par une abstinence forcée. Mais la première fois au moins, tu avais fait montre d'une pugnacité qui te ressemblait. J'avais savouré notre corps-à-corps d'autant plus qu'il s'agissait d'un trophée, comme un insigne pour avoir réussi à te dominer. Généreux pourboire… Car derrière ce langage violent qui est le nôtre, il y avait une indicible volupté, je l'ai bien senti.

Mais cette fois, tu n'as même pas cherché à me résister. C'était une victoire factice, illusoire, sans saveur. Non, ce n'était même pas une victoire. Car il n'y a pas eu de combat.

Je suis mu par une conviction irrévocable. Si le plaisir charnel est réduit à ma seule libido, alors je refuse de participer à un viol consenti.

Comment peux-tu laisser faire, bon sang ? Et ta fierté ? Et ton estime de toi… Dans le sexe, tu perds ton identité.

J'ai eu peur de perdre la mienne aussi… Comme si, l'espace d'un instant, j'aurais pu profiter de cette brèche et abusé de toi.

J'ai reculé. J'avais le vertige. Envie de t'asséner un bon coup de poing dans la figure. Envie de chialer, même. Je savais que si je te baisais maintenant, je ne pourrais plus me regarder dans une glace. Que si je m'abaissais à profiter de toi, seulement parce que tu as renoncé à te défendre, je ne te considèrerais plus comme un égal, mais comme mon jouet sexuel.

Tu n'as plus rien fait, tu attendais. Sans peur, sans désir, sans reproche. Dans l'indifférence la plus totale. Comme si ça n'avait pas d'importance.

Pour me distraire de mon trouble, je me suis penché vers toi et t'ai embrassé. On ne s'était encore jamais embrassés, auparavant. On avait fait ça mécaniquement, comme des bêtes. Mais les animaux, eux, ne s'embrassent pas. J'ai eu brusquement envie d'apporter un peu d'humanité à nos rapports si inconséquents.

Tu t'es laissé faire avec cette même passivité insupportable, répondant au baiser ce qu'il fallait pour que ce ne soit pas qu'un échange de salives. Puis tu as rompu l'étreinte et recouvert l'usage de la parole.

« Et toi… ? »

Un souffle atone.

« Moi, ai-je répondu, sentant mon érection douloureuse, je finirai tout seul. »

Tu as secoué la tête et la seconde suivante, tu me plaquais au sol avec une force nouvelle. Je n'ai pas pu me défendre, et quand tu as pris mon sexe en bouche, je n'ai plus du tout eu envie de me débattre. Je me suis laissé aller à me pâmer sous la caresse, à connaître ce même plaisir que je venais de te faire éprouver.

Devais-je croire que tu avais repris tes esprits, ou que, bien au contraire, tu étais de plus en plus méconnaissable ? J'ai eu un accès de faiblesse et n'ai pas riposté comme je l'aurais dû, mais alors que tu me suçais, je t'en ai voulu. Profondément. Injustement.

Tu me fais prendre goût à l'interdit, je vais à l'encontre de l'éducation que j'ai reçue, je viole tous mes principes… Et ça me fait peur. Parce que c'est contraire à ma nature, parce que ce n'est pas moi.

Cette jouissance a le goût amer de la trahison. Trahison envers Nami, trahison envers Robin. Trahison envers toutes les femmes que j'ai courtisées. Trahison envers moi-même, surtout.

Et toi, seul complice et témoin de mes tourments, tu sombres avec moi dans ce plaisir chimérique… Est-ce que toi aussi, tu te demandes si c'est bien ou si c'est mal ? Si on s'abandonnera encore, avidement, si on essayera de sauver les lambeaux d'orgueil qui restent ?

Sur le moment, l'acte en lui-même ne me dérange pas. Ce sont toutes les réflexions qui m'assaillent après qui me torturent. J'aimerais être incapable de penser. Ou être capable de surmonter le manque. Ou bien est-ce que ça sera comme la nicotine, je ne pourrai plus m'en passer ?

Ton regard incertain était planté dans le mien, mais j'avais l'impression d'être ailleurs, loin d'ici. Comme si j'avais perdu mon point d'amarre et que j'errais sur une mer houleuse, tel un naufragé accroché à une planche salutaire.

Et quand mon bras entoure étroitement tes épaules et que je pose mon front contre ton sternum, comme je l'ai fait cette nuit-là, j'ai l'impression que c'est toi, mon salut.


J'espère que Zoro ne sera pas trop considéré comme OOC. De mon point de vue il ne l'est pas, mais je suppose qu'il faudrait être dans ma tête pour comprendre. x)