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CHAPITRE VI

La matinée s'était passée dans le silence, tous deux encore troublés par les événements de la veille. Même s'il avait prétendu n'avoir fait cela que pour faire enrager leurs collègues, tous deux savaient très bien qu'il s'agissait de bien plus que ça. La magie de l'instant, tout ce désir, toutes ses émotions ne pouvaient être niées. Pourtant, c'est bien ce qu'ils tentèrent de faire. Comme à chaque fois que quelque chose les effrayait.

Au repas, ils échangèrent quelques paroles. Critiquant la nourriture, commentant l'attitude tout anglaise des autres convives. Puis le quatuor de la veille vint s'assoir à leurs côtés. Les obligeant ainsi à se rapprocher. À ravoir petits gestes et tendres attentions l'un envers l'autre. Ils n'avaient pas à se forcer. Loin de là. Et c'est cela qui les apeurait le plus. La facilité déconcertante qu'ils avaient à devenir intimes, à anticiper les mouvements, les besoins, les paroles l'un de l'autre. Et le plaisir qu'ils en retiraient.

Il aimait par dessous tout quand elle venait poser son menton sur son épaule, l'entourant de ses bras aimants. Quand son souffle chaud venait mourir contre sa nuque et sa tête reposait contre la sienne. Il n'avait qu'à la tourner pour croiser son regard bienveillant, tendre, amoureux. Il aurait bien voulu baisser sa garde. Y croire. Mais il ne savait pas où s'arrêtait le jeu, où commençaient les sentiments réels. À trop se laisser aller, les siens risquaient de le devenir, si ce n'était déjà fait...

Elle adorait quand il la prenait dans ses bras. Elle s'y sentait choyée et sécurisée. Comme à la maison. Quand le café arriva, il recula sa chaise tout en se rapprochant de la sienne. En écoutant les autres hommes, il passa son bras autour de ses épaules. Elle saisit l'occasion et vint se blottir contre sa poitrine. Elle le sentit resserrer sa prise, caresser ses cheveux, y déposer quelques baisers. Il y faisait si bon vivre, il était si moelleux. Elle ferma les yeux quelques instants, complètement envoutée par les battements de son cœur.

Il baissa les yeux. Elle dormait. Il avait bien senti son poids s'accroitre, avait vu le regard étonné de ses semblables. Il pouvait lire un certain mépris dans leurs yeux. Une forme de sexisme : « Un directeur, lui, n'aurait pas ce genre d'attitude. Seule une femme, faible, pouvait agir ainsi.» Il bouillait intérieurement en imaginant leurs pensées. Rozana choisit cet instant pour faire une apparition. « Excusez là. » Dit House très poliment, en caressant son dos. « Elle n'a pas l'habitude de voyager aussi loin. Son travail est tellement accaparant... À croire que le décalage horaire aura eu raison d'elle. » Il s'étonna lui-même d'avoir été si « politiquement correct. »

Il s'apprêtait à la réveiller et à s'excuser quand le directeur, qui venait de se faire porter une chaise, prit la parole. « Ne vous inquiétez pas Dr House, je comprends très bien. J'ai parfois moi-même l'impression que je pourrais dormir debout ! » Il laissa échapper un rire fin. « Et je n'ai malheureusement pas, comme elle, la chance d'avoir des bras aussi musclés pour me reposer. » Il fit un clin d'œil discret au diagnosticien, qui dut se retenir pour ne pas rougir. Ou éclater de rire. « Ramenez votre femme à l'hôtel et venez nous rejoindre. »

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Quand elle se réveilla, elle mit un petit moment à comprendre où elle était. Et surtout, comment elle y était parvenue. Elle se blottit dans les draps en repensant aux bras du diagnosticien. Elle pourrait y passer ses nuits, sans le moindre souci. Elle se demandait seulement comment quelqu'un d'aussi froid et intransigeant pouvait se montrer tendre et aimant. Elle soupira. Ce n'était qu'un jeu pour lui. À cette pensée, son cœur se serra. Oui, ce n'était qu'un jeu. Il ne faisait que mimer le couple idéal, cela ne reflétant en rien ce qu'il pourrait être. Ce n'était qu'un jeu. Et elle en faisait encore une fois les frais...

Bientôt deux heures qu'elle dormait, se dit-il en regardant la pendule. Las, il se décida à aller la réveiller. Il poussa la porte sans bruit, espérant au fond de lui la trouver dans une situation compromettante. Couchée sur le côté, elle lui faisait dos. Il s'assit sur le rebord libre et passa, sans même réfléchir, une main dans ses cheveux. « Qu'est ce que vous faites ? » Demanda-t-elle en se retournant vivement.

« Vous... Vous ne dormiez pas ?! » Il retira sa main de sa chevelure, se sentant pris au piège.

« Non. » Répondit-elle simplement en roulant sur le dos. Elle aurait voulu qu'il se montre moins agressif. Elle aurait voulu qu'il continue ses caresses. Elle aurait voulu que les choses soient moins compliquées, tout simplement... Elle releva les yeux vers lui, pour le voir complètement renfrogné. Elle ne pouvait pas laisser passer cette chance d'avoir enfin une vraie discussion avec lui. « Je réfléchissais... »

Il se doutait de la suite. Lui-même avait eu beaucoup de mal à ne pas y penser. Il savait que son comportement soulevait bien des doutes et des interrogations pour la jeune femme anxieuse qu'elle était. « C'est à nous que vous pensiez ? » Il vit un regard plein d'espoirs se tourner vers lui. C'en était trop. Il ne savait pas gérer cela, toutes ces émotions. Il n'arrivait pas lui-même à savoir ce qu'il voulait ! Baissant la tête, il quitta la pièce.

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« Regardez, le British Museum et la Nationnal Gallery sont ouverts jusqu'à 21 h 30 ce soir. » Dit-il en revenant dans la chambre, le guide à la main. Elle essuya à la hâte les larmes qui n'avaient cessé de couler depuis son départ. Hors de question qu'il la voit dans cet état, à cause de lui. Il risquait d'en tirer une trop grande fierté. Une fois qu'elle eut regagné une certaine composition, elle s'assit dans le lit et lui fit face. Elle prit le guide, étudia la question avant de se lever. Il la retint par l'avant-bras : « À propos de tout à l'heure... »

« Laissez tomber. » Dit-elle froidement en quittant la pièce. Il resta où il était, perplexe. Il avait surement ce qu'il méritait, constata-t-il avec regrets.

Le trajet jusqu'à Trafalgar Square se fit dans le silence le plus total. Dès qu'ils descendirent de voiture, Lisa ne put refréner un « Oh, Big Ben ! ». La contemplation des fesses de l'amiral Nelson finit de briser la glace. D'ailleurs, quelques éclats de rire plus tard, Lisa était à cheval sur un lion, prenant la pose. En quelques minutes, ils avaient complètement oublié leur querelle.
Il l'aida à redescendre du roi de la jungle, la prenant quelques instants dans ses bras. Recréant un certain trouble entre eux. Il se dépêcha de la reposer au sol et de l'entrainer vers le musée.

« Laissez-moi deviner, la résurrection du Christ ? » Souffla House.

« Non, sa crucifixion. » Sourit-elle. « Si on passait directement au XVIIIe siècle ? » Proposa-t-elle en étudiant le plan.

« Ah, vous, vous n'en avez que pour le gratin. Monet, Van Gogh... Il n'y a que ça qui vous intéresse. » Se moqua-t-il en agitant les bras et la tête.

« Vous préférez peut-être qu'on reste étudier les tableaux de la cène. » Proposa-t-elle en s'arrêtant devant une toile sombre. Elle le regarda boiter jusqu'à elle avec amusement, lui arrachant le plan des mains une fois arrivé à sa hauteur.

« Suivez-moi, femme ! » Ordonna-t-il en brandissant sa canne, tel Moïse voulant braver les eaux.

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« Ça à l'air tellement réel. » Souffla-t-elle en tendant la main vers le tableau. Elle s'arrêta en chemin, comprenant l'inappropriation de son geste. Elle tourna la tête. House n'était plus derrière elle, il n'était même plus dans la même salle qu'elle. Quelques pas rapides et elle l'avait retrouvé. Les impressionnistes. Elle le trouva en admiration devant un tableau. Blanc, froid.

« Il dégage une certaine chaleur, vous ne trouvez pas ? » Dit-il sans tourner la tête vers elle.

« Ce n'est pas le mot qui me serait venu à l'esprit... » Concéda-t-elle avant de tourner la tête de côté, comme pour mieux voir. Non, tout ce blanc, toute cette neige, ça aurait plutôt eu tendance à la faire grelotter. Elle s'approcha. Le Louvre sous la neige de Camille Pissaro.

« Ce n'est pas son tableau le plus connu. Mais de toute la pièce, c'est celui qui me plait le plus. » Il posa une main sur sa taille, la plaçant devant lui. Une main sur sa hanche, il lui montra la toile de la gauche. « Vous voyez le ciel ? Cette couleur un peu rosée ? C'est ce que je préfère en hiver. Quand je suis derrière ma vitre, bien au chaud, regarder la neige tomber et le ciel prendre cette couleur presque irréelle, c'est tellement paisible. » Conclut-il dans un souffle.

Elle se retourna légèrement pour examiner son visage. Il avait l'air en plein rêve. Elle s'adossa à lui et reprit la contemplation. Elle ne l'avait pas vu sous cet angle. Maintenant qu'il le disait, qu'elle s'imaginait un dimanche après-midi, allongée sur le canapé, auprès de la cheminée, tout lui paraissait plus paisible. Elle voyait les flocons tomber, les bateaux bouger au ralenti sur la Seine. « Oui. » Soupira-t-elle.

Il la regarda, amusé. « Et vous, lequel vous plait ? » Il venait de décoller son corps du sien afin de la regarder dans les yeux.

« J'aime beaucoup ceux de William Turner. Ces bateaux, cette mer. Tout cela semble si réel... »

« Ça ne m'étonne pas. » Dit-il en s'éloignant. Elle le rattrapa, le forçant à la regarder. « Vous ne laissez pas assez de place à votre imaginaire. » Il devança toute question de sa part. « Vous avez besoin de réalisme. Mais un tableau, ce n'est pas une photo ! C'est du rêve ! » S'emporta-t-il en l'entrainant avec lui devant une autre toile. « Que pensez-vous de celle-là ? »

« C'est... ensoleillé. Joli, le trait est un peu grossier. »

Il laissa échapper un son rauque se rapprochant du rire. « Lisez le nom. »

« L'étang des nénuphars. Claude Monet. » Elle rougit devant son ignorance.

« Ne rougissez pas. Ce n'est pas parce qu'il est connu que vous devez l'aimer ! » Il se calma, reprenant la position intime qu'ils avaient précédemment. « N'essayez pas de l'analyser, ou de trop le regarder. Laissez-vous porter. » Il attendit un petit moment, le visage au même niveau que le sien. « Alors, vous voyez quoi ? »

« Vous allez vous moquer. » Dit-elle en essayant de s'échapper.

« Non, je vous le promets. » Il resserra sa prise sur ses épaules. « Dites-moi ce que vous voyez. »

« C'est le printemps, peut-être même le début de l'été. Le mois de juin, surement. Il fait doux. L'odeur des fleurs emplit l'air, c'est vraiment agréable. » Elle s'arrêta soudain.

« Continuez. » Lui dit-il doucement.

« C'est... C'est la saison idéale pour un mariage. Un couple pourrait venir s'assoir sur le pont pour faire quelques photos. » Elle n'osait plus bouger, de peur de croiser son regard.

« C'est très bien. Vous voyez, c'est à ça que ça sert les tableaux. À vous faire passer des émotions. Ça n'a pas à être trop réaliste, nous avons la photo pour ça. » Lui dit-il avant de partir continuer son exploration. Elle resta quelques instants hébétée. Elle se répétait les mots de son employé. Une autre facette de sa personnalité apparaissant soudain. Elle le savait musicien, mais n'avait pas fait le rapprochement entre son inaptitude à communiquer et son besoin de le faire en musique.

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« Bouuuuuuhhh. » Fit-il en s'approchant d'elle.

Elle se retournant vivement, visiblement effrayée. « House, ça ne me fait pas rire ! » Gronda-t-elle en jetant un œil à travers la pièce, s'assurant qu'aucune momie n'avait bougé.

« Détendez-vous, ils sont morts, et bien morts. » Plaisanta-t-il en tapotant sur la vitre sous laquelle se trouvait un corps momifié.

« House ! » S'énerva-t-elle en lui prenant la main. « Vous pourriez montrer un peu plus de respect. »

« Cuddy, ils sont morts ! »

« Oui, ben si j'étais morte je ne suis pas sûre de vouloir être montrée comme un animal de cirque à des centaines de milliers de personnes! Comment voulez-vous que son âme repose en paix! »

« Cuddy... »

« C'était des êtres humains, comme vous et moi ! J'ai l'impression que parce qu'ils sont morts depuis des siècles et qu'ils ont bénéficié de cette technique d'embaumement, ils... » S'emporta-t-elle en agitant les bras et en parlant à une allure inconsidérée.

« Calmez-vous. » Dit-il en la prenant par les épaules, la regardant droit dans les yeux. « Ce n'est pas un manque de respect, c'est... de l'indifférence. »

« Comment pouvez-vous... »

« Mais calmez-vous, bon sang ! » Il la serra sans ménagement contre sa poitrine, bloquant ses bras le long de son corps. « Je sais que dans votre religion on n'a pas pour habitude d'exposer le corps des défunts, qu'être entourés d'autant de morts peut sembler étrange, mais il ne va rien vous arriver. » Dit-il doucement, pour l'apaiser.

Elle se détendit quelque peu. « J'ai peur. » Murmura-t-elle en gardant la tête baissée.

« Vous ne devriez pas. Ce n'est pas comme si vous alliez entrer dans un tombeau; Là, il y aurait vraiment de quoi avoir peur, croyez-moi. » Dit-il en espérant la faire sourire. Cela eut l'inverse de l'effet escompté.

« Vous êtes déjà entré dans une chambre funéraire ? » Demanda-t-elle, incrédule. Il l'entraina vers la section réservée aux objets et talismans, où il n'y avait plus de momies.

Il s'assit sur un banc et elle vint le rejoindre. « Oui. » Finit-il par lui répondre. « J'ai habité en Égypte quand j'étais enfant. Un pays très riche pour le curieux que j'étais. » Sourit-il. « Les pyramides me fascinaient, par leur forme surtout. Je n'arrivais pas à comprendre comment ils avaient fait pour les construire. » Il sourit de plus belle. « Au bout d'un an d'acharnement, mon père m'a emmené en visiter une. C'était magique et terrorisant à la fois. »

« Vous avez... » Demanda-t-elle quelque peu effrayée.

Il la coupa. « Non, il n'y avait pas de momie dedans. Juste des fresques et des vestiges. » Il s'arrêta, se demandant s'il devait continuer à se confier. Il se sentait si bien qu'il aurait pu ne jamais plus s'arrêter de parler. Elle le mettait en confiance. « C'est fou ce que l'homme peut faire pour se sentir éternel...»

« Ou par amour... » Ajouta-t-elle, rêveuse.

« Vous pensez à quoi ? »

« Au Taj Mahal. Vous savez le mausolée qu'à construit l'empereur Sha Jahan pour... »

« Son unique amour, Mumtaz. » Finit-il pour elle avant de rire. « On parle malédiction de la momie et vous me parlez d'une des plus belles preuves d'amour qu'il soit. » Il secoua la tête. « Vous êtes irrécupérable. » Il se leva. « Venez, allons dans la section asiatique, vous ne rêvez que de ça. »

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« Ce musée est ouvert aux enfants, n'est-ce pas ? » La tête penchée vers la droite, elle examinait la série d'assiettes décorées, perplexe.

« Oui, bien sûr. Vous ne considérez pas cela comme de l'art ? »

« C'est... C'est quand même très osé. » Lâcha-t-elle après un moment de réflexion.

« C'est le Kama-Sutra, Cuddy... » Il s'éloigna quelque peu, s'arrêtant finalement devant une statue de Ganesh. « Je ne comprendrais jamais le pourquoi de ce Dieu. » Admit-il en entendant les talons s'approcher. Une main se posa sur le bas de son dos, un corps frêle vint prendre appuis contre le sien. Naturellement.

« Mmh »

« Mmh ?! C'est tout ce que vous trouvez à me répondre ? Je vous pose une question quasi existentielle et... et vous partez à l'autre bout du musée. » Sourit-il en partant à sa poursuite. Il la trouva en admiration devant une collection complète de sabres. « Ça vous attire ? »

« De quoi ? » Elle se tourna vers lui.

« Les armes, les samouraïs ? »

« Oh, non ! Il me semble qu'au Moyen-âge, qu'importe le continent, ils étaient très sanguinaires. » Elle fit une petite moue avant de l'entrainer vers la suite de la collection.

Ce fut son tour de s'arrêter. Il admirait des cerisiers en fleurs peintes sur un service à thé. « Vous avez déjà été au Japon ? »

« Non, en Corée du Nord, une fois. C'était avec vous, d'ailleurs. »

« Le printemps y est magnifique, encore plus qu'ailleurs. Tous les arbres se couvrent de petites fleurs blanches, l'air prend une douceur odeur de cerise. Comme du kirsch. C'est magique. Ce mélange de mer, de montagne. Et maintenant de civilisation. J'aimerais y retourner. » Avoua-t-il sans réfléchir.

« Vous aviez quel âge quand vous y habitiez ? » Osa-t-elle demander.

Il lui fit un faible sourire. « 14ans. Ça remonte ! »

Elle lui prit le bras alors qu'ils continuaient leur exploration. Ils arrivèrent bientôt à la section africaine. Il ne put s'empêcher de lui raconter son bref séjour en Afrique du Sud, sa jeunesse. Sans qu'elle n'ait rien à lui demander. Il se dévoilait, peu, mais avec plaisir. Il ne lui donnait quasiment pas de détails sur sa vie personnelle, se contentait de lui parler du pays, des coutumes. Ça lui convenait, totalement. Elle refusait de se mentir plus longtemps. Elle avait accepté l'idée que seule sa présence la comblait.