Chapitre 2 : L'intégration

Les chevaliers la dévisagèrent un moment. Sur la peau pâle de son visage, ils pouvaient apercevoir d'étrange tatouages bleus. Certains semblaient récent, comme les trois flammes qui ornaient son front. Les dessins étaient encore légèrement rouge et l'encre trop bleue. Ses yeux verts foudroyaient littéralement leur chef.

Elle ne semblait pas bien dangereuse cette petite, pourtant, la façon qu'elle avait de se tenir, la main sur un des fourreaux vides, et le dos bien droit prouvaient qu'elle avait l'habitude de mener des combats et qui sait, peut être même de tuer.

_Elle nous servira de guide, annonça platement le commandant sous son regard incrédule.
_Je vous demande pardon? rétorqua-t-elle soufflée par tant d'audace.
_Vous connaissez les contrées du nord mieux que n'importe qui ici, dit-il en balayant l'assemblé du bras. Nous avons besoin de votre connaissance pour sauver cette famille.
_ Si je retourne là-bas, c'est moi qui vais mourir ! Je ne suis pas venue m'exiler ici par simple envie de changement ! s'exclama-t-elle en frappant à son tour la table en bois.
_Nous n'avons que vous. La vie d'un jeune homme en dépend,supplia presque Arthur.
_Qu'est-ce que je gagnerais à faire ça? Jusqu'ici j'ai été enfermé comme un animal !
_Comme mes chevaliers vous aurez un sauf conduit qui vous permettra de voyager dans tout l'Empire sans être arrêtée, lui répondit-il en se rasseyant, las de la tournure que prenait les événements.
_En somme vous voulez dire que parce que je suis picte, ça vous donne le droit de jouer avec ma vie et ma liberté? s'indigna-t-elle en le regardant droit dans les yeux, totalement stupéfaite d'entendre ça.
_Kaelig essayez de comprendre. Mes chevaliers ont besoin de vous pour retrouver leur liberté.

Il semblait vraiment inquiet de ce qui pourrait arriver à sa troupe au nord du mur. Ce voyage ne risquait pas d'être une promenade de santé pour eux. Son peuple n'hésiterait pas à les tuer pour avoir pénétré dans leurs terres.

Elle regarda un à un les hommes présents avant de se plonger dans ses pensées. Qu'avait-elle à perdre? Elle n'avait plus de famille alors que ces chevaliers comptaient sur elle pour pouvoir fonder la leur. Elle croisa le regard hautain et méprisant d'un des guerriers. Il l'observa un court instant, avant de tourner la tête vers son commandant. Kaelig sentait la colère couler dans ses veines. Jamais un homme ne l'avait regardé ainsi. Avant cet incident, elle était respectée par les siens, ici, elle n'était qu'une païenne de plus.

_Très bien, soupira-t-elle vaincue par le poids de leur regard.
_Bors, peux-tu l'accueillir chez toi? demanda Arthur à son chevalier.
_Vanora va l'adorer. Allez viens beauté, il est temps que tu prennes un bon bain pour enlever toute cette crasse, plaisanta-t-il en la tirant de la salle à la suite de son ami.
_Je veux d'abord récupérer mes armes et mes potions, répondit-elle en se tournant vers Arthur.
_Un soldat les déposera chez Bors, rassura-t-il avant de se replonger dans un tas de feuilles et de cartes.
_Venez mes amis, laissons les affaires romaines aux romains,ironisa Lancelot en levant sa coupe vers son commandant.

L'homme la tira à l'extérieur de la maison romaine avant de grimper sur sa monture, Dagonet aida la jeune femme à monter sur la croupe du cheval et en fit de même, suivant celui de Bors dans les rues de la ville en direction de la taverne. Le fameux Bors ressemblait à un ours, de multiples cicatrices ornaient ses bras et son rire faisait trembler tout son corps. Heureusement que son cheval était assez vigoureux pour supporter le poids de son cavalier sans ça elle eut peur de se retrouver au sol.

Rapidement ils arrivèrent à une taverne où une femme rousse servait du vin et de la cervoise. Les chevaliers s'installèrent à une table, et elle vint les servir. Bors la tira sur ses genoux et l'embrassa avant de la laisser se redresser. Elle lui donna un bébé et il se mit à gazouiller avec lui, totalement gaga.

_Ma petite fleur, je te présente...C'est quoi ton nom déjà?demanda le soldat en se retournant vers elle.
_Kaelig,lui indiqua-t-elle en regardant les alentours.
_C'est ça! Kaelig. Arthur aimerait que tu la rendes un peu plus présentable, l'informa-t-il avant de recommencer à jouer avec l'enfant.
_Je pense que mes robes sont un peu trop larges, mais celles de Morag pourraient t'aller, fit-elle en détaillant la jeune femme.
_Je ne porte pas de robes.
_C'est notre nouveau guide, annonça Dagonet en arrivant avec deux verres de bière.
_Galahad pourra certainement lui prêter quelques affaires, demanda Vanora en se tournant vers lui.
_Pourquoi moi? grogna le jeune homme avant de se noyer dans son amphore de vin.
_Parce que tu es le plus petit d'entre nous,répondit son cousin en lui claquant l'épaule.

Le dénommé Galahad protesta pour la forme avant de sortir de la taverne. Vanora entraina la jeune picte derrière elle. Kaelig observa la vie grouillante, les enfants jouaient aux chevaliers, les adultes discutaient une peu plus loin, les soldats patrouillaient. Après avoir passé tant de jour dans la pénombre, elle était heureuse de retrouver un semblant de jour, même si la couverture nuageuse l'empêchait de voir le soleil.

Elles arrivèrent devant une maison à l'aspect assez confortable au sein de laquelle une ribambelle d'enfant courait çà et là, donnant à la maison plus de vie. Vanora tira la jeune femme jusqu'à l'étage, faisant fuir les enfants dehors. Elle la poussa dans une baignoire en pierre. L'eau chaude gicla partout, mouillant les deux femmes qui se mirent à rire.

Kaelig n'avait pas eu le temps de se dévêtir et ses vêtements lui collaient à la peau. Elle se leva et retira un à un les morceaux de cuir qui composaient sa tenue. Rapidement, elle se retrouva nue et profita de l'eau chaude pour dénouer les quelques muscles endoloris de son dos. Elle s'allongea dans la cuve d'eau chaude, appréciant de pouvoir enfin se détendre. Vanora prit son temps pour laver les cheveux flamboyant de la picte, collés par la crasse et la terre. Quand l'eau commença à se refroidir, la femme tendit un tissu sec dans lequel Kaelig s'entoura et se sécha.

_Je pense toujours tu serais magnifique dans une des robes de Morag, soupira Vanora de dépit. Une jeune femme comme toi ne devrait pas aller chevaucher dans le nord.
_Je suis née là-bas, c'est ma terre Vanora. J'y chevauche depuis des années. Ce n'est pas ça qui me fait le plus peur, confia-t-elle en séchant ses cheveux.
_Bien, sèche-toi alors, je vais chercher les vêtements de Galahad et porter les tiens chez la laveuse, répondit l'aînée en ramassant le paquet de linge mouillé au sol et de quitter la pièce.
_Merci Vanora, remercia Kaelig en lui attrapant le poignet.
_Ce n'est rien, j'ai toujours rêvé d'avoir une fille, mais Bors ne me donne que des garçons ! plaisanta Vanora.
_Vous pourriez monter une armée à vous deux ! renchérit Kaelig.
_C'est certain !

Kaelig rigola avant de se sécher et d'enfiler la chemise de lin blanc que la jeune femme avait mise à sa disposition. Vanora revint rapidement avec une tunique noire et un pantalon en cuir. D'un œil critique elle observa la tenue de la nouvelle venue.

_C'est bien trop grand ! s'exclama-t-elle avec inquiétude.
_Tu as du fil et une aiguille ? s'enquit Kaelig avec malice.
_Je vais te chercher ça. Il te faut aussi une ceinture, pour accrocher tes armes ? demanda Vanora en pliant quelques serviettes.
_Si tu en trouves une oui. Vanora ? Elle se retourna en attendant Kaelig l'appeler.
_Merci.

Vanora lui sourit avant de la laisser finir ses ablutions. Une fois totalement lavée et séchée, elle descendit juste vêtue de sa chemise blanche. Les planches de bois de l'escalier était froid sous ses pieds, et pourtant, elle n'avait pas envie d'enfiler ses bottes. L'air frais sur son corps à peine vêtu lui fit un bien fou, c'était presque aussi bon que de prendre un bain. Elle se sentait enfin propre, elle sentait enfin autre chose que la sueur, la terre et le sang, elle sentait le savon.

Dans la salle à manger de la maison, se trouvait la plus part des chevaliers. Leurs regards glissèrent sur son corps comme l'averse sur les tuiles. Rapidement, ils replongèrent dans leurs discussions, pestant probablement contre Rome et la mission suicidaire qu'ils devaient accomplir avant d'être enfin libérés de leurs obligations envers cet empire qui les avait arrachés à leur terre.

Vanora la trouva rapidement et lui donna ce dont elle avait besoin pour retailler les vêtements un peu trop grand du plus petits des chevalier. Elle ne prêta pas attention à eux, s'installant près du feu, elle se mit au travail. En peu de temps le pantalon fut raccourci, la tunique retaillée, et les manches écourtées.

Elle passa rapidement sa nouvelle tenue. La ceinture de cuir tressé que lui avait apporté Vanora étant trop grande pour elle, Kaelig pu faire deux tours. Un soldat arriva, porteur de son équipement, enfin elle retrouvait ses armes, ses compagnes les plus fidèles. Elle accrocha une série de poignards aiguisés entre les entrelacements de cuir, vérifiant qu'aucun ne la blesserait, un carquois prit place dans son dos, et son épée regagna sa hanche droite. Fin prête, elle se retourna vers les hommes présents.

_Alors, je suis comment? leur demanda-t-elle en écartant les bras.
_Parfaite pour aller tuer quelques pictes ! s'écria Bors en levant son amphore comme pour trinquer.
_Bors! reprit Vanora en lui tapant la tête et en lui faisant les gros yeux, comme pour lui faire comprendre la bourde qu'il venait de faire.
_Pardon...grogna-t-il en replongeant le nez dans sa boisson.


Quelques modifications, je pense qu'il y a encore des fautes qui traînent m'enfin je ne les vois plus, si elles vous sautent aux yeux, n'hésitez pas à les signaler.

Bonne journée et bonne lecture,

Mebd.