Chapitre 3 : Mist

Kaelig sorti de la maison de son hôte et trouva facilement l'écurie. Le grand bâtiment en bois se détachait des petites maisons aux toits de chaume. Elle entra discrètement dans l'édifice en bois, il était découpé par des stalles où les chevaux se reposaient tranquillement. En son centre, une piste dégagée pour l'entrainement avait été mise en place. Visiblement, les chevaliers venaient souvent ici pour se distraire.

Le palefrenier qui s'occupait d'un cheval blanc ne fut pas plus étonné que ça de la trouver là, Arthur avait dû le prévenir de sa prochaine visite. Il lui indiqua les chevaux encore disponibles avant de partir. La jeune fille observa chaque monture avec minutie et finalement choisit un cheval de trait noir.

Ses longs crins cascadaient sur son encolure massive, son large poitrail était barré par quelques cicatrices, preuve qu'il avait sans doute trop vu la guerre. Et pourtant, il se tenait là, bien droit, presque confiant quant à leur expédition de folie. Ses sabots semblaient faire la taille d'une assiette à soupe, recouverts de longs poils blancs, ils étaient sans aucun doute, une arme aussi dangereuse que mortelle. Son corps robuste était recouvert d'une épaisse couche de poils d'hiver, une chaude couverture contre la morsure du froid qui les attendait. En somme, il était parfaitement taillé pour leur petite promenade.

Là où ils se rendaient un cheval trop frêle ne tiendrait pas longtemps. C'est bien pour ça que son peuple n'usait pas de telles bêtes, les hivers étaient rudes et souvent beaucoup mouraient. Elle le sorti de la stalle qu'il occupait, le brossa avec une poignée de paille et le sella.

_Vous comptez vous enfuir? demanda Arthur en sortant de l'ombre.
_Non, lui rétorqua-t-elle en continuant de brosser sa monture.
_Alors qu'allez-vous faire avec ce cheval? en se dirigeant vers la stalle de sa propre monture.
_Le monter, répondit-elle en se tournant vers lui, comme si il était un petit enfant.
_Nous partirons demain, l'informa-t-il tout en bouchonnant son cheval.
_Parfait.
_Tristan t'accompagnera si tu veux sortir de la ville.
_Je n'ai pas besoin de chaperon pour sortir ! Ce n'est pas comme si je risquais ma vie en dehors de ces murs n'est-ce pas ? Ironisa-t-elle avant de sangler son cheval.
_Kaelig, comprenez que je n'ai pas le choix. J'aimerais ne pas avoir à user de ce genre de procédés mais je n'ai pas d'autre solution si je veux que mes chevaliers quittent cette île vivants et libres, tenta de faire comprendre le commandant en la retenant par le bras.
_J'ai compris Arthur, ce n'est pas parce que je suis une sauvage, un démon bleu que je suis dénuée de compréhension,dit-elle en dégageant son bras de sa poigne de fer.

Kaelig grimpa en selle, elle tira sur ses rênes d'une main douce mais ferme et disparue dans un dédale de rues. Elle se promena un temps dans les ruelles encombrées de la ville, son regard vert se posa sur chaque personne, chaque détail l'intriguait. Elle était avide de connaître son nouvel univers, et pourtant si fatiguée.

Elle croisa un bande de gamins des rues, le plus jeune passa entre les lourds membres de son cheval, l'effrayant au passage. cabré sur ses postérieurs, ses antérieurs battaient furieusement l'air pour faire fuir son assaillant. Elle tenta de rassurer son cheval, finalement, lorsque l'enfant disparut, aidés par ses camarades, son cheval se calma tout seul.

Elle reprit sa route et arriva rapidement devant les grandes portes en bronze qu'elle avait franchi quelques jours plus tôt avant de tourner la bride vers un petit bois à l'extérieur de la ville. Elle aurait bien sûr pu s'échapper, mais elle avait sur les épaules la libération de tant de gens que l'idée même de s'enfuir ne lui effleura pas l'esprit.

Elle se contenta de mettre pied à terre et de ramasser quelques herbes et plantes médicinales pour ses baumes et autres potions de soin pendant que son cheval grattait le sol encombré d'une couche épaisse de feuilles mortes afin de trouver quelques brins d'herbe. La jeune fille savait qu'ils n'atteindraient pas la propriété sans combattre son peuple.

Un vent froid la balaya de part en part, l'hiver venait plus vite qu'elle ne l'aurait cru, lorsqu'ils s'enfoncerait plus au nord, la neige tomberait en une épaisse couverture. Elle devait prévenir les chevaliers de conditions climatiques peu favorables qu'ils devraient subir. Mieux valait la neige plutôt que la pluie.

Le cri d'un aigle et les bruits de sabots lui firent lever la tête. Un homme avançait dans sa direction. Il s'arrêta à sa hauteur. Pas besoin de mot. Arthur avait envoyé le fameux Tristan à sa recherche pour la surveiller. Kaelig soupira de dépit, comme elle l'avait dit à Arthur, elle n'avait pas besoin d'être chaperonnée, encore moins par un chevalier qui ne semblait pas la porter dans son cœur.

Elle l'observa rapidement. Ses yeux noirs étaient cachés, comme une partie de son visage, par des cheveux foncés. Leurs yeux se croisèrent un instant. De l'ennui et de la froideur, voilà ce qu'elle pouvait y lire. La même colère sourde, que celle qui l'avait saisie lors de sa présentation aux chevaliers, glissa dans son corps comme un serpent venimeux. La main gantée du chevalier se tendit vers le ciel pour recevoir l'oiseau de proie.

Elle reprit sa cueillette, avant de fourrer ses maigres trouvailles dans une sacoche en cuir et de remonter à cheval. Le guerrier renvoya son oiseau et ensemble ils rentrèrent. Ils passèrent devant un relai de soldats, ces derniers les laissèrent entrer sans trop faire d'histoire.

_Elle est bien mignonne ta conquête Tristan, se moqua l'un soldat.
_Elle n'est pas mon genre, répondit-il en lui jetant un regard acéré.

Kaelig lui lança un regard réfrigérant avant de talonner sa monture. Elle n'entendit pas les moqueries des soldats, pourtant elle se doutait que les soldats parlaient d'elle. D'un geste vif elle rabaissa le capuchon de sa cape et s'enfonça à nouveau dans les rues encombrées. Elle descendit de cheval et marcha à côté de sa monture. Ils débouchèrent sur une grande place, aujourd'hui c'était jour de marché !

La jeune femme s'arrêta parfois devant l'étal divers marchands pour acquérir de nouveaux objets. Elle acheta quelques pantalons en cuir ainsi que des chemises de lin blanches et noires. Une légère armure vint pendre place dans une des besaces et elle en profita pour se racheter des poignards et des flèches en plumes d'oie.

Tristan tarda à la retrouver, visiblement la suivre et la surveiller semblait l'agacer et Kaelig le comprenait, mais elle n'avait pas demandé à être chaperonnée comme ça. Il l'attrapa par le bras et la traina dans une ruelle adjacente.

_Je n'ai pas que ça à faire. Te courir après n'est pas ma mission ! l'agressa-t-il en la plaquant contre le mur.
_Pourquoi ne rentres-tu pas à la caserne ? demanda-t-elle avec ironie, consciente de l'ordre direct d'Arthur.
_Je te pensais maligne, se moqua-t-il. Il est temps de rentrer.

Ils gagnèrent l'écurie en marchant, aucun mot ne fut prononcé depuis qu'il l'avait brutalisée. La jeune femme s'était rapidement aperçu que le chevalier ne semblait guère aimer parler et préférait la compagnie de son aigle aux gens, au contraire de Bors ou de Galahad. Ils bouchonnèrent leurs chevaux, elle se mit chanter d'une voix douce. Son cheval commença à s'endormir sous la voix tendre et rassurante de sa nouvelle propriétaire. Le fauconnier se surpris à fermer les yeux pour écouter la picte.

_Tristan? appela Lancelot sur le pas de l'écurie.
_Hum?
_Arthur veut te voir, annonça le guerrier.
_Merci Lancelot.

Le dit Lancelot s'approcha de Kaelig alors qu'elle finissait de s'occuper de sa monture. Accoudé sur le dos de l'animal il la regarda faire. Il y avait tant de douceur dans les gestes qu'elle effectuait qu'il aurait bien volontiers échangé sa place avec le cheval.

_Je suis Lancelot, se présenta-t-il.
_Je sais.
_On vous a parlé de moi? dit-il avec étonnement.
_Non.

Elle rentra son cheval dans la stalle, tira la chaine pour l'empêcher d'en sortir, attrapa ses affaires et parti rejoindre Bors et Vanora à la taverne en laissant le soldat stupéfait. Elle ne s'était pas aperçue que Tristan, caché dans l'ombre, avait assisté à la scène, et qu'un sourire en coin ornait son visage. Il était ravi de voir son camarade se faire ridiculiser par une jeune femme.

_Alors? Tu as trouvé ce qu'il te manquait? s'enquit Vanora en passant près d'elle.
_En partie oui, mais je compte sur notre « promenade » en forêt pour refaire mes provisions de plantes. Je vais m'installer au fond de la salle, prévint-elle en quittant la jeune mère de famille.