voilà la suite, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ;)
CHAPITRE IV
Aussitôt rentré, il s'enferma dans la salle de bains. Il avait besoin d'un moment seul, et d'un bon bain chaud. Les efforts de la journée menaçaient de se faire ressentir. Aussi, préférait-il prendre les devants. Il ouvrit les robinets, régla le thermostat sur 40 °C et commença à se déshabiller. La grande baignoire ronde mettait un temps fou à se remplir, lui laissant le temps de fureter. Tiens, elle portait Poison comme parfum. Pas étonnant... Sourit-il intérieurement. Oh, et ça ? Du bain moussant ! À la lavande, fourni par l'hôtel. Il l'ouvrit, huma l'effluve qui s'en dégageait. Ça sentait un peu la bombe pour sanitaire. Parfait, ça ferait l'affaire. Il versa plus de la moitié du flacon sous le robinet. Attendre, il n'y avait plus que ça à faire.
Il posa son magazine au sol. Pas moyen de se détendre. Pourtant, les jets étaient une pure merveille. L'eau à température idéale, dégageant une odeur presque nauséabonde qui le faisait sourire. Quand elle allait sentir ça... Elle, justement, c'était elle le problème. Elle, elle, elle. Il n'arrivait plus à se l'enlever de la tête. Elle et son regard intense. Elle et son sourire charmeur. Elle et ses atouts physiques. Oui, rien ne l'attirait plus que sa poitrine généreuse et ses fesses rebondies. C'était physique. Basique, animal. L'attirance d'un homme pour une femme.
Mais pourquoi alors avait-il trouvé le besoin de lui acheter ce bonnet et ces gants ? Pourquoi l'inviter à venir à New York avec lui ? Pourquoi se sentir si bien en sa présence et avoir toujours envie de plus ? Pourquoi ne pouvait-il plus se l'ôter de la tête ? Il en devenait fou. Il retira ses lunettes, les posant sur son magasine avant de se pincer le haut du nez. Il devait trouver une raison rationnelle à ses agissements.
Commençons par le bonnet, les gants et l'écharpe. Pourquoi les lui avoir achetés ? Il faisait froid, elle grelotait. Il avait eu pitié d'elle et de ses lèvres bleutées. Ou un élan de galanterie, héritage de notre société judéo-chrétienne. On ne laisse pas une femme souffrir... Et puis quand elle était contrariée, elle devenait pénible. Et ça, ce n'était rien de le dire ! Il la côtoyait depuis assez longtemps pour le savoir. Ils étaient plus ou moins en vacances, il voulait passer un bon moment (en sa compagnie) et éviter toute forme de conflit. Il se passa une main sur le visage. Lui, éviter le conflit ?! Il en riait intérieurement. Non, c'était autre chose. C'était comme si une force l'avait poussé à agir ainsi, s'il n'avait pas eu d'autres choix que de le faire. Mélange de pitié et de galanterie, ça devait être ça. Il ne voyait rien d'autre.
Et cette leçon de morale, cette proposition. Pourquoi avait-il fait ça ? Il était vrai qu'il pensait depuis longtemps qu'elle ne profitait pas assez de sa vie. Qu'elle était devenue trop sage, en quelque sorte. Mais de là à... Cuddy était une amie. Il la connaissait depuis plus de vingt ans, il était normal qu'il s'inquiète pour elle. De plus, c'était sa patronne. Et une patronne plutôt conciliante, qui plus est. Il ne voulait pas risquer de la perdre. Hors de question de la voir s'enfoncer dans la dépression ou de la voir claquer la porte du jour au lendemain. Il avait trop besoin d'elle.
Il se cacha les yeux d'une main. « Il avait besoin d'elle ». Cette révélation lui fit froid dans le dos. Depuis quand avait-il besoin de qui que ce soit ? Bon, d'accord, il avait besoin de Wilson. Pour lui payer ses repas et pour faire office de conscience, à l'occasion. Il avait aussi besoin de ses callgirls. Il n'était qu'un homme après tout. Mais besoin de Cuddy... Pourquoi avait-il besoin d'elle ? Était-ce là un besoin d'ordre physique ? Mental ? Administratif ? Sentimental... Il y avait bien une petite voix au fond de lui qui lui disait que la dernière hypothèse pourrait s'avérer être la bonne.
Et cette idée le terrifia. Cuddy était sa patronne. On ne mélange pas travail et fesses. Cuddy était son amie. On ne sort pas avec ses amis. Mais Cuddy était aussi d'une beauté hors norme, d'une intelligence rare. Peut-être que son esprit était dupé par ses yeux un peu trop bleus. Peut-être que sa dernière relation sérieuse remontait tellement qu'il en devenait un peu désespéré. Non, il ne se sentait pas seul au quotidien. Il n'avait pas besoin d'une femme dans sa vie. Il fronça les sourcils, torturant toujours plus son esprit, essayant d'y voir toujours plus clair.
Il essaya de se détendre, se laissant glisser au fond de l'eau. Bon, il était attiré par elle. Était-ce vraiment un mal ? Il l'avait toujours été, physiquement. Depuis quand était-ce devenu plus que ça ? Et pourquoi cela le tourmentait-il ? Il s'avoua n'être qu'un homme, et par conséquent avoir certaines faiblesses. Visiblement la jolie brune en faisait partie. C'est vrai qu'il aimait être en sa compagnie, qu'il aimait autant l'embêter que l'observer. Cela ne voulait pas non plus dire qu'il était amoureux.
Amoureux ?! Il cogna du poing dans l'eau. Depuis quand des idées aussi saugrenues lui venaient à l'esprit ? Non, non, non, Cuddy, c'était Cuddy. Il était attiré et intrigué, il voulait bien l'admettre. Il éprouvait de la sympathie à son égard, rien de plus normal. Et c'était tout. Pas question de changer son comportement. Si elle devait finir dans son lit, ce ne serait que du plaisir. Elle resterait sa patronne, lui son employé. Il resterait le même qu'il avait toujours été. De toute façon, elle ne lui avait jamais demandé de changer. Il soupira. C'était ça. Une certaine entente. Une appréciation mutuelle malgré quelques... quelques disputes. Elle était elle, il était lui. Rien de plus, rien de moins.
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Elle regarda la baignoire. Avait-elle vraiment envie de s'y plonger, sachant que House en sortait tout juste ? L'idée de son corps nu à ce même endroit lui fit d'abord froncer le nez, avant de la faire rougir intensément. Les événements de la matinée lui revenaient en tête. Ce pyjama tendu... Son bas ventre s'éveilla aussitôt. Elle secoua la tête, tentant de calmer ses ardeurs naissantes. Elle ne pouvait pas penser à lui de cette façon. Elle ne le devait pas ! Il était son employé... Bon, d'accord, lui ne se gênait pas pour penser à elle de cette façon. Devait-elle s'abaisser à son niveau ? Elle sourit. Hypocrite. Ce ne serait pas la première, ni la dernière fois qu'elle pensait à lui ainsi. Elle pouvait bien se l'avouer.
La vue de... de ses attributs (tout à fait masculins !) n'avait fait qu'accroitre ses fantasmes. Fantasmes uniquement liés au fait qu'elle n'avait pas fait l'amour avec un être humain depuis des lustres. Lui-même le lui avait fait remarquer. D'ailleurs, c'était quoi ce speech qu'il lui avait fait ? Depuis quand le Grand Grégory House se fendait-il en conseils ? Depuis quand proposait-il à sa patronne de l'emmener en weekend ? Elle n'avait pu cacher son étonnement. Peut-être voulait-il simplement se montrer gentil. Lui montrer qu'il tenait un petit peu à elle.
Tout comme cette charmante attention. Ce bonnet. Ces gants et cette écharpe. Si elle ne s'était pas retenue, elle lui aurait sauté au cou ! Littéralement ! Une furieuse envie de gouter à ses lèvres, de le remercier en nature. Elle entra dans la douche, se plaçant immédiatement sous le jet brulant. Elle laissa l'eau masser ses épaules tendues. Où en était-elle déjà ? Ah oui, son corps et l'envie tenace d'y gouter. Depuis quand se sentait-elle aussi attirée par lui ? Elle sourit. Depuis toujours. Depuis qu'elle l'avait rencontré. Mais sa période d'abstinence progressant, son imagination en faisait de même.
Non, ce qui la tourmentait était de savoir où s'arrêtait l'attirance purement physique et où commençaient les sentiments plus profonds. Elle savait qu'elle avait un faible pour lui. D'accord, un très gros faible. Qui l'avait fait l'embaucher, qui faisait qu'elle ne l'avait toujours pas renvoyé. Mais pouvait-elle se permettre d'espérer ? Était-il raisonnable de laisser ressurgir ces émotions, de les laisser se développer ? Il l'avait déjà tant fait souffrir par le passé... Elle n'était pas sûre d'être capable de supporter un nouveau rejet de sa part.
Dans sa tête, tout était à peu près clair. À peu près restant le mot clef. Elle connaissait ses sentiments, avait cessé de les ignorer depuis quelque temps déjà. Ce qui l'inquiétait était de savoir ce qu'il ressentait, lui. Elle avait cru reconnaitre dans son attitude un certain trouble lorsqu'ils étaient trop proches l'un de l'autre. Se sentait-il gêné par peur de ses propres émotions ou par peur qu'elle se fasse des idées ? House était vraiment difficile à comprendre. Elle sourit. Seul son désir était une chose acquise.
Elle paniqua soudain. Et si ces sentiments étaient partagés ? Si... S'il envisageait un rapprochement entre eux deux ? Comment allait-elle réagir ? Après tout, il était son employé. Et un emmerdeur fini. Il était également son plus vieil ami, l'une des seules personnes qu'elle connaissait depuis si longtemps. En qui elle avait confiance. Parce que oui, elle avait confiance en lui. Pourrait-elle supporter de le perdre ? De rompre cette relation si particulière qui les unissait ? Parce qu'elle était réaliste. Elle savait que les histoires d'amour finissent mal, en général.
Elle sortit de la douche et enroula une serviette autour de son corps. Il avait raison. Elle avait mis sa vie entre parenthèses depuis trop longtemps. Elle vivait de façon trop morne et monotone. Elle avait besoin d'action, de surprise. Et d'amour. Elle ne ferait pas le premier pas. Elle n'en était pas capable. Mais s'il venait. S'il venait vers elle, elle saurait le rejoindre.
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« Pourquoi vous n'avez pas voulu commander au room service, déjà ? » Rouspéta son employé à peine eurent-il mis un pied dans le restaurant bondé. « Regardez, un Mc Do ! » Pointa-t-il de l'autre côté de la rue, à travers la baie vitrée .
« Vous ne supportez pas les quelques personnes qu'il y a ici et vous, vous voulez aller manger au pays des enfants ?! » Il la surprendrait toujours. Elle leva la tête par-dessus son menu, s'apprêtant à recevoir remarque ou commentaire. Rien. Elle continua à étudier la carte.
« Vous prenez du vin ? » Il venait de fermer la carte et de la poser sur la table. Il la regarda feuilleter la brochure, l'étudier. Grimaçant, fronçant les sourcils. Elle avait un visage si expressif.
« Je prendrais bien un verre, oui. Vous commandez quoi ? » Elle posa à son tour le menu et se fixa sur les yeux bleus qui lui faisaient face.
« Le hamburger du chef. » Il ne put cacher son contentement. Elle passa un doigt sur ses lèvres, l'air espiègle. Il déglutit difficilement. Qu'il aurait aimé être cet ongle qu'elle mordillait.
Un sourire en coin, elle finit par lui demander. « Et vous pensez le marier avec quel cru ? » Elle gloussa légèrement, s'adossant complètement contre son siège. Elle le vit lui retourner son sourire. Elle aimait voir sa peau se plier au coin des yeux, ça lui donnait un charme fou.
« Sachez, Madame, qu'il s'agit là d'un met tout à fait raffiné. Viande bovine de choix. Laitue, tomate, cornichon et sauce béarnaise ! » Il hocha la tête comme pour appuyer ses dires. « J'envisage un... »
« Dr House, c'est ça ? » Demanda l'homme qui venait de surgir à ses côtés. Le diagnosticien acquiesça, l'invitant à continuer. « Je me présente : John Rozana. Je suis le directeur du London Royal Hospital, votre hôte. » Il tendit une main que son confrère serra avec vigueur. « Et ça doit être votre dame. » Ajouta-t-il en prenant la main de Lisa.
Cette dernière se leva, le coupant dans son élan de baisemain. « Dr Lisa Cuddy. Je suis sa patronne. » Sourit-elle.
« Belle et intelligente. Vous m'en voyez ravi. » Flatta le quinqua qui ne lâchait toujours pas sa main.
House regarda Lisa rougir légèrement au compliment. Il se leva à son tour, passant son bras autour de la taille de sa supérieure, l'attirant vers lui dans un élan de jalousie. L'homme se recula alors, surpris. « Vous vouliez me voir à propos du discours de vendredi ? »
« Non. Pas du tout. Je venais diner avec quelques confrères et j'ai cru vous reconnaître... » Bafouilla-t-il, voyant la belle brune se blottir contre l'homme à ses côtés.
« Charmante attention. Nous n'allons pas vous retenir plus longtemps. » Conclut le diagnosticien. Il ne supportait pas de le voir dévorer sa supérieure des yeux. Il resserra son étreinte alors qu'elle lui souhaitait une bonne soirée.
L'homme ayant tourné les talons, ils se rassirent. « C'était quoi, ça, House ? » S'enquit-elle avec le sourire. Elle adorait quand il se montrait un brin macho, la faisant se sentir la personne la plus importante au monde.
« Vous avez des projets pour demain soir ? » L'anglais revenait à la charge. « J'organise une soirée avec plusieurs confrères. Puis-je me permettre de vous inviter ? Ce serait un honneur pour nous... »
Elle regarda House. Elle le vit secouer la tête, lui faisant comprendre qu'il était hors de question d'y aller. « Bien sûr, avec plaisir. Nous serons ravis d'échanger avec nos collègues du vieux continent ! » Répondit la jeune femme avec son sourire le plus charmeur.
L'homme repartit, les laissant à nouveau seuls. « Il vous plait le vieux débris ? » S'agaça House en triturant sa nourriture.
« J'aime quand vous vous montrez possessif. » Avoua-t-elle avec le sourire. Il s'apprêtait à nier quand elle enchaina. « Et si ça me permet d'établir de nouveaux liens... » Il croisa les bras devant son torse. « Ne boudez pas. Je n'ai qu'une robe et elle est franchement décolletée. » Il ouvrit de grands yeux, soudain très intéressé. Les hommes sont vraiment de faibles créatures... Se dit-elle.
