« J'abandonne » gémit Miku, en balançant son crayon sur sa feuille. Len réprima un sourire. Vu les circonstances, sourire l'aurait fait passer pour un sadique.
« Allez, ce n'est pas si difficile, » l'encouragea-t-il. « Tu as réussi à trouver x, pas vrai ? Maintenant il faut la remplacer par cette valeur dans l'équation, et tu pourras la résoudre. »
Elle observa attentivement la consigne. « D'accord, » fit-elle lentement. Elle pencha la tête sur sa feuille, si concentrée sur ce qu'elle griffonait que sa langue se mit à se glisser compulsivement hors de ses lèvres. Len en profita pour l'observer.
Elle était vraiment jolie. Il devait être aveugle pour ne l'avoir jamais remarqué auparavant.
Ou peut-être l'avais-tu remarqué, mais tes pensées étaient focalisées sur Rin.
Il cessa de cogiter ainsi.
« Fini ! » lança Miku. Elle tendit la feuille pour qu'il vérifie sa réponse. « J'ai juste, pas vrai ? » demanda-t-elle avec un sourire triomphant.
« Je suis impressionné. Tu as réussi à résoudre l'équation, » la taquina-t-il. « Plus que neuf questions. »
Miku lâcha un gémissement. « Oh non, s'il-te-plaît. J'en ai marre. Ça fait des heures que je bosse sur cet exercice - »
« En réalité, ça ne fait qu'une demi-heure, » intervint Len mais Miku l'ignora royalement et continua sa tirade.
« - et j'en peux plus, mon cerveau est sur le point d'exploser. C'est de la torture. L'algèbre n'est rien d'autre que de la torture mentale. Comment fais-tu pour y arriver ? »
Len haussa les épaules. « Ca me vient naturellement, c'est tout. » Il jeta un coup d'oeil à l'horloge. Dix-huit heures cinquante. Cela faisait déjà deux heures que Miku était dans sa chambre.
Combien de temps restait-il avant que son frère ne la rappelle pour qu'elle rentre chez elle ? « Puisque tu es si fatiguée, fais une pause, » suggéra-t-il.
« Oui, excellente idée ! » s'exclama-t-elle en se redressant. « Merci beaucoup, Len. Je sais que ce n'est pas une partie de plaisir de m'aider en algèbre. » Elle lui adressa un sourire, un sourire si adorable que Len fut envahi par une impression …
Étrange. Il avait la nette impression qu'elle lui plaisait. C'est impossible. Je la connais à peine.
Il ne lui avait jamais prêté attention, pas avant ce jour de classe fatidique. Avant cela, elle n'était rien pour lui, juste une camarade classe, mignonne certes, mais elle n'était pas son genre. Elle était trop innocente, trop puérile.
À présent, cette innocence l'attirait, tel un poisson à un hameçon. Contrairement au poisson, Len savait que cette appât était un piège et que s'en approcher le mènerait à sa perte.
Mais, comme le poisson finit par le faire, Len s'en alla malgré tout mordre à l'hameçon. Je ne suis qu'un idiot. Un imbécile, un crétin fini.
Len releva le menton de la jeune fille et l'embrassa.
Elle se paralysa, comme en état de choc, mais au contact de ses lèvres, elle ouvrit lentement la bouche et entoura ses bras autour de son cou. Leurs langues dancèrent ensemble tandis qu'il se rapprochait d'elle, avide de cette saveur caramélisée.
C'était bien elle. Sa saveur à elle. Pas celle, artificielle, d'une quelconque friandise mais elle, son odeur de caramel. Et c'était une saveur terriblement délicieuse.
Miku n'arrivait plus à penser. Len Kagamine est en train de m'embrasser. Pour la seconde fois. Il m'embrasse. Moi.
La cannelle. Un goût épicé et enivrant de cannelle traversait ses sens à chaque mouvement des lèvres de Len. Elle voulait que ce baiser dure indéfiniment et elle ressera sa prise sur sa nuque. Un gémissement lui échappa lorsqu'il sentit l'emprise de la jeune fille de plus en plus forte et il continua férocement son assaut sur ses lèvres.
Len décrocha ses bras de son cou afin de saisir ses poignets et immobiliser la jeune fille sur son lit, ses hanches confortablement instalées sur les siennes.
Elle écrasait ses feuilles d'exercice et elle s'en fichait complètement. Le papier crissait sous elle et sous le poids de Len sur son corps. Cela importait peu.
Finalement, Miku se sentit manquer d'air et, haletante, elle repoussa Len. Ses yeux bleux s'étaient assombris et dégageaient une sensualité sans pareille. Ils l'incitaient à céder à la tentation, à faire ce que lui criait son désir – se rapprocher davantage de lui. De Len.
Il frotta son nez dans le cou de la jeune fille et tandis que sa langue courait lentement sur sa peau sensible, Miku tressaillit. C'était si bon. Sa langue monta de sa clavicule à sa mâchoire, caressante, jusqu'à ses joues. Miku ferma les paupières, comblée de plaisir et entendit un bruit de velours. Le rire de Len.
« Tu ne devrais pas te comporter ainsi, » dit-il doucement, ses doigts toujours autour de ses poignets. « Vraiment. Tu sais comment je suis, Miku. »
« Je sais, » murmura-t-elle. « Mais je suis incapable de t'arrêter, Len. Tu es plus fort que moi. Si tu veux me prendre ici, tout de suite, je suis ton esclave. »
« C'est ce que tu veux ? » demanda-t-il avec douceur. Miku hésita.
Je ne suis pas encore prête pour ça. « Non. »
Le regard bleu de Len devint glacial et il se leva du lit, avant même que Miku n'aie eu le temps de cligner des yeux. « Continuons là où nous nous sommes arrêtés, » dit-il froidement. « Il te reste neuf questions. »
Miku se redressa, les lèvres encore rougies par la violence du baiser et elle le dévisagea. Allait-il faire comme s'il ne s'était rien passé ?
« Qu'est-ce que tu attends ? Les feuilles sont un peu froissées mais elles sont encore lisibles. »
Apparemment, oui. Miku soupira, se demandant si ça valait la peine de s'énerver. Elle décida de ne pas gaspiller son énergie.
Au lieu de cela, elle attrapa ses feuilles et reprit ses exercices.
Len se sentait confus. Que venait-il de se passer ?
Il avait embrassé Miku Hatsune encore une fois. Il avait aimé ça, et pour la première fois, il ne s'y était pas senti forcé. Il l'avait voulu, il avait désiré bien davantage qu'un simple baiser.
Mais elle le lui avait refusé.
Que lui manquait-il, selon elle ? Que lui manquait-il pour qu'elle refuse d'aller plus loin avec lui ? Avait-elle quelqu'un d'autre en vue ?
À cette pensée, Len se raidit. Non. Elle ne peut pas. Elle est à moi.
D'où lui venaient ces pensées bizarres ? Il n'avait aucun droit sur elle, Miku Hatsune était libre d'embrasser qui elle voulait …
C'était évident. Len était jaloux. Et il n'aimait pas ça.
Pourquoi cette jalousie envers Miku Hatsune ? Elle n'était qu'une simple camarade de classe. Mignonne certes, mais elle n'était pas Rin. Toutes ces émotions contradictoires l'exaspéraient.
Il ne ressentait rien pour Miku Hatsune mais la seule pensée qu'elle pût embrasser quelqu'un d'autre (Gakupo, par exemple) le mettait hors de lui.
C'est peut-être parce que je lui ai pris son premier baiser. Du coup, je me sens possessif vis-à-vis d'elle. Mais c'est la seule raison pour laquelle j'ai de l'interêt pour elle.
Peut-être.
