Len était assis à une table de la bibliothèque, après avoir réussi à échapper aux hordes de filles qui, d'ordinaire, le poursuivaient après les cours.
Honnêtement, il ne les détestait pas. Mais elles pouvaient devenir vraiment agaçantes, surtout lorsqu'il voulait être seul un moment.
« Len ? » Len se maudit intérieurement. Il leva lentement les yeux de son livre. Qui s'avérait être Roméo et Juliette. Un livre extrêmement fascinant. Il appréciait vraiment les tragédies de Shakespeare.
« Oui, Rin ? » fit-il avec un sourire tendu. Elle lui sourit également, son bras serré autour de la taille de Kaito. Il toisa ce bras avec jalousie.
« Je sors avec Kaito ce soir. J'ai préparé le dîner ce matin, il est dans le frigo. Tu n'as qu'à le réchauffer. Maman et Papa sont encore à l'étranger, je ne vais pas laisser mon petit frère mourir de faim, » sourit-elle à nouveau.
« D'accord. Amuse-toi bien, Rin, » il se reporta sur son livre et remonta ses lunettes sur son nez. Il entendit le bruit de leurs pas s'éloigner.
Il eut la vague impression que quelqu'un chuchotait son nom et il releva la tête, agacé. Son regard s'adoucit lorsqu'il vit de qui il s'agissait.
La douce et timide Teto. « Teto, » il se leva de sa chaise, abandonnant le livre sur la table. Elle rougit, ses longues boucles anglaises tombant librement sur ses épaules. « Je suis désolé. J'ai oublié. »
« C'est rien, » murmura-t-elle. « Je ne t'en veux pas. »
Il l'emmena jusqu'à une allée de la bibliothèque où personne n'allait jamais. « Je me rattraperai la prochaine fois. » chuchota-t-il, en la prenant dans ses bras. Elle acquiesça, le souffle court.
Ses doigts écartèrent ses cheveux de ses tempes, glissant à travers les boucles épaisses, puis ses lèvres se plaquèrent sur les siennes, leurs dents se cognèrent tandis que leurs langues s'enlaçèrent. Il garda une main dans ses cheveux et l'autre descendit jusqu'au bas de son chemisier, passa sous son corsage puis s'attarda sur la chaleur de son ventre.
Teto gémit au contact de ses lèvres. Len sourit. Il aimait donner du plaisir mais aussi en avoir. Ça l'aidait à tout oublier.
Elles aimaient le goût de ses lèvres, cette saveur épicée qu'il leur donnait puisqu'elles l'aimaient tant. Pendant un instant, un seul et doux instant, cette saveur leur appartenait.
Il ne comprenait pas pourquoi les femmes aimaient ainsi le goût de ses baisers. Il l'aurait imaginé plutôt âpre. Âpre en raison de ses déceptions et de sa frustration constamment refoulées. Comme le serait le goût d'un sirop trop sucré.
Teto s'écarta, haletante, et il fourra son nez dans son cou, voulant la prendre ici, maintenant et sans plus attendre. Il l'aurait fait, mais Teto n'était pas assez audacieuse à son grand désarroi, et n'y consentait que s'ils étaient totalement seuls. Comme … dans la chambre de la jeune fille, par exemple.
Il entendit un bruit et, comme s'il venait de recevoir un choc électrique, leva les yeux. Miku Hatsune était venue dans cette allée et, à la vue de leur étreinte si intime, venait de lâcher tous ses livres.
Rougissant violemment, elle se pencha pour les récupérer et les serra contre sa poitrine. « Je suis désolée ! » glapit-elle. « Ne … ne faîtes attention à moi. » Et elle se précipita hors de l'allée.
Teto cligna des yeux. « Len, » dit-elle avec hésitation, « je ne suis plus d'humeur à ça. » Il la comprenait. Après avoir été surpris de cette façon, lui aussi ne se sentait plus d'humeur. Il acquiesça, et laissa Teto s'éloigner à pas lents.
C'était … embarassant. Pour la première fois, Len se sentait embarassé d'avoir été surpris à faire quelque chose de si intime à une fille pour qui il n'avait aucun sentiment. Pourquoi ? C'était la première fois qu'il s'en souciait.
Peut-être parce que celle qui l'avait vu faire n'était autre que la fille la plus innocente de toute l'école – Miku Hatsune. Elle devait sûrement penser qu'il avait essayé de dévorer Teto.
Len se sentait frustré, parce qu'il devait avoir donné une mauvaise impression de lui à Miku. Ce n'était pas comme si il se prostituait … ou peut-être que si. Oui, c'était comme ça qu'il se voyait.
Reformulation. Il se prostituait. Mais il ne prenait pas n'importe qu'elle fille dès qu'il en avait envie. Il avait des conditions.
Premièrement, la fille devait être attirante. Deuxièmement, il fallait qu'elle ait de beaux yeux. Troisièmement, il fallait qu'elle le captive et qu'elle le divertisse.
Miku Hatsune rassemblait toutes ces conditions.
Il fronça les sourcils et secoua la tête. Il avait déjà dit à Gakupo qu'il n'avait aucune attention de la prendre pour cible. Elle était bien trop candide pour ce genre de choses. Mais voilà que ses pensées étaient déjà en train de le trahir !
Mieux valait qu'il rentre chez lui et mange son dîner. Ensuite, il prendrait une douche froide. Il faut vraiment que j'arrête de penser à Miku Hatsune. Cette attirance nouvelle envers quelqu'un de si innocent lui donnait l'impression d'être un pédophile, bien qu'ils aient tous deux le même âge. Dix-huit ans.
« Je suis un pédophile, » répéta-t-il à voix haute. « Un horrible pédophile. » Il sortit de l'allée.
Miku Hatsune s'était engagée dans le couloir d'à côté et elle se figea dès qu'elle l'aperçut. Serrant ses livres tout contre sa poitrine, elle fit légèrement marche arrière tout en le dévisageant comme il était une sorte de zombi carnivore (mais néanmoins séduisant.)
C'était agaçant mais aussi adorable, d'une certaine façon. Il décida d'aller lui parler – chose étrange, il la connaissait depuis le collège mais ils ne s'étaient jamais adressés la parole. Pas une seule fois.
Pour être honnête, il ne l'avait jamais remarquée avant ce jour. « Salut. »
« Salut, » elle se mordit la lèvre. « Tu es Len Kagamine. »
« Ça, je le sais, » il haussa un sourcil. « Et tu es Miku Hatsune. » Elle baissa les yeux vers le sol et aquiesça.
Dans un murmure à peine audible, elle demanda, « Est-ce que Teto va bien ? C'est mon amie … et j'espère que tu ne lui as rien fait. Ne la mange pas, s'il-te-plaît. Si tu as faim, j'ai des poireaux dans mon sac. »
Il dût se faire violence pour ne pas éclater de rire. « Je n'essayais pas de la manger. »
Elle cligna des yeux, et ses prunelles vertes étaient si innocentes que Len s'en sentait comme blessé. « Alors qu'est-ce que tu lui faisais ? »
« Je … » hésita-t-il. Lui, Len Kagamine, il n'allait quand même pas expliquer ce qu'était l'intimité physique à cette fille au beau milieu de la bibliothèque de l'école. « Pose la question à Teto. Je suis sûre qu'elle sera plus que volontaire pour t'expliquer ce qu'on faisait. »
Elle acquiesça en le regardant, visiblement plus détendue. Il hocha la tête, ne sachant quoi dire. « Bon … au revoir, » dit-il, embarassé.
« Au revoir, » dit-elle doucement, et elle retourna dans l'allée qu'elle venait de quitter. Len fronça les sourcils.
Elle était comme une énigme qui l'intriguait terriblement. Une énigme qu'il ne lui déplairait pas de résoudre.
