Chapitre 5 : Le Campement.

Kaelig se leva en même temps que le soleil, les oiseaux s'envolaient à peine de leurs nids. Elle revêtit sa tenue de la veille. Elle rassembla ses maigres effets, ses dagues cliquetèrent légèrement, avant de quitter la chambre. Elle ferma doucement la porte en bois et s'engagea dans l'escalier, les marches craquèrent sous son poids, faisant pester la jeune femme. Elle entendit une porte s'ouvrir, pour le côté discret elle pouvait repasser.

_Kaelig ? Qu'est-ce que tu fais ? Tu ne comptais t'enfuir ? demanda Vanora en se penchant sur la rambarde.
_Je vais faire un tour avant de partir et préparer mon cheval, rassura Kaelig.
_Je chargerais Bors de te donner de quoi manger, prévint Vanora avant d'aller se recoucher.

Kaelig lui sourit rapidement et termina de descendre les escaliers. Elle attrapa une pomme dans la corbeille de fruit en passant dans la cuisine avant de quitter la maison. Elle quitta une maison calme, la rue se réveillait tout juste. Les commerçants installait leurs étals, elle acheta un peu de pain pour le voyage et comptait bien sur Arthur pour payer ce qu'elle dépensait pour cette mission. Après tout, elle n'avait pas choisie de se retrouvée embarquée dans cette histoire ! Après avoir fait le tour du quartier, elle se rendit aux écuries.

Arthur était en pleine préparation de son cheval blanc. Elle ne fit pas attention à lui, elle commença à s'occuper de son propre cheval, Mist. Elle prit son temps pour le préparer, brossant sa longue crinière, bouchonnant sa robe d'encre. D'un geste assuré, elle déposa la selle sur son large dos et le sangla avec force. Elle sourit en le sentant gonfler son ventre pour l'empêcher de le sangler comme il faut.

Les chevaliers arrivèrent un à un pour préparer leurs montures. Mist, comme les autres chevaux, commençait à piaffer d'impatience. Ils avaient sans doute sentis qu'une longue campagne se préparait. Kaelig le fit marcher sur quelques mètres avant de le resangler.

Elle accrocha son outre d'eau à un des anneaux de la selle et posa ses besaces en cuir sur la croupe de l'animal. Un palefrenier lui apporta un chanfrein de cuir pour protéger la tête de sa monture. Elle s'habilla d'une cape en lin noir, et grimpa en selle, rapidement imité pour les autres.

_Hey Fillette ! Vanora m'a demandé de te donner ça, interpella Bors sous les moqueries des autres chevaliers.
_Merci Bors, fit-elle chaleureusement.

Kaelig attrapa le paquet que le chevalier lui tendait et l'ouvrit. Du pain, de la viande séchée, quelques fruits secs étaient emballés dans un linge propre.

L'évêque, son serviteur et deux centurions romains entrèrent dans l'écurie, sous le regard noir des Sarmates, en particulier sous celui de Galahad. Bors et Gauvain s'amusaient à aiguiser leurs armes provoquant le malaise des deux romains présent. Dagonet bouscula l'envoyé du Pape, les deux soldats romains se lancèrent un regard de biais, mais décidèrent de ne pas relever.

_Pour nous représenter, mon clerc Horton vous accompagnera, annonça-t-il platement.
_Jols, trouve lui un cheval, demanda Arthur au palefrenier.
_Manquait plus que ça, grommela Kaelig.

Gauvain planta presque rageusement sa dague dans le banc en bois qu'il occupait, faisant sursauter le pauvre homme. Il n'était visiblement pas le bienvenu dans la compagnie et les personnes présentes se chargeaient admirablement bien de le lui faire ressentir.

Arthur s'approcha de Kaelig avec une carte. Il lui montra l'endroit vers lequel ils se dirigeaient avant de lui soumettre un itinéraire.

_Non. Il ne faut pas passer par les montagnes. Même si c'est dangereux il vaudrait mieux passer par les bois qui serpentent le long du fleuve. Le lac est gelé en ce moment, lui indiqua-t-elle en montrant le chemin à prendre sur la carte en parchemin.
_Je vais en parler à Tristan, mais si il arrive quelque chose, ne compte pas sur ma clémence, menaça Arthur sous le sourire ironique de la jeune femme.
_Je sais ce que je fais. Je n'ai pas besoin de vos menaces commandant, se moqua-t-elle.

Kaelig fit claquer sa langue et son cheval se mit à trotter pour quitter l'écurie. Elle fut rapidement rattrapée par le reste de la garnison. Elle se plaça entre la hache de Dagonet et l'épée massive de Bors. Elle rabattit son capuchon et entreprit de dormir encore un peu, laissant son cheval suivre les autres. Là où ils allaient, le sommeil était un luxe qu'ils ne pourraient pas s'offrir.

_Alors Fillette, on passe par où? demanda Bors en la secouant par le bras.
_Demande le Arthur, j'aimerais me reposer, ça ne va pas être une partie de plaisir une fois que nous aurons passé le mur, grommela-t-elle à moitié ensommeillée.
_Dis moi ma toute belle, n'aurais-tu pas tes menstrues ? questionna sournoisement Bors, sous la désapprobation de son compagnon.

Elle le foudroya des yeux et talonna son cheval, se plaçant ainsi en tête de colonne. Tristan ne tarda pas à la rejoindre et comme d'habitude, ils ne parlèrent pas. Le faucon de l'éclaireur trônait sur son épaule, un foulard blanc lui couvrant les yeux. Ils entrèrent bientôt dans la forêt alors que le soleil avait à peine amorcé sa descente, Kaelig les mena dans un coin tranquille où elle savait que personne ne viendrait les chercher.

Gauvain et Lancelot se chargèrent d'aller chercher du bois pendant qu'elle tirait une corde afin d'y attacher les chevaux. Bors et Dagonet montèrent le campement, Galahad l'aida à s'occuper des bêtes et Tristan se chargea de vérifier les environs.

_Kaelig? Vous pouvez venir? appela Arthur avant de gagner sa tente.
_J'arrive. Ne vous occupez pas de mon cheval Galahad, demanda-t-elle en disparaissant sous la toile fine.

Elle se glissa sous la tente du commandant, l'endroit était d'une sobriété extrême. Une table bancale et mal dégrossie occupait une partie de l'espace, un peu plus loin, un lit de camp romain avait été installé, visiblement, leur commandant aimait son petit confort.

Tristan ne tarda pas à revenir de sa patrouille et ensemble ils se penchèrent sur la carte. Kaelig leur montra le lieu de campement qu'ils occupaient, les points stratégiques des pictes, les positions des éclaireurs, et le meilleur moyen d'atteindre la villa rapidement. Arthur l'écouta avec beaucoup d'attention.

_Pourquoi tant de précision? s'enquit-il, curieux.
_Je veux éviter de faire de mauvaises rencontres, nous sommes en territoire hostile, même pour moi, ne l'oubliez pas, prévint-elle en se redressant.
_Nous pourrions utiliser les informations que tu viens de me fournir, informa le commandant en regardant son éclaireur.
_Vous ne le ferez pas. Vous n'êtes pas ce genre d'homme Atorius Castus, répondit-elle en souriant. Nous continuerons de longer la rivière pendant quelques jours le temps d'être derrière les lignes de défense, et nous reprendrons les sentiers boisés. C'est sans danger et plus rapide que de passer par la montagne, montra-t-elle sur la carte. Les miens ne doivent pas encore être au courant de notre venue.
_Je vais instaurer des tours de garde,
prévint-il. Tu prendras le premier quart, dit-il en en se tournant vers son guerrier. Vois avec les autres pour le reste de la nuit.

Elle et Tristan quittèrent la tente, laissant leur chef se préparer pour la nuit. Elle retrouva les autres chevaliers, et avec eux, ils s'organisèrent pour les différents tours de garde. Les hommes n'avaient pas voulu lui céder un créneaux, prétextant qu'une femme n'avait pas à s'occuper de ce genre de préoccupations.

Kaelig soupira, même si certains chevaliers l'aimaient bien, ils ne lui faisaient sans doute pas assez confiance pour lui permettre de prendre un tour de garde. Elle soupira un grand coup avant de se détourner, laissant ainsi, les hommes se mettre d'accord sur les rondes à faire. Elle alla s'occuper de son cheval.

Une fois la selle à terre, elle déposa une grande couverture en laine sur le corps massif du frison. Les nuits allaient être de plus en plus fraiches et elle avait prévenu les chevaliers de penser à bien se couvrir et à prendre une couverture pour leurs montures. En effet, aucun d'eux ne voulait finir la route à pied ou bien monter en duo.