Lorsque John se réveilla la première fois, il cligna des yeux plusieurs fois. Ses cils frottaient contre quelque chose. Du tissu ? Oh ! Un bandeau. Il secoua un peu la tête … ouch, mauvaise idée ! Il avait la nausée.

L'endroit où il se trouvait était étroit, l'air était bizarre, sec et étouffant et il … bougeait ? Son cerveau l'identifia immédiatement : le coffre d'une voiture.

Comment pouvait-il le savoir ? Tout ça, c'était de la faute à Mme Hudson. Elle adorait ces vieilles séries américaines où la compagne du héros se faisait régulièrement kidnappée, ficelée comme un saucisson et jetée à l'arrière d'une voiture. Le héros la récupérait généralement saine et sauve, brushing impeccable et maquillage parfait.

Magie d'Hollywood.

John espérait que son « héros » lui aussi allait bientôt apparaître.

Magie Holmesienne.

Sherlock Holmes avait un don pour les timings « dramatiques ». John ne put s'empêcher de sourire en pensant à Sherlock. Il se l'imaginait ouvrant le coffre de la voiture et lâchant, avec un petit soupir d'ennui : « John, tout ça est tellement cliché … ».

Cliché, cliché, cliché. Cliché le coffre de la voiture, cliché les liens qui enserraient ses poignets et ses chevilles, cliché le bandeau sur ses yeux.

Ce kidnapping paraîtrait mortellement ennuyeux à Sherlock, non ?

Le cœur de John s'emballa. Et s'il ne venait pas ? S'il trouvait tout ça trop « rasoir » ?

L'image de Sherlock changea. A la place du héros à la rescousse, John imagina Sherlock, une grimace d'ennui sur le visage, ouvrant le coffre et le refermant avec un « barbant ! » grommelé entre les lèvres.

Sa nausée se métamorphosa immédiatement en vomissements. Il eut juste le temps de se tourner sur le côté pour éviter de s'étouffer. Sa tête le faisait souffrir et toute pensée relative à Sherlock disparut avec le reste du monde autour de lui lorsqu'il sombra à nouveau dans l'inconscience.


Lorsque John se réveilla pour la seconde fois, il était furieux.

Furieux contre Ferguson (John savait exactement ce qu'il ferait de ses mains sitôt qu'elles seraient enfin libres. Sherlock pourrait étudier la formation des ecchymoses sur le cou d'une victime de strangulation !) mais surtout furieux contre lui-même : comment pouvait-il douter de Sherlock ?

Ferguson devait lui avoir administré une sacrée dose de Flunitrazépam pour que ses émotions se retrouvent sens dessus dessous comme ça.

John donna de violents coups de pieds contre les parois du coffre où il était toujours enfermé. Il frappa, encore et encore. Il n'arrêta qu'une fois complètement épuisé, laissant les ténèbres l'envahir à nouveau.


Lorsque John se réveilla pour la troisième fois, il referma presque immédiatement les yeux.

Prudemment, il rouvrit un œil, puis le second. Le décorateur de la pièce dans laquelle il se trouvait ne croyait manifestement pas en la vertu des rideaux. La lumière du soleil était blanche et crue, blessante.

Oh. Oh ! Il n'était plus enfermé dans le coffre !

Décidément, son cerveau fonctionnait vraiment au ralenti.

Et donc, plus de coffre, plus de bandeau et … John sortit les mains de sous les draps et joua un moment avec. Yep, ses mains étaient libres ! Mais sa pauvre tête menaçait toujours d'exploser et son estomac de se rebeller. John laissa retomber ses mains sur les draps et ferma les yeux. Il laissa échapper un long soupir.

Ok, la situation s'améliorait et … minute ? Il fronça les sourcils. Est-ce que … non, il fallait qu'il en ait le cœur net. Il replongea les mains sous les draps. Et poussa un petit grognement.

Et merde.

Il était nu comme un ver.

Dans un lit.

Immédiatement, il agrippa les draps et s'enroula complètement dedans.

Il se sentait affreusement vulnérable.

John n'avait jamais été particulièrement « pudique » ni gêné par la nudité, qu'il s'agisse de la sienne ou de celle d'autrui. Lorsque vous étiez dans l'armée, toute notion d'intimité, notamment physique, était vite oubliée ! Mais depuis son retour à la vie civile, les choses avaient changé. Entre les cicatrices et la perte de masse musculaire, John pensait parfois que le corps avec lequel il était revenu d'Afghanistan était celui d'un étranger. Il s'était mis à porter des chemises qu'il boutonnaient jusqu'au col et des pulls en laine épais. Une petite névrose supplémentaire à mettre sur le dos de son syndrome post traumatique bien qu'il n'en n'ait jamais discuté ouvertement avec le docteur Thompson.

Sherlock n'avait pas ce problème. Il pouvait passer des heures à déambuler nu dans l'appartement, un drap négligemment posé sur ses épaules, comme une toge. L'empereur Sherlock Holmes ! John étouffa un petit gloussement nerveux à l'image d'un Sherlock en toge romaine … et écharpe bleue autour du cou.

« J'aime ton rire, dit une voix masculine.

Le sang de John se figea dans ses veines. Comme paralysé, il resta un long moment immobile puis lentement, il tourna la tête vers la large baie qui illuminait la pièce. Il plissa les yeux, aveuglé par le soleil, puis il finit par distinguer une silhouette.

Ferguson était assis contre la baie.

Nondedieu ! En proie à la panique, John se retrouva immédiatement en position assise, appuyé contre la tête de lit. S'il avait pu s'enfoncer dans le mur, il l'aurait fait. Malheureusement, ces mouvements brusques n'avaient pas amélioré les bourdonnements de sa pauvre tête ou l'état chaotique de son estomac. Il ferma les yeux, luttant à la fois contre migraine et nausée.

Grave erreur.

Ferguson mit ces quelques secondes d'inattention à profit pour s'approcher du lit. Ce type était vraiment comme Sherlock. Il bougeait sans faire aucun bruit, à la manière d'un chat.

Sournois le chat.

- Tiens, bois ça. Ça devrait te faire du bien, dit-il à John en lui tendant un verre.

Bah voyons comme si John allait boire quoique ce soit que ce fou furieux avait préparé !

- Non, merci, répondit-il d'une voix si rauque qu'il eut du mal à la reconnaître.

Le visage de Ferguson se fendit d'un large sourire.

- J'insiste.

Vous pouviez retourner à la vie civile, des années pouvaient s'écouler depuis la dernière fois où vous aviez mis le pied sur un champ de bataille mais ce que vous aviez été, un soldat, ne s'effaçait jamais tout à fait. Et John pouvait entendre la menace dans la voix de Ferguson tout aussi clairement que celles que pouvaient lui lancer les talibans : en anglais ou en dâri (7), le soldat en lui savait reconnaître une menace. Et la voix de Ferguson était porteuse d'une terrible menace.

John se força à se calmer. L'envie de sauter à la gorge de Ferguson était forte mais il la réprima. Les effets de la drogue qui lui avait été administrée se faisaient encore sentir et il ne pouvait pas prédire l'issue d'un tel affrontement.

Et puis il ignorait où il était. Etait-il encore à Londres ? Certainement pas s'il devait en croire l'astre solaire. Tout se passait comme si le soleil ne brillait jamais vraiment à Londres.

Et donc, il était … on ne sait où. Nu. Seul.

Comme tout le personnel non combattant, John avait du subir un exposé sur ce qu'il pouvait attendre en cas de capture par l'ennemi. Il n'était pas une femme mais il savait très précisément ce que Ferguson voulait. Du moins sa nudité lui en donnait une malheureusement très bonne idée.

La voix du sergent instructeur était aussi claire dans son esprit que ce jour là, dans une base près de Kaboul : « Votre priorité est de rester en vie. Vous devez tout faire pour laisser le temps à vos camarades de vous retrouver. Tout … »

Ok.

Ok, ok, ok. Peut-être qu'en le répétant, John parviendrait à se convaincre. Et donc … Ok. Il allait faire en sorte de rester en vie pour laisser le temps à Sherlock de le trouver ce qui voulait dire, ne pas faire de vagues et laisser Ferguson … John frissonna. La dernière fois qu'il avait prié Dieu, ç'avait été après avoir été touché par un sniper. Aujourd'hui … aujourd'hui, il priait pour que Sherlock arrive à temps. Il n'avait aucun doute sur le fait que Sherlock allait le retrouver. Le souci, c'était que le timing de Sherlock laissait souvent à désirer …

Devant lui, Ferguson tenait toujours le verre à la main.

Tout en s'assurant qu'aucune partie de son anatomie ne dépassait du drap, John tendit la main.

- Merci, parvint-il à articuler, dents serrées.»

Le sourire de Ferguson s'élargit.

Yep, tout d'un chat. Celui qui a avalé le canari.

John ferma les yeux.

Sherlock, dépêche-toi, pensa t-il en portant le verre à ses lèvres.


Sherlock monta les escaliers du 221b quatre à quatre. Il entra en trombe dans l'appartement, et alla droit à son fauteuil. Il posa les sacs contenant les bouteilles juste devant la cheminée puis se laissa tomber dans le fauteuil en poussant un long soupir.

« John, j'ai acheté le lait, lâcha t-il.

Seul le silence lui répondit.

Sherlock fronça les sourcils. Il savait que John ne devait pas être au centre médical avant 10 h heure et il n'était pas plus de … par réflexe il chercha son IPhone dans sa poche avant de se rappeler que dans sa précipitation, il l'avait oublié.

- RAAAAAAAAAAAAH !»

Il se leva et fonça dans sa chambre. L'IPhone se trouvait sur sa table de nuit. Il le récupéra. Ah, John lui avait laissé un message.

Bart's, maintenant !

J

Le message était daté de 08h47. Il était maintenant 11h02. John devait encore être à St Bart's. Sherlock rédigea un message.

Arrive de suite.

SH

Puis il ajouta, un petit sourire satisfait sur les lèvres.

PS : j'ai acheté le lait.


Il y avait de la circulation et le taxi mit 11 minutes et 07 secondes de plus que d'habitude pour arriver à l'hôpital. C'était intolérable ! Sherlock avait bien essayé d'expliquer au conducteur qu'il connaissait un raccourci mais l'homme l'avait juste ignoré. Ignoré !

Enfin arrivé à St Bart, Sherlock sortit de la voiture, sans payer.

« Hé ! Mais où est-ce que vous croyez aller comme ça mon p'tit père ? Lui cria le taxi. Faut m'payer la course. Ça fait 16 livres. Et si vous m'payez pas dans les cinq secondes, j'vais vous mettre un extra. La loi m'y autorise !

Sherlock stoppa net puis il se tourna vers le chauffeur et se pencha vers lui.

- Vous avez ignoré mes conseils. J'aurais peut-être payé si vous ne m'aviez pas ignoré moi.

- Ecoute, mon pote …

- Je ne suis ni votre « p'tit père» ni votre « pote ». En fait, je suis celui qui va appeler votre patron pour lui dire que vous faites des extras avec « sa » voiture en dehors des heures de services et votre femme pour lui expliquer que vous avez des aventures extras conjugales ainsi que la police pour les petits extras que vous vous faites en trafiquant votre compteur.

L'homme avait perdu toute couleur.

- Mais … mais … comment vous pouvez savoir ça ? Balbutia t-il.

Sherlock leva les yeux au ciel et soupira.

- La question serait plutôt comment personne ne s'est-il encore rendu compte que vous étiez un filou et un adultère. C'est si évident.

- Evident ? Répéta le taxi éberlué.

Sherlock poussa un nouveau soupir et se lança.

- Le macaron de taxi londonien sur votre vitre arrière. Il laisse une marque lorsque vous l'enlevez et comme vous ne le remettez jamais exactement au même endroit, la marque est plus que visible si tant est que quelqu'un prenne le temps de « regarder ». Pourquoi prendre la peine d'enlever le macaron si ce n'est parce que vous ne souhaitez pas que votre taxi puisse être identifié. Et pourquoi ne voulez vous pas qu'il soit identifié si ce n'est parce que vous faites des heures non déclarées. Votre compteur. Il y a de petites marques autour de la date. Vous utilisez certainement ça pour le trafiquer, pas très malin, je suis certain que les traces de peinture rouge sur les bords du compteur correspondent à ce ridicule jouet.

Sherlock désignait de la main le petit coupe-papier rouge aux armoiries de l'île de Man qui se balançait sur le rétroviseur.

- Quant à vos aventures extra-conjugales. Il y a un sac de voyage sur le siège passager. Trop petit pour plus d'une nuit. Juste un change. Le sac doit avoir trois ans. Vous n'en n'êtes pas à votre coup d'essai. Depuis que nous avons quitté Baker Street vous n'arrêtez pas de vous regarder dans le rétroviseur, notamment en vous passant la langue sur les dents ou en vous passant la main dans les cheveux. Puéril. Et caractéristique du rendez-vous « galant ». Votre alliance est trop serrée autour de votre doigt ce qui indique clairement que vous êtes marié depuis un certain temps, je dirais, une bonne dizaine d'années. Vous pourriez fêter quelque chose avec votre femme mais il n'y a aucun cadeau dans la voiture, fleurs ou autres donc, vous allez voir quelqu'un et si j'en juge par l'enveloppe au logo de la Lloyd Bank qui dépasse de la poche de votre veste, je dirais que c'est quelqu'un qui apprécie les petites coupures plus que les chocolats. Comme vous ne prenez pas la peine d'ôter votre alliance, j'opterai pour une prostituée.

L'homme fixait toujours Sherlock et clignait des yeux comme une malheureuse chouette prise dans la lumière aveuglante des phares d'une voiture.

- Vous … vous … vous êtes complètement frappadingue, finit-il par dire dans un souffle.

Sherlock sourit.

- Oui, je sais, répondit-il en réajustant son écharpe ».

Et d'un pas décidé, il se dirigea vers la morgue laissant derrière lui le taxi bouche bée.


Sherlock entra dans le laboratoire, tout en tapant un texto.

« John, est-ce que tu vas enfin me dire ce qu'il y avait dans cette enveloppe ? Tout ceci est hautement ridicule et …

Sherlock s'arrêta net. Le laboratoire était vide. Son regard en fit le tour en quelques secondes et s'arrêta sur un objet qui n'aurait pas du se trouver là. Sa mâchoire se serra. Il composa un numéro.

- Mycroft ? Oui, oui, je suis certain que tu es extrêmement occupé à fomenter un coup d'Etat ou à manipuler les résultats des dernières élections d'un pays dit démocratique pour les besoins de la Couronne, mais c'est une urgence. J'ai besoin des enregistrements CCTV des rues W Smithield et Littlle Britain et de Hosier Loan entre 08h45 et 11h30. Oh, félicitations cher frère. Tu es enfin capable de te rappeler des rues de la ville où tu es né ! Bien entendu qu'il s'agit de St Bart's. C'est une urgence. Tu peux me les faire parvenir par mail.

Il raccrocha sans attendre la réponse de son frère et allait composer un autre numéro lorsque la porte du laboratoire s'ouvrit.

- Oh, Sherlock ! Je ne savais pas que vous étiez là, dit Molly, bras chargé de dossiers qu'elle laissa presque tomber en voyant Sherlock.

- Allez chercher la poubelle qui se trouve dans le couloir, lui ordonna t-il sans même la regarder.

- Euh, la poubelle …

Sherlock qui avait allumé l'ordinateur était occupé à tapoter fiévreusement sur le clavier de la main droite, son Iphone collée à son oreille gauche.

- Juste à droite de l'ascenseur, précisa t-il. Même vous, vous ne pouvez pas la manquer. Ah, Lestrade, enfin ! St Bart's, je vous attends dans dix minutes, ne prenez pas par Holborn, il y a eu un accident au niveau de St Etheldreda's. Comment ça si c'est important, évidemment que c'est important ! Grogna t-il. C'est John. Il a été enlevé.

Puis il raccrocha pour se concentrer sur les dossiers que John avait ouverts sur le bureau de l'ordinateur.

Derrière lui, Molly poussa un petit cri d'effroi et laissa tomber tous ses dossiers.

- Désolée, désolée … balbutia t-elle tout en récupérant comptes-rendus d'autopsies et examens divers. Oh mon Dieu, le pauvre docteur Watson, pauvre, pauvre -

- Molly, la coupa Sherlock les yeux rivés sur l'écran. La poubelle.

- Oh oui, tout de suite ! »

Elle balança les dossiers sur le bureau et se précipita dehors. Elle revint presque immédiatement, essoufflée, brandissant la poubelle comme un trophée.


Le Lieutenant Greg Lestrade n'y tenait plus.

Ils étaient coincés dans ce foutu embouteillage depuis plus de 20 minutes. Entre le coup de fil alarmant qu'il avait reçu de Sherlock, le fait qu'effectivement, malgré toutes ses tentatives, John ne réponde pas à son putain de téléphone et, cerise sur le gâteau, que le sergent Donovan le fixe avec ce petit sourire narquois aux lèvres, il était certain qu'il allait exploser. Oh, et il oubliait le nec plus ultra : le coup de fil, via le commissaire divisionnaire, d'un certain « haut fonctionnaire de l'Etat» qui avait spécifiquement requis sa présence à St Bart's. Haut fonctionnaire de mes deux, oui !

Les frères Holmes allaient finir par lui donner un ulcère.

« Bon ça suffit, lâchez le morceau, finit-il par dire, mâchoire serrée (depuis qu'il connaissait Sherlock Holmes, son dentiste lui devait une partie de sa fortune).

Donovan se tourna vers lui.

- Que voulez-vous que je vous dise ? Qu'il fallait s'y attendre ? Cela fait des années que je vous dit que ce type est dangereux. Je suis étonnée que Watson ait tenu aussi longtemps. Je suis certaine que nous ne retrouverons jamais le corps … ou alors, en petits morceaux. A commencer par les yeux dans le micro-ondes.

Greg faillit entrer dans la voiture en face de lui. Il pila juste à temps. Derrière lui, un concert de klaxons retentit.

- QUOI ! Sherlock ? Toucher à un cheveu de John Watson ? Vous devriez arrêter de « fréquenter » Anderson.

- Mais de quel droit … s'irrita la jeune femme.

Greg la coupa net.

- Du droit que je suis votre supérieur et que, comme Anderson, je vais suggérer que l'on vous envoie à une de ces formations sur la psychologie humaine. Le genre BAba. Sherlock n'aime pas grand monde, je vous l'accorde, mais lorsqu'il « aime » -

Un petit rire sec échappa à Donovan à cette idée saugrenue que Sherlock Holmes puisse « aimer » quelqu'un.

- … mais lorsqu'il « aime » quelqu'un, répéta Greg, il devient plus protecteur qu'une mère avec ses petits.

- Quel genre de mère au juste ? Se moqua Sally. Marie Noé (9) ? Quand allez-vous enfin ouvrir les yeux ! Ce type est -

- CA SUFFIT ! Explosa Greg en frappant le volant devant lui.

Il pointa un doigt vers son subordonné.

- Nous arrivons à St Bart's et si John Watson a réellement été enlevé, je vous conseille de garder pour vous, vos petits commentaires ou bien …

- Ou bien quoi ? Vous avez peur que le grand Sherlock Holmes me saute à la gorge ? Répondit-elle d'une voix moqueuse.

- Non, répondit Greg d'une voix froide. Si vous ouvrez la bouche pour autre chose que des remarques constructives, c'est moi qui le ferait.»


Greg entra sans frapper dans le laboratoire.

« Sherlock, dit Greg, où est John ?

Inutile de perdre du temps en bavardages stériles. Si Sherlock disait que quelqu'un avait été enlevé alors tout ce que Greg pouvait faire, c'était de mettre ses meilleurs éléments sur l'affaire.

- Lieutenant, interjeta Donovan. Nous ignorons si le docteur a disparu. Le protocole prévoit que -

La jeune femme fut interrompue par Sherlock.

- John m'a envoyé un texto ce matin me demandant de le rejoindre ici. Et regardez !

De la main il désignait le laboratoire. Greg et Donovan suivirent sa main du regard, l'air confus. Sherlock soupira.

- Mais bon sang ! Comment pouvez-vous êtres aussi aveugles ! La poubelle !

- Euh, oui, et bien quoi la poubelle ? Demanda Greg.

- Sa couleur. Elle est vert pâle. Et c'est une poubelle et non une corbeille en papier. Combien de fois par semaine venez vous ici Lestrade ? Trois, cinq fois, plus ? Le laboratoire est équipé de corbeille en papier blanche et les couloirs, de poubelles vert pâle comme les murs de cet illustre bâtiment. L'homme qui a enlevé John a substitué une des poubelles du couloir à la corbeille en papier du laboratoire.

- Oooookay, répondit Greg, mais pourquoi est-ce qu'il aurait fait ça ?

- 5-(2-fluorophényl)-1-méthyl-7-nitro-1,3-dihydro-2H-1,4-benzodiazépin-2-one (11), répondit Molly sur un ton tout excité en secouant une feuille de papier.

Les deux policiers se tournèrent vers elle.

- Quoi ? Grogna Greg. C'est quoi encore que ça ?

- C'est … euh, c'est la formule chimique de ce que nous avons trouvé dans … dans la corbeille. Elle était dans le couloir, répondit timidement Molly. Les dépôts vert sont vraiment caractéristiques.

Donovan lui arracha presque les résultats des mains.

- C'est impossible, murmura t-elle en regardant la feuille.

- Est-ce que quelqu'un va me dire ce que c'est que ce fluoromachin, oui ou non ! S'enerva greg.

- Du Rohypnol, lui répondit Sally.

- Rohypnol ? Minute, c'est pas la drogue du viol ça ? S'enquit Greg.

Donovan hocha la tête.

- Et vous avez trouvé des traces de cette saloperie dans la poubelle ? Demanda Greg à Sherlock.

Ce dernier poussa un long soupir.

- Dans la corbeille à papier, Lestrade, bon sang, pour une fois est-ce que vous pourriez suivre. La personne responsable de l'enlèvement de John l'a drogué.

- Nous avons aussi trouvé des traces de thé, précisa Molly.

Sherlock grogna mais continua.

- Il a du récupérer le gobelet ou le verre qu'il a utilisé après qu'il ait été jeté dans la corbeille puis il a fait l'échange avec la poubelle se trouvant dans le couloir. Sans doute était-il pris par le temps.

- Pris par le temps ? Comment pouvez vous savoir ça ? Demanda Greg.

- Le portable de John. L'homme a du voir qu'il m'avait laissé un message et savoir qu'il avait peu de temps devant lui … BON SANG ! Et à cause de ce foutu lait, je ne suis pas arrivé à temps ! Hurla Sherlock en balançant la boîte de Pétri qui se trouvait sous le microscope contre le mur.

- Houlà ! On se calme, d'accord. Sherlock, est-ce que vous avez d'autres, euh, « preuves » de ce qui s'est passé ici ? Demanda Greg d'une voix calme.

- Les chaises, dit Sherlock qui repassa en mode « détective » et pointait du doigt une des chaises. L'une d'elle est tombée par terre. Le dossier en plastique est fendu. Elle a du tomber lorsque -

- Mais « pourquoi » et « qui » enlèverait le docteur Watson ? L'interrompit Donovan. Vous êtes sur une affaire en ce moment tous les deux ?

- Non, répondit sèchement Sherlock, pas tous les deux.

- Euh, ça veut dire quoi ça ? Demanda Donovan, confuse.

Sherlock ne lui répondit pas. Il récupéra le tirage papier des dossiers que John avait archivés sur l'ordinateur et sortit en trombe du labo.

- SHERLOCK ! Cria Greg. Nondedieu ! Je déteste lorsqu'il fait ça, grommela t-il en se lançant à la poursuite du détective. »


Cette fois, c'est dans l'appartement du 221b Baker Street que le lieutenant Lestrade entra sans frapper. Sans frapper et furieux.

« SHERLOCK ! C'est la dernière fois que vous me faites ça, vous m'entendez ! La prochaine fois que vous me laissez en plan au beau milieu d'une scène de cri- … mais, qu'est-ce que vous fichez ?

La cuisine était sens dessus dessous. Le contenu du réfrigérateur avait été étalé par terre, les tiroirs vidés par-dessus et les placards étaient en train de subir le même sort.

- Ça doit être là, c'est forcément ici quelque part marmonnait Sherlock.

- Ooooh, Sherlock mais qu'est-ce que vous faites ! Se désola Mme Hudson qui était montée juste derrière les deux policiers. Et vous deux, pourquoi êtes vous là ? C'est encore à propos de la drogue ? Sherlock vous aviez promis à John de ne pas -

- VOUS ! Cria Sherlock. Vous avez touché à quelque chose dans la cuisine.

Mme Hudson sursauta.

- Je … non, je n'ai rien touché, j'ai juste … juste rangé le lait. John ne doit pas être dans son assiette parce qu'il a pris du lait entier, et vous ne buvez jamais de lait entier, et -

- Non, vous avez touché à quelque chose d'autre ! Cria Sherlock faisant à nouveau sursauter sa logeuse.

- Hey, ça suffit comme ça ! Cria à son tour Donovan, prenant la défense de la vieille dame.

- SHERLOCK HOLMES ! Cria soudain Mme Hudson, mains sur les hanches. Il n'est pas question, jeune homme, que je vous laisse me parler sur ce ton ! Et vous, dit-elle en se tournant vers Donovan, je n'ai pas besoin de votre aide merci, je ne suis pas une pauvre « petite vieille » sans défense. Sherlock, j'ai rangé le lait et c'est tout.

Sherlock ne dit rien. Agenouillé par terre au milieu du chaos qu'était désormais la cuisine, ses épaules se voûtèrent brusquement comme sous le poids d'un lourd fardeau.

- Impossible, murmura t-il. C'est forcément ici. Il ne peut pas être venu le prendre …

- Oh et j'ai aussi fait le tri dans vos pouces, ajouta soudain Mme Hudson. Et c'est la dernière fois que je fais le tri entre vos … vos « experiences » et de la bonne et saine nourriture. Si John était là il … mais au fait, où est-il ? Sherlock ?

Sherlock s'était levé et avait posé ses mains sur les épaules de la vielle dame, son regard plongé dans le sien.

- Répétez ce que vous venez de dire, grogna t-il.

- Je … j'ai trié vos « pouces », répéta Mme Hudson d'une toute petite voix.

- Des pouces ? Vous avez des pouces en plus de … de vos globes oculaires ? Vous êtes vraiment un taré, lâcha Donovan.

Ignorant Donovan, Sherlock relâcha Mme Hudson et se jeta sur le compartiment à légumes du réfrigérateur. Ce dernier était par terre et son contenu aussi. Il s'agissait d'un sac. Sherlock fit d'un revers de la main place nette sur la table de la cuisine – élicitant un « Sherlock ! » outré de la part de Mme Hudson – et ouvrit le sac qu'il renversa purement et simplement sur la table.

- Oh Mon Dieu … grogna Donovan. Dites-moi que ce n'est pas ce que je crois que c'est, gémit-elle, écoeurée.

- Des pouces, précisa Greg qui était devenu un peu pâlot. Ce sont des pouces, bon dieu Sherlock …

Sherlock fouilla dans l'amas sanguinolent et poussa un cri de victoire. Il brandissait … un pouce.

- Mme Hudson, pouvez-vous me dire où vous avez trouvé ceci ? Demanda t-il.

- Euh, dans une petite boîte. Je l'ai faite tomber en sortant la salade quand j'ai voulu ranger le lait. Et quand j'ai vu ce que c'était, je me suis dit qu'il valait mieux tous les mettre ensemble. Vos pouces. Les frais avec les séchés. Vraiment Sherlock, ce n'est pas hygiénique de garder des morceaux humains à côtés de vos aliments !

- La boîte Mme Hudson, demanda Sherlock en faisant claquer ses doigts.

- Euh, je l'ai mise dans l'évier. C'est une jolie petite boîte, elle pourra sans doute resservir une fois correctement lavée et … Sherlock ! Attention ! Vous allez tout casser !

Sherlock était en effet en train de fouiller dans l'évier, faisant tintinnabuler tasses en faïence et petites cuillers. Il sourit en levant une petite boîte.

- Ok, dit Greg, et ça c'est quoi ?

- Ça, c'est ce qui va nous permettre de retrouver John, annonça Sherlock. »

A suivre …

(7) Dâri : nom donné à une variante orale du persan. Le dâri est une des langues officielles de l'Afghanistan. Dans sa version écrite, il s'agit du farsi (langue parlée en Iran).

(8) CCTV : de l'anglais « Closed-Circuit TeleVision », désigne le réseau de télésurveillance de Londres.

(9) Marie Noé est une américaine qui, entre 1948 et 1968, fut accusée d'avoir tué, avec préméditation, huit de ses dix enfants (aucun d'eux n'a atteint l'âge d'un an). Les deux derniers étant morts de cause naturelle.