Len se sentait terriblement frustré. Le pire était qu'il ignorait pourquoi.
Alors ça n'avait rien fait à Miku Hatsune d'apprendre qu'elle allait étudier avec lui ? Et alors ? Ce n'était pas si grave. Lui non plus n'aimait vraiment pas l'idée d'étudier avec quelqu'un – cela pouvait nuire à sa concentration.
Mais quand même. Il s'agissait de Len Kagamine. Le garçon pour lequel les filles étaient à genoux. Chaque fille qu'il avait rencontré avait, à un moment ou à un autre, montré de l'interêt pour lui. Même Miku l'avait fait.
Alors pourquoi n'était-elle pas plus emballée que ça à l'idée qu'il allait passer plus de temps avec elle ? Seul à seule ? L'opinion qu'elle se faisait de lui avait-elle changé si rapidement ? Si brusquement ? Et si c'était le cas … pour quelle raison ?
Len soupira. Pourquoi se prenait-il la tête à propos de ça ? Ça n'a pas d'importance. Il serait son professeur, et ça n'irait pas plus loin. Il ne s'intéressait pas à elle de cette façon là.
Des images de corps serrés et de lèvres mêlées contredirent son esprit, et il fronça les sourcils. Non. Il avait déjà assuré à Gakupo ainsi qu'à lui-même qu'il ne s'intéressait pas à Miku Hatsune de cette façon. Il songea que la cause de son interêt si fort pour elle devait être sa froideur envers lui, l'indifférence qu'elle était la seule à manifester et son innocence si puérile. Car il ne voyait pas d'autre raison qui éveillait en lui tant de désir pour elle.
Du désir, pas de l'amour. Pas de l'amour, se répéta-t-il. Peut-être de l'engouement, de la convoitise mais un amour réel. Ce qu'il ressentait pour Miku ne pouvait être comparé à ce qu'il éprouvait pour Rin.
Allongé sur son lit, il continuait de fixer le plafond de sa chambre, en continuant de se demander pourquoi, parmi toutes les autres, c'était l'innocente Miku qui l'attirait tant. Soudain, son portable vibra.
Nonchalamment, il tendit le bras vers sa table de chevet et attrapa son téléphone. Il venait de recevoir un message, et il n'avait aucune idée de qui cela pouvait bien être. Meiko ? Luka ? Teto ? Une fille dont il ne se rappelait plus le nom ?
Un numéro inconnu. Il se figea, s'interrogeant sur l'expéditeur et ouvrit le message.
Salut Len. C'est Miku. Mon frère est d'accord. Alors … je viendrai chez toi demain, après les cours ?
Miku. Len cligna des yeux et vivement, frénétiquement, tapa sa réponse.
Bien sûr. Retrouve-moi devant la bibliothèque, dès que les cours seront finis. Ne sois pas en retard.
Il l'envoya et il ne fallut qu'une trentaine de secondes pour qu'un nouveau message ne lui parvienne.
D'accord. À bientôt.
Len sourit. Pendant un instant, il voulut poursuivre la conversation mais abandonna cette idée. Miku n'avait pas l'air très enthousiaste et il n'était pas sûr qu'elle réponde à de nouveaux messages de sa part.
La meilleure chose à faire était d'attendre le lendemain. Un frisson le parcourut à la pensée qu'il allait la voir et parler avec elle.
Peut-être même ferait-il autre chose, quelque chose qui n'impliquerait pas d'enseigner les maths … Len cligna à nouveau des paupières. À quoi pensait-il ? Il ne devait pas dériver de la tâche impossible qu'on lui avait confié – enseigner l'algèbre à Miku Hatsune.
Len soupira. « Je n'aurais jamais dû accepter, » marmonna-t-il.
Oh, une minute. Il n'avait pas accepté. Le professeur était simplement venu le voir pour lui ordonner de le faire. Génial. Len ne savait pas qu'il était si facile de disposer de lui. C'était formidable de découvrir des facettes de sa personnalité dont il n'avait jamais eu conscience auparavant.
Le seul point positif, c'est qu'il n'avait rien de prévu ce soir et qu'il pourrait en profiter pour essayer de dormir.
Sans trop savoir pourquoi, Len savait que ses rêves allaient être tourmentés par une paire d'yeux pétillants d'un vert rappelant le feuillage des arbres. Des yeux qui appartenaient à une fille qu'il désirait ardemment mais qu'il ne devrait pas, ne pouvait pas toucher.
Miku serra son portable contre sa poitrine. Len Kagamine venait de lui envoyer un message. À elle ! Miku Hatsune !
Comment parvenait-elle à rester aussi calme ? Intérieurement, elle se sentait sur le point de faire de l'hyperventilation.
Ne sois pas stupide. Il va simplement t'aider pour l'algèbre et rien d'autre. Malgré ses pensées négatives, Miku ne pouvait s'empêcher d'être excitée à l'idée d'aller chez lui le lendemain.
Elle n'était qu'une pauvre idiote, éprise et desespérée. Qu'allait-il se produire, selon elle ? Que Len l'embrasserait à nouveau ou quelque chose du genre ?
Tout à coup, Miku réalisa que c'était exactement ce qu'elle espérait. Frénétiquement, elle secoua la tête.
« Miku, ne sois pas stupide. Estime-toi heureuse d'avoir une bonne raison d'aller chez lui. Mais n'attends rien de plus, » se morigéna-t-elle. « Il ne t'aimera jamais de cette façon. »
Se sentant soudain déprimée, Miku s'affala sur son bureau, ses longs cheveux verts étalés autour d'elle. Pourquoi n'arrivait-elle pas à se sortir Len Kagamine de la tête ? Il était toujours dans ses pensées – n'en avait-il pas assez d'obséder constamment son esprit ?
Ses yeux bleux la hantaient, même dans ses rêves. Len Kagamine se montrait partout où elle allait et elle ne pouvait l'éviter, même dans son sommeil. C'était si frustrant !
« Len, » murmura-t-elle en posant son front sur son bras. « Sais-tu seulement à quel point je t'aime ? À quel point je … te veux ? »
À l'évidence, non.
