Mais à quoi pense-t-il ? Il n'a pas le droit de décider qui je peux embrasser ou non. Qu'est-ce que je suis, pour lui ?

Et lui, qu'est-il pour moi ?

Miku fulminait en entrant chez elle. Lorsqu'il entendit la porte d'entrée claquer, Mikuo leva les yeux de son livre.

« Tu es rentrée plus tôt que prévu, » remarqua son frère. « Il y a eu un appel pour toi, au fait. Teto, si je me souviens bien. »

Miku sentit sa frustration retomber au moment où la surprise prenait le dessus. « Pourquoi n'a-t-elle pas appelé sur mon portable ? »

Mikuo haussa les épaules. « C'est ce que je lui ai demandé. Elle a dit qu'elle savait que tu étudiais avec Len Kagamine et qu'elle ne voulait pas t'appeler directement au cas où … elle te dérangerait. »

Miku tressaillit. « On ne faisait qu'étudier. Elle pouvait très bien m'appeler si elle le voulait. »

Mikuo esquissa un sourire stupide qui donna envie à sa sœur de le frapper. « Teto n'avait pas l'air de cet avis. »

« Mmh. Fiche-moi la paix, Mikuo. » Elle monta d'un pas lourd les escaliers jusqu'à sa chambre sans prêter la moindre attention au éclats de rire de son frère.

Elle verrouilla la porte, s'effondra sur son lit et extirpa son portable de sa poche. Tout en appelant Teto, elle étudia distraitement ses ongles, se demandant ce qu'elle attendait pour décrocher. Elle le fit à la troisième sonnerie.

« Allô, Miku ? » Teto avait l'air toute excitée. « J'ai entendu une rumeur assez surprenante aujourd'hui. Je parie que ça va te plaire. »

« De quoi tu parles, Teto ? » demanda Miku sans entrain. Teto avait beau être son amie, elle ne se sentait pas la force de consacrer ce qui lui restait d'énergie pour une stupide rumeur.

« Gakupo a dit à Kaito, qui a dit à Rin, qui m'a dit qu'il en pinçait pour toi ! »

Les yeux de Miku s'agrandirent. « Gakupo en pince pour moi ? » coassa-t-elle, la voix incrédule.

« Ouep. C'est pas génial, ça ? Il est trop craquant, » commenta Teto, de l'envie pointant dans sa voix. « Bon, je te vois demain, Miku, j'ai des devoirs à faire. » La communication se coupa.

Miku fixa son téléphone. Gakupo Kamui, un des mecs les plus cool de son école craquait pour elle ? Miku Hatsune ? La jeune fille naïve et tellement innocente que personne ne la croyait prête à s'engager dans quoi que ce soit ?

Les forces de l'univers devaient commencer à se moquer d'elle. C'était la seule explication possible.

« Est-ce que Gakupo cherche se moquer de moi ? » se demanda Miku à haute voix. Toujours son portable en main, elle fit défiler les contacts. Gakupo Kamui.

Comment avait-elle eu son numéro, déjà ? Ah oui, un an plus tôt. Peu de temps avant qu'il n'essaie de l'embrasser. Ses lèvres s'étirèrent en un demi-sourire.

Elle n'avait néanmoins jamais su ce qu'était un baiser. Len était réellement celui qui le lui avait fait découvrir et qui lui avait montrée à quel point c'était délicieux.

Qu'est-ce que Gakupo pouvait lui apprendre de plus ?

Au fond, elle se sentait coupable. Le fait de penser à quelqu'un d'autre équivalait à trahir Len, d'une certaine manière. Mais pourquoi éprouverait-elle de la culpabilité ? Après tout, elle ne représentait rien pour lui.

Je veux quelqu'un pour qui je serai une priorité, pas une deuxième option.

Résolue, elle pressa la touche d'appel et il décrocha immédiatement. « Allô ? »

« Gakupo, » commença Miku, hésitante. « Il y a une rumeur qui circule en ce moment. On peut … en discuter ? »

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« Je ne suis pas d'humeur, Meiko, » trancha Len. Meiko quant à elle, semblait d'une humeur terrible.

« Mais c'est toujours le cas, d'habitude ! Dis-moi, qu'est-ce qui t'es arrivé ? » demanda-t-elle, non, exigea-t-elle.

« Rien, » soupira-t-il. « Je suis simplement fatigué. La journée a été longue et maintenant, j'ai juste envie de dormir. Une prochaine fois, Meiko. » Il raccrocha.

Len se sentait frustré au-delà de l'imaginable. Sa deuxième option ? Sa deuxième option ? Alors Miku ne voulait pas être considérée comme sa deuxième option ?

Il n'y avait, de toute façon, personne pour se placer avant elle dans un quelconque classement. Personne ne l'intéressait et Rin lui serait à jamais hors d'atteinte.

Mais il réalisa que cela faisait bel et bien de Miku une deuxième option et, instantanément, il se sentit coupable. Une minute. Coupable ? Pour quel raison ? Il était Len Kagamine – il n'avait pas à se sentir coupable pour quoi que ce soit. Et surtout pas à cause d'une fille.

Il fixa l'écran de son portable. Miku Hatsune, le nom de la jeune fille semblait lui rendre son regard. Ses doigts le démangeaient de presser la touche d'appel, de l'appeler, d'exiger une explication – éprouvait-elle de l'interêt pour lui, oui ou non ?

Et si c'était le cas, pourquoi était-elle aussi … distante ? Elle l'embrouillait complètement. Certains temps, il lui semblait qu'elle ne pouvait pas se passer de lui et à d'autres, elle paraissait ne plus supporter sa présence.

Sa tête se redressa lorsqu'il entendit la porte d'entrer s'ouvrir bruyamment. Rin était rentrée. Il se leva du canapé pour l'accueillir. « Rin. »

« Len, » répondit-elle, distraitement. Il tressaillit. Bizarre. Il lui sembla qu'il ne la désirait plus autant qu'auparavant.

Ça doit être à cause de la fatigue.

« Les révisions se sont bien passées ? » demanda-t-elle, enjouée. Il sortit de ses pensées.

« Ça va, je trouve, » fit-il en haussant les épaules. « Ce n'est pas si difficile d'aider Miku. J'ai déjà vu pire. »

Rin se tourna vers lui, une lueur malicieuse dans ses yeux bleus. « Elle te plaît, Len ? »

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » demanda-t-il froidement, un sourcil arqué. Cependant, il se demanda si sa sœur pouvait apporter une réponse à la question de ses sentiments pour Miku.

Non, il en douta. Elle n'était même pas capable de se rendre compte que lui, son propre frère, l'aimait bien au-delà des liens fraternels qu'ils partageaient.

« C'est rare que tu acceptes de donner des cours particuliers. Et même quand tu n'as pas le choix, tu trouves le moyen de te plaindre des étudiants qui sont des incapables selon toi. »

« Il y a parfois des exceptions, » dit-il en haussant les épaules avec désinvolture. « Je suis fatigué. Bonne nuit, Rin. »

« Bonne nuit, Len, » lança-t-elle tandis qu'il montait les escaliers jusqu'à sa chambre.

Il s'enferma à l'intérieur et se demanda ce qu'il devrait faire. Essayer de parler à Miku le lendemain ? Ou tenter quelque chose et essuyer une déception, comme celle qu'elle venait juste de lui infliger ?

Il n'arrivait pas à se décider. Et Len détestait ça.

Il s'assit sur son lit, s'affala sur les oreillers puis il frissonna. Les feuilles d'exercice exhalaient encore son odeur sucrée, une douce odeur de shampoing à la fraise.

Len se mit à inspirer à fond cette odeur jusqu'à ce qu'elle envahisse son nez. Mon Dieu, c'est si bon.

J'aurais pu la dévorer.

Mais à quoi pensait-il ? Miku Hatsune ne voulait pas de ça avec lui. Elle avait été claire à ce sujet. Il n'y avait lieu d'insister – et il ne voulait pas qu'elle devienne une autre Rin pour lui.

Il lâcha un soupir et bascula sur le côté, le visage enfoncé dans les oreillers et, sans le vouloir, laissa échapper un petit gémissement. J'arrive à sentir cette odeur de fraise jusque dans mes oreillers.

Peau contre peau, lèvres contre lèvres, ses doigts se déplaçant avidement, instamment. La langue de Len caressa ses lèvres, affamée. Pour la première fois, aussi loin qu'il s'en souvenait, il avait envie de quelqu'un, désirait quelqu'un qui n'était pas Rin.

Il voulait voir ses longs cheveux verts embaumant la fraise étalés sur son lit, son corps nu étendu sous le sien afin qu'il puisse tout découvrir de la propriétaire de cette senteur. Pour qu'il prenne tout ce qu'elle avait à lui offrir et même davantage.

Je suis vraiment un obsédé, je veux quelque chose que je n'ai pas le droit de réclamer à une fille aussi pure et innocente qu'elle.

Mais il s'en fichait. Il la voulait, même si elle ne voulait pas de lui et s'il fallait qui lui fasse ce qu'il avait l'habitude de faire aux autres femmes, s'il devait tout abandonner même pour très peu en échange … eh bien, il en serait ainsi.

Len Kagamine obtenait toujours ce qu'il désirait. Toujours.